J. A. Martin« Très curieusement, André-Paul Martin s'est toujours fait appeler » . L'origine des initiales n'a jamais été vraiment élucidée. Certains y lisent « Jean-André » , d'autres « Jacques-André » (interprétation la plus courante ; voir par exemple ), d'autres encore « Jean-Antoine » ( ou ), alors que les prénoms figurant sur l'acte de naissance sont bel et bien « André Paul ». Ce surnom ne semble pas être lié à de véritables initiales, mais résulte plutôt d'un événement marquant survenu vers 1935. On rencontre les deux graphies « J.-A. » et « J.A. ». La première respecte les normes typographiques concernant les initiales d'un prénom composé ; mais, comme il ne semble pas que c'en soit un, on a retenu ici la seconde., né André Paul Martin à Paris le et mort en mer le , est un alpiniste et explorateur polaire français, l'un des instigateurs, avec Robert Pommier et Yves Vallette, du retour de la France en terre Adélie en 1950.

Passionnément amoureux de la montagne dès les années 1930, impliqué dans l'animation du Club alpin français, il explore le Spitzberg en 1946 en compagnie de Pommier et Vallette. Recruté par les Expéditions polaires françaises de Paul-Émile Victor peu après leur création en 1947, il y brille par ses talents d'organisateur. Il meurt à trente-huit ans dans l'Atlantique Sud sur le bateau transportant la troisième expédition antarctique française en terre Adélie.

Biographie Origines et formation André Paul Martin naît à la maternité de Port-Royal () le Archives de Paris, registre des naissances 1911 du 14 arr., acte (vue 22/31).. Son père, Hippolyte (dit Paul) Martin, est photographe, fils d'un bijoutier et d'une blanchisseuse ; sa mère, née Alice Bouchu, est téléphoniste, fille d'un compteur-mireur d'œufs et d'une fruitière originaire du Loiret ; la famille habite rue de Turbigo, dans le Archives de Paris : registre des mariages 1888 du arr., acte (vue 30/31) ; registre des naissances 1888 du arr., acte (vue 29/31) ; registre des naissances 1890 du arr., acte (vue 25/31) ; registre des mariages 1911 du arr., acte (vue 27/31) ; recensement 1926 du 3 arr., quart. Arts-et-Métiers, 35 rue de Turbigo (vue 256/352).. À l'école publique de la rue du Bourg-l'Abbé toute proche, André est noté comme un « élève intelligent, poli [et] studieuxArchives de Paris, école publique de garçons rue du Bourg-l'Abbé ( arr.), registre matricule 1916-1925 (vue 22/98). ». Il y obtient son certificat d'études à l'âge de onze ans, et poursuit sa scolarité à l'école primaire supérieure Turgot pour y préparer des concours..

thumb|Aspect de la « Haute Route », parcourue par J. A. Martin en (glacier d'Otemma, Suisse).

La famille Martin déménage à Clamart en 1927Archives de Paris, registres matricules militaires 1908, bureau, matricule (Hippolyte Martin).. Débutant dans la vie comme comptableArchives de Paris, registres matricules militaires 1931, bureau, matricule (André Martin)., André se prend « à rêver d'évasion vers les solitudes neigeuses. », et il devance l'appel pour effectuer son service militaire à Gap au bataillon de chasseurs alpins. En , il sera suffisamment bon skieur pour rallier Briançon à Nice, tout comme il le fera en en allant de Chamonix à Zermatt par la Haute Route..

En , à l'issue de son service militaire, il est brièvement embauché par Hutchinson au « service des affaires litigieuses » à l'usine de Montargis., puis comme agent d'assurances à La Séquanaise.. En 1934, il obtient un poste de secrétaire-greffier au Palais de justice.. Dès ses débuts dans le journalisme de sport en 1935., il adopte le surnom de « J.A. » qui ne le quittera plus, sans que personne connaisse au juste sa signification. Snobant ceux qu'il appelle les « pistards » , ses articles dans l'hebdomadaire Sports d'hiver militent pour une pratique éclairée du ski de randonnée..

