Cet article donne un état des lieux de la chanson lyonnaise à la Renaissance.
Histoire de la chanson avant le
Pour les historiens, la naissance de la chanson comme genre musical se situe au . Même s’il est probable que l'homme a toujours chanté, ou du moins a toujours pratiqué le chant ou une certaine forme de chant en se servant de sa voix. Si on parle de la chanson proprement dite, c'est-à-dire d'un texte marié à une mélodie, ses formes varient selon les peuples, elle se pratique dans toutes les régions du monde, dans les zones rurales comme dans les centres urbains, dans toutes les classes sociales, des plus pauvres aux plus riches et elle peut être ou profane ou sacrée.
La chanson est une composition pour la voix, c’est-à-dire un texte mis en musique qui est divisé en un refrain et plusieurs couplets. Ménestrels ou ménétriers apparaissent à l’époque mérovingienne. Ils jouent d’un instrument comme la flûte, le psaltérion, la trompette, le rebec ou le chalumeau et chantent en même temps. Ils sont les chanteurs de rue, proches du peuple, à l’opposé des troubadours ou trouvères qui parlent une langue ignorée du peuple et s’adressent à la haute société.
Les premières chansons du Moyen Âge sont des chansons épiques (chanson de geste) qui sont très populaires. Puis se répandent les chants religieux, chant sacré (Histoire des martyrs et faits de la Bible) chanté en langue vulgaire et chant grégorien. À partir du , la chanson quitte le domaine religieux pour aborder des thèmes satiriques, frivoles ou amusants. La mélodie devient polyphonique. Les chansons sont chantées par les ménétriers : trouvères ou troubadours, jongleurs, comme Bernard de Ventadour, Thibaut de Champagne. Ils chantent au son du luth et de la viole. Il est possible de distinguer trois formes : la ballade, le rondeau et le virelai. Les thèmes sont l’amour, les exploits chevaleresques, la guerre (les croisades), les pèlerinages (St Jacques) et le printemps. Mais les thèmes locaux apparaissent et la chanson folklorique naît au . Les fêtes et les noces sont l’occasion outre de danser de chanter.
À partir du , les chansons apparaissent avec les fêtes et plus particulièrement les entrées royales. Désormais, elles portent sur l’actualité. Il en est ainsi de la Rigaudière. Né à Lyon, Odon Rigaud, né d’une famille riche et puissante, est nommé archevêque de Rouen. Il a fait don en 1247 à la cathédrale Saint Jean d’une cloche qui porte son nom. Avant de partir, il acheta une vigne en Beaujolais pour ceux qui auraient la charge de tirer la cloche :
Caractéristiques de la chanson lyonnaise aux
Jusqu’au , les chansons se transmettent oralement. Avec l’apparition de l’imprimerie, on assiste à un développement spectaculaire des chansons. Dans la première moitié du , le centre de la création au niveau des chansons se situe à Dijon à la cour de Philippe le Bon. Puis dans la deuxième moitié du Lyon devient un centre de rayonnement de la chanson. La prospérité de la ville et ses multiples contacts avec le reste du monde dans le cadre du commerce, de l’activité des banques et de ses foires (à partir de 1444 et apogée en 1463), favorisent ce foisonnement culturel. La présence à Lyon de nombreux italiens est aussi un facteur qui permet une osmose entre le « rinascimento » italien du « quattrocento » et l’activité culturelle de la ville.
La ville de Lyon compte plus de . Ces chansons sont composées par des chansonniers de métier, la plupart du temps anonymes, très souvent au service et à la solde des éditeurs comme Jacques Moderne et Bonfons. Il nous en reste une grande richesse littéraire qui participe du patrimoine lyonnais. Les ménétriers sont concurrencés par des chanteurs ambulants, mendiants pour la plupart, bien souvent sans aucun talent qui s’installent au hasard des rues. Ils chantent des complaintes sur des thèmes politiques et satiriques. À cette époque toutes les classes sociales sont concernées par les chansons.
