La théorie de l'autisme virtuel est une hypothèse non scientifique, avec des éléments de pseudo-science, qui se base sur des observations empiriques et non vérifiées pour postuler une conception originale des troubles du spectre de l'autisme (TSA). Il est question d'inclure dans l'étiologie, la symptomatologie et l'épidémiologie de l'autisme, une sous-catégorie conceptualisée sous l'expression d'« autisme virtuel », « autisme secondaire » ou « autisme dû aux écrans ». Cette découverte a été décrite par le psychologue roumain Marius Teodor Zamfir comme une nouvelle forme d'autisme, non génétique. Elle a été popularisée en France, notamment, par le Collectif Surexposition Écrans (CoSE), qui bénéficie d'une forte médiatisation et d'un soutien politique depuis 2016. Elle est notamment décrite dans les livres Quand les écrans deviennent neurotoxiques (Sabine Duflo) et Les ravages des écrans. Depuis fin 2018, la théorie de l'autisme virtuel est présente dans les grands médias algériens.

La communauté scientifique réfute cette théorie, la littérature scientifique ne retenant pas de causalité de l'exposition aux écrans dans l'autisme. Différents chercheurs soulignent la faiblesse des quelques études existantes à ce sujet, et l'instrumentalisation de la peur de l'autisme par des personnalités non-spécialistes du sujet, au détriment des parents d'enfants autistes et des personnes autistes elles-mêmes..

Certains symptômes relevés sous le nom dautisme virtuel ont été par la suite regroupés sous le terme dExposition Précoce et Excessive aux Écrans ou Intensive Early Screen Exposure. Origines : une corrélation entre autisme et pluviométrie aux États-Unis En octobre 2006, les économistes Michael Waldman, Sean Nicholson et Nodir Adilov publient une hypothèse selon laquelle une petite partie de la population serait susceptible de développer l'autisme à cause d'une biologie particulière, et suggère que le visionnage de la télévision pourrait constituer un facteur environnemental déclencheur.

Les auteurs ont employé l'enquête américaine de l'usage du temps afin d'analyser les données des États de Californie, de l'Oregon et de Washington, trois États connus pour leur fort taux de précipitations, entre les années 1970 et 1980, postulant un lien entre précipitations et temps passé à la maison à regarder la télévision. Ces auteurs découvrent qu'un fort taux de précipitations est lié à un fort taux d'autisme.

L'étude conclut à l'établissement d'un facteur déclencheur pour l'autisme, particulièrement chez l'enfant de moins de trois ans, lié au niveau de précipitations dans l'environnement de l'enfant. Il est également question d'un lien entre la hausse du taux d'autisme dans les États de Californie et de Pennsylvanie et le développement de la télévision par câble entre les années 1970 et 1980.

Michael Waldman est cité comme référence dans le livre de Sabine Duflo Quand les écrans deviennent neurotoxiques.

Conceptualisation en Roumanie En décembre 2013, le psychologue Marius Teodor Zamfir, coordinateur de la fondation Centrul Sfântul Mihail pour enfants avec autisme à Bucarest, publie un blog sur le site orthodoxe SACCSIV.. Il y postule que chez les enfants de moins de trois ans, le visionnage de la télévision produirait des symptômes tels que le retard de langage, les troubles oppositionnels, le TDAH et l'autisme. La causalité générale de l'autisme y est liée aux effets secondaires d'une vaccination excessive chez le jeune enfant ainsi qu'à un affaiblissement du système immunitaire.

À partir de novembre 2016, plusieurs interventions de Marius Zamfir sont relayées par la chaîne chrétienne Trinitas TV, dont une émission portant le titre Stop Autismul virtual ! ou Stop à l'autisme virtuel !.

Rumeur lancée en 2016 au sujet d'un personnage de série pour enfants Le , le site web Morning News USA, se basant prétendument sur des études menées en 2012 par l'université de Harvard, lance la rumeur selon laquelle le visionnage de la série télévisée Peppa Pig provoquerait l'autisme chez les jeunes enfants, parce que le personnage inciterait les enfants à reproduire une attitude irrévérencieuse envers l'autorité.. Le site NBC San Diego relève par la suite que l'étude aurait été inventée de toutes pièces. En effet, aucune information n'est disponible sur l'identité du chef de recherche, Marc Wildenberg, et aucune donnée sur le personnage de Peppa Pig n'a été trouvée à l'université de Harvard.. Les parents sont mis en garde contre l'assimilation de l'autisme à l'émulation d'un comportement grossier ou à l'idée d'un enfant difficile ou mal élevé.

Étude de Marius Zamfir En mars 2018, Marius Zamfir publie une étude sur ResearchGate, intitulée La consommation d'environnement virtuel plus que quatre heures par jour peut causer un syndrome similaire au trouble du spectre de l'autisme chez les enfants entre zéro et trois ans. Il s'agit d'une recherche portant sur 110 enfants au sein des centres de soins pour l'autisme de Roumanie, réalisée de 2007 à 2017

L'étude comporte un groupe contrôle composé d'enfants diagnostiqués avec un TSA, présentant une consommation d'environnement virtuel de moins de deux heures par jour, ainsi qu'un groupe écrans composé d'enfants diagnostiqués TSA, ayant révélé au cours de l'anamnèse une forte consommation d'environnement virtuel. Dans ces deux groupes, le diagnostic d'autisme a été confirmé à l'aide de l'ASRS, un test utilisé pour les enfants TSA en Roumanie, ainsi que le M-CHAT et le CARS.

