Maurice Agulhon, né le à Uzès (Gard) et mort le « L'historien Maurice Agulhon est mort », sur lemonde.fr. à Brignoles (Var)Gilles Pécout et Jean-François Chanet, « Maurice Agulhon », Le Monde, dimanche / lundi 2 juin 2014, page 15., est un historien français, spécialiste de l'histoire contemporaine de la France des et professeur au Collège de France de 1986 à 1997. Bien que ses premiers travaux portent sur la Révolution de 1848 en Provence, Maurice Agulhon devient au fil du temps l'un des plus grands spécialistes des institutions de la République française et de la symbolique du pouvoir républicain. Il fut aussi un citoyen politiquement engagé à gauche, notamment dans un premier temps auprès du Parti communiste françaisL'historien Maurice Agulhon est décédé, Le Point, 30 mai 2014.
Biographie Enfance Né de parents exerçant tous deux la profession d'instituteur dans le petit village de Pujaut, le jeune Maurice Agulhon passe ses dix premières années dans la campagne gardoise. Ses parents, de confession protestante, son père de naissance et sa mère par conversion (elle est issue d'une famille catholique mais radicale), sont également partisans de la laïcité républicaine et orientés politiquement à gauche. Ils servent de maîtres d'école à leur fils. Le jeune Maurice est un enfant studieux. Ses parents, surtout son père, attachent une grande importance à son éducation. L'enfant, timide de nature, est peu enclin à participer aux jeux des autres enfants et vit quasiment replié sur sa famille qui le pousse vers les études. Son père y voit un moyen d'ascension sociale, car celui-ci refuse que son fils devienne un simple instituteur comme lui. Précurseurs pour l'époque, ses parents sont très attachés à l'égalité entre homme et femme, c'est pourquoi ils s'efforcent d'élever Maurice et sa jeune sœur de façon identique[NORA, Pierre, Essais d'ego-histoire, Paris; éd. Gallimard, 1987, p. 12., sans favoriser l'éducation de leur garçon, comme cela se faisait à l'époque, surtout dans le milieu rural.
Études secondaires Adolescent, le jeune homme quitte Uzès pour le lycée Frédéric-Mistral d'Avignon« où je suis entré en sixième, l'année du Front populaire, n'ayant pas encore atteint mes dix ans », Essais d'égo-histoire, 1987, p. 11.. Il y reste jusqu'au baccalauréat. Ensuite Maurice Agulhon poursuit ses études, en classes préparatoires, de 1943 à 1946 au lycée du Parc à Lyon, où il rencontre Joseph Hours, professeur d'histoire du courant des Annales. Ce professeur l'a profondément influencé dans sa jeunesse. En 1946, ayant réussi le concours d'entrée, le jeune diplômé monte à la capitale poursuivre ses études supérieures à l'École normale supérieure de ParisPierre Nora, Essais d'ego-histoire"", Paris; éd. Gallimard, 1987, p. 15.</ref>. Au sein de cet établissement d'élite, le futur historien a effectué — comme il le confesse — son éducation sociale grâce à la fréquentation de ses camarades issus pour la plupart de la bourgeoisie parisienne. Comme bien d'autres de ses condisciples, Agulhon décide de s'engager dans le mouvement communiste<ref>Jean-François Sirinelli, Les Normaliens de la rue d'Ulm après 1945 : une génération communiste ?, Revue d'histoire moderne et contemporaine (1954-), T. , N°4 (oct. - déc., 1986), p. 569-588..
Études supérieures À côté de son engagement politique, Maurice Agulhon poursuit de brillantes études et obtient le premier rang au concours pour sa thèse sur « Les origines de la tradition républicaine ». Cette première thèse, dirigée par le professeur Labrousse, lui permet d'être nommé dans un premier temps à Toulon, puis à Marseille, où il prépare sa seconde thèse, portant quant à elle sur les antécédents et les causes de l'insurrection de décembre 1851 dans le Var. Puis, de 1954 à 1957, il effectue une carrière d'attaché de recherche au CNRS. Ayant achevé sa thèse en 1967, il ne peut la soutenir devant Labrousse et Braudel qu'en 1969.
