André Melançon est un réalisateur québécois né le à Rouyn et mort le à Montréal. Il est principalement connu pour avoir réalisé des films de la série des Contes pour tous, notamment La Guerre des tuques et Bach et Bottine.
Biographie
Jeunesse André Melançon est le troisième enfant né de Gervais Melançon, un épicier, et de Jeannette Beaumier, une infirmière de la région de Québec. Il grandit à Rouyn en Abitibi, une ville qui, à l'époque, ne compte pas moins de sept salles de cinéma. C'est dans ce cadre qu'il voit son premier film à l'âge de quatre ans : Tarzan..
Durant son adolescence, ce goût pour le cinéma se transforme peu à peu en véritable passion. Un jour, André Melançon est invité par son frère Serge à voir un film de répertoire, La Strada de Federico Fellini. Ce film lui fait l'effet d'une révélation. Il prend alors conscience pour la première fois du pouvoir évocateur du cinéma : « L’histoire racontée par Fellini dans La Strada a été, dans ma jeunesse, un accident de parcours fondamental : il a été à l’origine de mon désir de faire du cinéma. La vie du personnage de Giulietta Massina. Le cheminement de celui d’Anthony Quinn. Tout le récit, les images, la musique… c’est tout ce contexte que j’appelle une histoire, c’est-à-dire un événement comportant des personnages, des émotions, un cheminement qui me concernent et me touchent. Fellini raconte une histoire; il ne fait pas une démonstrationPierre Jutras et Pierre Véronneau, « Le plaisir de raconter une histoire », Copie Zéro, mars 1987, no 31, p. 4. Consulté le 6 février 2025. ». À sa sortie du cinéma, il confie à son frère : « Quand je serai grand, je vais faire des films. ».
André Melançon commence ainsi à tourner ses premiers courts-métrages avec la caméra 8 mm de son père, en plus d'utiliser le garage de la maison familiale pour faire des mises en scène (qu'il surnomme des « séances ») avec ses frères et sa sœur...
Études André Melançon commence son collège classique au séminaire de Joliette. Toutefois, en 1958, sa famille quitte l'Abitibi et s'installe à Outremont, où il terminera son cours classique chez les clercs de Saint-Viateur.. Dans ce nouvel environnement urbain, il découvre un monde fort différent de celui de Rouyn, notamment par son accès à la culture : la musique classique, la littérature, de même que la peinture et le théâtreManon Dumais, « La douceur d'un géant », Le Devoir, 12 mars 2016, cahier G, p. 1...
Toujours attiré par le monde du spectacle, au début des années 1960, André Melançon se produit sur scène dans des numéros de mime. Influencé par le travail de Marcel Marceau, il crée ses scénarios et ses personnages en s'inspirant de situations anecdotiques et humoristiques. Selon un critique de l'époque, ses numéros sont caractérisés par leur simplicité, ainsi que par « une humanité qui rapproche l'artiste et le public en une sympathie commune, une tendresse fraternelle. ».
Voyage au Pérou Naturellement attiré vers les arts, André Melançon est également fasciné par les rapports humains. Durant ses études, il est influencé par la pensée et l'action sociale de l'abbé Pierre. Un jour, en visitant un « chantier étudiant. » – sorte de mouvement catholique d'étudiants faisant des corvées pour des familles pauvres (nettoyage de maisons, peinture de murs ou de plafonds, constructions, réparations, etc.) – dans un quartier défavorisé de Montréal, il a un coup de cœur. Confronté à une réalité bien différente de celle d'Outremont ou de Rouyn, il n'en est pas moins préoccupé par le sort des « bums » (laissés-pour-compte) de la société. Il finit par développer des liens d'amitié avec des habitants de ce quartier..
