thumb|Empire byzantin et conquêtes arabes vers 867.|350x350px

La dynastie amorienne (ou dynastie phrygienne) fut fondée par Michel l’AmorienCette dynastie est quelquefois appelée « dynastie phrygienne » en raison des origines de son fondateur, Michel II (Voir Vasiliev (1952) ) en 820 et règne sur l'Empire byzantin jusqu’à l'assassinat de par son chambellan en 867. Elle doit son nom à la ville anatolienne d'Amorium en Phrygie.

La période pendant laquelle règne cette dynastie est principalement marquée par divers conflits religieux dont le principal fut celui de l’iconoclasme. Toléré par , il revivra sous Théophile avant que Théodora ne rétablisse le culte des images et le « Triomphe de l’Orthodoxie ». La nomination du haut fonctionnaire Photios comme patriarche marquera le début d’un schisme entre Rome et Constantinople sous . Par ailleurs, si les missions de Cyrille et Méthode contribuèrent à faire entrer les Slaves dans l’orbite de Byzance, le khan bulgare profitera des tensions entre Rome et Constantinople pour affirmer son indépendance en créant une Église nationale.

Pendant ce temps, les Arabes continueront leur progression en Crète, en Sicile et dans le sud de l’Italie, mais ne parviendront pas à faire des gains significatifs en Asie mineure.

Sur le plan intérieur, on assistera à une extension des thèmes en Orient ainsi qu’à un renouveau du savoir avec des personnages tels que Theoktistos, le césar Bardas, Léon le Mathématicien et la création de l’université de la MagnaureKazdhan (1991) « Amorian or Phrygian Dynasty », vol. 1, .

Des Isauriens aux Amoriens (802–820)

thumb|Solidus de et de son fils Staukarios, lequel, blessé sur le champ de bataille, ne succéda que quelques jours à son père.|gauche

Les empereurs de la dynastie isaurienne () avaient défendu avec succès les frontières de l’empire contre les forces du califat après les premières conquêtes musulmanesOstrogorsky (1983) Bréhier (1969) , mais avaient été moins heureux en Europe où ils subirent maintes défaites contre les BulgaresTreadgold (1997) . En Italie, non seulement avaient-ils perdu l’exarchat de Ravenne mais leurs relations avec la papauté s’étaient détériorées pour des motifs à la fois religieux et politiques : l’iconoclasme pratiqué avec vigueur par les empereurs () et (), ainsi que la perte des diocèses du sud de l’Italie et de l’Illyrie dont la juridiction avait été transférée au patriarcat de Constantinople et les revenus civils à l’empereur. Le couronnement de Charlemagne comme « empereur des Romains () » par (pape de 795 à 816) en jeta la consternation à Constantinople où régnait Irène (seule impératrice régnante de 797 à 802) qui, pour conserver le trône, avait fait aveugler son fils () qui devait mourir de ses blessuresNorwich (1989) .

En 787, alors qu’elle régnait encore officiellement avec son fils, Irène avait réussi lors du deuxième concile de Nicée à faire rétablir le culte des imagesNorwich (1989) . Mais l’horreur suscitée par la mort de son fils, de même que la rumeur qui s’était répandue à Constantinople à l’effet qu’une délégation franque arrivée en 802 apportait une proposition de mariage entre Irène et CharlemagneSelon Théophane, 473-474 ; les sources occidentales parlent seulement de la signature d’un traité. incita un certain nombre de hauts-fonctionnaires conduits par le logothète général, Nicéphore, à renverser celle-ci et à l’exiler.

() mena, tout au long de son règne, d'importantes réformes intérieures pour remettre en ordre les finances publiquesOstrogorsky (1983) et pour repeupler la Grèce et une partie des Balkans afin d'assurer la défense de l'empire contre les BulgaresOstrogorsky (1983) . Confronté à différentes révoltes durant son règne, il parvint néanmoins à défendre son trône tout en cherchant l'apaisement sur le plan religieuxOstrogorsky (1983) . Devant la triple menace de la contestation impériale en Occident, des raids arabes en Orient et de la pénétration bulgaro-slave dans les Balkans, il parvint à préserver la frontière avec le califat abbasside et défendit avec succès les possessions byzantines de Venise et de Dalmatie mais ne put contester la prétention au titre impérial de Charlemagne ni, dans les Balkans, obtenir la soumission des Bulgares. Vaincu par le khan Kroum à la bataille de Pliska, il y trouva la mort, laissant l'Empire dans une situation très précaireOstrogorsky (1983) .

