Chantecler est une pièce de théâtre en quatre actes d'Edmond Rostand créée en 1910. Elle est représentée pour la première fois le au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Les rôles principaux sont interprétés par Lucien Guitry, Jean Coquelin, Félix Galipaux et Madame Simone.

Sur une basse-cour règne un coq, Chantecler, si convaincu de son importance qu'il s'imagine, par son chant, faire se lever le soleil. Mais l'arrivée d'une poule faisane bouleverse sa vie, lui révélant l'amour, de telle sorte qu'il en oublie de chanter. L'astre du jour étant cependant apparu, Chantecler devient la risée de tous les animaux domestiques et sauvages, surtout des hiboux, créatures de la nuit qui le détestent. Ils le contraignent à accepter un combat public avec un autre coq. Le combat se déroule dans le salon littéraire de la Pintade. Vainqueur après avoir frôlé la mort, Chantecler défend alors la basse-cour contre les menaces d'un épervier et recouvre ainsi une part de son prestige. Injustement délaissée, mais comprenant que chez le coq la vanité est plus forte que l'amour, la faisane se sacrifie pour lui et se porte à sa place au-devant d'un chasseur. Un coup de feu est tiré, mais c'est un rossignol qui est blessé à mort. Le chant rauque du coq continue seul à célébrer l'aube.

Historique Chantecler est une pièce de théâtre en quatre actes d'Edmond Rostand écrite en 1910..

La pièce

Une œuvre de démesure L’œuvre compte un nombre considérable d’acteurs, plus de 70 personnages, 195 costumes ayant demandé de travail.  Après le succès de Cyrano, sa sortie est attendue avec une ferveur, attisée par les retards répétés. Les spectateurs viennent du monde entier assister à la première, le prix des places officielles est doublé.  La prouesse technique de cette pièce l’a desservie par la suite . Elle est rarement reprise, les moyens de mise en scène, mis en œuvre par Rostand, étant extraordinaires.

Edmond Rostand écrit Chantecler après deux succès : Cyrano et L'Aiglon. Il en commence la rédaction à l'âge de .

L'exigence est à la hauteur de la démesure du projet. La pression est énorme pour le jeune auteur. Rostand écrit avec aisance. Il conçoit lui-même les costumes et les maquettes des décors. Mais l'achèvement d'une pièce aussi colossale lui est pénible. Il est en butte à des problèmes de santé et à des crises d'angoisse. L'obligation de finir le "monstre" Chantecler devient pesante pour lui. Rostand met huit ans à achever son œuvre.

Résumé

Tandis que le Merle, comme à son habitude, se moque de tout et de tout le monde, la Poule Grise confesse à la Poule Blanche qu’elle est amoureuse du coucou. le Pigeon, employé des Postes, s’arrête un instant pour admirer celui que tous admirent : l’illustre Coq Chantecler, dirigeant incontesté de la basse-cour.

Toujours vantard, le Dindon prétend qu’il lui a jadis donné des leçons de chant. Pendant ce temps, Chantecler lui-même adresse au Soleil son hymne d’adoration quotidienne. Ensuite, il expédie chacun et chacune à sa tâche ordinaire. Resté seul, il se retrouve très satisfait de lui-même.

Patou, chien bâtard et bourru, vient avertir Chantecler que le Paon et le Merle, représentant pour le premier la stupidité, pour le second l’esprit le plus faux, sont plus dangereux pour lui et son autorité que la première poule venue. Éclatent alors les coups de fusil des chasseurs. Un Faisane dorée tombe, épuisée, dans la cour. Patou la cache dans sa niche. Sauvée, elle fait le tour de la propriété, conduite par un Chantecler aussitôt séduit. La Pintade, mondaine superficielle, transportée d’admiration par le charme de la nouvelle venue, invite cette Faisane à sa grande réception du lendemain.

La nuit tombe. La Faisane, qui ne dort que d’un œil, surprend un complot contre le Coq. Cette conspiration nocturne est menée par le Grand-Duc, le Chat huant, les chouettes et les hiboux, avec le concours du Merle, de la Taupe, du Chat et de plusieurs autres conjurés. Ils mettent au point leur grande machination contre Chantecler, cet annonciateur de la lumière, leur ennemie capitale.