Un troisième groupe appelé groupe des enfants intégrés a été constitué au cours de l'étude, composé d'enfants issus des deux précédents groupes ayant montré des facultés d'intégration améliorées en milieu scolaire, ainsi qu'une progression dans les évaluations du WISC IV ainsi que de l'ASRS.

L'étude s'accompagne de graphiques montrant la hausse de consommation d'environnement virtuel en Roumanie entre 2012 et 2017. L'auteur attribue cette hausse à la baisse du prix des tablettes et des téléphones Android, et à l'introduction de la technologie 4G permettant un accès illimité à Internet depuis des endroits divers.

Le comportement des enfants soumis à un environnement virtuel important selon le terme de Marius Zamfir est lié à un développement plus faible des zones neuronales et à une inhibition des processus mentaux. Les violents stimuli visuels et auditifs résulteraient en des agressions sur des cerveaux en plein développement, similaires aux privations sociales encourues par les enfants des orphelinats roumains (voir quasi-autisme), conduisant à des comportements visant à rechercher sans cesse le même type de sensation, ainsi que des maniérismes moteurs, et un retard général de développement des facultés d'imagination. La manipulation physique de l'environnement est considérée nécessaire à la formation des voies neuronales.

L'étude se conclut sur l'idée que la consommation excessive d'environnement virtuel, cumulée à des prédispositions génétiques, produit une structure neurocognitive typique aux enfants TSA, causée par la privation sensori-motrice et socio-affective, résultant en un « taux important d'autisme, à un niveau national et international ».

Reprise aux États-Unis Le , le psychologue Richard E. Cytowic réalise une tribune sur la version anglophone du HuffPost, intitulée A Romanian Doctor Says He’s Found A Link Between Screen-Time And Autism (en français : Un docteur roumain dit qu'il a trouvé un lien entre le temps-écran et l'autisme). Cette page relaie une diffusion en streaming d'une émission de télévision roumaine présentant la découverte de l'autisme virtuel en Roumanie, par Marius Zamfir. Celle-ci introduit une nouvelle forme d'autisme induite par les écrans, ainsi que la phrase du psychologue roumain selon laquelle 90 % des enfants présentés à lui comme porteur de TSA seraient atteints d'autisme virtuel..

Réapparition en France

En mars 2017, le docteur Anne-Lise Ducanda, pédiatre en PMI dans l'Essonne (Viry-Châtillon), diffuse une vidéo en ligne sur le site de vidéos en streaming YouTube. La vidéo Youtube du Dr Ducanda, les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans, est également présentée sur la page en tant qu' « étude publiée en France ». Il y est fait également mention du livre Les joueurs de flûte de l'autisme, comment la télévision, la vidéo et les jouets causent le TSA, par le Leonard Oestreicher. Elle évoque une disparition des symptômes observés après une réduction drastique du temps passé devant les écrans. L'augmentation de l'offre en matière de produits numériques. (programmes TV visant un public de très jeunes enfants ainsi que jeux éducatifs sur tablette) destinés aux tout-petits, ainsi que celle de la taille des écrans de télévision, aurait entraîné une mise à l'épreuve de la volonté parentale..

Réception par la communauté médicale et scientifique Dans un article publié en mai 2017, le docteur Jean-Michel Pedespan, responsable de l’unité de neurologie pédiatrique du CHU de Bordeaux, rappelle la nécessité d'un processus de maturation des connexions cérébrales des jeunes enfants et soumet l'idée qu'une répétition précoce de stimuli visuels intenses pourrait susciter une invasion de certains circuits neuronaux initialement dévolus à d'autres fonctions, résultant en une réduction de l'espace cortical disponible.. Cette théorie se base sur l'observation d'une surabondance de synapses dans le cerveau des jeunes personnes TSA, ce qui entraîne l'idée d'un cerveau hyper-connecté, cependant, l'idée relative à une invasion de synapses qui seraient superflues ou à un manque d'espace dans une partie du cerveau ne semble pas validée scientifiquement. A contrario, il souligne que l'usage de Skype pour communiquer avec des proches éloignés permet de resserrer les liens relationnels. Au sujet de la durée du sevrage des écrans mise en avant par le docteur Ducanda et estimée par celle-ci à un mois avant le retour à la normale, sauf pour ceux qui présentent réellement un profil autistique selon elle, le docteur Pedespan déclare que rien ne permet de conclure à l'installation de troubles irréversibles.

Dans un dépêche de l'Agence France Presse, Carole Bienaimé-Besse, membre du collège du collège du Conseil supérieur de l'audiovisuel, mentionne l'apparition, dans le monde entier, d'addictions aux écrans, qui provoqueraient en cas d'excès des phénomènes d'''autisme virtuel.

Dans un article paru en février 2018, le docteur Patrick Pelloux, qui travaille avec l'association SOS Autisme afin de faire évoluer les conditions d'accueil des enfants autistes aux urgences, mentionne une « fake news », du « charlatanisme », et de « l'information spectacle » pouvant avoir des conséquences sur la Santé publique et la vie des familles.. Yehezkel Ben-Ari, chercheur en neurobiologie dont la carrière a été récompensée par le Grand Prix de l'INSERM et qui travaille sur la conception de traitements biologiques pour l'autisme en partenariat avec le docteur Éric Lemonnier dans le cadre de l'institut Neurochlore, s'exprime également dans cet article en disant que cette théorie est incompatible avec une compréhension profonde des mécanismes du système nerveux.