Homer Calvin Davenport est un caricaturiste, écrivain et éleveur de chevaux américain, né le à Silverton (Oregon) et mort le à New York.
Bien que n'ayant aucune formation en dessin, Davenport devient l'un des caricaturistes politiques les mieux payés au monde, s'attaquant aux figures majeures du et de l'ère progressiste, en particulier le grand patron d'industrie et homme politique Marcus Hanna. Il est également l'un des premiers éleveurs de chevaux arabes aux États-Unis et fait partie des fondateurs de l'Arabian Horse Association.
Après avoir exercé divers emplois, il se consacre au métier de caricaturiste en travaillant pour plusieurs journaux de la côte ouest, dont The San Francisco Examiner qui appartient au magnat de la presse William Randolph Hearst. Transféré ensuite à New York, il travaille avec l'une des plus prestigieuses équipes de journalistes de l'époque à l'emploi d'un seul journal. Collaborateur du chroniqueur Alfred Henry Lewis, il dessine de nombreuses caricatures qui ciblent particulièrement le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine de 1896, l'ancien gouverneur de l'Ohio William McKinley. Il continue ses satires durant l'élection présidentielle américaine de 1900, qui voit McKinley obtenir un nouveau mandat. En 1904, il s'éloigne de Hearst et travaille pour un journal républicain, le New York Evening Mail, dans lequel il publie quelques caricatures louant les mérites de Theodore Roosevelt, stimulant ainsi sa campagne électorale. En 1906, le président témoigne sa gratitude envers Davenport en lui délivrant un aval diplomatique qui lui permet de voyager au Moyen-Orient, afin d'acheter des chevaux arabes. En s'associant avec le millionnaire Peter Bradley, il côtoie durant ce voyage le peuple `Anizzah de Syrie et prête un serment de fraternité avec le chef bédouin qui lui sert de guide. Les que Davenport ramène aux États-Unis auront un impact profond et durable sur l'élevage de chevaux arabes.
Les dernières années de l'existence d'Homer Davenport sont marquées par une baisse du succès de ses caricatures et une vie personnelle troublée. Après l'échec de son mariage, il consacre beaucoup de temps à ses activités d'élevage, voyage beaucoup et donne quelques conférences. Il aime les animaux et la vie de campagne ; en plus des chevaux, il élève des volailles et autres animaux domestiques. Il meurt en 1912 d'une pneumonie, qu'il avait contractée après s'être rendu sur les docks de New York afin de couvrir l'arrivée des survivants du naufrage du Titanic.
Enfance et famille vignette|Florinda Davenport et son fils Homer, en 1870.|alt=Photographie en noir et blanc d'une femme assise sur une chaise, devant laquelle se tient un petit garçon. Au pied de la photo, une mention manuscrite indique : « My mother and I, 1870 Homer Davenport ».
Homer Davenport naît en 1867 à Silverton, dans le comté de Marion en Oregon. Ses parents s'appellent Timothy Woodbridge et Florinda Willard Davenport.. Sa famille a des profondes racines progressistes. Son grand-père Benjamin, qui est médecin et abolitionniste, possède une maison dans l'Ohio et l'utilise comme point de ravitaillement pour les esclaves parcourant le chemin de fer clandestin.. Les parents de Davenport, qui se marient en 1854, perdent deux de leurs enfants en bas âge, mais Homer et sa sœur aînée, Orla, survivent jusqu'à l'âge adulte. Son père Timothy suit une formation en médecine, mais devient finalement arpenteur puis écrivain, surnommé (« le sage de Silverstone ») par ses lecteurs. Il devient agent du bureau des affaires indiennes en 1862, arpenteur du comté de Marion en 1864, et plus tard, agent foncier.. Il est parmi les fondateurs du parti républicain de l'Oregon et assure la fonction de représentant du même état de 1868 à 1872. Il devient également sénateur en 1882. Il se présente sans succès à la Chambre des représentants des États-Unis sur la liste du parti indépendant en 1874.
La mère de Davenport apprécie les caricatures politiques de Thomas Nast qui paraissent dans Harper's Weekly. Alors qu'elle est enceinte d'Homer, elle voit dans une sorte de « prophétie » que son enfant deviendra un caricaturiste aussi célèbre que Nast. Elle commence dès lors à suivre à la lettre les recommandations de Russell Trall dans son essai How To Born [sic] A Genius (« Comment engendrer un génie »), en adaptant un régime alimentaire et un comportement spécifiques durant sa grossesse. Elle meurt de la variole en 1870, alors qu'Homer a tout juste trois ans. Sur son lit de mort, elle demande à son mari de donner à son fils « toutes les chances » de devenir caricaturiste...
alt=Photographie représentant une intersection de rue d'une petite ville.|gauche|vignette|La petite ville de Silverton.
À cause de l'épidémie de variole qui a tué Florinda, Homer et sa famille sont mis en quarantaine par les autorités ; ils sont confinés à l'intérieur de leur maison durant l'hiver 1870-1871. C'est pendant cette période que Timothy commence à raconter à son fils Homer des histoires sur les Bédouins et leurs chevaux. Peu de temps après, à l'âge de trois ans et neuf mois, Homer utilise ses peintures, qu'il a reçues à Noël, pour dessiner ce qu'il appelle des « chevaux arabes ». Il apprend dès lors à monter Old John, le cheval de la famille. Après la mort de sa mère, ce sont les deux grands-mères de Davenport qui s'occupent de son éducation. Son père se remarie en 1872 avec Elizabeth « Nancy » Gilmour Wisner et, en 1873, la famille s'installe à Silverton, une ville de qui se situe à environ au sud de Portland. Le caricaturiste raconte plus tard que cette nouvelle vie lui a permis de « vivre dans le quartier latin de ce village afin d'absorber toute l'atmosphère artistique qui s'en dégage ».
