Les stéréotypes sur le viol (les études anglophones utilisent souvent l'expression mythes sur le viol) sont un ensemble de croyances erronées et stéréotypées, d'idées reçues, concernant l'agression sexuelle et le viol en particulier. Ces stéréotypes minimisent la gravité et les conséquences de ces actes, et conduisent à - plus ou moins inconsiemment - créer de l'hostilité envers les victimes, à les blâmer, et/ou à excuser les agresseurs.... Ces stéréotypes et mythes sur le viol incluent des idées telles que : « les victimes provoquent leur agression par leur tenue ou comportement », « les viols sont souvent commis par des inconnus dans des lieux isolés », ou encore « une victime qui ne résiste pas physiquement consent implicitement » (non perception de la différence entre consentement et soumission librement consentie, soumission à l'autorité ou sidération). De nombreuses études ont montré que ces croyances sont profondément ancrées dans les normes socioculturelles patriarcales, et qu'elles ont une influence significative sur l'avis de jurés, de policiers, de détectives, de juges, de criminels, ainsi que sur les victimes, au détriment de la justesse des décisions prises en tribunal (même quand la loi est claire).. Plus les jurés adhèrent à ces mythes, plus ils sont enclins à percevoir favorablement l'accusé et défavorablement la victime.. Ces biais poussent à blâmer la victime, lui faire honte ou remettre en cause son témoignage. ; ils biaisent l'évaluation des preuves et des témoignages, ce qui expliquerait, en partie, pourquoi les taux de condamnation pour viol sont faibles et pourquoi une certaine culture du viol se perpétue.
Pour lutter contre ces biais, des initiatives éducatives visent à déconstruire les mythes du viol, et pour certaines à sensibiliser les jurés et les professionnels du droit à l'impact de ces croyances sur la justice.
Historique et concept Les stéréotypes sur le viol trouvent leur origine dans certains préjugés culturels comme les rôles de genre traditionnels, l'acceptation de la violence entre personnes, et l'incompréhension de la nature et des conséquences d'une agression sexuelle.
Les stéréotypes du viol sont devenus un sujet d'étude dans les années 1970.HS Feild, "Attitudes toward rape: A Comparative Analysis of Police, Rapists, Crisis Counselors, and Citizens", Journal of Personality and Social Psychology, 36 (2), 1978 : 166- 179... En 1974, Susan Brownmiller dénonce les qui dans son livre Against Our Will: Men, Women and Rape. La même année, les criminologues Julia et Herman Schwendinger étudient des stéréotypes répandus, entre autres la notion qu'une femme ne voulant pas être violée peut l'éviter, que les victimes de viol le , et que les hommes violent en raison de passions et pulsions incontrôlables. Les études suggèrent que les stéréotypes sur le viol perpétuent la violence masculine sur les femmes en blâmant la victime, en excusant le violeur, et en minimisant ou justifiant le viol lui-même.
En 1980, Martha Burt publie la première étude d'envergure sur l'acceptation des stéréotypes sur le viol. Elle établit la définition de référence du concept : ..
En 1994, Kimberly A. Lonsway. et Louise F. Fitzgerald . définissent les mythes sur le viol comme les . Les auteurs considèrent que « les théories sur l'agression sexuelle et la victimation ont de plus en plus souligné le rôle des mythes sur le viol dans la perpétuation de l'agression sexuelle » tout en ajoutant que « bien qu'il y ait de plus en plus de recherches dans ce domaine, les définitions, la terminologie et les mesures d'intégration des mythes sur le viol manquent toujours de précision théorique et psychométrique ».
Précédemment, en 1998, Gerd Bohner, Marc-André Reinhard, Stefanie Rutz, Sabine Sturm, Bernd Kerschbaum et Dagmar Effler font état d'un compte-rendu dans l' à l'issue d'une série de tests menés en double aveugle. Ils y esquissent les prémisses d'une définition propre au Rape Myth Acceptance. Ils tentent également d'y circonscrire les mythes, croyances et préjugés qui serviraient opportunément à exonérer l'auteur d'un viol de toute responsabilité, quitte à reporter le fardeau du mal engendré sur la seule victime. Dans l'exemple , on ne peut pas prouver que la chose est fausse parce qu'un fantasme est secret par définition. L'étendue des mythes varie avec le temps. Bohner propose la définition suivante : Gerd Bohner, Vergewaltigungsmythen (Rape Myths) Verlag Empirische Pädagogik, 1998..
