Larmée occupe une place particulière à Sparte, cité où tous les citoyens en âge de porter les armes sont censés être des hoplites (fantassins lourds) et, en conséquence, subissent depuis leur enfance une éducation qui doit les préparer au combat. Elle est également le vecteur de la puissance spartiate dans le Péloponnèse et plus largement, dans toute la Grèce.

Seule capable de mener à bien des manœuvres complexes sur le terrain, elle apparaît aux Grecs comme un modèle d'efficacité et de discipline : Plutarque écrit que la seule réputation des hoplites spartiates , Pélopidas, XVII, 12. Extrait de la traduction d'Anne-Marie Ozanam..

Histoire

L’armée à l'époque mycénienne La première mention des Spartiates en guerre se trouve dans l'Iliade ; ils assiégèrent Troie avec d'autres contingents grecs.

Comme le reste de l'armée mycénienne, l'armée spartiate était composée essentiellement d'une infanterie équipée d'épées courtes, de lances et de boucliers ronds en bois, éventuellement recouverts d'une feuille de bronze (décorative). Il s'agissait d'une époque de combats héroïques où étaient utilisées des tactiques simples, se résumant souvent à un assaut général finissant en massacre ; il était fréquent que des armées entières soient poursuivies et anéanties à la suite d'une déroute.. La tactique de base de la bataille était « Liberté de tout faire ».

Des chars de guerre furent utilisés par l'élite, mais contrairement à leurs homologues du Moyen-Orient, ils semblent avoir été employés principalement pour le transport, le soldat descendant pour combattre à pied et remontant ensuite pour se retirer du combat, bien que certaines sources montrent des soldats jetant leur lance depuis le char avant de descendre combattre à piedWarry (2004), ..

Les réformes de l'Époque archaïque et l'expansion La Sparte mycénienne, comme beaucoup d'autres cités de Grèce, fut rapidement submergée par les invasions doriennes, qui mirent fin à la civilisation mycénienne et inaugurèrent les « Siècles obscurs ». Au cours de cette période, Sparte ou Lacédémone fut simplement un village dorique sur les rives de la rivière Eurotas en Laconie. Toutefois au début du , la société spartiate fut transformée. Les réformes, qui furent attribuées par une tradition plus tardive au personnage mythique de Lycurgue, créèrent de nouvelles institutions et mirent en place la nature militaire de l’État spartiateSekunda (1998), .. Cette Constitution de Lycurgue resta inchangée dans son essence au cours des cinq siècles suivants. À partir de , Sparte entreprit une expansion régulière, d'abord par la soumission d'Amyclées et des autres cités de la Laconie, et plus tard, lors de la Première guerre de Messénie, par la conquête du territoire fertile de la Messénie. Au début du , Sparte était, aux côtés d'Argos, la puissance dominante du Péloponnèse.

Mise en place de la domination de Sparte sur le Péloponnèse thumb|upright=0.7|Hoplite, détail du cratère de Vix d'inspiration laconienne, vers Inévitablement, les deux puissances finirent par s'affronter. Les premiers succès d'Argos, tels que sa victoire à la Bataille d'Hysiai en , conduisirent à un soulèvement des Messéniens, qui mobilisa l'armée spartiate pendant près de vingt ansSekunda (1998), .. Au cours du , Sparte obtint la maîtrise de la péninsule du Péloponnèse : l'Arcadie fut forcée de reconnaître la suzeraineté de Sparte, Argos perdit Cynuria (la côte sud-est du Péloponnèse) aux environs et subirent un nouveau coup paralysant de à la bataille de Sepeia en , tandis que les expéditions répétées contre des régimes tyranniques dans toute la Grèce augmentèrent grandement le prestige de Sparte. Au début du , Sparte était la maîtresse incontestée du Sud de la Grèce, en tant que puissance dominante (hégémonie) de la Ligue du Péloponnèse nouvellement créée (qui fut plus connue de ses contemporains comme « les Lacédémoniens et leurs alliés »)Connolly (2006), ..

