Charles-Louis Huguet de Montaran, comte puis marquis de Sémonville, né à Paris le et mort dans cette même ville le , est un homme politique et diplomate français.
Conseiller au Parlement de Paris très jeune, Sémonville fait partie des gentilshommes éclairés favorables aux idées portées par les Lumières, comme le marquis de La Fayette, le comte de Mirabeau ou l'évêque d'Autun Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, avec lesquels il se lie.
Sous la Révolution, il obtient plusieurs postes diplomatiques. Arrêté en Suisse alors qu'il se rend à Constantinople, il passe deux années et demie dans les geôles autrichiennes. Grâce à l'appui de Talleyrand, Sémonville est nommé en 1799 ambassadeur de la République française à La Haye, puis sénateur de l'Empire en 1805. Il devient grand référendaire de la Chambre des Pairs sous la Restauration et conserve cette fonction jusqu'en 1834, date à laquelle Sémonville se retire de la vie politique.
Réputé pour son intelligence et son goût pour l'intrigue, il a servi tous les régimes qu'a connus la France durant cette période, sachant entretenir des liens étroits avec les puissants de son époque.
Jeune révolutionnaire Né Charles-Louis Huguet de Montaran, il est issu d'une petite famille noble originaire de l'Orléanais et installée au château de Frémigny, à Bouray-sur-Juine. Son père, Charles Huguet de Montaran, est conseiller du roi Louis XV, secrétaire du Conseil royal des Finances.. En 1777, Charles-Louis Huguet de Montaran prend le nom de Sémonville, qu'il hérite d'une tante, proche de la marquise de Pompadour. À la fin de l'année, Louis XVI lui octroie l'office de conseiller au Parlement de Paris, lui accordant une dispense d'âgeIl fallait avoir 25 ans pour être conseiller au Parlement, alors que Sémonville n'en avait que 17...
Il se distingue en s'opposant énergiquement aux réformes de Loménie de Brienne en juillet 1787 et est l'un des parlementaires à réclamer la réunion des États générauxCharles-Louis Huguet de Sémonville, De la nécessité d'assembler les États généraux dans les circonstances actuelles et de l'inadmission du timbre, Paris, 1787.. Après le lit de justice d'août 1787, le Parlement est déplacé à Troyes pendant un mois.
Durant les mois qui précèdent la Révolution française, Sémonville fréquente plusieurs sociétés politiques, comme la société des Trente fondée par son collègue Adrien Duport ou le club de 1789.. Député suppléant de Paris aux États généraux de 1789 et membre de la Commune de Paris, Charles-Louis de Sémonville se lie à La Fayette et à Mirabeau, dont il est le principal agent, avec Antoine Omer Talon. Il fréquente activement les milieux nobles favorables aux idées révolutionnaires, comme l'évêque Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord., mais également le comte de Provence, futur Louis XVIII. En décembre 1789, le comte de Provence est compromis dans l'affaire Favras. Il fait appel à Sémonville pour le conseiller et rédiger sa défense qu'il prononce devant les représentants de la Commune de Paris, qui le disculpent..
Le , il épouse Angélique Aimée de Rostaing, veuve de , grand veneur du comte de Provence. Sémonville adopte les quatre enfants de son épouse, dont le jeune Charles-Tristan de Montholon, alors âgé de 6 ans.
Diplomate Premières missions À l'instigation de Montmorin, ministre des Affaires étrangères, et de La Fayette, il est chargé de remplir une mission secrète en Belgique, qui s'est insurgée contre l'empereur Joseph II en janvier et .
Ses nombreuses relations lui permettent de décrocher le poste de ministre plénipotentiaire près de la république de Gênes le .. Il ne s'y rend qu'en . Le faste duquel Sémonville s'entoure, sa qualité d'homme neuf et surtout sa réputation de jacobin zélé lui valent de nombreuses difficultés. Le reste du corps diplomatique se méfie de lui, montrant parfois une certaine hostilité.. À Gênes, il fréquente les jacobins italiens et informe son gouvernement des préparatifs militaires dans la région. En avril 1792, la représentation française à Gênes est réunie avec celle de Turin mais le roi Victor-Amédée lui interdit le territoire sarde. Sémonville est retenu quelques jours à Alexandrie, puis rentre à Gênes.
thumb|upright=1.1|alt=Lithographie représentant une troupe armée au bord d'un lac, conduisant deux hommes entravés à bord d'une embarcation.|Arrestation des ambassadeurs Sémonville et Maret, le à Novate Mezzola.