Il existe un consensus sur l'existence de quatre catégories de stéréotypes sur le violGrubb, Amy & Turner, Emily. (2012). "Attribution of blame in rape cases: A review of the impact of rape myth acceptance, gender role conformity and substance use on victim blaming" Aggression and Violent Behavior 17 (5) 443-452.. : ceux qui blâment la victime pour leur viol, ceux qui remettent en question la plainte de la victime, ceux qui disculpent le violeur ; ceux qui suggèrent que seul un certain type de femme peut être violé
Pour Lonsway, Fitzgerald et Diana L. Payne (1999), le terme de « stéréotype du viol » ne signifie pas qu'un scénario précis n'arrive jamais : par exemple, il y a qui ont fait des fausses accusations de viol, et il existe effectivement des points communs entre beaucoup de femmes victimes de viol ; les stéréotypes sont cependant généralement faux par nature ; ils servent à nier et à justifier la victimation des femmes..
En 2009, Jennifer Temkin et Barbara Krahé , dans leur livre , démontrent la difficulté qu'ont les victimes d'agressions sexuelles à se faire entendre, ce qui explique, au moins en partie, la disproportion entre la quantité alarmante d'infractions enregistrées par les forces de l'ordre et le nombre anormalement bas de condamnations pénales qui s'ensuivent. Les autrices décryptent les modèles comportementaux qui compromettent les enquêtes tout en qualifiant ce champ d'investigation de zone de non-droit et elles proposent des stratégies palliatives qui pourraient aider les victimes à mieux se faire entendre lors de le dépôt de plainte. Elles proposent des mesures susceptibles de diminuer les mythes et préjugés courants qui freinent le parcours des victimes d'agressions sexuelles. Elles soulignent le rôle aggravant de , qui contribuent de facto à favoriser une « survictimation » s'ajoutant à la douleur induite par l'agression elle-même.
Stéréotypes communs sur le viol
Stéréotypes concernant les femmes victimes de viols
Ces stéréotypes conduisent généralement mettre en question la plainte, et à blâmer la victime, qui serait consciemment ou inconsciemment responsable de son agression. Parmi les mythes très commun figurent les idées reçues suivantes :
Un mythe répandu est que le type de vêtements portés par la victime peut mener à une agression sexuelle, ou que le viol est la faute de la victime si elle porte des vêtements peu couvrants, jugés "provoquants".Moor, Avigail (2010). She Dresses to Attract, He Perceives Seduction: A Gender Gap in Attribution of Intent to Women's Revealing Style of Dress and its Relation to Blaming the Victims of Sexual Violence. Journal of International Women's Studies, 11(4), 115-127..
De même si elle était sous l'emprise de l'alcool ou de droguesHayes, R. M., Lorenz, K., & Bell, K. A. (2013). Victim blaming others: Rape myth acceptance and the just world belief. Feminist Criminology, 1557085113484788..., ou si elle s'était rendue seule dans la maison ou dans la voiture de son agresseur..
Les femmes mentiraient régulièrement au sujet du viol.Rebecca M. Hayes1, Katherine Lorenz2, Kristin A. Bell, "Victim Blaming Others: Rape Myth Acceptance and the Just World Belief", Feminist Criminology 8 (3), April 2013 : 202-220...
Elles pourraient inventer un viol pour se venger, ou pour surmonter leur culpabilité après des rapports qu'elles regrettent, ou pour justifier une grossesse, ou pour attirer l'attention sur elles.
