La chapelle Saint-Tugen est située à Saint-Tugen en Primelin, commune du pays du Cap Sizun, canton de Pont-Croix (Finistère, France). Il s'agit d'une chapelle des .

Hagiographie thumb|left|Cantique (en langue bretonne) en l'honneur de saint Tugen dont le texte a été recueilli par François-Marie Luzel. thumb|La clef de Saint-Tugen. Saint Tugen ou Tujan, a vécu au . Il fut recteur de la paroisse de Brasparts, dont il est le patron, et devint le deuxième abbé de Daoulas. Il est ainsi représenté en abbé mitré tenant la crosse abbatiale.

N’ayant pu sauvegarder la pureté de sa sœur qu'il avait vouée à Dieu, il s’écria « mieux vaut commander une bande de chiens enragés que garder une seule femme ». Dès lors, il fut l’intercesseur contre la rage. Il est représenté avec la clef de saint Pierre, que les papes envoyaient comme relique aux personnages qu’ils voulaient honorer. Celles-ci étaient capables de guérir des maladies ou des paralysies par apposition. La tradition locale l’a associée au pouvoir du saint d‘écarter ou de guérir de la rage. Par extension, le péril de la rage ayant disparu, on l’invoque contre les rages de dents. thumb|Clefs de Saint-Tugen (souvenir de pèlerinage censé protéger contre la rage).

Le sanctuaire

Destination d'un pardon réputé, on venait de toute la Cornouaille, du Trégor ou du Vannetais par milliers pour invoquer le saint et se munir des petites clefs apotropaïques contre la rage que l’on fabriquait en plomb et qui étaient bénites à cette occasion. Elles étaient vendues lors du pardon de Saint-Tugen le troisième dimanche de juin.

Le jour du pardon, on piquait avec une clef en fer pointue, que la légende attribue à saint Tugen, une énorme quantité de pains, lesquels ne peuvent moisir et qu'un seul morceau de ce pain, jeté à un chien présumé enragé le met en fuite...Ces pains avaient aussi la réputation de protéger contre la rage ceux qui en mangeaient. Henri Gaidoz indique que «Les habitants de Primelin sont désignés sous le nom de paotred en c'halouez ("les garçons de la clef") parce qu'en mémoire de saint Tujean [Tugen], ils portent une petite croix brodée sur leurs habits»..

Un article publié en 1909 décrit en détail la chapelle Saint-Tugen et déplore qu'elle soit alors « mal entretenue, faute de ressources suffisantes [et] dans un état déplorable (...), les toitures menacent de s'effondrer ».. Le journal La Dépêche de Brest et de l'Ouest du écrit que « malheureusement la toiture menace de s'effondrer et un trou béant qui s'est ouvert en face de l'entrée représente un grand danger. Le recteur de la paroisse voulant préserver ce bijou artistique a fait commencer les travaux de restauration les plus urgents. On est venu à son aide, mais on n'a pas encre réuni les fonds nécessaires ».

Comme autrefois, mais avec moins de ferveur peut-être, car devenu au cours du un événement de plus en plus touristique, la chapelle attire encore de nombreux fidèles venus implorer au grand pardon de juin le saint intercesseur pour obtenir l’indulgences plénière de leurs fautes ou une guérison. Il y eut jusqu'à sept pardons par an jusqu'au .

L'enclos On accède à l’intérieur de l’enclos par cinq échaliers et par une porte triomphale de type ogival sur le côté sud. Elle est composée d’un arc brisé doublé d’un arc en accolade à choux frisés. Un Christ aux liens la surmonte et deux pinacles l’encadrent qui s’amortissent sur des culots sculptés de figures.

Une autre porte plus simple en anse de panier et échalier ouvre l’enclos à l’ouest.

Le calvaire fut détruit vers 1794. Il en reste le socle et quelques sculptures réemployées au pied de la croix du nouveau calvaire. Il est situé au sud du placître et s‘appuie sur six degrés quadrangulaires aux angles arrondis. Le socle carré porte des bas-reliefs: une tête de mort et deux tibias, un cœur avec une flamme et une inscription, M : PRIOL. F 1821 qui date la conception du nouveau calvaire. Un court fût octogonal se termine par une croix simple et un Christ en métal.

