Henri de Beaumont, né avant 1280 et mort le , de jure uxoris comte de Buchan et suo jure baron Beaumont, est un noble anglo-français. Il est une figure clé des guerres entre l'Angleterre et l'Écosse au cours du , connues sous le nom de guerres d'indépendance de l'Écosse. Issu d'un prestigieux lignage, Henri se rend pendant son adolescence à la cour et entame sa longue carrière militaire en participant à la bataille de Falkirk dès 1298. Il prend part aux campagnes suivantes du roi Édouard en Écosse. Par son mariage avantageux en 1310 avec l'Écossaise Alice Comyn, nièce et riche héritière de John Comyn, comte de Buchan, Henri de Beaumont est reconnu comme comte au nom de son épouse, même si la présence de Robert Bruce sur le trône d'Écosse ne lui permet pas d'entrer en possession de ses terres.

Au cours de son séjour en Angleterre, Henri de Beaumont acquiert les faveurs des rois et . Il soutient ce second souverain tant dans ses combats face à Robert Bruce, notamment à la bataille de Bannockburn en 1314, que dans sa lutte contre son vassal Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, lors de la bataille de Boroughbridge en 1322. Lorsque le roi , lassé de ses sempiternels échecs, se détourne peu à peu du conflit écossais et envisage de négocier la paix avec Robert Bruce en 1323, Henri de Beaumont rompt avec lui et soutient la rébellion conduite par la reine Isabelle de France et Roger Mortimer qui aboutit à la déchéance d'Édouard en 1327. Mais il ne tarde pas à se quereller avec le nouveau régime, qui abandonne la politique guerrière intransigeante menée par le passé, et doit vivre en exil à compter de 1329.

De retour en Angleterre lorsque le roi atteint sa majorité en 1330, Henri s'impose comme le leader naturel des nobles anglo-écossais connus sous le nom de « déshérités » et s'arrange pour contourner la paix établie entre l'Angleterre et l'Écosse à la suite du traité d'Édimbourg-Northampton de 1328. Il déclenche ainsi en 1332 la seconde guerre d'indépendance écossaise et permet le bref avènement sur le trône d'Écosse de son allié Édouard Balliol. Mais l'échec progressif de son mouvement conduit Henri à se retirer du conflit. Bien qu'il ne soit pas unanimement reconnu, Henri de Beaumont a néanmoins, de son vivant, une importance militaire et politique considérable. Sa longue expérience au cours des guerres d'Écosse le conduit à développer une nouvelle tactique militaire qui aura plus tard des conséquences décisives à Crécy et Azincourt.

Biographie Origines, séjour en Angleterre et mariage

Henri de Beaumont est un des fils de Louis de Brienne et d'Agnès de Beaumont-au-Maine, tous deux d'ascendance française. Ses parents sont vicomte et vicomtesse de Beaumont-en-Maine et seigneurs de Beaumont-le-Vicomte, de Sainte-Suzanne, de La Flèche, de Fresnay et du Lude, des possessions essentiellement réparties au sein du royaume de France. Henri est le petit-fils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, par sa troisième épouse Bérengère de León, ce qui fait de lui l'arrière-petit-fils du roi et le cousin du futur . Il a pour frère aîné Louis de Beaumont, ecclésiastique, et pour sœur Isabelle, épouse du baron anglais John de Vesci. La proximité qu'entretient sa sœur Isabelle avec la cour du roi permet à Henri de Beaumont de commencer sa carrière militaire aux côtés de ce monarque. Il l'accompagne lors de son expédition en Flandre en contre le roi de France . retourne en Angleterre dès le mois de afin d'écraser les Écossais, qui se sont rebellés en son absence au cours de la bataille du pont de Stirling, et est à nouveau accompagné par Henri de Beaumont. Lors de la bataille de Falkirk le , Henri est désarçonné de sa monture à cause des lanciers des schiltrons écossais menés par William Wallace. Il est à nouveau aux côtés du roi d'Angleterre au cours de sa campagne écossaise en 1303 et participe au siège du château de Stirling mené par en , qui scelle provisoirement la fin de l'indépendance écossaise.

Malgré la mort d' le , Henri de Beaumont bénéficie toujours de la confiance de son fils et successeur . Le , il est désigné par le roi pour administrer certaines terres écossaises occupées par les Anglais. Le , il est convoqué pour la première fois au Parlement d'Angleterre sous le nom d'Henrico de Bellomonte et est désigné sous le titre de baron Beaumont. Il siégera d'ailleurs ainsi au Parlement anglais sans interruption jusqu'au et occupera même brièvement pendant le Parlement siégeant à Winchester du 16 au l'office de « prolocutor », titre précédant celui de « speaker », créé quelques décennies plus tard. Grâce à l'intervention d' en sa faveur, Henri de Beaumont épouse peu avant le Alice Comyn, nièce de John Comyn, comte de Buchan. Ce dernier étant décédé depuis 1308, Alice est alors l'héritière du prestigieux titre écossais de son oncle. Ce mariage constitue pour Henri un avantage politique et financier considérable, puisqu'il s'agit d'un des plus importants comtés d'Écosse. Il assiste ainsi au Parlement anglais du au comme comte de Buchan et siégera également au Parlement d'Écosse le sous ce titre. Toutefois, la résistance acharnée des Écossais sous l'égide de leur nouveau roi Robert Bruce, couronné le au mépris de son serment de fidélité à , empêche Henri de Beaumont de prendre possession de son comté après son union avec Alice.

