Jean Goulin, né à Reims le et mort à Paris le 11 floréal an VII (), est un encyclopédiste et professeur d’histoire médicale à l’École de médecine de Paris. Ses travaux concernent la littérature médicale.

Biographie

Formation Jean Goulin est né le à Reims, de Denis Goulin et Jeanne Jacqueline Émond, habitant rue des Telliers, face à l'église Saint Pierre.

Son père était marchand et tailleur d'habits ; il meurt très jeune et ne laisse pas d’héritage. Jean Goulin est élevé par sa mère. Elle le fait poursuivre ses études dans un collège catholique de Reims.

Il étudie avec l'abbé Charles Batteux, professeur d'éloquence au collège de Navarre à Paris. Jean Goulin dira plus tard qu'il était trop tourmenté par l'ambition pour se consacrer suffisamment à ses élèvesIl s'était lié avec quelques jeunes garçons de son âge. Chacun d'eux, à jour fixe, était chargé de réciter un certain nombre de vers latins ou grecs, appris par cœur et traduits, ce qui donnait lieu parfois ..

Jean Goulin étudie la littérature, grecque et latine, qu'il lisait dans le texte (Horace, Térence, Quintilien… ). Il reviendra toujours à ses auteurs classiques, et à quelques ouvrages : Les Caractères de Jean de La Bruyère, les œuvres de John Locke et de Jean Pierre de Crousaz, ou celles de l'abbaye de Port-Royal.

Apprentissages Après deux années de philosophie, il doit choisir un métier. Sa mère souhaitait qu'il entre dans les ordres, Jean Goulin s'y refusa . Il voulait être médecin, mais les études coûtaient cher.

Il est « placé » un temps chez un procureur, qui sera ensuite arrêté. Du côté des fermiers généraux, il n'avait pas l'âge requis pour être reçu commis aux aides. Il entre chez un homme de loi, spécialisé dans ce type d'affaires. Il apprit à rédiger des exploits et des procédures. Révolté par ces pratiques, il quitta ses fonctions.

Jean Goulin écrivit à son ancien professeur de collège : l'abbé Charles Batteux, lui demandant une place d'instituteur dans quelques collèges ou pensions. Il trouva une place de répétiteur chez un maître de pension, pour 100 francs par an. Il entra dans cette fonction le ; il avait alors 19 ans.

Etudes de médecine Six mois plus tard, il choisit d'apprendre la médecine, tout en travaillant. Il avait déjà composé un vocabulaire grec, latin et français de tous les termes médicaux rencontrés dans ses lectures.

L'abbé Charles Batteux voulut l'en détourner, il se brouilla avec lui.

Un de ses anciens camarades lui procura une nouvelle place de répétiteur chez un maître de pension. Il en trace un portrait affreux et il l'appelle le Gorgilius Plagosus d'HoraceDans une de ses brusqueries ordinaires, il s'avisa un jour d'appeler Jean Goulin "bête" devant ses écoliers qui en rirent. "Ce rire", lui dit Jean Goulin, "est la satire de votre injure et la preuve de l'avilissement de l'état que j'exerce, profitez de la leçon".

Le maître en profita réellement, car il le fit venir chez lui, lui fit des excuses et le regarda depuis comme un autre lui-même, au point qu'il lui confia sa maison et toutes ses affaires pendant un voyage d'un mois qu'il fit dans son pays d'origine..

Il y resta 18 mois. À 22 ans, il tombe malade. Il parvient à se rétablir et entre dans une autre pension ; il restera deux ans, puis, s'en va et donne des leçons particulières.

En 1753 (il a 25 ans), une place lui est proposée, qu'il aurait pu remplir sans cesser ses études de médecine. L'abbé Batteux refuse de le recommander. Jean Goulin en garda de l'amertume.

Durant les hivers 1753, 1754 et 1755, Goulin étudie l'anatomie dans l'amphithéâtre du docteur Antoine Ferrein de la Faculté de Médecine, et à celui du Jardin des Plantes. Il suit, en même temps, les cours de l'Hôtel-Dieu. Il y attrape une gale suppurante, doit garder la chambre pendant six semaines, et perd ses leçons en ville.

