Oriana Fallaci est une essayiste et journaliste italienne née le à Florence et morte le dans la même ville. Elle a été maquisarde dans la Résistance italienne contre Benito Mussolini pendant la Seconde Guerre mondiale. Fallaci a eu beaucoup de succès dans sa carrière, en interviewant des célébrités et des hommes d'État du monde entier.

Elle a également déclenché plusieurs discussions autour de ses romans, qui touchaient des thématiques telles que l'avortement, le rôle de la femme dans la société, l'homosexualité, l'intégration raciale, la guerre, l'oppression dictatoriale. Laïque de gauche, elle a suscité de fortes polémiques après les attentats du 11 septembre 2001 à cause de ses prises de position contre l'islam, qui ont obtenu l'approbation de conservateurs italiens mais lui ont valu des accusations d'islamophobie.

Carrière et biographie L'enfance dans la Résistance Pendant la Seconde Guerre mondiale, le père d'Oriana Fallaci, Edoardo Fallaci, ébéniste à Florence, en Italie, fut un activiste politique luttant dans la Résistance pour mettre un terme à la dictature fasciste de Benito Mussolini. Il fit participer la petite Oriana au groupe armé Giustizia e Libertà sous le prénom d'Emilia. Pendant l'occupation nazie de Florence, Edoardo fut capturé et torturé par les nazis à la Villa Triste. Pendant ce temps, Oriana participe au transport de munitions, et accompagne les prisonniers anglo-américains ayant échappé aux forces de l'Axe vers le front des Alliés. C'est à cette période qu'Oriana Fallaci fut exposée aux atrocités de la guerre. En récompense de son engagement, elle reçut par la suite une attestation à la valeur par l'Armée italienne. Elle passe son bac au lycée classique « Galilée » avec mention.

Débuts dans le journalisme Oriana Fallaci commence sa carrière de journaliste à l'âge de , devenant, en 1950, envoyée spéciale pour le journal Il mattino dell'Italia centrale. En 1954, elle est embauchée par Arrigo Benedetti, directeur du magazine L'Europeo. Elle collabore à la section fatti romani (« faits romains ») axée sur la vie des célébrités du cinéma et de la « Jet Set » romaine : Anna Magnani, Marcello Mastroianni, Federico Fellini. Pour L'Europeo, elle interviewe, parmi d'autres, Paul Newman, Sean Connery, Alfred Hitchcock. Le volume I sette peccati di Hollywood (« Les sept péchés d'Hollywood ») est issu de cette époque. C'est à cette époque qu'elle connaît son premier amour, son collègue Alfredo Pieroni ; elle a une relation sentimentale avec lui et, malheureusement, a une fausse couche.

Les missions à l'étranger En 1960, elle est envoyée par L'Europeo en Orient pour parler de la condition féminine. Le reportage Viaggio intorno alla donna (« Voyage autour de la femme ») deviendra ensuite le volume Le Sexe inutile. Son premier roman, Pénélope à la guerre, publié en 1962, revendique le rôle de la femme dans la société. Le volume Se il sole muore (« Si le soleil meurt ») recueille les interviews des astronautes et des savants de la NASA, dont Wernher von Braun. En 1967, elle demande à devenir correspondante de guerre au Viêt Nam. Ses articles sont achetés et traduits par plusieurs journaux dans le monde entier. Dans le volume La Vie, la guerre et puis rien elle retranscrit ses conversations avec des soldats américains, qui confessent leurs désirs et leurs faiblesses. En plus de la retranscription, Fallaci critique dans ce volume les deux belligérants, c'est-à-dire à la fois l'armée américaine et les Việt Cộng. En 1968, elle est blessée au Mexique lors du massacre de Tlatelolco et contribue ensuite à attirer l'attention internationale sur cet évènementJoëlle Stolz, Le massacre de Mexico en 1968, symbole de l'impunité, Le Monde, .

