Le capitaine Achab (Ahab dans la version originale en anglais) est un personnage de fiction, et le principal protagoniste du roman Moby Dick d’Herman Melville (1851). C’est le capitaine monomaniaque du baleinier Pequod. Lors d’un précédent voyage, la baleine blanche Moby Dick a dévoré une jambe d’Achab, le laissant unijambiste, avec une prothèse faite d'ivoire. La chasse à la baleine du Pequod devient une chasse vengeresse contre Moby Dick, Achab incitant son équipage à le seconder dans sa mission fanatique. L'éloquence, le mystère, la crainte, la stature et l'apparence d'Achab provoquent un véritable enthousiasme et un engouement massif des marins du Péquod pour la chasse à la baleine blanche. Seul son Second, Starbuck, ose rappeler le capitaine Achab à la raison, arguant que l'objectif d'un baleinier est avant tout de rapporter de la graisse de baleine à bon port et s'oppose discrètement mais fermement au projet obsessionnel de vengeance d'Achab qu'il a transmis à l'équipage. Quand Moby Dick est enfin repérée, la haine d’Achab lui fait perdre toute prudence, et la baleine l’entraîne au fond de l’océan.

Le biographe de Melville, Andrew Delbanco, dit qu’Achab est « une personnification géniale du fanatisme extrême »Delbanco (2005), 166. L’érudit F. O. Matthiessen attire l’attention sur le fait qu’Achab est appelé « un homme sans dieu, pareil à un dieu ». La tragédie d’Achab est celle d’un « désir corrompu, d’une âme brûlante pour qui l’accès à l’exubérance de l’amour est interdit », et il soutient qu’il « demeure damné »Matthiessen (1941), 457 n.5. L’écrivain D. H. Lawrence éprouve peu de sympathie pour Achab, et trouve que la baleine aurait dû « couper ses deux jambes, et encore un peu plus »Lawrence (1923), 157.

La création du personnage d’Achab a été influencée par l’ouvrage de Samuel Taylor Coleridge, Lecture d’Hamlet, et par les personnages de la Bible et de la littérature classique, comme les œuvres de Shakespeare et Milton. La prothèse d’Achab, par exemple, est considérée comme une allusion au mythe d’ŒdipeSweeney (1975), 73-4..

Achab est fermement ancré dans la culture populaire par les arts comme une figure de vengeance obsessionnelle, démesurée et souvent funeste. Il a fourni à J. M. Barrie le modèle de son Capitaine Crochet, qui est obsédé non par une baleine mais par un crocodile"Moby-Dick – a modern tragedy." The Telegraph, 27 octobre 2008.David Park Williams (1965)."Hook and Ahab: Barrie's Strange Satire on Melville." PMLA, décembre 1965. Restauré le 25 mars 2014.Barbour (1986), 16.

Biographie Né un , Achab a été appelé ainsi par sa mère, une veuve folle, qui mourut lorsqu’il avait un an. À 18 ans, Achab s’est embarqué pour la première fois comme garçon-harponneur. Il a épousé sur le tard, moins de trois voyages avant celui du roman, une douce femme résignée, dont il a un jeune garçon. Il a « fréquenté tant les grandes écoles que les cannibales ; connu des prodiges plus profonds que la plus profonde vague ; plongé sa lance ardente, la plus vaillante et la plus sûre de l’île de Nantucket, dans des ennemis plus puissants et plus étranges que les baleines ».

Des années auparavant, Peleg, désormais copropriétaire du Pequod, a navigué comme second sous les ordres d’Achab. Pendant ce voyage, un ouragan près du Japon a fait chavirer le trois-mâts. À chaque instant, l’équipage a pensé que le bateau allait couler, que la mer allait le briser. Mais au lieu de penser à la mort, le capitaine Achab et Peleg pensaient à sauver tous les travailleurs, et réfléchissaient au moyen de gréer une mâture provisoire pour ramener le bateau au port le plus proche.