Il fait un voyage à Reims pour chercher de l'aide, sans succès, et est forcé de vendre sa bibliothèque, composée de 500 à 600 volumes, ne conservant que ceux relatifs à la médecine. Il se défait peu à peu de ses autres meubles et effets. Il doit renoncer à entrer à la Faculté de Médecine de ParisPendant l'Ancien Régime, les jeunes médecins ne pouvaient s'inscrire à la Faculté de Médecine de Paris : le coût d'entrée y était très élevé. Sans doctorat délivré par la Faculté de Paris, personne ne pouvait pratiquer dans la capitale. Pour cette raison, Jean Goulin n'a jamais pratiqué la médecine dans la Capitale avant la Révolution et s'est limité à la publication d'ouvrages médicaux..

Il semble qu'il s'est fait recevoir docteur dans une autre faculté. Dans une lettre sur le médecin Philippe Hecquet, insérée dans le journal de médecine de 1762, il prend le titre de docteur en médecine. Le médecin De Villiers écrira dans un de ses livres : « Jean Goulin qui se dit docteur et médecin, et ne l'est pas… ». Cette affirmation est démentie par un ouvrage récent paru en 1997 à Oxford : The Medical World of Eighteenth-Century France. Deux historiens de la médecine, les professeurs Colin Jones et Laurence Brockliss, indiquent (p. 563, note 42) que Jean Goulin a écrit un journal d'observations hospitalières entre 1754 et 1755. Conservé à la Bibliothèque municipale de Reims (MS 1073) ; l'existence de ce journal prouverait que Jean Goulin a passé son doctorat à la faculté de Reims.

En 1756, Jean Goulin retrouve une place de précepteur dans une famille, pour 600 livres d'honoraires. Il donne en même temps des leçons de latin à une personne aisée.

En 1757, il traduit la thèse de Falconet, médecin du roi, sur l'appareil latéral, insérée dans le second volume de la collection des thèses donnée par Macquart, en 1759. En 1758, il traduit la dissertation de Castell sur L'insensibilité des tendons, des ligaments, du périoste et du péricrâne.

En 1760, il participa à la révision du dictionnaire des rimes de César Pierre Richelet.

Il quitte son travail de précepteur à la fin de l'année 1760. Il répétait souvent que s'il avait un fils dont il fut mécontent, il le punirait en l'obligeant à embrasser cette profession. Il était indigné du peu de considération qu'on accordait au précepteur, qu'on regardait comme un premier domestique.

Publications littéraires En 1760, redevenu libre, à 34 ans, Jean Goulin commence à travailler en littérature assez lucrativement"Mon travail", dit-il "m'aurait procuré une honnête aisance si ma bonne foi, mon désintéressement n'avaient réduit de beaucoup le fruit de mes veilles. J'ai fait beaucoup d'affaires avec les libraires ; très peu ont rempli envers moi leurs engagements. Tous ensemble ou séparément m'ont frustré de près de 20 000 livres en quinze ans.".

En 1761, il révise l'ouvrage intitulé l'Agronome, qui était tiré de celui intitulé Manuel des Dames de la Charité.

Jusqu'en 1762, il rédige les Annales typographiques, concurremment avec Roux et Darcet ; la même année, il fait la révision de l'abrégé du Dictionnaire de Trévoux et participe à la rédaction du Dictionnaire domestique portatif de cuisine, d'office et de distillation, depuis la page 285 du premier volume jusqu'à la fin, et pour les trois premiers du .

En 1762, il effectue également la révision de l'ouvrage L'Imitation de J.C., rédigée par le Père Morel.

En 1763, il abandonne la rédaction du Dictionnaire domestique ; il rend au libraire Vincent le contrat fait entre Aubert de la Chenaye des Bois, Auguste Roux et lui-même. Cela entraînera plusieurs procès avec François-Alexandre Aubert de la Chenaye Des Bois. Le troisième volume de ce dictionnaire est paru en 1764À titre anecdotique, signalons que cet ouvrage (2 volumes édités à Paris : Chez Vincent, 1767. 8vo. Contemporary calf. xvi,. [Vicaire, columns 276-277 ; Maggs, 277] ) a été adjugé $475.00 dans une vente spécialisée aux USA en 1999.