Interviews et romans célèbres vignette|alt=Entretien de la journaliste Oriana Fallaci avec le président de la République, Giovanni Leone en 1973. |Entretien de la journaliste Oriana Fallaci avec le président de la République, Giovanni Leone, en 1973. Pendant les années 1970 et 1980, elle interviewe de nombreux chefs d'État et personnalités internationales tels qu'Henry Kissinger, le Shah d'Iran, l'ayatollah Khomeini, Willy Brandt, Lech Wałęsa, Zulfikar Ali Bhutto, Ariel Sharon, Walter Cronkite, le colonel Kadhafi, Sammy Davis, Jr., Nguyễn Cao Kỳ, Yasser Arafat, Indira Gandhi, Alexandros Panagoulis, l'archevêque Makários III, Golda Meir, Nguyễn Văn Thiệu, Haile Selassie. Certaines de ces interviews sont recueillies dans le volume « Entretiens avec l'histoire » (1974). Dans la préface, elle déclare«» dans Margaret Talbot, "The Agitator: Oriana Fallaci directs her fury toward Islam", The New Yorker, . : Henry Kissinger, conduit à admettre que la guerre au Viêt Nam avait été , déclarera plus tard que son interview avec Fallaci avait été Adam Bernstein, « Reporter-Provocateur Oriana Fallaci », The Washington Post, .. L'interview avec l'ayatollah Khomeini, où Fallaci se dévoile en sa présence, sera citée lors de ses prises de position sur l'islam dans les années 2000 :

Son livre Lettre à un enfant jamais né (1975) déclenche une polémique en ce qu'il semble défendre une position peu favorable à l'avortement. À ce moment-là, Fallaci soutient pourtant le Parti radical italien, qui prônait la légalisation de l'avortement (loi 194/1978).

Elle noue en une relation avec Alexandre Panagoulis, homme politique et poète grec, leader de la lutte contre la dictature des colonels ; elle sera sa compagne jusqu'à la mort de celui-ci, le . Le roman Un homme (1979) raconte la vie de Panagoulis depuis l'attentat raté du contre Geórgios Papadópoulos jusqu'à sa mort.

En 1983 elle publie Inshallah, consacré à la mission italienne à Beyrouth au sein de la force multinationale entre 1982 et 1984.

Elle obtient son doctorat ès lettres au Columbia College de Chicago. Elle tient des séminaires à l'université de Chicago, de Yale, d'Harvard et de Columbia.

Fallaci a reçu deux fois le prix Saint-Vincent du journalisme, ainsi que le prix Bancarella en 1971 pour La vie, la guerre et puis rien, le prix Viareggio en 1979 pour Un homme, le prix Antibes en 1993 pour Inchallah.

Ses écrits ont été traduits en vingt et une langues dont l'anglais, le russe, l'espagnol, le français, le néerlandais, l'allemand, le grec, le suédois, le polonais, le croate, le persan et le slovène.

Les dernières années vignette|Tombe d'Oriana Fallaci au cimetière des Allori de Florence. Elle vit plusieurs mois de l'année à New York, où elle travaille en isolement à son dernier roman, Un cappello pieno di ciliege. Elle sort de son isolement à la suite des attentats du . Le elle publie un article dans le Corriere della sera, intitulé La rabbia e l'orgoglio (« La rage et l'orgueil »), où elle dénonce, en les traitant de , les Occidentaux qui avaient déclaré que les États-Unis les attentats. À partir de cet article, elle publie deux volumes, La Rage et l'Orgueil et La Force de la raison, où elle se qualifie de et prédit l'autodestruction de la civilisation occidentale, trop faible devant les coups de l'islam. Elle prend position contre l'islam en le décrivant comme une religion liberticide, et défend le droit à l'existence d'Israël tout en comparant l'islam au nazisme et au fascisme. La rage et l'orgueil est la meilleure vente de l'année 2002 en Italie atteignant le chiffre de plus d'un million d'exemplaires vendus. En France, les éditeurs Gallimard et Grasset refusent de publier l'ouvrage avant que les éditions Plon ne signentLucile Quillet, « Mais qui était vraiment Oriana Fallaci ? », madame.lefigaro.fr, . Dès , les ventes en France dépassent les « Parigi, la Fallaci vince in tribunale », corriere.it, .

