La conférence de Berlin des est la seconde rencontre gouvernementale réunissant Arthur Zimmermann et Ottokar Czernin, ministres allemand et austro-hongrois des affaires étrangères, sous la présidence du chancelier du Reich, Theobald von Bethmann Hollweg. Cette rencontre est destinée à définir les buts de guerre du impérialEntre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est , simplement désigné par le terme par la suite. et de la double monarchie ; elle doit également préparer la première rencontre officielle entre l'empereur allemand et le nouvel empereur-roi Les deux monarques se sont officiellement rencontrés à plusieurs reprises depuis le mois de , mais Charles était alors impérial et royal.. Alors que des changements de personnel politique s'opèrent dans la double monarchie de plus en plus épuisée par le conflit qui se prolonge, cette rencontre constitue la première manifestation de dissensions entre les deux alliés autour de la question des conditions de sortie du conflit.

Contexte Les puissances centrales face à la révolution russe

La révolution de Février met provisoirement un terme aux opérations militaires sur le front de l'Est ; cependant, le choix du gouvernement provisoire russe de rester fidèle aux alliances conclues par le régime impérial oblige le et ses alliés à maintenir sur place un nombre important de divisions pour faire face aux troupes russes.

Les divergences d'interprétation des événements en Russie deviennent rapidement un fossé d'incompréhension entre le et la double monarchie. En effet, les responsables austro-hongrois interprètent les événements révolutionnaires russes de février comme une aspiration à la paix ; de plus, ils estiment que ces événements pourraient influer sur la situation intérieure déjà tendue et que les populations allemandes comme austro-hongroises pourraient aspirer à la révolution, possible préalable à la fin rapide du conflit.

Cependant, malgré la volonté du nouveau gouvernement russe de poursuivre la guerre, la révolution et les troubles qui en découlent ont fait disparaître pour un temps les capacités opérationnelles de l'Armée russe ; conscients de cette réalité, les planificateurs militaires du et de la double monarchie redéploient rapidement en Italie, dans les Balkans et à l'Ouest une partie de leurs armées alors engagées sur le front de l'Est.

Buts de guerres de la Quadruplice Répondant à une demande officielle allemande faite le , Stephan Burián von Rajecz, alors ministre des affaires étrangères austro-hongrois, adresse le , à ses alliés de la Quadruplice, une note dans laquelle il précise les buts de guerre de la double monarchie, à la recherche d'un .

Dans les jours qui suivent, les ambassadeurs du en poste en Bulgarie et dans l'Empire ottoman adressent aux gouvernements bulgare et ottoman des demandes de clarification sur la question des buts de guerre. Les divergences portent essentiellement sur les annexions bulgares et les compensations à octroyer aux Ottomans et aux Austro-HongroisLe gouvernement bulgare réclame la Dobroudja roumaine ainsi que la totalité de la Macédoine, aux dépens de la Grèce et de la Serbie, sans rétrocéder aux Ottomans aucun territoire en Thrace orientale..

Renseigné sur ces différents programmes, le chancelier impérial rend alors publiques le les conditions d'une paix équitable pour le gouvernement du . Fruit d'un compromis entre civils et militaires, ce programme réclame l'annexion des territoires occupés par le en Courlande et en Lituanie, la reconstitution d'un royaume de Pologne étroitement contrôlé par le , l'annexion des bassins miniers de Lorraine française et de Belgique ainsi que la restitution des colonies allemandes alors occupées par les Alliés.

Divergences entre Alliés

L'avènement de , en , ne modifie pas en apparence la gestion de la guerre par le personnel de la double monarchie, désireux cependant de mettre un terme à la participation austro-hongroise au conflit. Malgré tout, Charles modifie la politique menée par la double monarchie vis-à-vis du , ne se ralliant plus inconditionnellement aux aspirations allemandes.

Cette aspiration à modifier les termes de l'alliance entre le et la double monarchie se matérialise par la volonté de l'empereur-roi Charles de conclure avec les Alliés une paix de compromis, basée sur le ; ce changement politique apparaît nécessaire aux yeux du monarque et de son entourage, conscients du délabrement général de la double monarchie au terme de de conflit.

Pour négocier la paix de compromis souhaitée par le monarque austro-hongrois, des émissaires sont envoyés en Suisse, dès le début du mois de , afin de rencontrer des diplomates représentant des États neutres ; ces rencontres sont destinées à restaurer des relations avec la France, informelles et discrètes dans un premier temps. Cependant, les négociateurs de la double monarchie sont en réalité manœuvrés par Matthias Erzberger et Georg von Hertling, alors ministre-président du royaume de Bavière, partisans l'un comme l'autre de la poursuite de la guerre jusqu'à la victoire du .

Négociateurs gauche|alt=portrait d'un homme en uniforme|vignette|Ottokar Czernin représente la double monarchie. thumb|Le chancelier du Reich, Theobald von Bethmann Hollweg, ici en 1917, impose sa conception des buts de guerre à son interlocuteur austro-hongrois.|alt=portrait d'homme La conférence se réunit au siège du ministère des affaires étrangères du , à Berlin.

