La chapelle expiatoire est une chapelle, située dans le de Paris en région Île-de-France.
Elle constitue un ensemble religieux et commémoratif consacré à la mémoire de et , couple royal guillotiné durant la Révolution française, ainsi qu'aux gardes suisses tués lors de la journée du et ultérieurement.
Cet ensemble est construit de à . La chapelle est classée monument historique depuis .
Localisation La chapelle expiatoire est située dans le de Paris, dans le quartier de la Madeleine, au centre du square Louis-, 29 rue Pasquier.
L'édifice est dressé à l'emplacement de l'ancien cimetière de la Madeleine, et sa position précise est définie par la fosse d'inhumation du corps du roi , à la suite de son exécution le .
Historique De la guillotine à la fosse commune Ouvert en , le cimetière de la Madeleine accueille en moyenne par an jusqu'à la Révolution. Il présente alors l'avantage de disposer de beaucoup de places disponibles, à l'inverse de nombre de cimetières parisiens qui débordent alors, au propre comme au figuré, tel le cimetière des Innocents dont les cadavres se déversent dans les caves des Halles, conduisant à interdire en toute nouvelle inhumation dans Paris et à ordonner le transfert des corps dans les catacombes.
Le cimetière est également utilisé pour inhumer les victimes du feu d'artifice du mariage du futur et de son épouse Marie-Antoinette en sur la place Louis-.
Sa proximité avec cette dernière place, rebaptisée « place de la Révolution » après le , et où se déroulent la plupart des exécutions sous la Terreur, en fait un lieu d'inhumation pratique et discret sans sortir de Paris, . C'est ainsi que les corps de Louis XVI, Marie-Antoinette, Charlotte Corday, Olympe de Gouges, Philippe Egalité, Madame Rolland, Antoine Barnave, Madame du Barry, Jacques Hébert ou encore ceux d' de députés girondins sont jetés dans plusieurs fosses communes à cet endroit. Les gardes suisses tués le lors de la prise du palais des Tuileries, morts de leurs blessures dans les prisons parisiennes ou victimes des massacres de Septembre, sont eux aussi inhumés dans les fosses.
En 1794, le cimetière est fermé par le Comité de salut public, puis vendu à divers propriétaires, jusqu'au magistrat royaliste Louis Desclozeaux qui, habitant rue d'Anjou (sa maison disparue est matérialisée par un arbre dans l'actuel square Louis-), a noté l'emplacement de la fosse dans laquelle les corps du roi et de la reine de France ont été jetés.
Entretenir le souvenir du couple royal vignette|gauche|redresse|Vue intérieure de la chapelle expiatoire. En , à la chute de l'Empire napoléonien, qui a succédé à la République, la monarchie est restaurée. À la faveur de son arrivée sur le trône, le roi s'attache à raviver le souvenir de son frère , et se lance à la recherche des dépouilles du couple royal.
Sur les indications de Desclozeaux, les dépouilles de et de Marie-Antoinette sont exhumées et transférées à la nécropole royale de Saint-Denis le , jour du de la mort du roi. Le même jour, fait poser la première pierre de l'actuelle chapelle commémorative (le nom d'expiatoire n'a jamais été mentionné officiellement).
L'idée lui est suggérée par l'ultra royaliste duc de Doudeauville, aide de camp du comte d'Artois, frère des deux rois et futur , afin d'honorer non seulement la mémoire du couple royal guillotiné, mais également celle des membres de la Garde suisse qui ont péri au service de la royauté. À la Chambre des pairs, c'est François-René de Chateaubriand qui se fait le rapporteur de la proposition, en présentant le programme des festivités du , commémorant la mort de Louis XVI sur l'échafaud.
Construction de la chapelle Le monument est commandé à Pierre Fontaine, architecte officiel de tous les régimes du Consulat au Second Empire. Il s'adjoint les services de son élève Louis-Hippolyte Le Bas comme inspecteur et se sépare exceptionnellement pour l'occasion de son équipier habituel Charles Percier, qui n'approuve pas le projet.