Alors qu'elle avait commencé sa carrière dans la presse de gauche laïque, la journaliste se rapproche de l'Église catholique et des positions de la droite. Se définissant comme , elle était avec Giuliano Ferrara une des grandes figures des , un mouvement intellectuel italien qui partage le constat d'une nécessité pour l'Europe de renouer avec ses ». En 2002, lors du « Forum social » à Florence, elle entre dans une polémique virulente avec le mouvement « no global ». En 2005, Fallaci est reçue en audience privée par Benoît XVI.

Elle meurt d'un cancer des poumons à Florence, à l'âge de , dans la nuit du 14 au . Elle attribuait son cancer à des gaz toxiques respirés pendant la guerre d'Irak. En héritage, Oriana Fallaci a donné à l'université pontificale du Latran tout son patrimoine culturel, à savoir sa bibliothèque entière.

À sa mort en 2006, elle jouit en Italie d'une grande popularité. Le Corriere della Sera lui consacre huit pages et le titre de Maurizio Belpietro, relatif à ses positions contre l'islamisme radical : « Oriana Fallaci aveva ragioneSur l’islam, cette « folle » d’Oriana Fallaci avait raison. » (« Oriana Fallaci avait raison »), est repris par de nombreuses publications « Gli attentati di Parigi e la Fallaci "Scusaci Oriana, avevi ragione" – Il risarcimento postumo è online », Corriere della Sera, ..

Un parc public, le Giardino Oriana Fallaci dans le centre-ville de Milan, près de Viale Beatrice d'Este, lui est dédié.

Prises de position À la fin de sa vie, Oriana Fallaci a reçu une attention médiatique particulière en raison de ses vives critiques de l'islam et des musulmans, en particulier après les attentats du 11 septembre 2001. Son point de vue est précisé dans deux essais, La Rage et l'Orgueil et La Force de la raison. De nombreuses formulations de son essai La Rage et l'Orgueil (Plon, 2002) lui sont reprochées, comme , ou encore : . Dans cet ouvrage, les musulmans sont également comparés à des et elle affirme que les imams sont . À propos des mosquées elle écrit que . Elle affirme enfin que les Arabes sous couvert de migrations envahissent l'Europe pour propager l'islam et elle conclut en affirmant que les musulmans .

Elle propage une théorie du complot selon laquelle les immigrés sans-papiers seraient financés par Oussama ben Laden et la Maison royale saoudienne afin et de faire avancer . Elle croit en la théorie du complot Eurabia.

Dans La Force de la raison, publié en France en 2004, Oriana Fallaci prend la défense de deux négationnistes, Robert Faurisson et Gaston-Armand Amaudruz, qu'elle qualifie d'. Si elle concède qu'ils sont , elle considère que est légitime, qu'il s'agit de et regrette que cela soit Sébastien Fontenelle, Les briseurs de tabous: Intellectuels et journalistes "anticonformistes" au service de l'ordre dominant, La Découverte, 2012, .Jean-Louis Vaxelaire, « Sébastien Fontenelle, Les briseurs de tabou. Intellectuels et journalistes « anticonformistes » au service de l’ordre dominant », Questions de communication, ..

Soutiens Le philosophe Alain Finkielkraut déclare dans Le Point : Il dira aussi Entretien avec Alain Finkielkraut : « Je n’ai pas d’hostilité de principe à la censure », Médias .. De son côté, le sociologue Pierre-André Taguieff écrit : « Un oubli de Pierre-André Taguieff », Bakchich..

Oriana Fallaci a reçu le soutien de partis politiques et de mouvements tels la Ligue du Nord en Italie. Elle a été élue « Femme de l'année 2006 » par Front Page Magazine, web-magazine américain néo-conservateur publié par David Horowitz. Robert Misrahi l'a également soutenue dans Charlie Hebdo, estimant qu'Jérémy Collado, « Oriana Fallaci, de la résistance antifasciste à l'islamophobie », Slate, ..

Critiques Un journaliste de renom de Florence, Tiziano Terzani, exprime ses réticences vis-à-vis de l'approche d'Oriana Fallaci dans son livre La Rage et l'Orgueil dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien . L'historien des croisades Franco Cardini lui répond également dans son livre (« La peur et l'arrogance »).

Elle a été particulièrement critiquée par des organisations musulmanes et des partis de gauche, notamment en France.