Le court règne de () constitua l’antithèse du règne de son beau-pèreIl avait épousé Procopia, fille du (futur) empereur , lequel éleva Michel au rang de curopalate lors de son avènement.. Il abandonna la politique d’économie de son prédécesseur, distribuant largement ses faveurs à l’armée, à la cour et surtout au clergé ; contrairement à Nicéphore qui s’était toujours montré intransigeant sur ce point tant à l’endroit de Charlemagne que de la papauté derrière lui, il reconnut expressément le titre d’empereur à CharlemagneEn omettant le qualificatif « des Romains » que l’empereur de Constantinople se réservait toujours. en 812 en retour de certains territoires annexés par Pépin le BrefOstorogorsky (1983) Bréhier (1969) . Il ne devait pas cependant être capable de résister aux Bulgares et sa défaite lors de la bataille de Versinikia en 813 conduisit à son renversement par le stratège d’Anatolie, Léon l’Arménien qui devint empereur sous le nom de ().

thumb|Miniature de la Chronique de Skylitzès de Madrid représentant la proclamation de Léon comme empereur.|gauche

La mort soudaine du khan Kroum qui était parvenu aux portes de Constantinople en 814 devait délivrer pour un temps l’empire de la menace bulgare et put signer une paix honorable avec son successeur, Omourtag, traité qui tout en reconnaissant officiellement l’État bulgare délivrait Byzance d’un danger mortelOstrogorsky (1983) . Mais la suite de défaites essuyées au cours des dernières années par les armées byzantines conduisirent l’empereur à y voir la punition de Dieu pour le retour au culte des images. En 815, un synode réuni à Hagia Sophia par le nouveau patriarche Théodote Mélissenos rejeta les conclusions du deuxième concile de Nicée et revint à la doctrine du concile de Hiéreia de 754Bréhier (1983) . Mais la résistance, conduite par les moines du Stoudion avec à leur tête leur supérieur, Théodore, ne tarda pas à s’organiser empêchant tout retour aux extrêmes connus sous . En même temps, la grogne se faisait de plus en plus sentir chez les militaires. L’un des anciens compagnons d’armes de Léon, Michel le Bègue, attendait d’être exécuté pour avoir fomenté un complot contre l’empereur. Le jour de Noël 820, ses compagnons assassinèrent dans la cathédrale Hagia Sophia, puis allèrent le faire sortir de prison et le proclamèrent empereurOstrogorsky (1983) .

Michel II le Bègue (820-829) thumb|left|Nomisma de Michel II avec, au revers, son fils Théophile.

Michel naquit en 770 à Amorium dans une famille de paysans-soldats appartenant à la secte des Athinganoi dont les membres avaient adopté la foi et les rites juifsBréhier (1983) .

Entré dans l’armée comme simple soldat, il devait rapidement atteindre le poste de domestique des Excubites. On le retrouve en 803-804 aux côtés de Bardanès Tourkos, de Léon l’Arménien et de Thomas le Slave dans la révolte qui précipitera la chute de et l’avènement de l’un d’eux, Léon l’Arménien, sous le nom de . On ignore ce qui causa la mauvaise entente entre et son ancien frère d’armesSelon Warren Treadgold, qui défend l'idée d'un mariage entre Barca, fille de Bardanès Tourkos et , leur divorce aurait engendré une rancune tenace de Michel car Barca était la sœur de sa femme Thekla.. Mais, après avoir démasqué dans les derniers mois de 820, une première conspiration qui attestait l'existence d'une opposition à son gouvernement, Léon devint persuadé que Michel complotait contre lui et le fit emprisonner pour le faire exécuter immédiatement après la fête de Noël. Michel qui disposait de forts appuisTreadgold (1988), parvint à prévenir ses amis. Déguisés en prêtres, ceux-ci réussirent à pénétrer dans le palais impérial et à assassiner Léon dans une chapelle palatine. Le jour venu, Michel fut libéré et, encore chargé de ses chaines, acclamé empereur, puis couronné le lendemain sans opposition par le patriarcheVoir à ce sujet Dmitry Afinogenov, « The Conspiracy of Michael Traulos and the Assassination of Leo V: History and Fiction », Dumbarton Oaks Papers, vol. 55, 2001, .

