Convoi PQ-17 est le nom de code d'un convoi allié durant la Seconde Guerre mondiale. Les Alliés cherchaient à ravitailler l'URSS qui combattait leur ennemi commun, le Troisième Reich. Les convois de l'Arctique, organisés de 1941 à 1945, avaient pour destination le port d'Arkhangelsk, l'été, et Mourmansk, l'hiver, via l'Islande et l'océan Arctique, effectuant un voyage périlleux dans des eaux parmi les plus hostiles du monde.
Le convoi PQ 17Les convois alliés sont tous désignés par les lettres codes suivies d'un numéro d'ordre. En général les lettres indiquent les ports de départ et de destination du convoi; Mais dans le cas des convois PQ, ces lettres codes représentent les initiales du nom de l'un des officiers de l'amirauté britannique. Si le fait est admis par les différents auteurs, l'identité de l'officier en question varie. Voir, par exemple, Woodmann, , ou Sebag-Montefiore, . qui fit le voyage en 1942 est entré dans la légende par les pertes qu'il a subies. Il perdit 26 des 37 navires qui le composaient.
Le contexte
Géographique Les convois vers l'URSS se rassemblent en Islande. Ils cherchent ensuite à gagner leur destination en passant le plus au nord possible. L'objectif est de passer le plus loin possible des côtes de Norvège occupée par les Allemands. thumb|300px|Carte indiquant le trajet du convoi PQ17 et le lieu des attaques et des naufrages.
Leur destination est Arkhangelsk. C'est le port qui est le plus éloigné des bases allemandes installées en Norvège. En hiver, quand ce port est pris par les glaces, les convois visent Mourmansk qui, lui, reste libre de glaces tout au long de l'année, mais qui présente l'inconvénient d'être beaucoup plus près des bases ennemies et entouré de collines qui le rendent difficile à défendre contre les attaques aériennes.
Mais la présence de la banquise interdit aux navires de passage de s'éloigner suffisamment des côtes et donc de passer hors de l'espace menacé par les avions allemands. Pourtant, en cet été 1942, la banquise est remontée très au nord mais toujours pas suffisamment pour supprimer la menace.
Météorologique En été, sous ces latitudes, la nuit n'existe pas. Le convoi ne pourra donc pas se camoufler dans l'obscurité.
La visibilité est cependant loin d'être parfaite. La clarté du jour est médiocre, le brouillard est fréquent. De plus, il est fréquent aussi que « la mer fume ». C'est-à-dire que la différence de température entre l'air et l'eau favorise la formation de brumes basses dans lesquelles les navires peuvent être quasiment invisibles.
Militaire En , les forces allemandes déferlent dans les plaines d'URSS, de Voronej à la mer Noire. Celles du sud se préparent à s'emparer de la ville de Stalingrad.
En Afrique, Tobrouk est tombée le et Rommel continue sa progression vers l'Égypte.
Pour aider l'effort de guerre soviétique, les Alliés se sont engagés à fournir tout le matériel possible. Une partie de cette aide passe par les convois de Mourmansk.
Le passage du convoi précédent (PQ16) a été chèrement payé. Il a été proposé de différer le départ du prochain convoi, pour éviter les conditions météorologiques défavorables de l'été polaire. Mais, pour des raisons politiques, Churchill choisit de faire partir quand même le PQ17. L'escorte sera puissante. Un faux convoi est créé pour leurrer les AllemandsComposé de 2 croiseurs, et HMS Curacoa, de 6 destroyers, d'une division de mouilleurs de mines, de 4 navires charbonniers et d'une poignée de chalutiers, ce faux convoi doit cingler vers le sud de la Norvège et détourner l'attention des Allemands. Cette opération, nommée ES, est déclenchée 2 jours après l'appareillage du PQ17. Elle passe totalement inaperçue des Allemands. Réitérée une semaine plus tard, elle n'aura pas plus de succès… Voir Woodman, ..
La composition du convoi
Les cargos Le convoi marchands est composé de 36 cargos.
Il y a principalement des cargos américains (23 dont 7 liberty-ships) ainsi que 8 cargos britanniques, 2 pétroliers soviétiques, 2 cargos panaméens et 1 cargo néerlandais. Il y a, en plus, deux pétroliers britanniques chargés de ravitailler les escorteurs. Ces derniers doivent remplir leurs soutes à mazout plusieurs fois pendant l'escorte du convoi.