Le Club alpin français

Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, Martin est mobilisé au régiment d'infanterie à Lons-le-Saunier. Pendant l'Occupation, il œuvre au sein de la section parisienne du Club alpin français (CAF), où il anime un « groupe cyclo-campeur » qu'il emmène régulièrement en excursionVoir par exemple ..

En , il constitue avec Robert Pommier et Yves Vallette, deux camarades du CAF, un groupe baptisé « G.F.A. » (pour « Groupe Froid et AltitudeEt non pas « Groupe Frigidaire et Ascenseur », comme certains (dont Martin ?) s'amuseront à le dire . »), avec l'intention « d'aller, dès la guerre finie, explorer les régions froides ou montagneuses du globe ». À la même date, il est l'une des trois personnes à l'origine de la création de l'organisation Connaissance du monde., ainsi que l'un des fondateurs du « groupe Louis-Liotard », une émanation de la Société des explorateurs français.. Il participe également à la fondation du Bleausard, un périodique satirique sur l'escaladeVoir par exemple .. On le retrouve à Chamonix dès comme conseiller technique d'Alain Pol qui tourne l'Appel des cimes, avec dans les rôles principaux Pierre Allain, Jacques Poincenot et Guy Poulet, trois des plus brillants alpinistes français de l'époque... C'est là son premier contact avec le monde du cinéma.

Il renonce vite à son poste de secrétaire-greffier au Palais de justice pour se consacrer à l'écriture d'articles dans diverses revues de loisirs. De 1946 à 1948, Martin fait aussi partie du comité de direction de la section parisienne du CAF., organisant durant cette période plusieurs courses sur glacier dans les Alpes autrichiennes qu'il fréquente depuis 1935Voir par exemple .. À cette même époque, il partage son appartement de la rue Croulebarbe avec sa grand-mère maternelle octogénaireArchives de Paris, recensement 1946 du 13 arr., quart. Croulebarbe, 37/39 rue Croulebarbe (vue 34/213)..

Le « Spitz » La région peu explorée du nord du Spitzberg avait retenu initialement l'attention du G.F.A. Mais la plupart des membres du groupe se désistent, et Martin, Pommier et Vallette se retrouvent seuls à vouloir aller au bout du projet . Ils prennent contact avec divers scientifiques, notamment avec le général Perrier, président de la Société de géographie. Celui-ci accepte de patronner l'expédition par le biais de la Société des explorateurs français, qui a des rapports très étroits avec la société qu'il préside..

thumb|left|Face sud-ouest du mont Newton.

En , Martin, Pommier et Vallette se mettent en route pour le Spitzberg.. Ils parviennent à embarquer à bord d'un contre-torpilleur de la Marine nationale qui part célébrer le sixième anniversaire de la bataille de Narvik. Un remorqueur norvégien coopératif les emmène ensuite à Longyearbyen, avant qu'une vedette militaire ne les dépose dans la baie du Petunia, tout au fond du Billefjord..

Au cours de l'été 1946, ils créent l'exploit en parcourant à ski à travers la Nouvelle-Frise et la terre Margareta, les régions les moins connues du nord-est du Spitzberg. Attelés à un traîneau, ils gravissent le mont Newton (Newtontoppen), point culminant de l'île., d'où ils repèrent un autre sommet qui leur semble plus élevéDes levés ultérieurs montreront que le mont Newton culmine à , tandis que le mont Perrier n'atteint que .. Ils le baptisent « mont Général-Perrier » (Perriertoppen), du nom de leur patron mort quelques mois plus tôt. Ils atteignent le cap Fanshawe, tout au nord de la terre Margareta, avant de revenir à leur camp de base de la baie du Petunia..

La terre Adélie Genèse du projet thumb|right|Carte de la terre Adélie dressée en 1840. La future base de Port-Martin sera implantée au voisinage du .

