Donald Woods Winnicott, né le à Plymouth et mort le La plupart des auteurs s'accordent sur la date du 25 janvier, notamment Clifford Yorke dans l'Oxford Dictionary of National Biography (màj 2015), Jennifer Johns dans le Dictionnaire international de psychanalyse (éd. 2002 et 2005), Brett Kahr dans Donald Woods Winnicott (2018), Adam Philipps, Winnicott (rééd. 2007) ; F.R. Rodman quant à lui indique la nuit du 21 au 22 janvier. Cependant, toutes les sources s'accordent sur la date de crémation, le au Golders Green Crematorium. à Londres, est un pédiatre et psychanalyste britannique.
Il se forme comme médecin à Cambridge, puis à Londres après la guerre et se spécialise en pédiatrie au début des années 1920. Il s'intéresse aux aspects psychologiques et psychanalytiques de cette spécialité dès le début de son parcours universitaire. En 1935, il se voit reconnu comme psychanalyste pour enfants et est accepté comme membre de la Société britannique de psychanalyse. Dans les années 1950, il prend ses distances avec les théories kleiniennes, après avoir été considéré comme l’un des défenseurs de Melanie Klein dans la décennie précédente. Il devient un membre actif du Groupe des Indépendants.
Attentif au monde intérieur du nourrisson, il renouvelle avec plusieurs de ses concepts la compréhension du lien mère-enfant et le développement psychique du bébé. Les phénomènes transitionnels offrent ainsi une explication de l'origine des fantasmes tandis que le concept de « mère suffisamment bonne » permet d'appréhender le rôle structurant des soins maternels. Sur le plan psychothérapeutique, Winnicott investit plusieurs techniques dans un souci pragmatique. Il s'appuie ainsi sur le jeu ou sur le dessin dans ses séances. Il manifeste également une grande vigilance envers les aspects pathogènes de l’environnement social, tant dans sa pratique clinique que dans le cadre de la prévention.
Biographie Jeunesse et formation Donald Winnicott naît en 1896 au 17 Gordon Terrace, à Plymouth, benjamin d'une fratrie qui comprend déjà deux sœursDenys Ribas, Donald Woods Winnicott, PUF, 2000.. Son père, J. Frederick Winnicott, est un homme d'affaires méthodiste qui dirige une affaire familiale de quincaillerie. Il s'intéresse à la politique et à la vie publique, et est anobli à titre personnel en 1924. Il fait deux mandats comme maire de Plymouth, dont il est nommé citoyen d'honneur (freeman) en 1934, et finance la stèle du monument commémoratif dédié aux Pères pèlerins, partis de cette ville à destination des États-Unis en sur le Mayflower. Sa mère, Elizabeth Woods, fille d'un pharmacien et anglicane jusqu'à son mariage, probablement dépressive, meurt en 1925.
Donald Winnicott passe ses premières années dans un univers domestique très féminin, comme unique garçon de sa fratrie, jusqu'à 14 ans pour la poursuite de sa scolarité comme pensionnaire, en 1910. Il étudie à la Leys School, première « public school » méthodiste, située à Cambridge, où il participe à la chorale, joue dans l'équipe de rugby et fait du scoutisme. À la suite d'une fracture de la clavicule et de son hospitalisation, il décide de devenir médecin ; renonçant ainsi à prendre la succession de son père à la tête de l'affaire familiale, il s'inscrit en année préparatoire au Jesus College (Cambridge), en 1914 où il obtient une licence de biologie. Il est d'abord dispensé de service actif pendant la Première Guerre mondiale, du fait de son statut d'étudiant en médecine, mais en 1916, il est affecté comme médecin stagiaire en uniforme à Cambridge. Il s'engage ensuite, en , dans la marine britannique comme médecin militaire sur le destroyer HMS Lucifer.
