La périodisation est l'étude de la catégorisation du passé en blocs de temps distincts et quantifiés, appelés époques historiques, afin de faciliter l'étude et l'analyse de l’histoire.
Il en résulte des abstractions descriptives qui fournissent des termes pratiques pour des périodes présentant des caractéristiques relativement stables. Cependant, la détermination précise du début et de la fin d'une période est souvent arbitraire, car elle change au fil du temps. Dans la mesure où l'histoire est continue et non généralisée, tous les systèmes de périodisation sont plus ou moins arbitraires. Pourtant, sans périodes nommées, aussi maladroites ou imprécises soient-elles, le temps passé ne serait rien d'autre que des événements épars sans cadre pour nous aider à les comprendre. Les nations, les cultures, les familles et même les individus, chacun avec son histoire différente, sont constamment engagés dans l'imposition de schémas de périodisation temporelle qui se chevauchent. Les étiquettes de périodisation sont continuellement remises en question et redéfinies.
Histoire de la périodisation
Périodisations fondées sur la Bible La tradition chrétienne propose principalement deux modèles de périodisation. Ils sont basés sur l'utilisation des chiffres 4 (le nombre de saisons) et 6 (le nombre des âges de la vie).
En Occident, les premières périodisations sont à caractère religieux. La Bible fournit le premier modèle de périodisation, avec le prophète Daniel qui décrit quatre royaumes successifs symbolisant l'histoire du monde depuis sa création. Ce découpage (qui s'inspire de la succession des quatre saisons) est repris au par les théologiens. . Ce découpage en quatre royaumes perdure jusqu'au .
Une autre périodisation est proposée par Augustin d'Hippone, qui distingue six périodes : la première d'Adam à Noé, la deuxième de Noé à Abraham, la troisième d'Abraham à David, la quatrième de David à la captivité de Babylone, la cinquième de la captivité de Babylone à la naissance du Christ et enfin la dernière période devant durer jusqu'à la fin des temps. Ces six périodes reflètent les six âges de la vie : la petite enfance, l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, la maturité et la vieillesse. À l'instar de la vie humaine, Augustin envisage l'histoire comme une décrépitude progressive. Cette idée du déclin du monde est très forte au début du Moyen Âge et perdure jusqu'au en Europe.
Au , Denys le Petit calcule la date de naissance de Jésus. Il divise alors l'histoire en deux autour de l'Anno Domini : . Cette distinction est celle retenue par l'ONU et l'ensemble des organisations internationales et constitue donc un évènement majeur dans l'histoire de la périodisation.
Jacques de Voragine () propose également une autre périodisation en quatre périodes (premier temps, celui de l'« égarement », d'Adam à Moïse, puis la « rénovation » de Moïse jusqu'au Christ, une troisième période de « réconciliation » entre Pâques et la Pentecôte (durant la vie de Jésus) et enfin la « période actuelle », temps de pèlerinage pour l'homme dans l'attente du Jugement dernier.
Autres périodisations en Occident Voltaire propose en 1751 une périodisation différente : il distingue quatre époques, quatre « siècles » : celui de la Grèce antique, celui de Rome (époque de César et Auguste), puis un troisième à partir de la prise de Constantinople en 1453 ; enfin, le dernier siècle est celui de Louis XIV et c'est, pour Voltaire, celui qui approche le plus de la perfection.
Ce n'est qu'à partir du et la constitution de l'histoire en tant que discipline, que la périodisation devient sujet d'étude par les historiens}.
L'utilisation du mot siècle en tant que période de cent ans apparaît au en Europe. Or, . Les historiens ont donc adapté la durée d'un siècle. Le commence en 1715, le en 1789 ou en 1815.
Les médiévistes parlent d'un « beau » qui débuterait avec le règne de Philippe II Auguste en 1180 et se terminerait avec la fin des Capétiens directs en 1328 et l'ascension de Philippe VI. Le et le forment une continuité appelés par Jean Favier les « siècles de fer », en référence à la guerre de Cent Ans. On considère que le débute en France à la fin du règne de Louis XI, en 1481, et qu'il s'achève avec l'avènement de Louis XIII en 1610.
Périodisation classique en France
Depuis le , l'histoire universitaire française est divisée, de manière canonique, en quatre époques : l'Antiquité, le Moyen Âge, les Temps modernes (époque moderne) et l'époque contemporaine. L'organisation des études d'histoire (histoire antique, histoire médiévale, histoire moderne, histoire contemporaine) suit ce découpage, même si aujourd'hui quelques historiens choisissent des sujets d'étude enjambant deux périodes.
Les quatre époques sont les suivantes :
L'Antiquité, de l'apparition de l'écriture jusqu'à la mort de Théodose en 395 ou la chute de l'Empire romain d'Occident en 476 ; Le Moyen Âge, de la mort de Théodose ou de la chute de l'Empire romain d'occident jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs (et la fin de la guerre de Cent Ans avec la bataille de Castillon) en 1453 ou la prise de Grenade (et a fortiori la découverte et exploration de l'Amérique) en 1492 ; L'Époque moderne, de la prise de Constantinople ou de la prise de Grenade au début de la Révolution française en 1789 ; L'Époque contemporaine, depuis la Révolution française jusqu'à maintenant.