Cinq statues, dont certaines sont gémellées, sont placées sur la plus haute marche: on reconnait un saint Tugen ou un saint Pierre avec une clef, Marie-Madeleine avec son vase à parfum, gémellée à un autre personnage sans tête, une sculpture non identifiée et, au centre, du côté est, une Vierge de pitié.

Jusqu'en 1862, date où il est démoli, l'enclos possédait un ossuaire.

La construction C’est une massive construction de de long sur 28 de large. Blottie dans un vaste enclos en contrebas des routes longeant le mur de clôture, et malgré ses dimensions, la chapelle ne s’impose pas.

La première mention de l’existence d’une chapelle de saint Tujan remonte à 1118. Grande chapelle tréviale, elle est le chef-lieu d’un territoire plus vaste que le reste de la commune de Primelin. « Pour faciliter la tâche du clergé, les grandes paroisses rurales ont été découpées en trèves. […] L’existence des trèves reste liée à l'habitat dispersé, et les raisons invoquées pour leur création relèvent de deux ordres : la distance de l'église paroissiale et la précarité des chemins en hiver, période au cours de laquelle les villages se trouvaient fréquemment coupés du bourg ». Dans un acte de 1418 il est rappelé l'ancienneté de Saint-Tugen comme trève de Primelin. Ce statut fut confirmé à plusieurs reprises entre 1437 et 1530. De la trève de Saint-Tugen dépendaient quatre manoirs, quinze villages, une chapelle disparue en 1672 dédiée à saint Toc'hou. La chapelle était desservie par cinq chapelains et avait son propre prédicateur de carême. La trève fut supprimée en 1785.

vignette|Plan n°1 : Les différentes périodes de construction de la chapelle

La construction commencée par René du Menez, seigneur de Lézurec et sa femme Marie du Faou, s'étale de 1535 à 1773. Le plan initial à trois vaisseaux et chevet plat, va recevoir au cours des siècles des agrandissements : la tour érigée de 1579 à 1581, le transept nord-ouest, la double arcade et la chapelle nord ajoutés en 1611 par Alain du Menez, puis la sacristie de 1720 à 1721 et pour finir le transept remanié entre 1749 et 1773.

Les et furent à Primelin une époque de grande prospérité où l’industrie des pêcheries, des sécheries et de la navigation fut florissante. Celle-ci influença l'architecture religieuse dont un élément emblématique est encore visible sur les murs extérieurs de la chapelle Saint-Tugen : les « vaisseaux de pierre ». Ces bas-reliefs représentant des bateaux de pêche ont été, selon Daniel Bernard. , sculptés par les marins eux-mêmes « pour bien marquer la part qui leur revenait dans ces bâtisses élevées de leurs deniers »..

La chapelle est reconnue comme Monument historique en 1909, le placître et sa porte triomphale en 1963.

La tour Le portail occidental est dominé par les d’une tour carrée ( de côté) faisant office de clocher. Elle est conçue sur un modèle simplifié des tours de la cathédrale de Quimper et s’apparente à celles d’autres chapelles qui ont exploité le même vocabulaire architectural : baies étroites et allongées, fausses arcatures à mitre et ornements flamboyants. On le retrouve entre autres sur les tours de Locronan, Pont-Croix, Le Folgoët, Saint-Herbot ou Ploare-en-Douarnenez.

Les profondes embrasures des quatre baies, consolidées par deux traverses, sont composées de sept colonnettes et de six arcatures en plein cintre à chapiteaux et bases prismatiques, finissant par une archivolte en accolade. Au sommet, autour des baies, se succèdent de fausses arcades à fausse mitre, avec fleurons et crochets. Au-dessus, une corniche à modillons et un bandeau à motifs flamboyants fait la transition avec la corniche et ses huit gargouilles, recevant la terrasse entourée d’une balustrade de cercles quadrilobés.

