thumb|Immeuble bordelais acquis, agrandi et revendu par Marie-Louise Charles, actuellement au 22 rue Albert de Mun. Marie-Louise Charles est une esclave africaine affranchie née à la Guadeloupe vers et vivant à Bordeaux à la fin du . Noire, jeune et femme, son parcours est exceptionnel : elle s'enrichit grâce à des transactions immobilières, gérant elle-même sa fortune et côtoyant la bourgeoisie bordelaise.
Éléments de biographie Marie-Louise Charles naît vers 1765 dans le village du Petit-Bourg à la Guadeloupe. Ses parents, Charles et Marie, sont selon toute vraisemblance deux esclaves..
On retrouve sa trace à Bordeaux en 1784. Elle a une vingtaine d'années, elle est libre. C'est l'une des quelque d'origine africaine présentes en ville à un moment ou à un autre de la période de la traite. ; il est plausible que son propriétaire aux Antilles l'ait ramenée en France avec lui et l'y ait affranchie.
Cet été-là, Marie-Louise achèteActe de vente des frères Laclotte à Marie-Louise Charles, 10 juin 1784 devant le notaire Collignan, AD de Gironde, 3 E 24282. Cité par Julie Duprat, un à quelques centaines de mètres de la basilique Saint-SeurinAujourd'hui au 22, rue Albert-de-Mun (à l'époque rue du Réservoir).. Ce quartier périphérique, alors hors les murs et en plein développement, est le lieu d'habitation privilégié de la communauté noire à Bordeaux. La maison est payée , une somme colossale, trois fois supérieure au montant moyen de la transaction à l'époque. Sur l'acte de vente, un certain Bernardin Brunelot, propriétaire bordelais originaire de Saint-Domingue, se porte caution : peut-on inférer que l'homme est son ancien maître, qui l'a affranchie en rentrant en métropole en lui léguant, comme parfois, une somme d'argent ?
Marie-Louise fait agrandir la maison par les architectes Laclotte (ceux-là mêmes qui la lui ont vendue), y ajoutant trois étages pour la somme supplémentaire de , et la cède en 1787 à Casimir Fidèle, autre Noir affranchi aisé qui exploite une auberge à Bordeaux, cette fois-ci pour la somme de Contrat de vente passé entre Casimir Fidèle et Marie-Louise, 13 janvier 1787 devant le notaire Collignan, AD de Gironde, 3 E 24288, cité par Julie Duprat, .
Entre les deux actes, elle a appris à signer de son nom, peut-être à lire et à écrire, signe de son élévation sociale.
En 1790, Marie-Louise épouse François Hardy, un coiffeur métis. C'est elle qui apporte au ménage l'essentiel du patrimoine : François dispose de , elle d'une créance de auprès de Casimir Fidèle et d'un mobilier d'une rare richesse évalué à Contrat de mariage signé le 29 mai 1790 à Bordeaux devant le notaire Nauville (AD de Gironde 3 E 21607), cité par Julie Duprat, . Le couple s'installe rue Castelnau d'Auros.
En 1807, elle vit avec une autre femme noire et ses deux enfantsAdélaïde Gachet, couturière, est récemment arrivée à Bordeaux. C'est sans doute par solidarité que Marie-Louise la loge. La rue Colignan, aujourd'hui disparue, était située entre les actuelles rues Pierre Charron et du Château d'eau. au 9, rue Colignon. Elle dit exercer la profession de lingère, ce qui indique peut-être qu'elle a subi des revers de fortuneDans le recensement napoléonien qui fournit ces informations, son mari n'est pas mentionné. Selon Julie Duprat (op.cité) son métissage lui a peut-être permis d'échapper au contrôle , à moins que Marie-Louise ne soit désormais veuve ou séparée.. C'est la dernière trace de son existence.
Voir aussi Articles connexes Traite négrière à Bordeaux Dominique Toscan Louis Belard Saint-Silvestre Casimir Fidèle Jean-François Février Sibilly
Bibliographie
Notes et références Notes
Références
Catégorie:Histoire de Bordeaux Catégorie:Commerce des esclaves Catégorie:Gironde au XVIIIe siècle Catégorie:Esclave français Catégorie:Personnalité française du monde des affaires du XVIIIe siècle Catégorie:Femme d'affaires française du XVIIIe siècle