En 1771, Jean Etienne Guettard lui propose une place de médecin auprès d'un comte Palatin, parent du roi de Pologne ; il refuse.

Les années 1773 et 1774 sont difficiles. . Il se retrouve avec mille écus de dettes, qu'il ignorait. Peu après, il perd 2 000 francs que lui devaient deux particuliers : à défaut de titres valides, il ne sera jamais remboursé.

Son grand-oeuvre En 1775, il fait publier l'ouvrage qui l'a fait connaître comme un des plus savants et des plus habiles bibliographes en anatomie, médecine et chirurgie. Cet ouvrage est intitulé Mémoires Littéraires, Critiques, Philosophiques, Biographiques et Bibliographiques pour servir l'Histoire ancienne et moderne de la Médecine. Les journaux le louent . Il devient associé au Collège de médecine de Nancy.

Le libraire n'a pas un nombre suffisant de souscripteurs,et veut, la seconde année, abandonner l'édition de l'ouvrage. Jean Goulin veut le forcer à remplir ses engagements ; il sacrifie ses honoraires (480 francs) et engage un procès contre le libraire, qu'il gagne. Le libraire doit imprimer les douze feuillets du second volume déjà livrés par Jean Goulin. Et cette publication s'arrêtera là…

Vente de sa bibliothèque En 1777, il vend à G… de F… sa bibliothèque, composée d'environ , contre une rente viagère de 600 livres. Il garde le droit d'en jouir le reste de sa vie.

Deux ans plus tard, G… de F… décide de se retirer à Mennecy-Villeroy ; Jean Goulin renonce à son droit de jouissance sur sa bibliothèque.

En 1782, Jean Goulin, âgé de 52 ans, avait cessé de travailler au Journal de la Médecine qui lui rapportait pourtant aussi près de 600 francs par an. Il n'a plus que la rente viagère de F… de G… Il décide de vivre à Mennecy-Villeroy. Sans ses livres, il ne peut se consacrer à ses anciennes études. Il commence à apprendre l'arabe pour étudier, dans le texte original, les auteurs, comme Avicenne, dont la traduction latine est inintelligible.

En 1790, il aura un nouveau un litige avec G… de F… : il considérait que tous les livres acquis par Jean Goulin depuis 1782 lui appartiennent. Ce litige sera résolu par le versement d'une somme de 780 francs correspondant à la retenue des vingtièmes (Impôt sur le revenu de l'époque).

Retour à Paris Vers la fin de , Jean Goulin quitte Mennecy pour revenir à Paris. Il travaille, pour 480 francs par an, comme journaliste littéraire avec l'abbé de Fontenay aux Affiches de Province, revue dont ce dernier était propriétaire et principal rédacteur.

En 1784, Jean Goulin écrit :

Jusqu'en , Jean Goulin travaille pour le journal littéraire Les Affiches de Province. Il n'aura reçu pour toute cette période que 408 francs. Il le quitte, . En contrepartie, il a pu reconstituer sa bibliothèque, puisqu'il était convenu qu'il gardait les livres dont il rédigeait des notices.

L'Encyclopédie Médicale En 1785, le médecin Félix Vic-d'Azyr lui propose de rédiger, pour l'Encyclopédie Médicale, la biographie des anciens médecins.

Félix Vic-d'Azyr décide d'abandonner la publication des articles médicaux de l'Encyclopédie et propose à Jean Goulin de lui succéder.

Le , l'éditeur parisien Charles Joseph Panckoucke apporte à Goulin un projet d'arrangement pour accélérer la publication. Il veut ensuite le soumettre à chacun des auteurs d'articles. Goulin n'accepte qu'à condition d'être approuvé par un grand nombre de ces auteurs. L'assemblée a lieu le jour même, Félix Vic-d'Azyr annonce sa décision, propose Jean Goulin, tout le monde applaudit, et il est choisi pour le remplacer.

Le , Goulin apprend qu'une partie des auteurs souhaitaient que Vic-d'Azyr reprenne sa place. Vic-d'Azyr propose à Goulin d'être co-éditeur avec lui. « Je ne le veux, ni le peux » réplique Jean Goulin. Ils se quittent fâchés.