Kablouna est un récit de voyage qui relate le séjour d'une année de l'aventurier français Gontran de Poncins parmi les Inuits du Canada, en 1938-1939. Écrit en collaboration avec Lewis Galantière, il a d'abord été publié en anglais à New York, en 1941, puis traduit en français six années plus tard. Aux États-Unis, où il a connu une grande popularité, il est resté considéré comme un classique du genre.

Éléments du récit

Kablouna relate le voyage de Gontran de Poncins, seul, sans assistance ni itinéraire préétabli, dans l'Arctique canadien, où il partagea pendant un an la vie d'un groupe d'Inuits Netsilik.

Parti de France en , parrainé par la Société de géographie et le musée de l'Homme, l'auteur avait pour projet d'étudier « la vie des Esquimaux [et de] rapporter leurs outils les plus anciens », à une époque où, depuis une trentaine d'années déjà, leur mode de vie traditionnel était remis en cause par l'influence des missionnaires et des marchands de fourrures. De Coppermine (aujourd'hui Kugluktuk), il gagna Gjoa Haven, sur l'île du Roi-Guillaume. Prenant cette localité pour base, il parcourut la région, à pied ou en traîneau à chiens, accompagnant les mouvements saisonniers de ses hôtes d'un camp de chasse à l'autre, poussant vers l'est jusqu'aux confins de Pelly Bay (Kugaaruk), atteints en .

Le texte dépeint l'existence nomade des Inuits , les contraintes et les joies de la vie en igloo, l'échange des femmes et la sexualité débridée du printemps, les pratiques de chasse et de partage de la nourriture, l'importance de la famille et la place qui y est faite aux chiens, la force des individualités et celle de la solidarité collective.

Cependant l'intention exprimée par l'auteur dépasse la simple observation :

Sa démarche vise à rendre compte, dans la mesure du possible, de la réalité psychologique de ses compagnons :

Il tire de son expérience une forme de respect pour la culture inuite :

En complément du texte, l'ouvrage comporte de nombreux dessins de l'auteur et 32 pages de photographies en noir et blanc dans sa première édition.

Publication et réception De son année de séjour parmi les Inuits, Gontran de Poncins rapporta d'observations et de notes quotidiennes, en français et en anglais. Mis en forme et entièrement en anglais par un éditeur du groupe de presse Time, Lewis Galantière, le texte fut sélectionné par le en .

L'ouvrage, titré , fut donc d'abord publié aux États-Unis, où le groupe Time assura sa promotion auprès du grand public américain. L'édition française, traduite de l'anglais, fut publiée en 1947.

Dès sa première publication aux États-Unis, le livre fut salué comme un chef-d’œuvre de la littérature polaire, voire tout simplement comme un , selon les termes de la . Vendu à quelque deux millions d'exemplaires, il figurait toujours, au début du , parmi les classiques de la littérature d'aventureÀ la 84 place dans ..

Analyses Selon un témoignage de Lewis Galantière, Kablouna, bien que son texte récuse explicitement toute prétention scientifique, a été cité par Bronisław Malinowski comme un modèle d'écriture ethnographique.

Les commentateurs ont souvent souligné que, comme l'a écrit Christophe Roustan-Delatour, Gontran de Poncins : celui d'un homme qui, , avait fui, selon l'expression d'Henry Seidel Canby, , dans l'espoir de retrouver chez les Inuits les sources perdues du bonheur, et de s'y trouver lui-même. Au cours de cette quête et, à nouveau selon les termes d'Henry Seidel Canby,

Shari Michelle Huhndorf a plutôt insisté sur les limites de cette identification : l'auteur voyageur, s'il respecte les valeurs inuites, les définit en termes chrétiens ; de même qu'il désigne les lieux sous leurs noms coloniaux, il définit les Inuits eux-mêmes par rapport aux Européens, en faisant des premiers l'incarnation vivante des ancêtres préhistoriques des seconds. Dépeints comme plus nobles et plus purs que leurs congénères occidentaux, ce sont aussi des « primitifs » qui personnifient à ses yeux les vices liés à ce que la société industrielle réprime : le charnel et l'animal. Aussi, alors qu'à la fin du récit, Poncins, transformé et purifié par son parcours, regagne le monde moderne, l'Inuit ne peut manifestement trouver aucune place dans celui-ci. En somme, l'Arctique a simplement et l'expérience de la vie inuite .

Éditions En anglais . . . En français . .

Notes et références Notes

Références en ligne

Renvois bibliographiques

Bibliographie . (réimprimé à part sur 4 pages). . .

Catégorie:Livre paru en 1941 Catégorie:Récit de voyage au Canada