Les Cachemiris (en cachemiri : [kəːʃirʲ]) sont un groupe ethnolinguistique originaire de la région de la vallée du Cachemire, dans l'État indien du Jammu-et-Cachemire. La langue des Cachemiris est le cachemiri, une langue indo-aryenne issu des langues dardes. La majorité des Cachemiris vivent dans la vallée du Cachemire , en anglais , .

Les Cachemiris sont un peuple aux origines mixtes, mêlant des influences tibétaines, himalayennes et indo-aryennes. Leur riche patrimoine culturel et artistique s’est transmis à travers les siècles. Réputés pour leur robustesse, leur longévité et leur grande capacité d’adaptation, ils figurent parmi les plus anciens peuples du sous-continent indien. (Source : analyse de leur patrimoine génétique, linguistique et culturel)

Sous l’Inde britannique, et même bien avant, leur génétique et leurs caractéristiques physiques étaient particulièrement convoitées par certaines populations de la région. Dans une société où la clarté de la peau était perçue comme un signe de noblesse et de bien-être, les Cachemiris, souvent dotés de cheveux roux – un trait particulièrement répandu chez eux entre le et le –, suscitaient de nombreuses convoitises. À cette époque, ils constituaient d’ailleurs l’une des plus grandes concentrations de personnes rousses au monde. Leur mode de vie simple, leur souplesse, leur force physique et leur profonde solidarité faisaient partie intégrante de leur identité, dans une société fondée sur l’entraide et l’harmonie, indépendamment des différences religieuses ou ethniques.

Avant les conflits et les interventions coloniales, l’État princier du Jammu-et-Cachemire était considéré comme le cœur de l’Asie, en raison de sa beauté naturelle et de sa biodiversité exceptionnelle. Cependant, les guerres successives, les violences et les massacres ont conduit à un déclin drastique de cette population. Alors qu’ils étaient encore près de 55 millions au , leur nombre est aujourd’hui estimé à environ 8 millions. Une grande partie d’entre eux a fui les conflits et les persécutions, se mêlant aux groupes ethniques voisins, tandis qu’une autre a été victime de violences et d’assimilation forcée, notamment dans les territoires occupés.

Ainsi, bien que leur présence soit désormais plus rare, l’héritage culturel et l’histoire des Cachemiris demeurent profondément ancrés dans la mémoire du sous-continent, témoignant de la richesse et de la singularité de ce peuple.

Originaire de la vallée du Cachemire, de petits groupes de population de Cachemiris vivent dans les autres district du Jammu-et-Cachemire. Le groupe ethnique est retrouvé dans la vallée du Chenab, c'est-à-dire les districts de Doda, Ramban, de Kishtwar et de la vallée de Neelam (Kishenganga) et Leepa. Depuis 1947, de nombreux Cachemiris ont émigré au Pakistan. La migration de cette communauté remonte cependant à la période de domination de la dynastie Dogra, de l'empire sikh et de l'empire durrani, ., en anglais : . La religion dominante est l'Islam sunnite, en anglais : avec toutefois une part non négligeable d'une communauté hindoue. La plupart des cachemiris musulmans sont issus des pandits cachemiris et des autres anciennes communautés ou castes hindoues ou bouddhistes qui préexistaient dans la région, une partie utilise le préfixe nominal Sheikh (associé aux familles de brahmanes cachemiris convertis à l'Islam), en anglais : .

Cependant, tous les résidents de l'Azad Cachemire se définissent comme étant des Cachemiris alors qu'ils ne font pas tous partie du groupe ethnique, en anglais : .

Origines vignette|Région du Cachemire avec le Pir Panjal et la vallée du Cachemire avec les délimitations administratives. De nombreuses théories ont été émise pour déterminer les origines des cachemiris. Selon Pandit Anand Koul, cette ethnie est l'héritière d'un peuple indo-aryen de l'Asie centrale. D'autres théories présentent leurs origines comme indienne, c'est-à-dire venant des régions méridionales de la péninsule, reniant parfois l'origine aryenne des cachemiris en les rapprochant des Pishagas et Nagas. Cependant la présence de Nagas dans l'ancien Cachemire est contestéGulshan Majeed., “No Naga Presence in Ancient Kashmir The Past Never Is”, in Approaches to Kashmir Studies, eds G.M. Khawaja, Gulshan Majeed, 2011, Gulshan Books, Srinagar, ..

