L'élection présidentielle maldivienne de 2018 est organisée pour élire le président de la République des Maldives. Le scrutin a lieu le . Le gouvernement du président Abdulla Yameen est accusé d'autoritarisme et de multiples violations des droits de l'homme. Les médias indépendants sont réprimés, et la présidence de la commission électorale confiée à un membre du parti au pouvoir.

À la surprise générale le candidat d'opposition Ibrahim Mohamed Solih remporte l'élection avec 58,3 % des voix face au président sortant Abdulla Yameen, qui reconnaît sa défaite le lendemain.

Contexte Politique Le pays connaît en 2008 ses premières élections démocratiques, remportées par Mohamed Nasheed, chef de file du mouvement pour la démocratie et longtemps persécuté sous la dictature qui précède. Contesté par les islamistes, il est évincé par la police et par l'armée en 2012.. Candidat de l'opposition, il arrive en tête du premier tour de l'élection présidentielle de 2013, mais les résultats sont annulés par la , et le scrutin est reporté. Il est finalement battu par Abdulla Yameen., qui met peu à peu en place un régime autoritaire..

Le , le vice-président Mohammed Jameel Ahmed est destitué par le Parlement pour .. Tandis qu'il fuit vers le Royaume-Uni, Ahmed Adeeb Abdul Ghafoor est nommé à sa place..

Le , une explosion éclate à bord d'un yacht qui le ramène à Malé, alors qu'il revenait du hajj.. Le , Abdul Ghafoor est arrêté., puis destitué..

Le , considérant les condamnations de plusieurs prisonniers, dont Mohamed Nasheed et Ahmed Adeeb Abdul Ghafoor, comme étant , la Cour suprême décide de casser les jugements.. Le , Abdulla Yameen refuse d'appliquer la décision, malgré la demande de l'ONU. et fait remarquer que selon lui, la Cour suprême .. Il fait assiéger les bureaux de la Cour suprême, qu'il accuse de vouloir le destituer., suspend le parlement, au sein duquel il vient de perdre la majorité après une autre décision de la Cour suprême ordonnant la réintégration des députés récemment passés dans l'opposition, limoge le chef de la police, fait arrêter son demi-frère, l'ancien président Maumoon Abdul Gayoom, qui avait rejoint l'opposition en 2017., et décrète l'état d'urgence.. Dans la soirée, il fait également arrêter deux juges de la Cour suprême, dont son président Abdulla Saeed, et Ali Hameed.. Il justifie cela par une et un .. Nasheed appelle alors l'Inde et les États-Unis, à intervenir.. Finalement, les trois juges de la Cour suprême restés en liberté décident d'annuler la décision.. L'ONU dénonce alors une ..

Social vignette|redresse|Yameen en 2014. Alors que les Maldives étaient traditionnellement un pays d'islam modéré, l'arrivée au pouvoir d'Abdulla Yameen, soutenu par les islamistes, change la donne. Influencé par des religieux wahhabites formés en Arabie saoudite et au Pakistan, le prosélytisme islamiste gagne du terrain, notamment dans les milieux carcéraux. De nombreux cheikhs radicaux occupent ainsi de plus en plus l'espace public (universités, télévision ). Plusieurs ONG dénoncent une augmentation des mariages précoces dans les îles reculées ainsi que le refus grandissant de vacciner les enfants. Le docteur Mohamed Iyaz, un influent conseiller du gouvernement en jurisprudence coranique, fait d'ailleurs l'apologie de l'excision, en tant qu'. En 2014, une centaine de Maldiviennes ont été fouettées en public pour . En 2015, on enregistre entre 50 et 200 départs de Maldiviens vers les territoires de l'État islamique. Si le gouvernement a officiellement condamné le djihad vers la Syrie, des activistes et des opposants critiquent son inaction sur le sujet, certains craignant même l'instauration d'un califat aux Maldives..

Analyses Selon Olivier Guillard, chercheur associé à l'IRIS, ..

Pour Nayma Qayum, enseignante à l', le taux de participation est .

Par ailleurs, le président sortant Abdulla Yameen a également noué des relations avec l'Arabie saoudite, l'Inde et la Chine, cette dernière convoitant les atolls des Maldives. Enfin, l'opposition est accusée d'être proche de l'Occident et de l'Inde.

Candidats

Deux candidats participent au scrutin, organisé le .. Il s'agit d'Ibrahim Mohamed Solih et Abdulla Yameen..

L'ancien président Mohamed Nasheed annonce sa candidature à l'élection, à la tête d'une coalition hétéroclite d'opposition.. Le , il renonce à se présenter à l'élection après le refus de la commission électorale de valider sa candidature.. Ibrahim Mohamed Solih est choisi à sa place. Membre du Parti démocrate tout comme Nasheed, il reçoit ainsi le soutien de la faction pro-Gayoom du PPM, du Parti républicain et du Parti de la justice..

