La Renault Espace de première génération est une automobile française de type monospace, conçue par Matra, qui en assure la fabrication à Romorantin, et vendue par Renault. Il est largement fait appel aux matériaux composites pour sa carrosserie. Arrivée sur le marché français six mois après les débuts du pionnier du genre aux États-Unis, le Chrysler Voyager, elle s'est vendue à plus d'un million d'exemplaires depuis son lancement.
Historique .
Le patron de Matra, Philippe Guédon, souhaitait réaliser depuis 1978 une voiture modulaire pour transporter confortablement une famille et ses bagages.
L'ère PSA : 1979 - 1981 En 1979, Philippe Guédon PDG de Matra Automobile, est soucieux de trouver des successeurs aux Bagheera et surtout à la Rancho sur la chaîne de montage. Une idée l’intéresse en particulier, transposer le concept du « van » américain au marché européen. En effet, à la suite d’un voyage aux États-Unis, il a acquis la conviction que l’avenir de l’automobile passera par l’apparition de véhicules récréatifs familiaux et ludiques. Le succès de la Rancho le conforte dans son opinion. Matra passe peu à peu de son image de constructeur de véhicules sportifs à celle de constructeur de véhicules décalés.
Le dessin orange Il laisse à Antoine Volanis (styliste de la Murena et des Matra des années 1970) le soin de lui faire une proposition. En un week-end, il crée ce qui sera connu sous le nom de "dessin orange". Les formes sont élégantes, dynamiques, personnelles ; loin de l’image utilitaire du van américain. C’est une automobile à trois portes avec une conduite avancée au-dessus des roues avant. On retrouve le pavillon rehaussé de la Rancho avec la galerie sur la partie basse.
Les prototypes Peugeot-Talbot : P16, P17, P18 En , des plans définissent une conception plus traditionnelle. Le moteur transversal passe à l’avant et les rangées de sièges sont en position classique. La conduite avancée a été abandonnée pour des raisons de sécurité. La voiture fait de long. Le projet P16 est né.
En , une maquette pleine est réalisée, suivie d’une maquette creuse avec un aménagement intérieur complet. On y reconnaît les phares de Peugeot 604. Entre les deux maquettes, le dessin a évolué, le toit rehaussé est abandonné. La banquette arrière est issue de la 604. Le volant provient de la Matra Murena. La carrosserie repose sur une base de Talbot 1510/Talbot Solara. Des esquisses montrent même des variations sur différents thèmes : Week-end, Grand-raid… La Grand-raid reprend pas mal de détails de la Rancho : protections, pneus tous chemins, galerie de toit renforcée…
Le projet P16 peut être présenté à l’état-major de PSA en . La réaction est positive malgré la surprise des dirigeants face à cette proposition originale. De nouvelles propositions sont demandées.
Matra fera évoluer le concept dans deux directions : Le P17 : voiture beaucoup plus compacte que le P16. La longueur passe de à . L’empattement fait . Cette piste n’est pas retenue, le véhicule n'étant pas considéré comme assez habitable, c'est pratiquement la taille d'une Renault Modus de 2007. Le P18 : il fait de long sur un empattement de . Le porte-à-faux avant le fait paraître plus large que l'Espace. Le P18 arbore une moquette qui remonte sur la planche de bord.
En , la carrosserie est définitive, des évolutions sont imaginées : fourgon, pick-up… En cas d'insuccès de la berline, sa conversion en utilitaire serait possible.
Quitte ou double Philippe Guédon joue son va-tout pour sauver son entreprise.
Le projet devient P23 en octobre 1982, il évolue beaucoup, d’une part parce qu'Antoine Volanis a quitté Matra, et d’autre part, parce que la base que Matra utilise est celle de la Renault 18, une traction avant à moteur longitudinal (les 1510/Solara et la BX ont un moteur transversal). L’empattement est réduit à , le porte-à-faux avant est rallongé. Le P23 emprunte son train avant à la Fuego (proche de la R 18). Il est présenté au PDG, au directeur technique et au directeur du produit de la régie par Philippe Guédon en .