Jeunesse et études vignette|Caricature d'un porc par Davenport.|alt=Caricature illustrant un porc. Au début de sa jeunesse, Davenport travaille dans le magasin et la petite ferme de sa famille, où il se charge de traire les vaches. Durant son temps libre, il apprend à jouer de la musique et, selon la volonté de sa mère, « étudie les visages afin de pouvoir les dessiner ». Bien qu'apprécié de ses voisins, Homer est considéré par certains de son entourage comme un fainéant, car ils pensent que le métier de dessinateur n'est pas un travail fiable. C'est durant cette période que le jeune Davenport démontre un intérêt pour les animaux, en particulier les chevaux de course et les coqs de combat. Il écrit plus tard que sa fascination pour les chevaux arabes s'est éveillée durant son adolescence lorsqu'il a vu par hasard l'image d'un cheval de type arabe sur une grande boîte de liniment pour chevaux, qu'il nettoie et garde précieusement. Il considère même cet objet comme son « seul bien artistique » durant de nombreuses années. Il joue également avec l'orchestre local et effectue des tournées jusqu'à Portland.
Davenport ne rencontre guère de succès durant ses premières années actives. Il obtient son premier travail en dehors de Silverton vers la fin de son adolescence, en suivant un petit cirque de passage dans la ville, où il est engagé comme clown et s'occupe du petit troupeau de chevaux de la troupe, qu'il ne manque pas de dessiner. Cependant, il se décourage rapidement de son travail après qu'on lui a ordonné de brosser tout le corps d'un éléphant avec de l'huile de lin. Il quitte très vite la troupe et essaye de se reconvertir dans l'hippisme en devenant cavalier professionnel, bien que sa grande taille soit plutôt un handicap pour ce métier. Durant cette période d'« errance », Homer exerce également le métier de commis dans un magasin, pompier, mais aussi chauffeur sur le bateau à roues à aubes Multnomah..
En 1889, Davenport fréquente le San Francisco Art Institute, en Californie, où il est expulsé après un mois d'études à cause de ses caricatures ; il retourne toutefois dans l'établissement durant une brève période en 1892. Ensuite, il travaille au journal Portland Telegram qui accepte de publier plusieurs de ses caricatures. En 1890, il fréquente durant quelques mois l'Armstrong Business College.
Alors que son travail ne lui permet pas de revenir à Silverton, et cela, pour le reste de sa vie, Davenport n'oublie pas pour autant son Oregon natal. Il interdit en effet à ses parents de lui envoyer quoi que ce soit qui lui rappellerait la ville, de crainte de tomber dans une profonde mélancolie.
Carrière de caricaturiste Débuts sur la côte ouest Davenport obtient son premier vrai travail en tant que caricaturiste en 1889, lorsqu'il est engagé par le journal The Oregonian, basé à Portland.. Déjà à l'époque, il se distingue par ses caricatures illustrant des événements historiques. Cependant, il est congédié en 1890 pour avoir mal dessiné un poêle pour une affiche publicitaire, le jeune artiste ayant des difficultés à dessiner les bâtiments et les appareils électroménagers. Il travaille ensuite pour le Portland Sunday Mercury, puis voyage à la Nouvelle-Orléans pour assister à un combat de boxe entre Jack Dempsey, originaire de Portland, et Bob Fitzsimmons. À son retour en Oregon, il gagne sa vie en vendant des cartes postales illustrées de ses dessins.
vignette|Un cheval arabe et quelques dresseurs durant l'Exposition universelle de 1893.|alt=Photographie en noir et blanc représentant un cavalier entouré de quatre personnes, dont une assise par terre.|gauche
Le talent de Davenport attire l'attention de C. W. Smith, directeur général de l'Associated Press, qui est également cousin germain du père d'Homer. En 1891, Smith obtient pour le jeune caricaturiste un laissez-passer gratuit pour un train à destination de San Francisco et écrit une lettre de recommandation en faveur de Davenport au directeur commercial du San Francisco Examiner. Lorsqu'il arrive au siège du journal, le directeur commercial est très impressionné par les gribouillis que Davenport dessine dans la salle d'attente. Il obtient tout de suite un travail dans le journal, mais pas en tant que caricaturiste. Il est chargé d'illustrer les articles du journal avec ses dessins, car à l'époque, il est encore difficile et très compliqué d'incorporer directement des photographies dans les pages des journaux. Au bout d'un an passé à l'Examiner, il est congédié après avoir demandé une augmentation de son maigre salaire de par semaine.
En 1892, il obtient un travail au San Francisco Chronicle et se fait remarquer des lecteurs par sa capacité à bien dessiner les animaux. Il démissionne en et part pour Chicago afin d'assister à l'Exposition universelle de 1893, d'autant plus que ses contacts lui permettent d'obtenir un poste au Chicago Herald. Cette fois, Davenport a pour tâche d'illustrer les courses de chevaux au Washington Park. Le Herald le renvoie pour avoir « tous les jours visité et dessiné les chevaux arabes exposés à l'Exposition universelle ». Il est plus probable que le motif de son renvoi est d'ordre financier, car la foire étant terminée, il n'y avait plus de travail. Davenport confirme cette hypothèse dans une entrevue de 1905.