Cluj-Napoca (prononcé ) est une ville transylvaine du nord-ouest de la Roumanie fondée en 1213, située dans la vallée du Someșul Mic, à au nord-ouest de Bucarest. C’est en 1974, dans le cadre de la politique protochroniste de Nicolae Ceaușescu, que la ville a reçu par décret son second nom de Napoca, qui est celui du camp romain antique situé sous l’actuel centre-ville, provenant de la tribu dace locale des Napaei. Cependant, les Roumains continuent d’appeler la ville par son nom initial de Cluj ; les Hongrois l'appellent , les Allemands , en yiddish son nom est , et en latin .

La ville a été par périodes capitale de la principauté de Transylvanie ; c’est actuellement le chef-lieu du județ du même nom et de la région de développement Nord-Ouest. Deuxième ville du pays par la population après Bucarest (la municipalité intra-muros comptait 287.000 habitants en 2021), elle est le principal pôle économique du Nord-Ouest. La ville se distingue par un secteur secondaire très diversifié et un secteur tertiaire essentiellement tourné vers les TIC, les activités financières, l’éducation et la recherche. La ville et sa région vivent aussi du tourisme grâce à son patrimoine architectural et aux Carpates occidentales roumaines qui l’entourent.

Cluj est non seulement l’un des plus importants centres culturels du pays avec de nombreuses institutions (théâtres, bibliothèques, festivals, concerts…) qui jouent un rôle de premier plan au niveau national, mais aussi, compte tenu de ses deux grandes communautés de langue roumaine et hongroise, une ville profondément biculturelle et le plus important centre culturel de la communauté hongroise de Roumanie. Un Clujien sur quatre est de souche hongroise et, dans cette communauté de en 2011, les deux tiers sont de confession protestante, avec des calvinistes, des unitariens et des luthériens. La communauté réformée de la ville est la plus importante du pays du fait que ces formes du christianisme, apparues au , ont été l’objet d’un édit de tolérance de la principauté de Transylvanie en 1568, devenant alors religions officielles à égalité avec le catholicisme.

Cluj est aussi le plus ancien (1581) et le deuxième plus important centre universitaire du pays, mais le premier en Transylvanie. Les universités et les écoles de la ville assurent une formation de haut niveau dans les trois langues historiques de la Transylvanie (roumain, hongrois et allemand), ainsi qu’en français et en anglais. Cela fait que le nombre d’étudiants étrangers, tant européens qu’extra-communautaires, ne cesse d’augmenter.

Géographie D’une forme relativement allongée sur l’axe est-ouest sur les deux rives de la rivière Someșul Mic (le « Petit Someș »), la ville de Cluj occupe une surface de . Elle est aussi traversée par plusieurs affluents de cette rivière et elle englobe plusieurs petits lacs.

Situation géographique thumb|right|Vue sur le sud-ouest de la ville. Le Stade Cluj Arena et le quartier Mănăștur. À l’arrière-plan on distingue le contour des Monts Apuseni. Cluj est située au cœur de la Transylvanie, en pleine zone tempérée, à huit degrés au sud du centre géographique du continent européen.

Du point de vue du relief, la ville se trouve sur le versant oriental des monts Apucènes, à l’ouest du plateau transylvain.

Topographie Occupant notamment la plaine alluviale du Petit Someș, Cluj s’étend aussi sur les pentes des chaînes collinaires qui la délimitent au nord et au sud. Ainsi, le Sud de la ville occupe-t-il une bonne partie du versant nord de la longue colline de Feleac (qui atteint au sommet Măgura Sălicei), alors qu’au sud-ouest elle s’étend sur une partie de la moins imposante colline de Făget. Le Nord de la ville occupe les versants sud de plusieurs collines, telles que Dealul Hoiei (), Dealul Gârbăului (), Dealul Lombului (), Dealul Melcului (), Dealul Techintău ()… Cluj englobe aussi plusieurs autres collines de plus faible altitude.