Le Scoops révèle qu’un éleveur d’oiseaux a préparé pour des concours un défilé de coqs des races. Le Paon doit les présenter le lendemain chez la Pintade. Leur vue irritera certainement Chantecler, qui voudra les provoquer. Mais les conspirateurs ont infiltré ce défilé avec un véritable coq de combat, dont les pattes portent des rasoirs. Un cocorico lointain disperse les conjurés.

Le Merle, resté seul, retrouve la Faisane angoissée. Préférant déjeuner, il quitte les lieux. Arrive alors le coq. Surpris de voir la belle faisane debout dès l’aube, Chantecler révèle son secret orgueilleux : c’est lui qui, par son cri sonore, fait lever le Soleil. D’abord sidérée, elle semble convaincue par la démonstration. Épuisé de faire fuir chaque jour l’obscurité et d'envoyer la lumière dans les moindres recoins, Chantecler s’avoue épouvanté d’une gloire dont il se sent indigne. Il souffre de ne pas trouver sa propre chanson dans son cœur. La Faisane, éblouie, lui déclare son amour. Mais le Merle a surpris la conversation.

Tandis que la Faisane les quitte pour se rendre chez la Pintade, le Merle déclare à Chantecler qu’il ne croit pas du tout à la réalité de son action. Il le prévient néanmoins de l'existence du complot. Dès lors, Chantecler décide de se rendre quand même chez la Pintade, souhaitant affronter son destin de façon chevaleresque.

Dans un coin du jardin, au potager, la Pintade donne sa grande réception. Averti par Chantecler de ce qui se prépare, Patou a cassé sa chaîne pour venir le soutenir quoi qu'il arrive. Après les chœurs des Guêpes, des Cigales et des Abeilles, le Paon, très précieux et guindé, arbitre des élégances, annonce les coqs d’élevage. Leurs variétés sont des plus invraisemblables. La Pintade, est éperdue de bonheur. À ce moment paraît Chantecler, moqué par les invités. Critiquant le concours, il est provoqué par le Pile Blanc, grand coq de combat professionnel et réputé invincible.

Chantecler, avant leur duel, tient à proclamer aux témoins son secret. Accueilli par un rire universel, puis accablé de blessures, il va succomber sous les coups de son adversaire. Soudain l’ombre de l’Épervier, vient terrifier toute la basse-cour, ravie de se réfugier sous l’aile bienveillante de Chantecler. L’Épervier éloigné, tous attendent la reprise du combat. Or, le Coq a repris courage en tremblant pour les autres et affronte son adversaire avec un style de combat novateur. Le Pile Blanc finit par se blesser lui-même avec ses couteaux et se sauve piteusement.

Chantecler se remet de ses blessures et éprouve quelques difficultés à chanter. Cependant, il aime toujours autant sa basse-cour, son petit monde de "créatures naïves, crédules ou trop intelligentes". Après avoir dit au Merle ses quatre vérités, il s'exile dans la forêt avec la Faisane.

Au sein de la forêt, un chœur invisible, les oiseaux des bois, prient le Dieu des petits oiseaux et le bon saint François de leur donner leurs grains quotidiens. Chantecler et la Faisane échangent des paroles amoureuses, sous l’œil complice et amusé de l’omniscient Pivert. La Faisane, pourtant, souhaite être plus aimée que l’aurore et demande à Chantecler de lui sacrifier son chant, ce qu'il refuse. Les Crapauds, vils flatteurs, l'encouragent dans ce sens, et le félicitent d'être plus éloquent que le Rossignol. Ce rossignol intervient, outré. Une brève joute poétique oppose alors le Coq et le Rossignol à la voix si pure. Les Crapauds, juges et spectateurs, finissent par les déclarer ex aequo, avant de disparaitre dans l’ombre. Tout le petit bois est dans l’enchantement.

Un instant après, le Rossignol s’effondre, anéanti par un chasseur. Les Nécrophores enterrent le corps. La Faisane console le Coq éploré en le couvrant de son aile- ruse qui lui permet de voir l’Aurore se lever sans que Chantecler ne pousse de cri.