En , il reprend ses études à la faculté de médecine du St Bartholomew's Hospital de Londres, où il suit les enseignements de . Il obtient son diplôme de médecin en 1920. Il devient membre du Collège royal de chirurgie (MRCS) et licencié du Collège royal de médecine (LRCP) la même année, puis membre du Collège royal de médecine (MRCP) en 1922, et il se spécialise en pédiatrie en 1923-1924Selon F.R. Rodman, sa réception dans le Collège royal de médecine l'autorise à exercer la médecine au Royaume-Uni, sans qu'il ait passé le diplôme de recherche « MD » .. Il devient interne à l'hôpital St. Bartholomew, fonction à laquelle s'ajoutent, en 1923, deux postes, au Queen's Hospital for Children (Bethnal Green) jusqu'en 1934, et au Paddington Green Children's HospitalPaddington Green Children's Hospital, Paddington Green, W2 1LQ, cf, où il reste jusqu'à sa retraite en 1963 et peut développer son intérêt . Il décrit ses expériences dans plusieurs articles rassemblés en un ouvrage, Clinical Notes on Disorders of Childhood (1931)Clinical notes on disorders of childhood, London, William Heinemann (medical Books) Ltd., 1931 .. thumb|upright=1.0|Bethnal Green, Queen Elizabeth Hospital for Children
Début de carrière Il fait remonter son intérêt pour la psychanalyse à ses années universitaires. Plusieurs sources rapportent que, s'étant rendu compte qu'il oubliait ses rêves, il lit un ouvrage d'Oskar Pfister, probablement The Psychoanalytic Method, traduit en anglais en 1915, puis, en 1919, L'Interprétation des rêves de Freud. Il témoigne de cet intérêt dès 1919, année où Ernest Jones fonde la Société britannique de psychanalyse, dans une lettre à sa sœur Violet, qu'il conclut en exposant qu'il et qu'il lui reste .
Il fait un premier mariage, le , avec Alice Buxton Taylor, potière d'art, née à Birmingham en 1892, sœur du médecin et ami de Winnicott, Jim Taylor. Alice Taylor, qui a fait ses études à Cambridge, est très perturbée sur le plan neurologique et émotionnel, et leur mariage n'est pas heureux. Ils se séparent en 1949.
En 1923, Donald Winnicott décide d'entreprendre une psychanalyse, et consulte Ernest Jones sur le choix de son psychanalyste. Celui-ci l'oriente vers James Strachey, membre du Bloomsbury Group et éditeur de la Standard Edition, traduction anglaise de l’œuvre psychanalytique de Freud. Winnicott commence une psychanalyse interrompue seulement en 1933Perry Meisel & Walter Kendrick (ed.), Bloomsbury/Freud. The letters of James and Alix Strachey 1924-1925, London, Chatto & Windus, 1986 . Dès 1924, il exerce la médecine libérale, d'abord à Weymouth Street, puis à Queen Anne Street, puis il s'inscrit en formation à l'Institut de psychanalyse, de 1927 à 1934, en même temps que Susan Isaacs et Nina Searl, et il est supervisé par Ella Freeman Sharpe. Il est qualifié comme psychanalyste pour enfants en 1935, en présentant une contribution consacrée aux défenses maniaques (1935), trad. « La défense maniaque », in De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1969.. Il est accepté comme membre de la Société britannique de psychanalyse en 1935, et reprend une analyse avec Joan Riviere, peut-être à la suggestion de Klein, en 1935-1939. En 1939, il publie, avec John Bowlby et Emanuel MillerPédopsychiatre britannique, exerçant notamment à la clinique de Harley House, à Londres. Cf D. Thom, « Miller, Emanuel (1892–1970) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004., une lettre dans le British Medical Journal, dans laquelle ils évoquent l'évacuation des enfants de 2 à 5 ans : ils estiment que cela provoque chez eux des troubles majeurs. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est nommé psychiatre consultant pour l'évacuation, dans le comté d'Oxford, pour les foyers où sont accueillis les enfants évacués. Il y travaille les vendredis, et continue à exercer le reste de la semaine à Londres, à l'hôpital de Paddington Green. C'est à Oxford qu'il est amené à collaborer en 1943-1944 avec Clare Britton, assistante sociale diplômée en 1937 de la London School of Economics, née en 1906 à Scarborough, également consultante, avec qui il supervise les soins donnés aux enfants évacués dans le comté d'Oxford, et qu'il épousera en 1951. Ils co-écrivent un article sur leur travail en 1944The Problem of Homeless Children, The New Era, 1944..