Les instruments de musique qui accompagnent les chansons sont héritées du Moyen Âge et de l’Antiquité : le claquebois ou échelette est un instrument de percussion à touches formés de de bois secs tournés au tour et durcis au feu, il donne un son est réputé lugubre ; le luth ; la vielle à roue est un instrument à cordes frottées et à clavier, utilisée essentiellement pour accompagner la liturgie et peu à peu remplacée par l’orgue, mais quittant les églises et les monastères, elle devient l’instrument très apprécié des jongleurs et des mendiants ; le chalumeau est un instrument à vent. Il s’agit d’un roseau percé à différentes distances ; le tournebout ou cromorne est en fait un tuyau de bois assez mince et recourbé vers le bas en forme de crosse ; la cornemuse est un instrument à anche qui possède un soufflet en forme de sac en peau de chèvre ou de mouton ; la viole succède au rebec et aux vielles à archet. On compte deux familles, la viole de bras qui se place sous l’épaule et la viole de gambe qui correspond au violoncelle ; la flûte ; l’épinette.
Plusieurs chansons sont extraites d’un recueil du intitulé S’ensuivent plusieurs belles chansons nouvelles qui est vendu à Lyon en la maison de feu Claude Nourry dit le Prince, près de Notre Dame de Confort. La Renaissance à Lyon, c’est l’époque de Louise Labbé, de Jean de Tournes, de Pernette du Guillet, de Maurice Scève. Eustorg de Beaulieu met en musique les vers de Clément Marot. Bonaventure des Périers écrit des dialogues satiriques qui sont imprimés à Lyon sous un pseudonyme. Il est en effet le valet de chambre de Marguerite de Navarre. Cependant, reconnu pour ses écrits, il est poursuivi et condamné. Alors, il se suicida.
L’influence italienne se manifeste tout particulièrement par l’introduction de la musique dans les chansons. Il est de bon ton, dans la société cultivée de Lyon, de savoir jouer d’un instrument : épinette, viole, flûte ou luth. Louise Labbé joue avec merveille du luth. Il en est de même de Pontus de Tyard et de Pernette du Guillet qui sont habiles en plusieurs instruments.
Tous les genres de musique se mélangent. On distingue : les vaudevilles qui viennent de « voix de ville », parmi les plus célèbres, les chansons de Noël. À l'origine, au , le vaudeville, ou vaudevire, est une chanson gaie et maligne. Le vaudeville se présente sous deux aspects : un aspect satirique inspiré des anecdotes et des événements de l'actualité (les guerres de religion, par exemple), un aspect plus licencieux qui dégénéra en chant bachique ; les airs ; les chansonnettes ; les goguettes qui sont des chants joyeux, souvent improvisés, la plupart du temps satiriques et sur des airs connus et populaires ; les danses chantées, il y en a plus de 300 à Lyon dont le thème dominant est l’amour.
Le thème de l’amour
Une chanson dansée de la Renaissance illustre le luxe et l’amour. Cette chanson monorime est un branle à 6 personnages, elle s’appelle Ballade des dames de Lyon, de Paris et de Tours sur le retour des gentils hommes et de l’armée de Naples, écrite en 1494 par Octavien de Saint-Gelais :
Comme pour tous ces types de chanson, le premier couplet est chanté en soliste par le ménétrier qui mène la danse. Puis l’enchaînement commence sans interruption. Le dernier vers du premier couplet est repris par la foule des danseurs et les vocalises sont reprises par tous. Puis le ménétrier poursuit l’histoire, et ainsi de suite.