L'escorte L'escorte est, sur le papier, imposante. Classiquement, elle est divisée en 2. Il y a une protection rapprochée et une force de soutien.
L'escorte rapprochée. Sous les ordres du commander JE Broome, marin d'expérience, le groupe d'escorte se compose de 6 destroyers, 4 corvettesDont 1 corvette HMS La Malouine., 3 dragueurs. On trouve en plus 2 cargos transformés en navires anti-aériensConstruits en 1937 pour transporter des fruits en provenance d'Espagne, le Palomares et son jumeau, le Pozarica, sont réquisitionnés le 20 juin 1940 pour être transformés en croiseurs auxiliaires. Ils reçoivent un armement anti-aérien, composé de 3 tourelles doubles de , 2 affûts quadruples de (pom-poms) et 4 affûts simples Oerlikon de . Ils sont équipés de radars. Leur aspect, si l'on en juge par les photographies connues, est plus d'un navire de guerre que d'un cargo. Les Britanniques transformeront 6 autres cargos en navires antiaériens..
La force de soutien. Elle est double. Il y a d'abord la division de croiseurs du contre-amiral Hamilton. Il s'agit des et , avec 2 croiseurs américains, et . Cette division dispose de 3 destroyers.
Pour affronter des navires de ligne allemands, les Alliés alignent les cuirassés et , accompagnés des croiseurs , , du porte-avions , 10 destroyers britanniques et 2 américains.
De plus, l'amirauté a déployé une ligne de 8 sous-marins, dont le sous-marin français le Minerve, pour essayer d'intercepter toute force allemande qui chercherait à quitter son mouillage norvégien.
L'organisation Le convoi est organisé en 9 colonnes de 4 cargos chacune. Les colonnes sont espacées de et, dans une colonne, les navires naviguent à les uns des autres. La forme du rectangle formé par les cargos du convoi, beaucoup plus large que long, est destinée à compliquer la tâche d'assaillants attaquant de flanc.
L'escorte rapprochée forme un écran autour du convoi. Il y a 2 formations différentes. La formation anti-sous-marine voit les escorteurs se positionner à du convoi ; la formation anti-aérienne voit les escorteurs se rapprocher à du convoiPour faire passer l'escorte de la première à la seconde, le Keppel arborera le pavillon donnant la lettre "Q"..
Le commander Broome a choisi de faire un double écran. L'écran extérieur, pour débusquer les U-boot, avec les 4 chalutiers armés. Ils sont placés à l'avant-droit et avant-gauche pour le Lord Austin et Lord Middleton, à l'arrière droit et à l'arrière-gauche pour le Northern Gem et le Ayrshire.
L'écran intérieur comprend les autres escorteurs. À l'avant du convoi, on a le HMS Keppel (SOESenior Officer of the Escort (SOE), officier commandant l'escorte.). À sa droite, HMS Leamington et HMS Poppy ; à sa gauche, HMS Wilton et HMS Lotus. Sur le flanc droit, et HMS Ledbury; sur le flanc gauche, HMS Fury et la corvette HMS La MalouineEn dépit de son nom, c'est un navire britannique. Initialement, il était en construction pour la Marine nationale mais à la suite de la capitulation française, il a été récupéré par la Royal Navy..
La couverture de l'arrière du convoi est assurée par HMS Halcyon, HMS Dianella et HMS Salamander, avec HMS Britomart en arrière. Le rôle de ce dernier est de chasser les U-boote qui pisteraient le convoi, mais aussi d'activer les traînards éventuels.
Les deux navires antiaériens, HMS Pozarica et HMS Palomares sont placés dans le convoi. Ils sont entre les 2 colonnes les plus extérieures, gauche pour HMS Palomares, droite pour HMS Pozarica, au milieu de celles-ci.
L'escorte comprend enfin deux sous-marins, et , dont on attend qu'ils attaquent les bâtiments de surface ennemis qui viendraient à portée.