Une femme qui dit « non » penserait en réalité « oui » ; la violence serait sexuellement excitante pour les femmes. ; la victime aurait pu résister si vraiment elle n'était pas consentante ; « Elle l'a voulu, ou elle a aimé »…
Si elle était une véritable victime de viol, elle aurait porté plainte immédiatement après les faits......
Stéréotypes favorables au violeur Certains estiment que :
Un homme qui rend service, qui propose un travail, ou qui paie pour un dîner serait en droit de recevoir des faveurs sexuelles en échange.
Un viol ne serait pas un viol s'il n'y a pas eu de résistance physique de la victime, ou qu'elle ne porte pas de traces de blessures.Yancey-Martin, Reynolds, Keith, "Gender Bias and Feminist Consciousness among Judges and Attorneys: A Standpoint Theory Analysis", 2002, .. Ce n'est pourtant pas le cas si la victime est privée d'au moins un sens, inconsciente, sous la menace ou piégée dans une relation manipulatrice ou de domination....
Certaines femmes souhaiteraient secrètement être violées.
Les hommes seraient incapables de se contrôler une fois excités sexuellement ; les femmes seraient donc responsables d'un viol si elles font ce qui semble être un premier pas, ou si elles permettent de faire les premiers pas. Un corollaire de ce mythe est qu'accepter d'embrasser ou de caresser quelqu'un est un acte de consentement à l'acte sexuel entier.. Les violeurs seraient atteints d'une maladie mentale qui les empêcherait de contrôler leurs pulsions sexuelles...
Le viol serait un acte sexuel avant tout, plutôt qu'un acte d'humiliation ou de violence.
Stéréotypes sur les points communs entre femmes victimes de viol On estime souvent à tort que la plupart des viols sont perpétués par des inconnusBen-David, S. et Schneider, O. Sex Roles (2005) 53: 385. https://doi.org/10.1007/s11199-005-6761-4, alors qu'en réalité, il s'agit le plus souvent d'amis, de membres de la famille ou d'autres connaissances de la victime... Le stéréotype du violeur inconnu de la victime et qui l'attaque dans un parking sombre est également répandue. En réalité, dans 8 cas sur 10 la victime connait son agresseur., 67 % des viols sont commis au domicile (de la victime ou de l'agresseur). et 45 % des viols sont commis la journée et non la nuit. De même, un mythe estime qu'il est impossible de violer sa partenaire romantique ou sexuelle, ou quelqu'un avec qui on a déjà eu des rapports.
Un autre mythe établit que seulement certains de femme sont victimes de viol : celles qui flirtent, sont extraverties, qui s'habillent de façon provocante, qui consomment de l'alcool et des drogues ou qui font preuve de promiscuité..
Stéréotypes concernant les hommes victimes de viols
Si la plupart des recherches se penchent uniquement sur les femmes victimes de viol, il existe des mythes sur le viol des hommes, que ce soit par des femmes ou par d'autres hommes. Ces mythes incluent l'idée qu'être victime de viol s'accompagne d'une perte de virilité ou que les hommes violés par d'autres hommes doivent être homosexuels. Ils estiment également qu'un homme ne peut pas être forcé à des rapports, parce qu'il ne peut pas avoir de rapports sans être stimulé sexuellement. D'autres stéréotypes incluent l'idée qu'un homme doit pouvoir se défendre contre une agression sexuelle, qu'ils sont toujours prêts à accepter une opportunité de rapport sexuel, ou qu'ils sont moins affectés psychologiquement que les femmes après avoir été victimes d'une agression sexuelleKristine M. Chapleau, Debra L. Oswald, Brenda L. Russell, "Male Rape Myths: The Role of Gender, Violence, and Sexism", Journal of Interpersonal Violence, Volume: 23 issue: 5, page(s): 600-615, ..
Plus généralement, les stéréotypes sur le viol des hommes s'articulent en trois catégories : que le viol des hommes n'existe pas, que le viol des hommes est la faute de la victime, et que les hommes sont moins traumatisés par un viol que les femmes. Les deux dernières catégories sont plus répandues lorsqu'il s'agit d'une femme qui viole un homme..