Guerres médiques et Guerre du Péloponnèse

À la fin du , Sparte était reconnue comme la cité-État grecque prééminente. Crésus, le roi de Lydie, forma une alliance avec elleHolland, Tome Persian Fire: The First World Empire and the Battle for the West. Anchor. ., et plus tard, les cités grecques d'Asie Mineure l'appelèrent à l'aide au cours de la Révolte de l'Ionie. Au cours de la seconde invasion perse de la Grèce sous , le commandement général des forces grecques sur terre et sur mer fut confié à Sparte. Pour cette raison, les Spartiates jouèrent un rôle crucial dans le refoulement de l'invasion, notamment lors des batailles des Thermopyles et de Platées.

Par la suite, en raison des complots de Pausanias avec les Perses et de la réticence des Spartiates à faire campagne trop loin de chez eux, Sparte retourna à un isolement relatif, laissant Athènes monter en puissance et prendre les rênes de l'effort de guerre continué contre les Perses. Cette tendance isolationniste fut encore renforcée par les révoltes de certains de ses alliés et un grand tremblement de terre en , qui fut suivi par une révolte à grande échelle des Hilotes de Messénie. En parallèle l'émergence d'Athènes en tant que puissance majeure en Grèce conduisit inévitablement à des frictions avec Sparte et à deux conflits de grande ampleur (les Première et Deuxième guerres du Péloponnèse) qui ravagèrent la Grèce. Sparte subit plusieurs revers au cours de ces guerres, y compris, pour la première fois, la reddition d'une unité entière de Spartiates à la Bataille de Sphactérie en , mais elle sortit finalement vainqueur, principalement grâce à l'aide reçue par les Perses. Sous le commandement de Lysandre, la flotte spartiate, construite grâce aux fonds perses, s'empara des cités de l'alliance athénienne, et la victoire navale décisive à l'issue de la Bataille d'Aigos Potamos entraîna la capitulation d'Athènes. La défaite athénienne donna à Sparte un pouvoir incontesté sur la Grèce.

L'hégémonie sportif Cette montée en puissance de Sparte ne dura pas longtemps. Sparte avait subi de sévères pertes au cours des guerres du Péloponnèse, et sa mentalité conservatrice et étroite lui aliéna bientôt beaucoup de ses anciens alliés. Thèbes défia de manière répétée l'autorité spartiate, et il s'ensuivit la Guerre de Corinthe qui mena à l'humiliante Paix d'Antalcidas, qui détruisit la réputation de Sparte en tant que protectrice de l'indépendance des cités-États grecques. Dans le même temps, le prestige militaire spartiate subit un coup sévère, lorsqu'une mora de fut décimée par les troupes légères (peltastes) menées par Iphicrate. En dépit de ses capacités militaires impressionnantes, Sparte était incapable de projeter sa puissance sur l'ensemble de la Grèce, souffrant d'une pénurie de main-d'œuvre et n'étant pas disposée à se réformer. En conséquence, la puissance de Sparte s'effondra après la désastreuse défaite subie lors de la bataille de Leuctres en face aux Thébains menés par Épaminondas. La bataille entraîna la mort d'un grand nombre de Spartiates et la perte de la Messénie.

L’époque hellénistique Désormais Sparte était réduite à la Laconie, et se retrouva isolée. La victoire de Philippe II à la bataille de Chéronée en affirma la domination macédonienne sur la Grèce, à l'exception de Sparte qui resta indépendante. Par la suite, Philippe II envahit et pris le contrôle de territoires dans la Laconie, sans combat ni resistance de la part de Sparte. A la création de la Ligue de Corinthe, en , Sparte refusa de la rejoindre. Les Spartiates ne participèrent donc pas à la campagne d'Alexandre le Grand contre la Perse, et, lorsque Alexandre envoya les perses prises lors de la bataille du Granique, il fit inscrire dessus : Lors de l'absence d'Alexandre le Grand, alors occupé par la conquête de l'Empire perse, le roi remit en cause la domination macédonienne sur la Grèce, mais il fut défait lors de la bataille de Mégalopolis. À la suite de la mort d'Alexandre, Sparte intervint de nouveau, en tant qu'État indépendant, dans les nombreuses guerres du Sous les rois réformateurs et , Sparte connut un renouveau de courte durée, marqué par les succès contre la Ligue achéenne, avant la défaite finale à l'issue de la Bataille de Sellasia. L'ultime résurgence spartiate eut lieu sous Nabis, mais à la suite de la défaite de Sparte dans la guerre lacédémonienne, la ville fut incorporée en dans la ligue achéenne. Cela marqua la fin de Sparte en tant que puissance indépendante qui, par la suite, passa sous la domination romaine, tout en conservant le statut de ville autonome.