Une thèse a été émise par R.K. Parmu considérant que les ancêtres des cachemiris sont d'origine juive, en raison des similarité entre cette ethnie et les israélites. Cette théorie prétend que les tribus perdues d'Israël se sont installées dans le Cachemire après la diaspora du peuple juif, et ont été . Selon Bhat, cette théorie est réfutée par la plupart des chercheurs.

Selon Dar, le fait que la région du Cachemire soit frontalière avec la Chine, l'Inde, le Pakistan et l'Afghanistan, de nombreuses vagues de migrations ont constitué la population. La rencontre des ethnies venant de l'Asie centrale et de l'Inde, ainsi que les soufis iraniens et irakien. Plusieurs historiens ont avancé une migration directe depuis le centre de l'Asie en mettant en relation des coutumes et apparences similaires comme preuves.

Histoire

Sous domination bouddhiste et hindoue Le système de caste dans la région du Cachemire fut influencée par le bouddhisme lors de la période d'Ashoka au cours du . Une des conséquences de la mise en place de ce système fut la perte des traditionnelles lignes de varna, à l'exception de celles des brahmanes qui restèrent intactes. Les anciennes communautés du Cachemire mettaient la place des femmes dans un rôle relativement important par rapport aux autres communautés de l'époque. vignette|268x268px|Enfants Cachemiris portant le traditionnel phiran. La région du nord de l'Inde fut l'objet d'attaques turciques et arabes à partir du , tout en épargnant la vallée escarpée du Cachemire au profit de zones plus facile d'accès. La corruption et la faiblesse de la dynastie hindoue des Lohara ont mis en place des conditions nécessaire dans l'établissement d'un pouvoir musulman à partir du . Mohibbul Hasan décrit ce changement de gouvernance comme tel :

Les taxes mises en place à l'encontre des brahmanes lors du règne du dernier roi Lohara exacerba les mécontentements de cette caste élevée qui en était jusque là exemptée.

Implantation de l'islam et la dynastie de Chah Mar L'islam est arrivé dans le Cachemire en avec la conversion du roi bouddhiste Rinchan, initialement un ladakhi qui conquit la vallée, auprès du missionnaire Sayyid Bilal Shah (aussi connu sous le nom de Bulbul Shah). Après sa conversion, il change de nom pour Malik Sadur-ud-Din, devenant le premier souverain musulman du Cachemire. En , Chah Mir établit la dynastie du même nom. Au cours du , la présence de nombreux oulémas venus de l'Asie centrale pour prêcher a participé à l'islamisation de la région. Les oulémas notables ayant participé à la vie religieuse du Cachemire à cette époque sont Sayyid Jalaluddin, Sayyid Tajuddin, Sayyid Ḥusayn Simani, Sayyid Ali Ḥamadani, Mir Muḥammad Hamadani, et Shaykh Nuruddin, en anglais : .

Sayyid Ali Hamadani (aussi connu sous le nom de Shah-yi Hamadan), auprès de milliers de ses fidèles, convertit des milliers de Cachemiris à l'Islam et apporta une influence perse dans la culture de la région. Son fils, Sayyid Muḥammad Hamadani, encouragea le souverain Sikandar Butshikan (1389–1413) à renforcer la loi islamique et établir une entité dirigée par les autorités religieuses. Vers la fin du , la majorité de la population appartient à l'oumma, en anglais : . Lors de la gouvernance du sultan Sikandar Butshikan (1389–1413), considéré comme un iconoclaste, une migration de masse des pandits eut lieu en direction des autres provinces de l'Inde.