La tour est flanquée de deux tourelles. La plus grande au sud, de forme octogonale sur une base carrée est couverte d’une flèche ornée de crochets qui s’élève jusqu'à la galerie supérieure. L'escalier qu'elle renferme conduit à une galerie à balustrade flamboyante, ajourée de mouchettes, reliant les deux contreforts au-dessus du portail. La galerie rejoint l'escalier à vis aménagé dans la seconde tourelle circulaire à l’angle nord-ouest, permettant l’accès à la plateforme supérieure. Trois gargouilles sortent sous la balustrade.

Elle porte au sommet de la tourelle nord-ouest les dates et inscriptions : 1581 et X : C. 1579.

La flèche centrale prévue ne fut jamais exécutée mais celle de l’église de Ploaré à Douarnenez donne une bonne idée de ce qu’elle aurait pu être.

Le portail occidental Au portail occidental (1) (les chiffres et les lettres placés entre parenthèses renvoient au plan situé en fin du texte), nous retrouvons l’influence quimpéroise. La porte est en anse de panier encadrée de voussures se finissant par une accolade au profil très aigu. Elle est surmontée d’un gable orné de choux frisés et d'un fleuron effleurant les trois corniches à modillons superposées en encorbellement qui soutiennent la galerie. Ses rampants coupent en partie basse les fins pinacles d’encadrement de la porte et retombent sur des culots sculptés d’un anges et d’un homme en chapeau tenant chacun un phylactère. Sur l'un il est inscrit AVE MARIA et sur l’autre PAX VOBIS.

Le portail est encadré de quatre contreforts angulaires à trois ressauts marqués par des pinacles à crochet de type quimpérois qui montent jusqu’au sommet de la tour. À leur base, quatre niches à dais constituées de trois gables garnis de crochets et de fleurons, cantonnés de pinacles, reçoivent les sculptures des quatre évangélistes, (a) à (d).

Le porche méridional C’est une construction monumentale (2) dont l’arête à crochets du pignon est raccordée au fronton par des sortes de flammes (succession de mouchettes) dessinant une véritable dentelle de pierre.

L’archivolte de la porte en anse de panier est un remplage ajouré en mouchettes soutenu par quatre colonnettes. Il est surmonté d’une accolade et d’un gable aux arêtes décorées de crochets en feuilles de choux frisés, qui traversent les bases des fines colonnes retombant sur des colonnes torsadées et supportant deux statuts d’apôtres.

Au somment du gable, saint Tugen sous un dais tient le bâton pastoral et sa clef (e).

Deux contreforts sommés de pinacles fleuronnés encadrent l'entrée du porche. Ils sont garnis de niches surmontées de façon très caractéristique ici d’une accolade, d’un gable et de pinacles reproduisant en miniature le décor des portails. René Couffon les relie à celles de Saint-Théleau de Plogonnec (1544), de l'église de Ploaré (1548), de Notre-Dame de Pitié de Treguennec, de l'église de Plouhinec (vers 1550) et de la Trinité de Plozévet (1566).

Le porche est constitué d’une seule travée en voûte d'ogive octopartite, se finissant par une clef constituée de deux personnages en buste présentant un blason.

Une inscription est gravée sur l'imposte de la porte : ESTIENE : ANSQVER : FA : LAN : 1663. Étienne : Ansquer : Fabricien : l’an : 1663, (plusieurs patronymes ANSQUER sont attestés à Plimelin mais avec d’autres prénoms qu’Étienne).

La statuaire extérieure Plusieurs statues en kersantite sont dans le style du Maître de Plougastel, actif entre 1750 et 1621 en Léon et en Cornouaille. Ces œuvres se caractérisent par des traits récurrents que nous retrouvons dans les sculptures de la chapelle de Saint-Tugen : « visage rond, ferme, sévère avec des barbes régulières et soigneusement peignées. Les épaules sont étroites et basses. Les plis des vêtements sont très structurés avec toujours les mêmes formes : plats, à festons et ronds ».

À l'extérieur, nous retrouvons de ce maître sculpteur, sur la face occidentale, les quatre évangélistes sous les dais des niches ménagées dans les murs des contreforts. Les têtes des apôtres Mathieu, Marc et Luc ont été restituées par Nathalie Tran de l’atelier Le Floc'h en 1996 en s’inspirant des sculptures du calvaire de Plougastel-Daoulas. Ils ont chacun une main posée sur un pupitre et l’autre écrivant.