Entretemps, il avait acheté au marquis d'Ecquevilly et à son épouse, la comtesse de Grandpré, leurs terres de Grandpré, en Ardennes, par contrat du . Ces terres comprenaient le château de Grandpré, ses dépendances et de nombreuses fermes et anciennes propriétés des comtes de Grandpré.
En , lorsque Dumouriez démissionne du ministère des Affaires étrangères, le nom de Sémonville est évoqué pour lui succéder mais celui-ci est finalement nommé ambassadeur de France à Constantinople.. Cependant, son agrément est refusé par le sultan ottoman Sélim III. Résidant toujours à Gênes, Sémonville est envoyé en en Corse où il rencontre Volney et se lie avec la famille Bonaparte, notamment avec Lucien...
Le , Sémonville est suspendu de sa fonction d'ambassadeur. Son nom a été cité plusieurs fois dans des documents saisis dans l'armoire de fer de Louis XVI, révélant son rôle dans les activités secrètes de Mirabeau. Il rentre à Paris pour se justifier, accompagné par Lucien Bonaparte. Le comité de salut public lève sa suspension le et Sémonville n'est plus inquiété.
Arrestation par les Autrichiens thumb|upright=1.2|left|alt=Peinture d'une forteresse bâtie sur un éperon rocheux|Vue de la forteresse de Kufstein, dans le Tyrol autrichien. Sémonville et Maret étaient emprisonnés dans la tour cylindrique au sommet de la forteresse.
Réhabilité, il est à nouveau envoyé par la Convention nationale à Constantinople. L'objet réel de sa mission était de négocier avec la Toscane la liberté de Marie-Antoinette contre la paix ; Hugues-Bernard Maret, chargé de la même mission à Naples, l'accompagne.. Sur le trajet, les deux diplomates français sont faits prisonniers par les Autrichiens le à Novate Mezzola, dans le territoire neutre des Grisons en Suisse. Contraire au droit des gens, cette arrestation suscite la colère de la Convention mais elle est justifiée par Vienne, pour qui tout agent du gouvernement français est un criminel, depuis la mort de Louis XVI.. Sémonville était au courant des risques encourus, ce qui fait penser à certains historiens comme Alfred-Auguste Ernouf que, privés du soutien de Mirabeau, La Fayette ou Dumouriez et se sentant menacés en France, les deux ambassadeurs aient pu organiser ou provoquer eux-mêmes leur enlèvement.. Ils sont emprisonnés à Mantoue, puis dans la forteresse de Kufstein, en Autriche.
Maret et Sémonville tissent à cette occasion de profonds liens d'amitié. Ils sont échangés contre Madame Royale, fille de Louis XVI le , après vingt-neuf mois d'une captivité éprouvante et sont accueillis triomphalement au Conseil des Cinq-Cents.. En août 1796, Sémonville quitte Paris et se retire dans son château de Grandpré, dont il entreprend la restauration après les pillages des armées prussiennes et émigrées en 1792.. De retour à Paris, il essaie de toucher les indemnités auxquelles il prétend avoir droit du fait de sa longue détention en Autriche. Dans cette tâche, il bénéficie notamment de l'appui de Talleyrand qui intercède auprès de Napoléon Bonaparte.. Sémonville part en Italie en janvier 1798 pour faire valoir ses droits et y reste jusqu'au mois de septembre. Maret et Sémonville se voient finalement accorder une somme de chacun par la République cisalpine en ..