Selon les paroles mystérieuses d’Elie, Achab a autrefois été tenu pour mort pendant trois jours et trois nuits au large du Cap Horn, il a été impliqué dans une lutte à mort avec un Espagnol devant un autel à Santa, il a craché dans un calice d’argent. Lors de son dernier voyage, une baleine, le plus monstrueux cétacé qui ait jamais déchiqueté un bateau, a arraché la jambe d’Achab, et la douleur que lui cause son moignon l’a rendu d’une humeur toujours triste, et même désespérée. Ajoutant l’outrage à la blessure, Achab est dépendant d’un os de baleine comme prothèse. Ni malade ni bien portant, Achab garde la chambre.

Achab a 58 ans au moment du dernier voyage du Pequod. Peleg et Bildad pilotent le bateau hors du port, et Achab n’apparaît pour la première fois sur le pont que lorsque le bateau est déjà loin en mer. Au lieu d’embarquer pour un voyage ordinaire de pêche à la baleine, Achab déclare qu’il est parti pour assouvir sa vengeance, et cloue un doublon sur le mât comme récompense pour le premier membre d’équipage qui signalera Moby Dick, la baleine blanche. Quand Moby Dick est finalement repérée, une chasse catastrophique de trois jours commence. Etranglé par le cordage de son propre harpon, Achab tombe par-dessus bord et se noie lorsque la baleine plonge en l’entraînant.

Peleg tient Achab pour un « grand homme, sans dieu, pareil à un dieu ». Il est aussi surnommé « Vieux Tonnerre ».

Conception et création D’après Léon Howard, « Achab est un héros tragique shakespearien, créé d’après la formule coleridgienne »Howard (1940), 235. La personnalité d’Achab, qui apparemment ne ressemble à aucun capitaine sous les ordres duquel Melville ait navigué, a été profondément influencée par la remarque de Samuel Taylor Coleridge dans sa Lecture d’Hamlet, qui dit que « l'une des façons pour Shakespeare de créer ses personnages est de concevoir n’importe quelle faculté morale ou intellectuelle dans un excès morbide, et de le placer, , dans des circonstances particulièresCitation in Howard (1940), 231. note en italique.. » Quand le narrateur de Moby Dick compare le capitaine Achab à une création artistique, les termes de la Lecture de Coleridge transparaissent : « Et il ne sera amoindri en rien, quant au pathétique, si de naissance ou à cause de quelque circonstance, une tristesse maladive domine le fond de sa nature, dans laquelle il semble se complaire à demi. » Et « c’est un certain goût morbide qui façonne tous les hommes d’une tragique grandeur », dit Ismaël. « Toute grandeur humaine n’est que maladieCitation in Howard (1940), 231. Note en italique.. »

Le discours d’Achab mélange l’archaïsme des Quakers et les tournures de Shakespeare pour servir un langage « du pays, comme des vers sans rimesMilder (1988), 435. »

La mort d’Achab se base apparemment sur un événement réel. Le , Melville était à bord du Star, qui faisait voile vers Honolulu. À bord se trouvaient aussi deux marins du bateau Nantucket, qui lui auraient dit avoir vu leur second « arraché du baleinier par un cordage pourri, et noyé », comme le capitaine Achab de Moby DickHeflin (2004), 189.

Achab du point de vue des allégories Le personnage d’Achab est façonné sur des modèles de la mythologie et de la littérature, qui se chevauchent et se renforcent l’un l’autre d’une façon si complémentaire que « l’ironie apparente d’une référence correspond souvent à la vérité d’une autre »Sweeney (1975), 14. Par exemple, les allusions à Œdipe, qui mettent en évidence l’ignorance et le manque de connaissance de soi d’Achab, sont parachevées par des références à Narcisse, qui expliquent les raisons psychologiques de son ignoranceSweeney (1975), 72. Achab utilisant une bêche comme béquille au chapitre 70 « Le Sphinx », rappelle au lecteur qu’il est boiteux, comme Œdipe, et aussi blessé, comme ProméthéeSweeney (1975), 73. Cependant, Achab peut être considéré à la fois comme conforme aux références et à l’opposé des autres personnagesSweeney (1975), 15.