Bernard Hanon, PDG de Renault, est séduit. Lui aussi connaît les États-Unis et l’engouement qu’y connaissent les vans aménagés. Il aurait même déclaré : « C’est la voiture à laquelle on aboutira naturellement lorsque l’on aura dépassé toutes les vanités automobiles.»
Une idée révolutionnaire Les formes du P23 sont assouplies chez Renault et les prototypes d’ arborent les formes quasi-définitives. Un plancher plat est adopté, combiné avec des sièges démontables : en cas d'échec commercial, une version utilitaire pourra valoriser le véhicule. Auparavant, toutes les autres études avaient une banquette classique. Ainsi apparaît la caractéristique la plus révolutionnaire de cette automobile..
thumb|Espace I Phase I (1984-1988).
La Matra P23 devient Renault Espace La mise au point doit s’accélérer pour un lancement au printemps 1984. En juin 1983, Renault et Matra signent un accord de coopération prévoyant « l’étude et la fabrication par Matra, à partir d’organes mécaniques Renault, de véhicules commercialisés par le réseau européen de Renault ». En janvier 1984, les modèles de présérie sortent des chaînes Matra à Romorantin. Les modèles de série sont fabriqués à partir de . La Matra P23 est codifiée chez Renault « J11 ».
Le lancement de l’Espace left|thumb|Espace I Phase I (1984-1988). L'Espace est présenté à la presse en pour une commercialisation en juillet, soit après les Dodge Caravan et Plymouth Voyager commercialisées elles en 1983 et importées en Europe en 1988. est enthousiaste : une voiture pouvant transporter jusqu'à 7 passagers à , dans un confort remarquable et dotée d’un Cx de 0,32. Sa modularité ingénieuse étonne, on peut retirer les arrière, ou n’en disposer que 3 et tourner les sièges avant pour créer un salon pour 4 personnes à l’arrêt. Elle mesure de moins qu’une R18 mais est plus spacieuse. Son compteur affiche soit 185 réels. La position de conduite haute donne une nouvelle sensation de sécurité.
Elle inaugure le nouveau slogan de Renault : les voitures à vivre. Seulement 9 exemplaires seront vendus le premier mois de commercialisation, en Mohamed Chabbi, Philippe Guédon, l'homme de l'Espace, éditions ETAI, 2003 .
La gamme Deux finitions avec le « moteur Douvrin » de 110 ch à carburateur : 2000 GTS et 2000 TSE. La 2000 TSE ajoute un spoiler avec antibrouillards, des jantes en alliage léger (même modèle que Renault 25, mais R25 en ), des rétroviseurs électriques, la condamnation par commande à distance, un drap (tissu sur GTS) et une moquette de plus belle qualité à la 2000 GTS.
Tissus intérieurs en fonction des couleurs extérieures : si granité brun, intérieur beige : tissu (GTS) et drap (TSE) ; si granité gris, intérieur gris : tissu (GTS) et drap (TSE).
Les appellations J112 : modèles à « moteur Douvrin » type J6R, 2.0 carburateur, finitions GTS, TSE, 2000-1. J115 : modèles à « moteur Douvrin » type J8S, 2.1 diesel, finitions Turbo-D, Turbo-DX, 2000-1. J117 : modèles à « moteur Douvrin » type J7T, 2.2 injection catalyseur, finitions GTX, TXE, 2000-1. Le J116 avec moteur 2.0 injection non catalysé ne fera son apparition qu'avec le phase 2 en 1988. Dimensions : longueur : ; largeur : ; hauteur : ; empattement : ; poids :
Aménagement intérieur La banquette arrière est remplacée par trois sièges indépendants dotés de ceintures de sécurité ventrales à enrouleurs. Deux positions sont possibles sur cette rangée. Dans le coffre, il y a des emplacements pour deux sièges supplémentaires. Ces sièges sont inclinables, repliables et amovibles. En finition TSE, les sièges avant peuvent pivoter sur eux-mêmes, ils sont d’origine R9/R11. La planche de bord est symétrique avec des éléments de la console centrale empruntée à la R9. Tout comme les poignées de portes, manivelles, commodos et poignées de maintien. La boîte à gants est accessible par le dessus du tableau de bord.
