La Sixième Méditation cartésienneLe titre exact de l'édition française de cette œuvre est Sixième Méditation cartésienne, avec un M majuscule qui distingue traditionnellement la Méditation en tant que texte de la méditation, réflexion privée. La majuscule à « Méditation » apparaît également essentielle à la compréhension de la portée de l'ouvrage. Il s'agit d'une œuvre écrite au titre d'une contribution critique à la tâche commune et au niveau des Méditations cartésiennes de Husserl par son collaborateur le plus proche, elle n'est pas une simple prolongation d'une série de cinq mais un ouvrage absolument original. La majuscule se justifierait ainsi non par la volonté d'ajouter une sixième Méditation aux cinq autres, mais dans le désir d'inviter les lecteurs à commencer de lire les Méditations d'Husserl avant de s'engager dans la lecture de cette nouvelle Méditation. est une œuvre posthume du philosophe allemand Eugen Fink, assistant et collaborateur d'Edmund Husserl, qui a participé auprès de son maître à la rédaction des Méditations cartésiennes, et qui est connu pour avoir animé en 1966 avec Martin Heidegger un célèbre séminaire sur Héraclite : (Héraclite : Séminaire du semestre d'hiver 1966-1967).. Le titre est accompagné d'un sous-titre : L'Idée d'une théorie transcendantale de la méthode, qui pour Guy van de Kerckhoven signifie Jean-Marc Mouillie précise : . .
David Chaberty, auteur d'une thèse sur l'œuvre de Fink, écrit :
Historique C'est un texte resté longtemps inconnu, que Fink a écrit pour Husserl durant l'été 1932 en vue d'une révision des Méditations cartésiennes. Fink passe son habilitation en 1946 en vue d'obtenir une chaire de professeur à l'Université de Fribourg, avec sa Méditation non encore publiée. Ce texte circula dans les cercles phénoménologiques jusqu'à sa publication posthume en 1988 pour l'édition allemande, accompagné d'annexes, amendements et annotations d'Husserl. Rares furent ceux qui purent en prendre connaissance après la Seconde Guerre mondiale : on citera Maurice Merleau-Ponty qui le mentionne à deux reprises dans sa préface à la Phénoménologie de la perception. Dans la remarque préalable à l'écrit d'habilitation insérée dans l'édition française, il est écrit : . Par ailleurs, si l'on suit David Chaberty., auteur d'une thèse sur Fink, la compréhension de la Sixième passe par l'étude des textes de remaniement des cinq premières Méditations que Fink a élaboré dans sa collaboration avec Husserl.
L'ouvrage ne comporte aucun plan général mais une douzaine de paragraphes et divers appendices. Livre dense et complexe, impossible à résumer, il suscite les commentaires de quelques-uns de ses interprètes : Bernhard Waldenfels, Natalie Depraz, David Chaberty., Guy van de Kerckhoven, Jean-Marc Mouillie, Marc Richir, Ronald Bruzina.
Interprétations David Chaberty Dans sa thèse intitulée Introduction à la phénoménologie cosmologique d'Eugen Fink, David Chaberty consacre un important développement à l'analyse de la Sixième Méditation. La thématique du « Monde » qui s'y développe, largement engagée dès les premiers travaux du philosophe se serait maintenue par la suite y compris à l'occasion de ses travaux d'assistance à Edmund Husserl. Alors que Husserl donne à l’ego le statut de sphère fondamentale, c'est au monde que Fink attribue la primordialité essentielle-.. David Chaberty poursuit, citant Fink : .. De ce fait, Fink récuse le préjugé husserlien sur le rôle du sujet qui pour lui ne serait pas phénoménologique..Il n'y aurait pas de possibilité de fondement égologique à l'intersubjectivité et au monde..
En résumé, cet auteur souligne l'originalité de la pensée de Fink dans sa dimension cosmologique. .. Bien loin d’être une réflexion raffinée mais orthodoxe sur la phénoménologie husserlienne, elle se veut une discussion et une mise en question des fondements de la phénoménologie, qui resitue systématiquement tous les thèmes et les problèmes des Méditations cartésiennes husserliennes dans un cadre de pensée nouveau, que l’on peut qualifier globalement de « cosmologique » pour désigner l’ampleur que prend la problématique du fondement. . Suivre Fink c'est quitter tout présupposé de fondation égologique pour . .
Natalie Depraz Natalie Depraz, traductrice de l'ouvrage, est l'auteur d'une longue introduction qui en propose différentes lectures. On peut y voir :
Un tournant cosmologique, avec ce texte, Fink s'inscrirait dans une filiation avec l'idéalisme allemand (Hegel , Fichte) Un travail d'approfondissement des analyses husserliennes faisant de la Sixième Une tentative visant à dévoiler la systématicité cachée dans l'œuvre d'Husserl. Natalie Depraz voit dans la Sixième Méditation le résultat de l'effort de systématisation recherché par Husserl et réalisé par Fink Une radicalisation des opérations majeures de la phénoménologie que sont réduction et constitution. Globalement, Fink reprocherait à Husserl de n'accomplir la réduction que vis-à-vis des objets du monde laissant cette réduction incomplète. Ainsi Husserl ne soumettrait pas à la réduction la subjectivité transcendantale qui accomplit la réduction ..