Le roi Achab (Ancien Testament) Le nom d’Achab provient de l’histoire biblique d’Achab, souverain maudit adorateur d’idoles, dans le Livre des Rois 16:28-22:40. Cette association conduit Ismaël à demander, après avoir entendu parler d’Achab pour la première fois : « Lorsque ce roi pervers fut assassiné, les chiens ne léchèrent-ils pas son sang ? » Il est réprimandé par un des compagnons d’Achab, qui fait remarquer qu’il « n’a pas choisi son nom lui-même »Moby-Dick chapitre 16. "Le navire".

Pour l’allégorie de Melville, la chose la plus importante était qu’Achab « agit mal aux yeux de Yahvé, plus que tous ses prédécesseurs réunis. » Livre des Rois 16:30-31Mansfiel et Vincent (1952), 637. Le personnage biblique d’Achab annonce la fin tragique du capitaine et la dualité fondamentale de son personnage. Les deux Achab sont habiles dans leurs relations. Le capitaine connaît une réussite dans la pêche à la baleine depuis quarante ans. « La preuve de cette réussite, » remarque Nathalia Wright, « est incroyablement identique à celle de l’histoire du roi Achab : le capitaine Achab, lui aussi, vit dans une maison d’ivoire, ‘Le Pequod d’ivoire’ comme est souvent surnommé le bateau, paré de trophées de cachalots, d’os et de dents, ramenés de voyages fructueuxWright (1949), 62. » Le dernier voyage du navire, cependant, n’est pas complètement motivé par les affaires : à partir du moment où Achab plante le doublon d’or dans le mât, le voyage devient la poursuite d’un ennemi identifié, sous les ordres d’un capitaine sans concessions. Le roi Achab, un politicien capable mais un adorateur de dieux étrangers, offense Yahvé en reconnaissant Baal comme dieu. Yahvé ne tolère aucun autre dieu, et s’arrange avec de faux prophètes pour tuer le roi AchabWright (1949), 63.

Comme son homonyme, le capitaine Achab adore des dieux païens, particulièrement l’esprit du feu. Fedallah le Parsi, son harponneur, est un Zoroastrien adorateur du feu. Fedallah participe à la mort d’Achab en prédisant que : avant de mourir, Achab verra deux corbillards : le premier n’aura pas été fait de main d’homme, le second sera en bois des forêts d’Amérique ; il promet d’être devant son capitaine en tant que pilote ; il assure à Achab que seul le chanvre peut le tuer. Ces prophéties, aussi pertinentes soient-elles, trompent Achab, qui les entend comme une garantie de victoireWright (1949), 65.

Dans le film de 1956, lors de la signature du contrat comme marin sur le Péquod, Ismaël est pris d'hésitation et fait référence au nom maudit d'un roi du nom d'Achab. Le quaker et l'homme d'église chargés de recruter les marins prétendent qu'il ne faut pas en vouloir au capitaine d'avoir le nom d'un roi maudit. Peu avant d'embarquer, un personnage mystérieux du nom de « Elie » ou « Elijah » lui apprend que le capitaine Achab est maudit, et qu'il précipitera tous les marins qui le suivront en enfer sauf un. Les descriptions d'Achab faites par les marins de New Bedford, sont nombreuses et empreintes de mystères. Elles décrivent un homme déchiré par une baleine blanche, puis recollé à la moelle de baleine. Mais son portrait, peint par Ismaël lors de la première véritable rencontre avec Achab sur le pont du Péquod, vient raviver les descriptions précédentes. Il décrit un homme dont le regard luit des flammes de l'enfer. Un homme de haute stature, raide et hautaine, dont la claudication bruyante de ses promenades nocturnes sur le pont du Péquod est due à une jambe arrachée et remplacée par des os de baleine. Son regard fixé sur l'horizon fait immédiatement part à l'équipage du véritable objectif du voyage. La chasse à la baleine blanche. Achab semble totalement obsédé par celle qui a détruit son corps et son âme, Moby Dick.

Le Roi Lear (Shakespeare)