La domination Chak En 1540, Mirza Haidar, le gouverneur moghol de Kachgar et cousin de Babur conquit le Cachemire. Il régna jusqu'à 1551 quand il fut tué lors d'une révolte menée par la tribu Chak. Les Chaks sont considérés comme des descendants des dardes venant de Chilas. Aujourd'hui, ils sont présents dans la partie nord de la vallée du Cachemire. En 1557, il renversèrent la dynastie de Chah Mir et prirent le pouvoir. Chiites, les dirigeants Chaks persécutèrent leurs sujets sunnites et provoquèrent le départ de nombreux enseignants de cette branche de l'Islam. Désabusés, certains de ces derniers, à l'instar de Sheikh Yaqub Sarfi, se réfugièrent auprès de la cour d'Akbar en demandant une intervention pour libérer le Cachemire avec des conditions définies telles la liberté de culte pour la population cachemiri. Sheikh Yaqub Sarfi entreprit tout au long de sa vie de mettre en place des conditions de vie propices à la cohabitation entre chiites et sunnites, à commencer par proscrire toutes formes de représailles envers les chiites. Après avoir été repoussées par deux fois., en , les forces impériales mogholes entrèrent dans la vallée du Cachemire en utilisant à leur profit la division entre chiites et sunnites.

La domination de l'Empire moghol Les politiques anti-chiites de Mirza Haidar Dughlat qui suivirent les mesures anti-sunnites des Chaks ont mis un terme à l'unité des Cachemiris, laissant place à une hégémonie de la part des autorités moghols. La victoire d'Akbar précipita la fin d'une autorité religieuse locale, menant à une perte d'indépendance relative, en anglais : .

Akbar réduisit également la demande de revenus fonciers de deux tiers, comme c'était le cas auparavant, la ramenant à la moitié de la production. Les hindous de la région connurent un répit après la sévère répression subie par les régimes précédents.

Sans développer les secteurs productifs, les Moghols maintinrent une présence militaire considérable dans la vallée. Ils encouragèrent la création artistique avec entre autres la création de nombreux jardins et mosquées. Cette intégration culturelle est pour les historiens du Cachemire une perte de l'identité culturelle cachemiri. Chitralekha Zutshi avance par exemple que les poètes cachemiris commencèrent à mettre en avant leurs appartenance régionale durant le règne moghol. Selon M.J. Akbar, la rencontre culturelle entre Delhi et le Cachemire amena les Cachemiris au souhait de retrouver une indépendance, .

Empire Durrani En 1751, Ahmad Chah Durrani, annexe le Cachemire au sein de l'empire durrani. Originaire d'Afghanistan, l'empire apporta une politique de discrimination visant principalement les hindous, sans pour autant avantager une autre communauté, indépendamment de l'appartenance religieuse, en version originale : . . Les Durranis envoyèrent de nombreux Cachemiris comme esclaves dans le . Pendant la domination durrani, la production de châles a décliné, probablement à cause de taxes élevées. Selon les chercheurs Chitralekha Zutshi et Janet Rizvi, la politique des dirigeants afghans a provoqué la migration des tisserands cachemiris vers la région du Pendjab. Toutefois, les Afghans ont mis à profit l’expérience administrative des pandits, ce qui montre une relative collaboration entre les deux partis, même s'il faut noter qu'aucun pandit n'a eu accès à un poste dans le gouvernement. George Foster, visitant le Cachemire à cette époque décrivit l'oppression des Cachemiris par les Afghans par ces termes:

La dynastie quitta la région avec l'arrivée de l'Empire sikh en 1819, qui fut dans un premier temps bien accueilli par les Cachemiris, .

Empire Sikh En , le maharadjah Ranjît Singh à la tête de l'empire sikh prend possession du Cachemire jusqu'en . Lors des vingt-sept années de souveraineté, seize gouverneurs se succédèrent. Parmi eux, dix furent hindous, trois furent sikhs et trois furent musulmans. Après l'occupation durrani, la population du Cachemire se réjouit du départ des afghans, mais les sikhs suivirent la même politique avec une oppression qui, selon Snedden, se fit sans la prise en compte de la religion des habitants.