3 navires de sauvetage sont aussi rattachés aux convois, HMS Zaafaran, HMS Zamalek et HMS RathlinC'est la première fois qu'un convoi bénéficie de ce type de bâtiments. Ils sont équipés pour le recueil des naufragés, disposent de moyens médicaux et même de "kits naufragés" (vêtements, accessoires de toilette, etc.) à distribuer aux rescapés récupérés. Ces navires sont armés et peints en gris, ne cherchant donc pas à s'identifier comme navire-hôpital.. La position qui leur est assignée les place chacun à l'arrière d'une colonne de cargos. Ils sont équipés de moyens de détection radiogoniométrique (HF/DF, appelés familièrement "Huff-Duff") et peuvent ainsi aider le reste de l'escorte à localiser la position de sous-marins envoyant des messages radios.
L'un des cargos, Empire Tide, est un CAM-ship. C'est-à-dire qu'il est muni d'une catapulte et d'un chasseur Hurricane. Il est positionné dans l'une des colonnes du centre, en troisième positionLa position semble atypique. Les CAM-ships sont généralement placés en tête des colonnes extérieures du convoi. Afin de ne pas être gêné pour lancer l'avion par la mâture des autres cargos mais aussi pour éviter que l'avion ne soit pris pour cible par des marins nerveux pour qui tout ce qui vole doit être abattu.
La vitesse prévue pour le convoi sera de 8 nœuds.
Les forces allemandes En 1942, les Allemands ont renforcé leurs moyens en Norvège. Pour s'opposer aux passages des convois mais aussi par crainte d'un débarquement des Alliés en Norvège.
Marine À Trondheim, on trouve le Tirpitz et lAdmiral Hipper. Il y a aussi les contre-torpilleurs Z 6 Theodore Riedel, Z 10 Hans Lody, Z 14 Friedrich Ihn, Z 20 Karl Galster et les torpilleurs T7 et T15. Ils appareillent le .
À Narvik, sont mouillés l'Admiral Scheer et le Lützow. Avec eux, les contre-torpilleurs Z 4 Richard Beitzen, Z 24, Z 27, Z 28, Z 29 et Z 30. Ils appareillent le .
Deux flottilles de sous-marins sont stationnées dans les bases de Kirkenes, Trondheim, Bergen et Narvik. Cela groupe une vingtaine de "loups gris".
Le groupe de sous-marins Eisteufel« » est déployé. Il comprend les U-88, U-251, U-255, U-334, U-376, U-408, U-456, U-457 et U-657.
Aviation
Plusieurs aérodromes abritent des appareils allemands. Leur rayon d'action leur permet de couvrir une bonne partie de l'espace que doivent emprunter les convois.
Les appareils sont basés à Borduflos (près de Narvik), Tromsø, (près du cap Nord), Kirkenes, Petsamo et Bodø. Les unités sont les KG 26 et KG 30.
Les appareils sont variés. En dehors des grands quadrimoteurs FW200 Condor, on trouve des bombardiers JU 88, He 111 et Ju 87. Il y a aussi des hydravions, de type He115 et BV 138.
En tout, les Allemands engageront 202 appareils contre le convoi.
Le plan Rösselsprung
C'est le plan imaginé par les Allemands pour attaquer les convois alliés passant par la mer de Barents. Il doit se dérouler en 2 temps. Tout d'abord, des reconnaissances aériennes pour localiser le convoi aux alentours de l'île Jan Mayen. Une fois découvert, il est attaqué par les avions, à la bombe et à la torpille.
Dans un second temps, 2 groupes de combat de navires de surface, appuyés par des moyens aériens et sous-marins, doivent anéantir le convoi et son escorte quand il aura dépassé le de longitude est. Le Tirpitz et le Hipper, avec 4 destroyers et 2 torpilleurs forment le premier groupe de combat. Le Lützow et le Scheer, avec 1 destroyer et 5 torpilleurs forment le second groupe.
Hitler approuve le plan mais sous conditions. En particulier, il exige que soit éliminé au préalable tout support aérien ennemi, c'est-à-dire tout porte-avions présent. Enfin, les navires doivent éviter tout risque et savoir se contenter d'un succès partiel plutôt que de prendre des risques en cherchant une destruction totale de l'adversaire.
Le renseignement Si les Allemands disposent de sympathisants en Islande pour les renseigner, ils sont aussi en mesure de déchiffrer certains des codes britanniques. En particulier, le Naval cypher 3, qui est utilisé à partir de pour les communications avec les convois est déchiffré dès .