Relations avec Melanie Klein En 1925, James Strachey, avec qui Winnicott est en analyse, lui conseille de rencontrer Melanie Klein, qui vient d'arriver à Londres: se souvient-ilD.W. Winnicott, « Vues personnelles sur l'apport de Melanie Klein », in Processus de maturation chez l’enfant, Petite Bibliothèque Payot, 1978, , cité par Kahr, 2018, .. Winnicott lit l'ouvrage de Klein, La psychanalyse des enfants en 1932, dans la traduction d'Alix Strachey. Il est en supervision avec elle entre 1935 et 1940. Le texte qu'il présente pour devenir membre de la Société britannique de psychanalyse, en 1936, La défense maniaque, indique sa connaissance des théorisations kleiniennes. Durant les controverses scientifiques qui agitent la société psychanalytique entre 1941 et 1945, Winnicott est considéré comme un partisan de Melanie Klein et ce n'est que progressivement qu'il prend ses distances. Melanie Klein le considère alors comme l'un des cinq formateurs kleiniens de Londres, alors que lui-même estime qu'il n'appartient pas au premier cercle kleinien, malgré ses affinités avec les idées de Melanie Klein et son admiration pour ses apports, écrivant, bien plus tardivement (en 1962) : , malgré sa psychanalyse avec Joan Riviere qui appartenait au groupe kleinien. Il souhaite reprendre une analyse avec Klein, mais celle-ci lui demande plutôt d'analyser son fils, Eric Clyne, psychanalyse à propos de laquelle Klein et lui échangent plusieurs lettres. Il est possible que Winnicott ait obtenu en échange que Klein analyse sa seconde épouse, Clare WinnicottPhyllis Grosskurth.. C'est bien plus tardivement que Winnicott évoque les différends théoriques qui existent entre Klein et lui. Ainsi, à propos de la fonction de l'environnement pour le bébé, il écrit en 1956 à Joan Riviere : . L'expérience en pédiatrie de Winnicott s'appuie sur son observation de mères et de bébés ; elle le rend très attentif au rôle de l'environnement dans le développement du jeune enfant. Il s'appuie sur cette expérience pour développer sa pensée sur le traitement de troubles du développement ayant leur origine dans cette relation initiale. Son expression souligne le différend qui l'oppose à Melanie Klein, qui insiste sur la prise en compte du monde interne du bébé, plutôt que du monde extérieur.
L’une des dernières critiques qu’il oppose à Klein concerne le concept d’Envie qu’elle développe en 1957. Pour Winnicott, l’envie comme mouvement de destructivité du nourrisson à l’égard d’un sein maternel dont il tente de s’emparer les qualités, n’a pas de base constitutionnelle comme l’affirme Klein ; elle ne peut être suscitée qu’en réaction à une défaillance de l’environnement frustrant. De ce point de vue, « l’envie n’a pas de racine profonde dans la nature de l’enfant et n’apparaît qu’en réaction à l’échec de l’adaptation de la mère. »Ibid, p. 340.
Les années d'après-guerre Il suit et rejoint le groupe des Indépendants au sein de la Société britannique de psychanalyse. Il en devient un membre éminent, comme Michael Balint. Il fait une thrombose coronarienne en , puis un deuxième infarctus vers , et un troisième syndrome coronarien durant l'été 1950. Le premier accident coronarien et la tension qui l'accompagne l'incite à hâter les modifications de sa vie maritale et il se sépare définitivement d'Alice. Du fait de son état de santé, il ne peut présenter son texte Transitional objects and transitional phenomenaRepris dans Les Objets transitionnels, Payot, 2010 devant la Société britannique de psychanalyse comme cela était prévu, et la présentation est repoussée au . Il épouse Clare Britton le , et réunit son domicile familial et son cabinet professionnel dans le quartier de Belgravia, au 87 Chester Square. thumb|upright=0.7|Domicile de Winnicott au 87 Chester Square, Belgravia
Winnicott meurt le , des suites de la dernière d'une série de crises cardiaques, et est incinéré à Londres. Clare Winnicott supervise la publication posthume de plusieurs de ses œuvres.
Axes de travail