Inspiré par ces rencontres, déterminé à offrir de son temps et de son énergie pour soulager la misère, il décide de se porter volontaire pour une mission humanitaire. En , André Melançon s'envole pour Lima, au Pérou. Comme il le raconte : « Je suis allé au Pérou parce que j'ai pris conscience d'une réalité : aujourd'hui la charité n'est pas une question de bienfaisance, mais de justice. Et je crois que l'homme est capable d'un contact humain plus profond… Avant de partir, je me faisais des idées de la pauvreté, de la misère. Je vais te parler comme si je connaissais la misère depuis toujours. C'est fauxJules Béliveau, « Il émigre à Lima pour y vivre avec les pauvres », Photo-journal, 16 novembre 1963, p. 12.! »
Au sein d'une communauté affiliée au mouvement Emmaüs, André Melançon aide à mettre sur pied des garderies pour soulager des mères monoparentales dans le besoin. Toutefois, le cadre de l'organisation finit par lui paraître comme un obstacle. Cherchant plutôt à être en contact direct avec les gens, au bout de quelques mois, il quitte la communauté pour aller demeurer chez un pêcheur nommé Gerardo. Il y trouve alors le contact qu'il espérait : « La technique [des disciples d'Emmaüs] peut aider énormément. Mais elle est secondaire. Il faut avant tout qu'une personne puisse établir de véritables contacts humains. À mon arrivée à Lima, j'ai visité une trentaine de maisons d'appartements construites spécialement pour les miséreux. En cinq ans, elles étaient devenues de véritables taudis parce qu'il n'y avait pas eu d'abord cet échange dont je parle […] Après avoir vécu dans la cabane de mon vieux pêcheur, j'ai bâti ma propre cabane, près de la merJules Béliveau, « Il émigre à Lima pour y vivre avec les pauvres », Photo-journal, 16 novembre 1963, p. 13. ». Ce contact avec ce pêcheur lui permet également d'apprendre l'espagnolIl conservera cette langue toute sa vie. Ceci lui permettra de jouer dans quelques films argentins, notamment El lado oscuro del corazón, et de diriger les comédiens argentins sur Fierro… l’été des secrets dans leur langue maternelle..
Débuts professionnels
Psychoéducateur à Boscoville À son retour au Québec en 1963, André Melançon poursuit des études en psychologie à l'Institut de psychologie de l'Université de Montréal..
Décrochant son diplôme en 1965, il devient ensuite psychoéducateur à Boscoville, un centre d'aide pour jeunes hommes en difficulté. Travaillant avec des jeunes issus de milieux difficiles, marqués par la pauvreté, la négligence et la violence, André Melançon enseigne le théâtre.. Durant cette période, il réalise le film Le camp de Boscoville, un documentaire racontant le vécu de quatre garçons de cet établissement. Ce tournage marque un tournant majeur dans sa carrière..
Conseil québécois pour la diffusion du cinéma En 1968, André Melançon quitte Boscoville et devient animateur pour le Conseil québécois pour la diffusion du cinéma.. Cet organisme visait à distribuer les films québécois à l'étranger, ainsi qu'à mieux faire connaître au grand public les films produits au Québec.. André Melançon fait ainsi son entrée dans le milieu cinéma. En entrevue, il affirme que son expérience en psychoéducation lui aura permis de développer des qualités essentielles pour tout bon réalisateur : « Mes six années en psychoéducation n'ont pas été un détour, dit-il. Parce qu'être psychoéducateur, c'est apprendre à regarder et à écouter. Comme c'est le cas avec le cinéma. Parmi les pionniers du cinéma québécois, Michel Brault nous a appris à regarder, tandis que Pierre Perrault nous a appris à écouter. Car chez ce dernier, le verbe dominait. ».
C'est ainsi qu'André Melançon parcourt le Québec et le monde en organisant des soirées-rencontres avec divers cinéastes québécois, dont Arthur Lamothe, Jean-Claude Labrecque, Gilles Groulx et Michel Brault..