Agulhon a encore à son palmarès une thèse intermédiaire, faite en 1966, intitulée La Sociabilité méridionale dans l'édition d'Aix-en-Provence et rebaptisée Pénitents et francs-maçons pour la réédition parisienne. En 1969, après avoir soutenu sa thèse finale avec succès, le jeune historien doit se résoudre à diviser sa thèse en trois parties (tome 1, La République au village ; tome 2, La vie sociale en Provence intérieure ; tome 3, Toulon, une ville ouvrière au temps du socialisme utopique), car elle est volumineuse au point qu'aucun éditeur ne veut la publier intégralement.
Engagement politique Les années 1960 sont la grande époque du marxisme, qui domine le milieu intellectuel français, à Paris notamment. Maurice Agulhon, tout comme une foule d'intellectuels français de l'époque, a manifesté une sympathie pour le projet communiste comme bon nombre des étudiants et professeurs de son époque. Le jeune historien y voit deux raisons. En premier lieu, il cite l'époque, sa famille orientée à gauche, puis en deuxième lieu, il impute son entrée dans le parti à la propagande du PCF qui mettait surtout l'accent sur le rôle des communistes dans la Résistance pendant la guerre[Nora, Pierre, Essais d'ego-histoire, Paris ; éd. Gallimard, 1987, p. 20-21..
Son adhésion s'effectue par l'intermédiaire d'une cellule du parti à l'ENS de la rue d'Ulm. L'historien confesse y avoir trouvé une famille de substitution, compensant ainsi l'éloignement géographique de la sienne.
Il prend part à la contestation étudiante en [NORA, Pierre, Essais d'ego-histoire, Paris ; éd. Gallimard, 1987, p. 33.. Durant ce mouvement étudiant protestataire, Maurice Agulhon s'engage comme membre actif à la FFN.
Carrière universitaire Reçu à l'agrégation en 1950, il effectue son année de service militaire. Il enseigne très brièvement au lycée de Toulon, puis est muté dès au lycée Thiers de Marseille. Il obtient un détachement au CNRS en 1954. À partir de 1957, il enseigne à la Faculté des lettres d'Aix (puis Aix-Marseille Université), avec le titre de professeur à partir de 1969.
Après la soutenance de sa thèse (dont les trois volumes sont publiés avec l'aide de François Furet, Albert Soboul et Philippe Ariès), l'historien décide de quitter Aix-en-Provence pour Paris. Il enseigne à l'Université Panthéon-Sorbonne, à la chaire devenue vacante en raison du départ du professeur Louis Girard. Souvent associé à l'École des Annales, le jeune professeur se met à écrire quelques livres sur commande tels que Le cercle dans la France bourgeoise (1977) ou bien La Révolution des .
De 1972 et jusqu'à 1986, il est professeur à l'université Panthéon-Sorbonne (Paris I). En 1986, il est élu professeur au Collège de France, poste qu'il garde jusqu'en 1997.
Maurice Agulhon préside la Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du de 1975 à 1981. Il en est ensuite président d'honneur. De même, il participe activement aux activités de la société d'études jaurésiennes dont il est vice-président de 1976 à 2011 avant d'en être président d'honneur.
Agulhon a légué sa bibliothèque personnelle au service commun de la documentation de l'université d'Avignon..
Il signe la pétition Liberté pour l'histoire lancée en .
Carrière professionnelle 1946-1950 : Élève de l'École Normale Supérieure (rue d'Ulm) en lettres. 1950-1952 : Professeur agrégé au lycée de Toulon dont un an de congé pour service militaire. 1952-1954 : Professeur agrégé au lycée Thiers à Marseille. 1954-1957 : Détaché au CNRS. 1957-1969 : Faculté des lettres d'Aix (tous grades successifs). 1969 : Docteur ès lettres (Sorbonne). 1969-1972 : Professeur à l'université de Provence (Université d'Aix-Marseille). 1972-1986 : Professeur à l'université Panthéon-Sorbonne (Paris I). 1986-1997 : Professeur au Collège de France..