Natalie Depraz poursuit son analyse en procédant à un découpage du texte en quatre parties : Phénoménologie et système correspondant aux (§§ 1 à 4). Cette première partie est consacrée aux tentatives et aux difficultés d'Husserl à systématiser sa pensée, la Sixième Méditation pouvant apparaître comme le résultat de cet effort de systématisation .- . Au § 2 est notamment abordée la notion de spectateur transcendantal qui est le thème central de la « théorie transcendantale de la méthode ». Au § 4 la « théorie transcendantale de la méthode » est définie comme le moment où la phénoménologie s'oriente vers son agir propre tout à fait différent de la réflexivité des sciences mondaines. Réduction phénoménologique et (§§ 5 à 9). Le § 5 explore la fécondité du thème de la réduction phénoménologique, il approfondit la différence entre les notions d'époché et de réduction. La première interrogation a trait au commencement de la philosophie. Ici est aussi affirmé le manque de radicalité de la démarche husserlienne qui l'aisserait ininterrogé la subjectivité transcendantale. La réduction poussée, en se coupant radicalement du monde, isole le noyau « spectateur » de l'ego transcendantal, au point de, tendanciellement, le déshumaniser Au § 5 Eugen Fink écrit :-. Une langue transcendantale ? ( § 10). Ce § fournit un exposé clair des difficultés auxquelles nous confronte le langage en phénoménologie. Mondanéisation et (§ 11). La Sixième Méditation culmine avec la question de la mondéanisation.
Guy van de Kerckhoven Guy van de Kerckhoven écrit dans sa contribution à la revue Épokhé, se référent au sous-titre de l'ouvrage, . Guy van de Kerckhoven parle d'une structure d'auto-référence. Fink discerne deux formes d'auto-référence celle qui concerne des sciences mondaines, l'histoire, la logique et la psychologie qu'il distingue du réfléchir phénoménologique. Contrairement à la psychologie , le sujet phéoménologisant ne peut pas être intégré dans l'effectuation constituante du monde qu'il cherche à élucider. La phénoménologie constate une hétérogénéité d'être entre le spectateur phénoménologisant et le sujet constituant.
Guy van de Kerckhoven remarque : . La démarche de Fink conduit à se demander si la tendance téléologique de l'étant dans sa totalité ne contient pas une logique cachée à l'œuvre dans les méthodes égologiques opératoires élémentaires de la constitution du monde-.
L'auteur tente de préciser la pensée de Fink en distinguant . Dans cette dernière forme, le monde n'est plus mis hors-validité .
Bernhard Waldenfels Un certain rapport au soi caractérise la philosophie aussi longtemps qu'elle existe, cela vaut également pour la façon phénoménologique de philosopher, écrit Bernhard Waldenfels. Sur ce constat, Fink chercherait à accomplir l'idée de la phénoménologie dans son ultime auto-compréhension transcendantale d'elle-même qui vient compléter les Méditations par une sorte de Discours de la Méthode. ..
Marc Richir La Sixième Méditation permettrait de se faire une idée précise de ce que fut la pensée de ce proche collaborateur de Husserl entre 1930 et 1939. Pour Natalie Depraz, Marc Richir mettrait l'accent sur la radicalisation de la phénoménologie husserlienne en faisant ressortir que : .
Marc Richir relève chez l'auteur de la Sixième Méditation les innovations suivantes : Fink rassemble sous le terme d'horizon de « dé-présentation », les phénomènes de rétention et de protention. Au lieu d'envisager comme Husserl ces phénomènes à partir de la modification temporelle du présent vivant Voir Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, Fink pense au contraire que -.
Jean-Marc Mouillie Dans sa lecture de Fink Jean Marc Mouillie met en exergue son idée de l'existence d'un dualisme au sein de l'être transcendantal, en opposition à la pensée husserlienne. La Sixième Méditation accentue de manière inattendue non pas l'écart du mondain au transcendantal mais l'écart interne à la vie transcendantale elle-même dans sa double modalité constituante/phénoménologisante allant jusqu'à parler d'un dualisme de la vie transcendantale. Fink qualifiera ce spectateur , le moi phénoménologisant déjà spectateur de soi-même-. C'est par rapport au moi constituant que s'instaure une différence radicale avec l'avènement du spectateur phénoménologisant. Jean-Marc Mouillie poursuit :
Ronald Bruzina Ronald Bruzina fait remarquer que Husserl est mort sans avoir pu achever son œuvre qui l'aurait sans doute conduit à une « phénoménologie de la phénoménologie », soit une théorie transcendantale de la méthode qui aurait rendu possible une critique du Soi et son interprétation. La dernière tentative de systématisation entreprise par Husserl que représentait La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale n'avait été qu'une introduction supplémentaire à la phénoménologie. Ce sera à travers le travail de Fink que va se montrer une phénoménologie se déployant dans sa totalité systématique que Husserl n'avait pas voulu ou pu mener. D'autre part la Sixième Méditation permet de dépasser certaines limitations qui découlaient du fondement exclusivement égoïque des cinq premières. Ronald Bruzina donne comme exemple. Ronald Burzina relève l'insistance de Fink quant à la nécessité de distinguer les niveaux de l'analyse phénoménologique, notamment dans la terminologie. La terminologie tirée de l'examen de la conscience humaine par exemple, doit être révisée radicalement si l'interprétation de la subjectivité transcendantale doit se comprendre dans sa signification non mondaine et transcendantaleRonald Bruzina prend comme exemple la distinction des monades. -.
Notes et références Notes
Références
Annexes Liens externes . . . .
Bibliographie . . . . , accessible sur Google Play. .
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