Concurrents de l'époque
Dodge Caravan : , 86 ch et , 100 ch. Plymouth Voyager : , 86 ch et , 100 ch. Nissan Vanette 1500 : 1,5 litre, 70 ch, , 7 places. Toyota Model F : 1,8 litre, 78 ch, , 8 places. Toyota Lite Ace : 1,3 litre, 57 ch, , 8 places.
L’origine utilitaire de certains des concurrents (fourgons à cabine avancée, moteur central avant, propulsion et essieu rigide) ne joue pas en leur faveur. Les modèles japonais sont dépassés en agrément et en performance par la création de Matra. La Nissan Prairie a été lancée en 1982, sa silhouette de break rehaussé est originale tout comme ses portes coulissantes et sa carrosserie sans pilier central. En France, elle n’est vendue qu’en version 5 places. Au Japon, elle existe avec une troisième banquette et une banquette avant remplaçant les deux sièges, soit 8 places. La Mitsubishi Chariot (Mitsubishi Space Wagon hors du Japon) présentée en 1983 n’est alors pas vendue en France. Chrysler Voyager, appellation européenne des Dodge Caravan et Plymouth Voyager.
Évolution de l'Espace Phase I Décembre 1984 Lancement des variantes turbodiesel. Turbo D et Turbo DX dotés d’un de 88 ch. Ces versions ont une calandre proéminente et un pare-chocs avant rallongé.
Juin 1985 Apparition d’une version haut de gamme (E3) baptisée 2000-1 pour les modèles essence et diesel. Les passages de roues arrière sont surmontés d’accoudoirs dissimulant des rangements. La sellerie est en velours rayé (sièges avant issus de la R11 Turbo et tissu type Fuego Turbo). Cette appellation est un clin d'œil au film de Stanley Kubrick : 2001, l'Odyssée de l'espace.
D’autres améliorations seront apportées jusqu’à la refonte du P23 en 1988 (version Taxi G7, ambulances, véhicules de société…).
Phase 2 thumb|Espace I Phase II 1988-1991En est présentée l’Espace Phase 2. Les extrémités sont modifiées avec des optiques avant et arrière spécifiques plus arrondies (et davantage conformes au style Renault en vigueur). Le pare-chocs avant intègrent en série sur toute la gamme un spoiler moins bas qu’auparavant.
Le hayon est plus épais et arrondi, la poignée d’ouverture passe sous la plaque d’immatriculation. La calandre est plus proéminente. La longueur passe à , soit un allongement de .
La gamme est modifiée. Elle s’articule autour de quatre motorisations : à carburateur de en 2000 GTS ; à injection en 2000 ; injection en TXE injection et 2000-1injection (Moteur Douvrin type J7R) ; injection cat en TXE injection et 2000-1injection (Moteur Douvrin type J7T) ; turbo diesel de en TurboD, TurboDX et 2000-1 (Moteur Douvrin type J8S).
Le train avant hérité de la Fuego est remplacé par celui de la Renault 25.
Apparition d’une version à transmission intégrale dénommée Quadra. Elle est disponible sur les TXE et 2000-1. C’est une traction intégrale avec un arbre de transmission ultra-léger en matériaux composites pour éviter une surconsommation excessive. Le surpoids n’est que de , les performances sont quasiment inchangées. Le gain en adhérence est appréciable.
Intérieurement un ancrage supplémentaire permettant de reculer un peu plus les sièges du dernier rang est ajouté. Ceci est possible grâce au hayon plus profond et bombé. Chaque finition bénéficie d'une nouvelle sellerie.
La gamme reste inchangée jusqu’en 1991. Une série spéciale 2000-1 Connolly est lancée en avec intérieur entièrement en cuir anglais Connolly gris et peinture spécifique gris Pluton, elle possède également des surtapis. Une suspension arrière pneumatique à correcteur d’assiette est proposée en option sur les versions haut de gamme en . La dernière Espace génération P23 sort des chaînes Matra en . La carrière de son successeur P36 peut commencer.
Arrêt et succession