Le président sortant Abdulla Yameen est également candidat à sa réélection. Il se déclare être le candidat de l'islam face aux « infidèles ».. Il prône aussi un discours nationaliste.

Mode de scrutin Le président des Maldives est élu au suffrage universel, au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Seuls deux candidats étant en lice en 2018, le scrutin s'effectue cependant en un tour.

En vertu de la constitution, le mandat présidentiel dure cinq ans à compter du de l'année de l'élection.

Campagne électorale et irrégularités Durant la campagne, les médias n'ont pas couvert la campagne électorale d'Ibrahim Mohamed Solih, de crainte de représailles.. Pour sa part, le chef d'une ONG maldivienne estime que .. Par ailleurs, l'opposition a accusé les autorités d'avoir mis en place un nouveau système de vote, qui les empêcherait de compter le nombre de votants, tandis que la commission électorale n'a pas rendu publique la liste des inscrits.. Enfin, le président de la commission électorale est un ancien président du parti au pouvoir, tandis que l'opposition et Human Rights Watch. accusent le pouvoir de nommer comme présidents des bureaux de vote, des membres du parti.. vignette|Ibrahim Solih en campagne à Malé. On aperçoit le drapeau du logo du Parti démocrate : la balance sur fond jaune. En amont de l'élection, le droit de manifester est sévèrement restreint, et les lois interdisant toute critique du gouvernement contraignent les médias à l'auto-censure. Une loi de 2016 interdit toute publication qui contredirait l'islam ou qui serait contraire aux « normes sociales » ; cette même loi permet aux autorités de contraindre les journalistes à révéler leurs sources. Des journalistes ou blogueurs perçus comme critiques envers le gouvernement sont menacés, arrêtés ou agressés..

L'Union européenne a refusé d'envoyer une mission d'observation.. Pour sa part, le Réseau asiatique pour des élections libres (ANFREL), autorisé officiellement à surveiller le scrutin mais dont les membres n'ont pas eu de visa pour se rendre dans le pays, estime que le scrutin ne sera pas et ajoute qu'..

Le , l'ancien président Mohamed Nasheed appelle à ne pas reconnaître les résultats du scrutin.. Le même jour, veille du scrutin, la police perquisitionne le bureau de campagne d'Ibrahim Mohamed Solih pour ., mais repart les mains vides..

Le jour du scrutin, le vote est prolongé de trois heures, face à la participation massive et aux bugs informatiques..

Résultats +Résultats de l'électionprésidentielle maldivienne de 2018.Candidatset colistierPartisVotes% Ibrahim Mohamed SolihFaisal Naseem MDP 58,38 Abdulla YameenMohamed Shaheem PPM-Y 41,62 Votes valides 98,66 Votes blancs et nuls 1,34 Total 100 Abstention 10,78 Inscrits / participation 89,22 I.M.Solih (58,38 %) Abdulla Yameen (41,62 %) ▲ Majorité absolue

Suites Les premiers résultats donnent Solih en tête du scrutin.. Celui-ci revendique alors sa victoire, confirmée par l'ONG Transparency Maldives, qui a été la seule à pouvoir observer le scrutin.. « Les résultats des bureaux de vote, compilés par les chaînes de télévision privées » et la chaîne publique PSM News, donnent Ibrahim Mohamed Solih vainqueur avec environ 58 % des voix. La commission électorale.. confirme par la suite les résultats durant la nuit du 23 au ..

Abulla Yameen reconnaît publiquement sa défaite le .

Solih est déclaré vainqueur le par le président de la commission électorale, qui ajoute que l'institution a fait l'objet de menaces pour que l'annonce des résultats soit reportée..

Finalement, le , Yameen fait volte-face et dépose un recours contre les résultats à la Cour suprême.. Il estime avoir perdu à cause de l'usage d'une encre qui aurait fait disparaître son nom des bulletins de vote.. Ce revirement provoque l'inquiétude de la communauté internationale, en particulier l'Inde voisine, l'Union européenne et les États-Unis. Ces derniers menacent Yameen de sanctions s'il remettait en cause le résultat des urnes. Le , après le rejet par la Cour suprême d'entendre ses témoins, Yameen annonce, lors d'une allocution qu'il annonce être sa dernière, qu'il reconnaît sa défaite et qu'il quittera le pouvoir comme prévu.. Le , le recours est rejeté par la Cour suprême..

Le , après la suspension par la Cour suprême de sa peine de prison, l'ancien président Mohamed Nasheed retourne au pays..

Analyses Pour Gulbin Sultana, de l' de New Delhi, ..

Selon Olivier Guillard, chercheur associé à l'IRIS, le ..

Selon Dhruva Jaishankar, chercheur associé à la Brookings India, ..

Notes et références

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