Patou, au nom de toute la ferme, vient réclamer le retour de Chantecler. Il accepte et fait ses adieux à la Faisane, mais d'autres chasseurs arrivent. Le rideau se baisse.

Personnages

Chantecler vignette|Le costume de Canard par Daniel Ogier, mise en scène Jean-Paul Lucet, 1992. Collection musée Edmond Rostand à la Villa Arnaga. Le coq occupe une place considérable dans le bestiaire symbolique. Il doit cette place à son « caractère » et à ses mœurs qui le distinguent des autres oiseaux. La mythologie, les cultes, les religions, la magie, les légendes, le folklore se sont emparés de lui. Dans Chantecler, le coq gaulois, normal et autochtone, règne dans sa basse-cour, adoré de ses poules, en maître et en pacha absolu. Il est un maître sévère et bon. Il ordonne mais il protège, il éveille mais il veille, il préserve les siens de l’oiseau de proie qui guette et de l’automobile qui passe. Il ne se contente pas d’assurer la lumière à ses sujets en réglant le soleil, il veille encore aux modestes travaux domestiques. Il représente l’ordre, le travail joyeux, l’harmonie. Il est dans la basse-cour le souverain légitime dont la volonté fait loi. On le craint mais surtout on l’aime. Naïvement, Chantecler se croît le maître du jour. Il imagine que son cocorico lancé aux quatre coins du ciel fait l’aurore et que tout le travail humain attend le signal auquel il donne un envol lyrique. Il porte en lui le soleil, il en est sûr et il en reste illuminé. Il lance avec conviction l’hymne du premier acte (Acte I, scène II) :

La Faisane

Le faisan et la faisane jouent un rôle important dans les mythes de l’Extrême-Orient. Le faisan est ainsi associé aux cycles du principe universel : le yin et le yang. Rostand ne reprend pas ce symbole pour la création de son personnage. Il utilise plutôt la morphologie de l’animal (beauté du plumage) pour créer un personnage séduisant. La Poule Faisane, c’est la beauté resplendissante des couleurs et des formes : cuirassée d’écarlate, casquée d’aigrettes aux tons d’aurore, allongée de plumes qu’elle balance en marchant, elle est, si l’on peut dire, un volatile d’une autre condition sociale, une tentatrice. La Faisane a toute la grâce et la splendeur de l’éternel féminin. Elle apparaît élégante, tendre et maligne, d’un charme extrême. Elle représente le mystère et l’attrait du péril. Elle est l’aventurière en même temps que l’amoureuse. Hôtesse de la forêt, elle vante à Chantecler les joies de la liberté, le charme des forêts où l’on respire l’air pur, qui ne ressemble en rien aux miasmes corrompus de la basse-cour. Sous la plume de Rostand, la faisane devient l'incarnation d'une femme moderne, émancipée et dominatrice. Avec le plumage, elle a pris tous les privilèges du mâle et elle est prête à livrer bataille en matière de féminisme.

Le Merle Dans Chantecler, Rostand réinvente la symbolique du Merle moqueur, oiseau qui par son chant aigu et joyeux, raille ceux des autres oiseaux.

À travers les barreaux de sa cage, le Merle siffle des épigrammes, ironique et blagueur, et lance contre le coq et sur toutes choses des plaisanteries mal apprises d’un moineau parisien. Il parle toujours l’argot, tâchant d’être spirituel pour tourner tout en ridicule et cynisme. Il apparaît comme un personnage persifleur, toujours railleur, « fort en bec ». Avec ses jeux de mots obstinés, ses sautillements et ses blagues incessantes, il dénigre le cocorico franc et vainqueur de Chantecler, qui lui répondra plus tard, avec une tirade des plus violentes. Le Merle incarne l’esprit d’un mondain parisien, sceptique et railleur. Il représente la frivolité, la jalousie et la bassesse, la lâcheté et l'hypocrisie. Il est tout ce que l’on peut imaginer d’opposé à l’enthousiasme et à l’idéalisme campé par Chantecler et Patou.

Patou