Origine et diffusion Au , les humanistes italiens distinguent l'Antiquité des « Temps modernes » puis émerge l'idée d'un « âge moyen » entre les deux époques : c'est l'apparition du terme Moyen Âge. Au cours des deux siècles suivants, ce découpage se diffuse en Europe. Par exemple, l'Allemand Christophe Keller écrit Historia Antiqua en 1685, Historia Medii Aevi en 1688, et Historia Nova en 1702. Au émerge une nouvelle séparation entre les Temps modernes et l'époque contemporaine, fixée en 1789 (début de la Révolution française), que l'on retrouve par exemple chez Jules Michelet. À partir de 1863, cette périodisation canonique est inscrite dans les manuels scolaires français puis se retrouve dans l'enseignement supérieur de l'histoire dès 1880 dans les différentes universités comme la Sorbonne. Après la seconde guerre mondiale, cette distinction s'institutionnalise de plus en plus dans les universités du fait de la massification de l'enseignement supérieur, de la création de sections pédagogiques centrées sur une période, et la structuration du champ historique en associations d'antiquisants, médiévistes, modernistes et de contemporanéistes.
Le Bihan et Mazel écrivent qu'.
Cette périodisation a également été adoptée en Allemagne, Grande-Bretagne et en Italie entre la fin du et le milieu du . Au Royaume-Uni, l'époque moderne est scindée en deux avec l'apparition du concept de pour la période allant de 1500 à 1800. Le modèle français a également influencé le Brésil et l'Espagne.
Question des limites En raison de l'extension du champ de l'histoire, les césures événementielles qui étaient admises sans difficulté en histoire politique et artistique ne le sont plus si facilement aujourd'hui, notamment dans les cas de l'histoire juridique, économique, sociale, etc. Aussi, les historiens ont tendance à préférer mentionner des décennies, voire des ensembles cohérents d'événements, comme « périodes de transition » : ces temps sont ceux qu'il faut aux mentalités pour changer.
Le passage entre l'Antiquité et le Moyen Âge prête à débat depuis quelques dizaines d'années à la suite de l'émergence du concept d'Antiquité tardive hérité de l'historiographie allemande. Cette Spätantike tend à empiéter sur le Haut Moyen Âge tel qu'il était délimité au en se fondant sur l'idée que la déposition du dernier Empereur romain d'occident en 476 avait mis fin aux structures du Monde antique.Cette Antiquité tardive durerait du milieu du jusqu'à la période carolingienne : c'est donc au seulement que débute le Moyen Âge. L'Antiquité tardive est devenue une période légitime dans le champ historique en France depuis l'an 2000.
De même, la fin du Moyen Âge a lieu entre 1450-1453 (dates de l'invention de l'imprimerie et de la prise de Constantinople par les Turcs, laquelle fournit nombre d'œuvres antiques à l'Occident) et 1492, date emblématique des « grandes explorations » lancées par les nations européennes ainsi que de la prise de Grenade, qui marque la fin de la Reconquista.
Enfin, entre période moderne et période contemporaine s'intercalent « les révolutions » : de 1776-1786 à 1815, elles dessinent les contours d'une période qui n'appartient plus, ni au historique (à l'Époque moderne), ni au historique (à l'Époque contemporaine) et qui s'achève par le congrès de Vienne.
Critiques Ce découpage en quatre époques a été critiqué par Antoine Prost, qui lui reproche d'être construit a priori. Emmanuel Le Roy Ladurie estime que c'est un cloisonnement stérile.
Les limites mêmes de cette périodisation peuvent varier selon plusieurs critères. Un premier critère est thématique : il n'existe pas, en effet, de ruptures claires dans tous les domaines de l'histoire (politique, social, culturel, etc.) à chaque changement de période. D'autre part, ce découpage en quatre périodes ne recoupe pas forcément l'histoire nationale, régionale ou locale de chaque lieu étudié.
Les histoires nationales, également, proposent des dates qui sont plus significatives en ce qui les concerne : on admet ainsi que les Américains font débuter l'époque contemporaine en 1776 ou que les Allemands privilégient l'imprimerie de Johannes Gutenberg pour marquer la fin du Moyen Âge. Plus largement, cette partition est dictée par des considérations culturelles et géographiques : elle apparaît correcte pour l'Occident mais elle est inadaptée à l'histoire des autres continents.
De plus, elle n'est pas figée et reflète en elle-même des changements historiographiques
Le nom de « Moyen Âge » reflète une conception de l'histoire datant du début des temps modernes, lorsqu'entre un âge d'or supposé de l'« Antiquité » classique et leur propre période de « restauration antique », les historiens de la Renaissance (le nom apparaît sous la plume de Jules Michelet) intercalèrent une période intermédiaire d'obscurantisme, réduite au rôle de transition. Cette vision aujourd'hui contestée, aucune prétendue unité n'existant entre le et le et le Moyen Âge étant sorti de sa légende noire, amènent par exemple l'historien Jacques Le Goff à proposer un « long Moyen Âge » pouvant être étendu à la Révolution française et la révolution industrielle, évènements liés à une modernisation sociale et économique rapide, quand l'historien Alain Guerreau note malgré tout que la période entendue comme étant le Moyen Âge possède deux caractéristiques notables : le dominum (le pouvoir sur les hommes et sur les terres) et l'ecclesia (l'Église qui possède le monopole du contrôle social)Nicolas Offenstadt (dir.), Les mots de l'historien, Presses universitaires du Mirail, 2009, pages 74-75..
L'appellation de la période « moderne » peut surprendre dans la mesure où elle ne désigne pas les temps actuels (la période « contemporaine ») : elle montre surtout que la partition de l'histoire est une convention qui s'est imposée au fur et à mesure du déroulement de l'Histoire : l'adjectif « moderne », en effet, convenait au alors que l'histoire postérieure à la Révolution française n'était pas réellement étudiée. En histoire économique, de nouveaux découpages sont proposés pour la période 1750-1850 : « première révolution industrielle », « âge du commerce », « révolution commerciale ».