La plupart des collines entourant la ville sont boisées. On y trouve deux réserves botaniques, Fânațele Clujului et Valea Morii qui abritent des espèces végétales rares telles que la Calypso bulbosa ou bien des variétés d’Iris, de polygales… La faune qui vit dans ces forêts compte des espèces rares, comme la variété locale de Vipera ursinii rakosiensis dans la réserve de Fânațele Clujului. On y trouve le blaireau, le sanglier, le renard, des cervidés et, un peu plus loin, dans les Monts Apuseni, l’ours brun et le loup commun (la nuit, parfois confondu avec les chiens errants du côté des conteneurs des restaurants : les écologues craignent les croisements génétiques).

Climat thumb|right|L’hiver à Cluj est assez rigoureux. Photo prise sur l’A3 à proximité de Cluj en décembre 2009.

Le climat de Cluj-Napoca est de type climat continental humide (Köppen : Dfb), (Trewartha: Dcbo), caractérisé par des hivers rigoureux et des étés chauds. Le passage de l’hiver au printemps se fait normalement au cours de la deuxième moitié du mois de mars, alors que le passage de l’automne à l’hiver se fait au cours du mois de novembre.

La température moyenne annuelle est d’environ , avec une moyenne de au mois de janvier et de au mois de juillet. Des températures record ont été enregistrées en janvier 1963 () et en août 1952 (). La moyenne des précipitations annuelles est d’environ , juin est le mois le plus pluvieux (), alors que février est le mois le plus sec ().

Au , on a observé des hivers de plus en plus doux, avec des températures qui descendent rarement sous les et avec de moins en moins de neige. En revanche, les étés sont de plus en plus chauds et le nombre de jours avec des températures supérieures aux ne cesse de croître.

Histoire vignette|. Kolozsvár en 1617Image réalisée par Georg Houfnagel d'après un dessin de Egidius van der Rye.. vignette|Kolozsvár en 1759 (estampe de János Szakál). On remarque le clocher baroque de Biserica Sfântul Mihail, construit et détruit au . vignette|Panorama de Klausenburg, nom de la ville en allemand, en 1840, gravure de K. Gunkel et J.M. KolbD'après la peinture de L. Rohbock, Deutschland und die Welt.. vignette|Vue sur le coin nord-ouest de la Piața Unirii (« Place de l'Union ») en 1902, alors nommée Főtér (« Place Principale »). On peut observer l'ombre de la flèche de l'Église Saint-Michel (Szent Mihály-templom).

Cluj s’élève sur l’emplacement d’un habitat très ancien et possède un patrimoine historique très riche.

Des Celtes venus de l’ouest, Scordices et Galates s’installent au avant notre ère au milieu des Daces, peuple Thrace septentrional. On ne sait pas si « Napoca », nom antique de la ville, est celtique ou dace, mais il a été rapproché au grec : « boisé »..

La cité prospère grâce à la proximité des mines d’or et de sel des monts Apuseni, et à ses relations commerciales entretenues avec les colonies grecques de la mer Noire, en Scythie Mineure. Plus tard, les Romains en font une de leurs colonies. Quant au nom « Cluj », il peut provenir soit du latin clausa – clusa, également à l’origine des mots « clos » et « cluse », soit du slave kluč ou du germanique Klause – Kluse désignant, dans le contexte géographique local, un col de montagne..

En 271 de notre ère, les Romains se retirent face à la pression des royaumes germaniques (Gépides) et des confédérations de cavaliers turcophones (Huns, Avars) qui se succèdent, pendant que des Daces (les Carpiens, qui ont laissé leur nom aux Carpates), des Alains (les Iasses) et surtout des Slaves (des Slavons) se mêlent aux populations locales à dominante thrace latinisée. La ville de Napoca disparaît, et la culture de Dridu qui lui succède, témoigne d’une vie surtout rurale. Après une période d’appartenance au premier Empire bulgare (dont les populations sont surtout slavonnes et valaques, mais aussi iasses, onoghoures et petchénègues), ce sont les tribus des Magyars qui, à partir de 895, s’installent dans le pays.