Apport à l'histoire de la République en France Ses travaux portent sur le concept de sociabilité, religieuse et politique (Pénitents et Francs-Maçons de l'ancienne Provence, 1968 ; La République au Village, 1970). Ses travaux évoluent ensuite vers l'étude de la symbolique républicaine (Marianne au Combat, 1979, Marianne au Pouvoir, 1989, Les Métamorphoses de Marianne, 2001). Ce républicain intransigeant, qui fut longtemps président de la Société d'histoire de la Révolution de 1848, se confronte aussi avec le verbe et la pratique gaulliens dans Coup d'État et République, 1997, et De Gaulle, histoire, symbole, mythe, 2000. Il est aussi l'auteur de synthèses : 1848 ou l'Apprentissage de la République (1848-1852), 1973 ; La République de 1880 à nos jours, 1990, qui obtient le Grand Prix Gobert de l'Académie française.
La figure de Marianne Cependant, très vite, l'historien se recentre sur les symboles républicains, concentrant ses premiers travaux sur les effigies et le mythe de la République en la figure de Marianne. Maurice Agulhon y consacre trois ouvrages successifs : Marianne au combat, 1789-1880 ; Marianne au pouvoir, 1880-1914 et Métamorphoses de Marianne de 1914 à nos jours. À cette trilogie s'ajoute un quatrième ouvrage portant quant à lui des réflexions sur « L'imagerie et la symbolique républicaines ». Le premier tome, Marianne au combat, 1789-1880, explique la naissance de l'égérie de Marianne comme une figure d'opposition face aux anciens emblèmes royaux. Maurice Agulhon y brosse le portrait d'un symbole noir de la République. L'historien explique que le est appelé « l’anniversaire du crime et de l’opprobre que les suppôts de Marianne ont choisi pour fête nationale », la Révolution est décrite comme « hécatombes de victimes innocentes immolées ou plutôt hideusement massacrées en l’honneur de la naissance de cette grotesque Marianne coiffée à la phrygienne ».
Cependant, Maurice Agulhon s'efforce de montrer qu'au fil des siècles, depuis sa création en 1789 jusqu'à nos jours, le symbole de ce buste de femme, coiffé du bonnet phrygien, n'a cessé d'évoluer au fil des régimes politiques successifs et selon l'évolution des mentalités de la société française. Selon Agulhon, Marianne a eu un rôle d’unificateur de la nation par une large diffusion de son symbole : statues dans les grandes villes, places publiques de villages, monnaies et timbres[Marc Abélès et Maurice Agulhon, « Marianne dévoilée », Terrain, numéro-15 - Paraître en public (octobre 1990), mis en ligne le 9 juillet 2007, Consulté le 26 mai 2011, URL : http://terrain.revues.org/2986.. Concernant le nombre de ses effigies dans certaines régions, l'historien fait remarquer qu'il est évident que c'est dans les régions qui ont une tradition de gauche qu'on observe le plus ce phénomène de buste ou de statue publique. Agulhon explique que la place majeure qu'elle occupe dans la République actuellement est due à l'obligation de sa présence dans chaque mairie, donc depuis 1884 dans chaque commune de France. Cette omniprésence du buste de Marianne place l'égérie républicaine à côté de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et ainsi le tout devient représentatif de la République française.
De Gaulle Fervent défenseur de la république, Maurice Agulhon s'est également intéressé à l'homme qui marque son rétablissement et qui fonda la Cinquième République, le général Charles de Gaulle. L'historien lui consacre deux ouvrages : l'un en 1997, Coup d'État et République, l'autre De Gaulle, histoire, symbole, mythe paru en 2000. Dans Coup d'État et République, Agulhon explique la rupture entre l'ancienne image de la République avec l'avènement au pouvoir de Charles de Gaulle et l'instauration de la République, où le président obtient des pouvoirs régaliens et où l'on assiste à l'instauration d'une « république monarchique ».