Brumaire et ambassade à La Haye Après le coup d'État du 30 prairial, Sieyès et Barras cherchent à renverser le régime du Directoire et préparent un nouveau coup d'État. Selon l'agent royaliste Hyde de Neuville, Il marie le sa fille Félicité au général Joubert, général en chef de l'armée d'Italie et pressenti pour être le du coup d'État. Mais la mort de Joubert à Novi, le , contraint les conjurés à suspendre leurs projets. Lorsque Bonaparte revient d'Égypte, en , les préparatifs reprennent et Sémonville, s'il joue un rôle moins important que dans le premier dispositif, est la , selon le ministre des Relations extérieures Charles-Frédéric Reinhard..
Après le coup d'État du 18 brumaire, il est nommé par Napoléon Bonaparte conseiller d'État, puis ministre plénipotentiaire et ambassadeur extraordinaire à La Haye, afin de le représenter auprès de la République batave. Contrairement à ses prédécesseurs, Charles Delacroix, François Louis DeforguesTous deux ont été précédemment ministres des Affaires étrangères. ou Florent-Guiot, Sémonville possède un réel talent de diplomate, un goût certain pour les intrigues et . Il s'attache à contraindre la République batave à respecter le traité de La Haye, qui lie les deux pays dans une alliance offensive et défensive, plaçant la petite république sous la domination de la FranceAnnie Jourdan, « la république batave et le 18 brumaire », in Annales historiques de la Révolution française, , octobre-décembre 1999.. Rapidement confronté aux dysfonctionnements du Directoire batave, Sémonville entreprend dès l'automne 1800 de provoquer une réforme constitutionnelle, afin de concilier les intérêts du gouvernement batave avec ceux du gouvernement français.. Pendant près d'un an, avec l'attention de Bonaparte, il sonde les élites révolutionnaires bataves, se rapprochant des unitaristes comme Alexander Gogel ou Samuel Wiselius ou encore des modérés comme Rutger Jan Schimmelpenninck. Au cours de l'année 1801, Sémonville est parvenu à imposer son influence sur le pays entier, au point que les voyageurs français l'appellent . Il travaille à la réconciliation des révolutionnaires bataves, divisés entre fédéralistes et unitaristes, à l'image de la pratique de Bonaparte en France. Le , un projet – modifié par Sémonville et Bonaparte – est adopté par le Directoire puis adopté par référendum le ..
Au cours de son ambassade, Sémonville a témoigné, comme son mentor Talleyrand, de sa vénalité. Après la mise en place de la Régence d'État, le , le nouveau gouvernement lui verse florins par moisEnviron francs. pour qu'il envoie à Paris des dépêches favorables. En 1804, à l'occasion du versement par la République batave d'importantes indemnités à Guillaume V d'Orange, le déchu, Sémonville et Talleyrand reçoivent plusieurs milliers de florins..
Sémonville, selon MarmontMarmont, Mémoires du duc de Raguse, tome II, ., considère dès 1803 le rattachement de la République batave à la France comme inévitable, les intérêts respectifs des deux pays étant trop opposés pour rester alliésCe qui sera finalement fait en juillet 1810. .. Sémonville est rappelé à Paris le , lorsque le fait sénateur de l'Empire..
Parlementaire Sous l'Empire En tant que sénateur, Sémonville s'occupe naturellement des questions de diplomatie abordées au Sénat conservateur. Il est notamment rapporteur des sénatus-consultes ratifiant les traités de Tilsit en 1807, les annexions de la Toscane et de Parme à la France en 1808, puis de la Hollande et des villes hanséatiques en 1810.. Il devient comte de l'Empire comme tous les autres sénateurs le . L'année suivante, il reçoit la sénatorerie de Bourges et est désigné secrétaire du Sénat. Il réside à l'hôtel de Broglie, à quelques mètres des résidences de son ami Maret, l'hôtel de Galliffet, et de son mentor Talleyrand, l'hôtel de Matignon..
Après le divorce de Napoléon et Joséphine, Sémonville joue un rôle déterminant en faveur du choix de Napoléon sur Marie-Louise d'Autriche pour devenir la nouvelle impératrice. Il parvient à convaincre le prince de Schwarzenberg, ambassadeur d'Autriche à Paris, de proposer l'archiduchesse comme alternative à Anna Pavlovna de Russie.. En reconnaissance, l'empereur François le décore du grand-cordon de l'ordre impérial de Léopold..