Organisation et tactique de l'armée spartiate

Comme les autres cités grecques, Sparte accorde une prépondérance marquée aux fantassins lourds, les hoplites, au détriment des archers et des autres troupes légères, ainsi que de la cavalerie. Elle se distingue cependant en ce que tous les citoyens en âge de porter les armes () doivent servir comme hoplites, et non la fraction la plus riche, comme c'est le cas ailleurs.

Son organisation sur le champ de bataille est composée généralement d'une ligne de bataille opposant un mur de boucliers à l'adversaire qui, en venant s'y heurter, permet au hoplite de le repousser d'un coup de bouclier puis de porter la première frappe, en profitant de la surprise de l'adversaire après ledit coup de bouclier. Cette formation peut être appuyée au besoin par la cavalerie, que les Spartiates considèrent comme un rôle moins prestigieux, et par l'infanterie à distance. Les peltastes (troupes légères) spartiates n'existent pas, toute la puissance de frappe étant concentrée dans la phalange hoplitique.

Cette technique de phalange est parfaitement maîtrisée car l'hoplite s'entraîne constamment. L'armée spartiate se différencie car elle est la seule à monter au combat en adoptant la marche. Cependant, elle peut aussi adopter des tactiques différentes : feindre la retraite, enfoncer un côté de l'armée adverse pour couper la retraite...

Les Périèques (habitants du pourtour de Sparte) combattent également comme hoplites, et même des Hilotes : les commandés par Brasidas en Chalcidique, pendant la guerre du Péloponnèse, en sont récompensés par un affranchissement, IV, 80, 2 et V, 34, 1.. Par la suite, Sparte crée des unités de Néodamodes, des Hilotes portant l'armure lourde, employés en renfort et en garnison.

Structure sociale vignette|225px|droite|Le héros Héraclès, de qui les rois de Sparte prétendent descendre « [...] déplaisait même aux alliés de Lacédémone, qui disaient que, s'il cherchait à détruire les Thébains, ce n'était point pour quelque grief public, mais pour satisfaire une certaine rancune, et par un motif de jalousie opiniâtre. Nous n'avons que faire, disaient-ils, de courir tous les ans de côté et d'autre, et de suivre, en si grand nombre, une poignée de Lacédémoniens. On rapporte qu'Agésilas, pour leur montrer ce qu'était en réalité leur nombre, imagina ce moyen : il commanda que les alliés se plaçassent assis tous ensemble d'un côté, et les Lacédémoniens seuls de l'autre côté ; puis il fit crier l'ordre de se lever, d'abord aux potiers, et ils le firent ; même commandement fut fait en second lieu aux forgerons, puis aux charpentiers, ensuite aux maçons, enfin aux hommes des divers métiers tour à tour ; et ainsi se levèrent presque tous les alliés, mais non un seul Lacédémonien ; car il leur était interdit d'exercer aucun art, d'apprendre aucun métier. Vous voyez, mes braves, leur dit Agésilas en riant, combien nous envoyons plus de soldats que vous ! »Plutarque, La Vie d'Agésilas, 26 Les habitants de Sparte (les « Lacédémoniens ») étaient divisés en trois classes : les citoyens à part entière, connus en tant que Spartiates ou Hómoioi (« Semblables »), qui recevaient une concession de terre (kleros) en échange de leur service militaire ;