La présidence de séance est confiée au chancelier du Reich, Theobald von Bethmann Hollweg, assisté du secrétaire d'État aux affaires étrangères, Arthur ZimmermannLe gouvernement du est alors composé d'un chancelier, assisté de secrétaires d'État. ; le chancelier et son secrétaire d'État sont conseillés par leurs principaux collaborateurs.

Le ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, Ottokar CzerninOttokar Czernin, proche de François-Ferdinand d'Autriche avant son assassinat, a été nommé par à ce poste le ., représente la double monarchie. La délégation austro-hongroise compte en son sein le nouveau chef de cabinet du ministre, Alexander HoyosAlexander Hoyos, envoyé à Berlin durant la crise de juillet, occupe ce poste depuis le ., ainsi que de Ladislas Müller von Szentgyörgyi, chef de section au sein du ministère des affaires étrangèresDepuis les réformes de , le ministère autrichien des affaires étrangères est organisé en sections..

Discussions Face au représentant d'un allié de plus en plus épuisé par le conflit qui se prolonge, le chancelier impérial impose les objectifs politiques poursuivis par le à son interlocuteur austro-hongrois.

Le , principal acteur de la quadruplice Dans les échanges entre le chancelier du et le ministre austro-hongrois, Theobald von Bethamnn Hollweg impose à son interlocuteur les objectifs allemands, en dépit de l'apparence d'une alliance entre partenaires égaux. Le faible nombre de concessions réelles obtenues par le ministre austro-hongrois constitue une preuve supplémentaire du caractère de plus en plus asymétrique de l'alliance entre le et la double monarchie, mettant l'empire des Hohenzollern en mesure de se substituer à l'empire des Habsbourg, les évinçant progressivement de leurs positions politiques et économiques dans les Balkans et dans l'Est de l'Europe.

Cependant, au début de l'année 1917, le nouveau ministre austro-hongrois des Affaires étrangères tente une nouvelle fois de convaincre le chancelier du de la nécessité de transiger sur les conditions de sortie du conflit. En dépit de l'existence d'un rapport de force avec la double monarchie qui lui est largement favorable, l'importance des positions du doit être relativisée. Czernin parvient en effet à négocier un cadre minimal de définition des buts de guerre poursuivis par les deux alliés ; ce programme minimal reste cependant flou, autorisant de grandes divergences d'interprétation de part et d'autre.

Partage des conquêtes thumb|Le Siret, ici dans la région de Mircesti, doit constituer la nouvelle frontière entre la Russie et la double monarchie.|gauche|alt=photographie d'un cours d'eau thumb|Czernin souhaite voir la couronne royale polonaise dévolue à Charles-Étienne de Teschen, ici dans son uniforme d'amiral de la marine austro-hongroise en 1917.|alt=photographie La répartition des territoires conquis par la quadruplice depuis le déclenchement des hostilités constitue aussi un enjeu dans les relations entre le et la double monarchie au début de l'année 1917.

Les discussions se focalisent rapidement sur la nécessité de l'adéquation entre les et la dévolution des conquêtes à l'une ou à l'autre ; conjointement, Czernin se montre partisan de mettre en place un afin de retarder le plus possible la question de la dévolution définitive des conquêtes du et de ses alliés.

Cependant, au fil des échanges entre les deux parties, Czernin parvient à convaincre le chancelier de la nécessité du retour de la Roumanie dans la sphère d'influence austro-hongroise, en échange de la cession de la Pologne au : le territoire du royaume est ainsi promis à être partagé entre la Russie et la double monarchie, le Siret marquant la frontière entre les zones d'influence russe et austro-hongroise. Le statut des régions promises à l'Autriche-Hongrie n'est pas encore définitivement fixé, les Austro-hongrois balançant entre l'annexion pure et simple et la mise en place d'une monarchie fantoche et croupion, dont la couronne serait dévolue à un archiduc de la famille des Habsbourg.

Maintien des buts de guerre du Dans un contexte global marqué par l'arrêt des opérations sur le front de l'Est et par l'importance prise par les armées allemandes dans le dispositif austro-allemandÀ partir de 1915, les divisions allemandes et austro-hongroises sont imbriquées dans des armées germano-austro-hongroises, au sein desquelles les unités allemandes jouent un rôle prépondérant., le chancelier du revendique pour l'Allemagne la victoire sur ce théâtre d'opérations. Cependant, il est de moins en moins assuré que le et ses alliés sortent victorieux du conflit qui se prolonge.

Pour cette raison, le représentant allemand s'oppose à toute paix blanche ou à toute forme de compromis avec les Alliés. Devant ses proches conseillers, Bethmann Hollweg définit le , quinze jours avant la conférence avec Czernin, le principal but de guerre du , visant à donner au les moyens de devenir une véritable puissance mondiale : le chancelier se propose de permettre un rapprochement entre le et, dans un premier temps, ses voisins immédiats que sont la Belgique, la Pologne et la monarchie des Habsbourg.

Conditions de sortie du conflit thumb|gauche|Arthur Zimmermann se montre partisan d'ouvrir des négociations de paix avec les Alliés.|alt=homme

Dans un contexte marqué par l'affaiblissement de la pression militaire sur le front de l'Est, les Allemands Bethmann-Hollweg, Zimmermann et l'Austro-hongrois Czernin définissent les conditions minimales auxquelles l'Empire allemand et la double monarchie se déclarent prêtes à sortir du conflit.