La première mention médiévale de Cluj date de 1167 sous le nom de Castrum Clus, petite localité fortifiée. Faute de statistiques ethniques à l’époque, impossible de savoir si ses habitants étaient plutôt magyars, valaques, germaniques, ou les trois. En 1241, la ville est ravagée par les Mongols et la plupart des habitants sont tués ou emmenés en esclavage. Des colons allemands commencent à s’y établir aux environs de 1270. Au début du la ville (dont le nom change en Claudiopolis ou Klausenburg en allemand, en hongrois Kolozsvár, en roumain Cluș ou Cluj) acquiert le statut de « ville royale » et reçoit quelques franchises, dont le pouvoir de choisir son curé et le droit d’ériger une église ; c’est l’époque où commence la construction de l'Église Saint-Michel.

En 1405, accorde à la ville le statut de « ville royale libre », ce qui entraîne un fort développement urbain : la ville a le droit d’ériger des remparts (dont l’on peut encore voir quelques fragments), ses commerçants sont exemptés de certains droits de douane et ses artisans peuvent envoyer leurs produits de Constantinople à Prague et de Venise à Kiev. Simultanément, la noblesse roumaine transylvaine, poussée par l’édit de Turda du roi Louis de Hongrie (1366), s’intègre progressivement dans la noblesse hongroise. Cluj est un important centre d’assimilation, comme en témoigne Matthias Corvin qui y naquit, et qui, une fois sur le trône de Hongrie, n’oublia pas d’élargir les franchises de sa ville natale.

En 1437, sous l’influence des Hussites, Cluj prend pourtant parti contre la noblesse et pour la révolte de Bobâlna, conduite par . La bourgeoisie urbaine clujaine et la petite noblesse reprochent à l’Église catholique, dont le prestige est entamé par le Grand Schisme d'Occident (1378-1417) sa corruption, ses richesses (elle possède 12 % du territoire transylvain) et ses privilèges (elle perçoit la dîme y compris sur les terres des hussites et des joupanats roumains orthodoxes). La révolte est déclenchée par la décision de l’évêché catholique de Gyulafehérvar/Alba Iulia d’employer des hommes d’armes pour collecter des dîmes impayées. Vainqueurs à Bobâlna en juin 1437, les insurgés obtiennent d’importantes concessions, mais la grande noblesse catholique, avec l’aide du voïvode transylvain Jean Zapolya, engage des armées de mercenaires et Cluj est prise d’assaut en 1438. Les chefs de la révolte sont mis à mort, et les Roumains, qui formaient jusqu’alors l’un des états (« nations ») du voïvodat transylvain (Universitas valachorum) perdent leurs droits. L’entrée des villes, dont Kolozsvár / Cluj, leur est désormais interdite sauf pour y livrer des matériaux ou des denrées, et ils sont ravalés au rang de serfs dans le nouveau statut de la Principauté, désormais appelé « Union des trois nations » (allemande, magyare et sicule), dont ils sont exclus.

Après la conquête de la Hongrie par l’Empire ottoman en 1526, la principauté de Transylvanie doit payer tribut aux sultans turcs mais s’agrandit d’une partie de la Hongrie. C’est pourquoi les historiens hongrois modernes l’appellent « royaume de Hongrie orientale ». Au milieu du , la population hongroise de la ville adopte l’unitarisme protestant, ce qui entraîne l’assimilation de la population unitarienne allemande. Gáspár Heltai, un saxon magyarisé, y fonde la première typographie, une manufacture de papier, des bains publics et une brasserie. La ville a sa première école de médecine en 1565, et sa première université, fondée par Étienne Báthory, en 1581. La famille Báthory contribue beaucoup au développement économique et démographique de la ville qui, à l’époque, ne peut se comparer en Transylvanie qu’à Brașov. Même si la capitale politique de la principauté est Gyulafehérvár / Alba Iulia, Kolozsvár / Cluj est le principal centre culturel et économique, ainsi que l’un des centres religieux protestants et catholiques de Transylvanie.