Henri de Beaumont reçoit de la part du roi d'Angleterre d'autres dons en manoirs et en terres, notamment les domaines de Folkingham, de Barton-upon-Humber et de Heckington, situés dans le Lincolnshire. Il lui échoit également la seigneurie de l'île de Man en 1310 : c'est d'ailleurs au cours de sa tenure de seigneur de l'île qu'apparaît pour la toute première fois le drapeau de Man, sur fond rouge et caractérisé par ses fameux « trois pieds ». Pourtant, les faveurs accordées à Henri déclenchent la jalousie de certains barons anglais de l'opposition. Le , Henri de Beaumont et sa sœur Isabelle sont bannis de la cour par les Ordonnances récemment publiées par les membres de l'opposition baronniale, qui exigent qu'il rende les propriétés qu'il a acquises du roi et que l'administration de l'île de Man soit confiée à un Anglais et non à un étranger. ignore cependant ces demandes et rappelle rapidement le baron Beaumont. Entre février et , alors que les tensions entre l'opposition baronniale et le favori royal Pierre Gaveston, comte de Cornouailles, s'accroissent, les Beaumont résident avec le roi à York, puis à Newcastle upon Tyne. À la suite de l'exécution de Gaveston par une partie des barons, Henri de Beaumont est missionné en avec Aymar de Valence, comte de Pembroke, et l'ecclésiastique Thomas Cobham en France pour demander l'aide de Philippe le Bel lors des négociations tendues entre le roi et les assassins de Gaveston. Le roi de France répond alors à leur requête en missionnant son demi-frère Louis d'Évreux en Angleterre.

Rôle lors de la bataille de Bannockburn

Au début de l'année 1314, le roi d'Écosse Robert Bruce a reconquis quasiment l'intégralité des territoires du sud de l'Écosse encore contrôlés par les Anglais et menace le château de Stirling, dernier bastion anglais et qui a promis de se rendre si une armée de secours ne vient pas le délivrer avant le . , après plusieurs années d'inertie, se décide à lever une immense armée le pour repousser et vaincre son adversaire. Le , Henri de Beaumont participe à la bataille de Bannockburn en commandant l'un des deux corps de cavaliers anglais aux côtés de Robert de Clifford, baron de Clifford, et de Thomas Grey de Heaton. Les trois hommes cherchent sans succès à soulager Stirling. Thomas Randolph, comte de Moray, est chargé par le roi d'Écosse de s'attaquer à la cavalerie anglaise et la repousse. Indécis, les commandants anglais se retirent en précipitation pour rejoindre le corps d'armée principal mené par . Le second jour de la bataille, Henri de Beaumont est parmi ceux qui accompagnent le roi d'Angleterre lors de sa retraite précipitée du champ de bataille en direction de Berwick-upon-Tweed. En conséquence, accusé de haute trahison par Robert Bruce, Henri figure parmi les barons écossais qui ont leurs possessions confisquées en par le roi d'Écosse pour leur soutien affiché au roi d'Angleterre à Bannockburn. Au cours des années suivantes, ces barons se réunissent et forment à la cour d' un cercle d'exilés connus sous le nom de « déshérités ». Bien que certains de ces nobles aient des titres plus prestigieux que le sien, tels , comte d'Atholl, Henri de Beaumont montre par la suite la plus solide détermination à reconquérir ses terres écossaises. Le chroniqueur Thomas Grey souligne en outre dans son récit Scalacronica la vaillance d'Henri pendant les combats à Bannockburn :

Revers d'allégeance et rébellions successives Le chef de la fronde baronniale Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, s'empare du gouvernement de l'Angleterre après la déroute de Bannockburn. Il réclame qu'Henri de Beaumont quitte la cour et rende les diverses terres que lui a confiées. Henri demeure toutefois fidèle au roi pendant ces années difficiles : il ouvre le Parlement tenu à York le en son absence et assiste aux funérailles de Pierre Gaveston à Langley le . À compter de 1316, Henri de Beaumont profite de l'affaiblissement du comte de Lancastre pour reprendre certaines possessions qu'il a perdues ainsi qu'étendre ses domaines. Déjà, en 1313, sa sœur Isabelle avait acquis les manoirs de Seacourt dans le Berkshire et de Tackley dans l'Oxfordshire. Entre 1317 et 1321, son épouse Alice Comyn hérite des domaines anglais de sa sœur Margery. En 1320, Henri lui-même achète la seigneurie de Ditchburn, dans le Northumberland. Même s'il n'a pas l'influence que possède les favoris successifs d', Beaumont a suffisamment d'importance à la cour pour demander au roi d'accorder à son frère aîné Louis le poste d'évêque de Durham le . Voyageant vers Durham afin de célébrer la consécration épiscopale de Louis, les frères de Beaumont sont enlevés le par le brigand Gilbert Middleton. Après le paiement d'une rançon, ils sont tous deux libérés à la mi-. L'attaque était peut-être à l'instigation de Lancastre, mais son implication n'a jamais pu être prouvée. Quoi qu'il en soit, Henri reste hostile au comte et combat lors de la bataille de Boroughbridge le les barons qui se sont rebellés contre . Lancastre est capturé à la suite de la bataille, condamné à mort pour haute trahison et exécuté. En , Beaumont accompagne le roi lors d'une nouvelle campagne en Écosse, qui s'achève deux mois plus tard par une défaite cinglante à Old Byland.