De Taillemont chante l’amour et les femmes . Il écrit la Tricarite :
En 1555, la chanson intitulée Belle qui me va martyrisant est chantée dans les rues de Lyon :
Le thème bachique
La boisson est aussi un thème de multiples chansons. Il en est ainsi de cette chanson de Clément Marot à Maurice de Scève :
Eustorg de Beaulieu écrit une ode à Bacchus :
Les chansons à boire et à danser sont nombreuses, tel ce rigodon valsé :
Les vendanges et la Saint Vincent sont prétextes à chansons et danses, voici le refrain de l’une d’elles :
De cette même chanson quelques couplets :
Boire et chanter sont indissociables. Les tavernes pullulent où truands et soudards jouent, boivent, dansent avec les filles de joie et applaudissent aux chansons des ménestriers et des ménestrelles. Ainsi au cabaret du Charbon Blanc :
Clément Marot dédie une chanson à boire à son ami Maurice Scève :
Le thème satirique
Il s’exprime dans les vaudevilles qui consistent en des couplets rythmés sur des airs connus et des mélodies populaires. En 1561, Francesco Layolle publie un recueil de chansons. Tout est prétexte à chansons : incidents publics ou privés, moquerie des personnages en vogue.
Cela est aussi le cas pour cette chanson de 1450 qui traite de l’enlèvement d’une fille de Villefranche par le châtelain Édouard :
Il en est ainsi de la chanson des brodeurs de Lyon ou chanson des galériens. En effet, les brodeurs qui fraudaient sur les fils d’or et d’argent, étaient condamnés aux galères. Cette chanson était chantée par les mariniers lyonnais car elle évoque les trois personnages des mariniers : la Vierge Marie, Saint Nicolas et Sainte Barbe.
Parmi les vaudevilles les plus célèbres, celui concernant la Belle Cordière a fait date. Ce vaudeville est écrit par Jean d'Ogerolles en 1559 :
La suite de cette chanson énumère tous ses amants, avocat (Maurice Scève), procureur (A Fumée), cordonnier (Germain Borgne de Cahors), musnier (Olivier de Magny), florentin (Thomas Fortini), tandis qu’elle demande à son mari Jan, d’aller dormir ailleurs, car elle a besoin du grand lict.
Les Vêpres lyonnaises en 1572, outre les massacres de protestants, donnèrent lieu à de nombreuses chansons :
Le thème de la guerre
La lutte contre la Savoie En 1430, après la bataille d'Anthon et la défaite du Prince d'Orange, fut écrite une chanson, la complainte du beau prince d’Orange (sur l’air de Malbrough):
Les guerres de Religion Dès 1524, Lyon est confrontée aux guerres de Religion. Celles-ci sont évoquées dans diverses chansons comme Maudilt soit Lyon sur le Rosne et Le jardin sur Saône jamais plus ne t’y verray écrite en 1542 :
Clément Marot écrit Adieu aux dames de la cour :
Il publie aussi en 1536 les Psaumes à David, sur une mélodie du compositeur Bourgeois, ainsi le psaume 51 :
De même le psaume 42, lui aussi mis en musique par Bourgeois sur un air populaire :
Quant au psaume 68, il deviendra le chant de guerre des Huguenots :
Le Chansonnier Huguenot comporte un très grand nombre de chants et de cantiques composés à partir de psaumes. Ce sont des complaintes qui narrent le martyre des protestants de Lyon. Cinq jeunes protestants sont arrêtés à Lyon le , ils chantent leur désespoir et leur foi en Dieu :
Malgré les interventions du gouvernement bernois, ils sont brûlés vifs le . Après la prise de la ville par les protestants et les troupes du baron des Adrets le , des chansons se multiplient en 1562 :
En 1563, la paix revenue, les Lyonnais dansent la farandole et chantent L’adieu à la guerre :
La lutte contre les barbaresques La Chanson les trois gallans de Lyon est une chanson évoquant la lutte contre les barbaresques. Elle se chante sur l’air Le passé de la France :
Gallan = galérien
Cette chanson est extraite d’un recueil du intitulé S’ensuivent plusieurs belles chansons nouvelles, vendu en la maison de feu Claude Nourry dit le Prince, près de Notre-Dame de Confort.
La lutte contre Charles Quint Lors de la bataille de Pavie en 1525, alors que le roi est fait prisonnier par Charles Quint, plusieurs chansons vont traiter de cet événement, comme celle intitulée Gentil fleur de noblesse :
Le thème folklorique et de la fête
Les fêtes de mai