Premiers films Malgré son expérience avec les jeunes, au départ, André Melançon ne prévoit pas se spécialiser dans les films jeunesse. Cherchant plutôt à laisser ses sujets parler d'eux-mêmes, il réalise ainsi son premier film documentaire en 1970 : une entrevue avec l'un de ses voisins et amis, le felquiste Charles Gagnon. Cependant, à la suite des événements de la crise d'Octobre, le court-métrage ne connaîtra qu'une diffusion limitée..
En 1971, Melançon est approché par l'Office du film du Québec pour réaliser deux courts-métrages éducatifs : L'enfant et les mathématiques et Le professeur et les mathématiques. La même année, il participe avec Micheline Guernon à la production d'un documentaire intitulé Un père Noël comme les autres, montrant une entrevue avec un homme incarnant le père Noël durant les Fêtes ainsi qu'un reportage sur ce phénomène..
Dans cette période, André Melançon commence aussi à jouer à l'écran. En 1972, le réalisateur Clément Perron le choisit pour jouer le personnage-titre de son film Taureau, une sorte d'idiot du village peu bavard et doté d'une grande force physique (mettant à profit la taille et la carrure imposante de Melançon). En 1973, Denys Arcand le choisit pour jouer un policier dans son drame Réjeanne Padovani..
Office national du film (ONF) Des armes et les hommes (1973) vignette|En 1973, André Melançon devient réalisateur à l'ONF.En 1973, André Melançon propose à l'Office national du film (ONF) son projet Des armes et les hommes, un documentaire se penchant sur le rapport des humains aux armes. Le projet devant être au départ une série portant sur toutes les armes « de la massue de Cro-Magnon jusqu'à la bombe à hydrogène », le réalisateur choisira finalement de resserrer le propos autour des armes à feuPierre Jutras et Pierre Véronneau, « Le plaisir de raconter une histoire », Copie Zéro, mars 1987, no 31, p. 7.. Fidèle à son intérêt pour les figures marginales de la société, dans ce film, André Melançon présente le témoignage de gens ayant une expérience privilégiée avec les armes à feu : un voleur de banque, un policier, un délinquant, un militaire, mais aussi un simple citoyen amateur de tir..
Cherchant à donner à voir au spectateur plutôt qu'à exposer un propos de façon didactique, ce film mélange le documentaire et la fiction. En effet, les scènes de fiction intercalées avec les entrevues servent à montrer l'effet mystificateur des armes, ainsi qu'à confirmer les propos des témoins sur la place de la violence armée dans la société. Comme il l'explique en entrevue : « Ma première préoccupation était de savoir si le fait d’avoir une arme dans les mains, ça change quelque chose chez un individu. As-tu déjà essayé de prendre un "gun" chargé, de le mettre dans ta culotte, et d’aller te promener toute une journée dans la ville? Quelle sensation particulière cela apporte-t-il? Suite à cette préoccupation que j’avais, la première image qui m'est venue était celle d’un amphithéâtre d’université où des gens acceptaient de se faire tirer devant les étudiants pour voir l’effet des balles sur le corps humain ».
Ce film inaugurera pour André Melançon une carrière de dix ans comme réalisateur pigiste à l'ONF.
Toulmonde parle français (1974) Jusqu'au milieu des années 1970, les films pour enfants projetés au Québec étaient essentiellement des productions commerciales étrangères. Quelques réalisateurs comme Roger Laliberté (Le diamant bleu, 1957; Les aventures de Ti-Ken, 1961), Bernard Gosselin (Le Martien de Noël, 1970) et Richard Lavoie (Guitare, 1974) avaient déjà fait quelques films dans ce genre. En 1975, les réalisateurs Peter Svatek et Jean Lafleur avaient également réalisé un film pour enfants intitulé La poursuite mystérieuse (titre français de The Mystery of the Million Dollar Hockey Puck). Cependant, en l'absence de structures de production et de distribution, le cinéma jeunesse québécois cherchait encore sa voie..