Michel était très conscient d’être le septième empereur en vingt-cinq ans. Aussi prit-il soin dès la nouvelle année de couronner son fils de dix-sept ans, Théophile, comme coempereur et d’assurer la descendance de la dynastie en lui faisant épouser immédiatement une Paphlagonienne de haut rang du nom de ThéodoraNorwich (1994) . Lui-même du reste épouse en secondes noces, vers 824, une fille de , Euphrosyne, se procurant ainsi une certaine légitimité mais s’attirant les foudres de l’Église orthodoxe réprouvant les seconds mariages pour les empereurs, d’autant plus qu’Euphrosyne était alors religieuseTreadgold (1997) .

Ces précautions n’étaient pas inutiles puisque, dès le début de 821, Thomas le Slave, l’un des trois généraux impliqués dans le renversement de , prenant comme prétexte l'assassinat de , se révolta, se présentant à la fois comme le défenseur des images et des masses populaires accablées par le poids des impôts et l’arbitraire des fonctionnairesOstrogorsky (1983) .

Couronné empereur par le patriarche d’Antioche avec l’appui du calife Al-Ma’mūn (), il mit au mois de le siège devant Constantinople. pouvait pour sa part compter sur l’appui du khan des Bulgares, Omourtag, qui vint au printemps 823 disperser les troupes de Thomas, lequel dut lever le siège et se réfugier à Arcadiopolis où il fut capturé et exécutéOstrogorsky (1983) Treadgold (1997) Norwich (1994) .

L’armée et surtout la marine sortaient épuisées de ces trois ans de guerre civile. Profitant de cette situation, les Arabes expulsés d’Andalousie en 816 s’étaient installés en Crête et en Sicile, interceptant les routes de la Méditerranée et assiégeant Syracuse en 827Bréhier (1969) . Michel fit ce qu’il put dans les circonstances, mais ne pouvant défendre les deux territoires se concentra surtout sur la Crète, plus proche de l’empire et constituant un plus grand dangerNorwich (1994) . Des années plus tard, en 878, Syracuse sera définitivement perdue et Constantin Porphyrogénète pourra conclure que le règne de vit le plus grand recul de l’influence byzantine sur le littoral de l’Adriatique et dans les régions slaves de l’ouest de la péninsule balkaniqueDe Administrando Imperio, XXIX, 60.

Les circonstances difficiles dans lesquelles Michel avait été porté au trône et la nécessité de se concilier la population, l’armée et l’Église, le poussèrent à la plus grande prudence dans le domaine religieux; dès son arrivée au pouvoir, il publia un décret interdisant toute discussion sur le sujet des images. Il rappela à Constantinople Théodore Studite et les iconoclastes exilés en Anatolie, cherchant un terrain d’entente entre les deux parties. Mais ni Théodore le Studite, ni le patriarche iconoclaste Antoine n’étaient prêts à faire de concessions. Croyant qu’un appel au pape () et à l’empereur Louis le Pieux () serait la meilleure façon d’amener les iconodoules à raison, il écrivit à tous les deux des lettres dans lesquelles il démontrait les abus auxquels avait donné lieu le culte des images et demandait l’arbitrage tant de l’Église franque que du papeNorwich (1994) . Le pape étant mort entre-temps, son successeur () autorisa l’empereur à tenir un concile sur le sujet. Réuni à Paris en 825, le concile décida que les images saintes pouvaient être exposées dans les églises comme ornements ou pour rappeler les personnages représentés, mais ne devaient en aucun cas faire l’objet d’un culteNorwich (1994) .