De retour à Oslo, les « Trois du Spitz » sont intrigués par un article de journal norvégien trouvé dans un caniveau : la revendication territoriale sur la terre Adélie décrétée par la France en 1924 y est contestée par la Norvège, sous le prétexte que la France n'y a pas repris pied depuis sa découverte par Jules Dumont d'Urville en 1840. Cela incite Martin, Pommier et Vallette à organiser une expédition de reprise de possession. Pommier, qui s'est occupé des chiens de traîneau de Paul-Émile Victor après sa traversée du Groenland en 1936, renoue le contact avec l'explorateur en , d'autant plus facilement que Pommier et Martin font désormais partie de la Société des explorateurs français dont Victor sera président l'année suivante. L'idée d'un projet d'expédition en Antarctique fait son chemin ; en , la fondation des Expéditions polaires françaises (E.P.F.) par Victor va permettre de le réaliser.

Expédition TA 2

Victor, qui prépare pour l'été 1948 une nouvelle expédition au Groenland, délègue à André-Frank Liotard, l'une des quatre personnes qui l'épaulent initialement, le soin d'organiser la deuxième expédition antarctique française en terre Adélie ()Traditionnellement, les Expéditions polaires françaises dénomment l'expédition de découverte menée par Dumont d'Urville en 1840.. Embauché aux E.P.F. dès , Martin devient vite la cheville ouvrière de : secondant Liotard, il « trouve dans la préparation de [la mission] un magnifique champ d'action pour son dynamisme et son expérience ».

thumb|left|Navire de relève à l'arrêt devant une banquise compacte de fin d'hiver n'autorisant l'accès au continent antarctique qu'aux seuls brise-glace.

Après un départ fâcheusement retardé par le mauvais état du Commandant Charcot, un ancien mouilleur de filets anti-sous-marins américain converti en navire polaire, l'expédition quitte Brest le . Elle compte au total 62 personnes, dont 11 doivent débarquer et hiverner. Dans ce dernier groupe, Pommier est chargé des chiens, des raids en traîneaux et de la photographie ; Vallette de la topographie ; Martin du cinéma et de l'intendance. Mais l'été austral 1948-1949 s'avère exceptionnellement froid, et le navire, parti de France trop tardivement, se trouve bloqué par de pack et de banquise. Il ne peut atteindre la côte antarctique., et ce qui est manifestement un échec sera qualifié par les E.P.F. d'« expédition préparatoire ».

Expédition TA 3 Le , et malgré une hypertension jugée alarmante par les médecins, Martin embarque à nouveau sur le Commandant Charcot avec l'expédition . Il ne verra malheureusement jamais la terre Adélie : le , alors que le navire se trouve à au nord-ouest du CapLa transcription de l'acte de décès — archives de Paris, registre des décès 1949 du 13 arr., acte (vue 3/14) — donne la position du Commandant Charcot au moment de la mort : et , Martin succombe à une hémorragie cérébrale. Son corps est débarqué au Cap, où il est enterré quatre jours plus tard..

Pour Robert Guillard, qui a côtoyé Martin au siège parisien des E.P.F. alors qu'il se préparait lui-même à partir au Groenland, celui-ci « gardait ses distances, ignorant le clan des “nordistes”. ». Mais ceux qui le connaissaient mieux, comme Vallette et Pommier, se souviennent de lui comme d'un compagnon dévoué qui « n'aimait vivre que « pour » les autres ». Martin a traversé le Spitzberg avec « [de] vieux skis tout usés, son veston de ville et sa cravate », disant qu'il ne fallait pas se prendre trop au sérieux. Il n'avait pas son pareil pour choisir infailliblement un itinéraire en montagne, sans jamais mettre en danger les centaines de personnes qu'il a pu guider à travers les Alpes françaises, suisses, italiennes et autrichiennes..

Un film de Luc-Marie Bayle (Commandant Charcot Terre Adélie 1949) retrace le voyage du Commandant Charcot au cours de l'été austral 1949-1950..

Citation À Pommier s'étonnant de la chance qui ne semblait jamais le quitter : « Mon vieux, la chance, ça se fabrique sur une enclume, à grands coups de marteau. »

Distinctions Citation à l'ordre de la Nation (.) à titre posthume (.)

Postérité thumb| Pack lâche de début d'été devant la côte antarctique au voisinage de Port-Martin.