Commencé le , la construction s'étale sur et se termine en sous le règne de .
Le projet, d'inspiration néoclassique, est financé sur la cassette personnelle de pour un montant de de livres.
La chapelle est alors entourée d'un parc à l'anglaise recouvrant l'ancien cimetière de la Madeleine, et une longue allée de cyprès relie le perron à l'actuelle rue de l'Arcade.
Réaménagements haussmanniens vignette|Vue extérieure par Bruno Braquehais (). Sous le Second Empire, la chapelle est restaurée et son environnement remanié. L'allée de cyprès est supprimée en ; seuls une dizaine de mètres sont conservés pour offrir l'accès sur la rue Pasquier. Le petit jardin romantique d’origine laisse alors place au square Louis- durant les grands travaux d'Haussmann.
Menaces de destructions gauche|vignette|redresse|Affiche du Comité de Salut public de la Commune annonçant la destruction de la chapelle expiatoire. Dès sa conception, l'existence de la chapelle fait l'objet de débats politiques, en premier lieu entre les ultra-royalistes, favorables au retour de l'Ancien Régime absolutiste,et les partisans de la Charte de , plus favorables à une monarchie constitutionnelle, qui dans une volonté de consensus souhaitent éviter de rouvrir des blessures encore fraîches.
Le , la Commune exige que la chapelle soit démolieArrêté du concernant la destruction d'une chapelle "expiatoire" de , Journal officiel de la République française, 126, , 283, archivesautonomies.org., mais cette résolution n'est jamais mise à exécution, notamment grâce à l'action de Jacques Libman, qui retarde la destruction en se faisant passer pour un entrepreneur américain intéressé par les pierres du monument auprès de Jules Fontaine, directeur des Domaines de la Commune.... Pour cela, une fois la Commune écrasée par l'armée, Libman est fait chevalier de la Légion d'honneur par le président de la République Adolphe Thiers..
Sous la , la destruction du symbole est régulièrement évoquée : de à , de démolition sont présentés, notamment par Jean Jaurès, mais aucun n'est décidé...
vignette|Messe commémorative du (avec Louis de Bourbon, prétendant légitimiste).
Entre gestion républicaine et souvenir légitimiste La chapelle est classée monument historique le , par décision du sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts Albert Dalimier, à la suite de nombreuses actions parlementaires de partis royalistes notamment. Gérée par le Centre des monuments nationaux, la chapelle est ouverte au public et à la visite depuis cette époque, avec de rares périodes de fermeture en temps de guerre, pour des restaurations lourdes ou des cérémonies privées.
Lors de la construction de la ligne 14 du métro, passant sous la chapelle à la fin des années , ou à la suite de la « tempête du siècle » en ou la tempête Klaus en , qui ont endommagé les toitures et fragilisé les arbres du square, le lieu est ainsi fermé temporairement.
Semble-t-il du fait du financement public de sa construction par la Cassette royale, la chapelle expiatoire est propriété de l'État (domaine national) : ., : .. ; c'est aussi le rendez-vous annuel et traditionnel des royalistes légitimistes, qui y célèbrent chaque (ou le dimanche précédent le ) une messe pour le repos des âmes de et de Marie-Antoinette.
Vers de nouvelles découvertes ? a souhaité que lors de l'érection de la chapelle ne soit . Son souhait semble avoir été respecté car en , à la suite de fouilles et sondages de surveillance du bâtiment, il semble que des chambres scellées et aveugles, jusqu'ici inconnues, soient présentes derrière les murs de la chapelle souterraine.
En dehors de ceux du roi et de la reine, transférés à la nécropole de Saint-Denis, on ignore alors ce que sont devenus les corps des personnes tuées et enterrées dans ce cimetière lors de la Révolution. L'administrateur de la chapelle, Aymeric Peniguet de Stoutz, a un doute sur une possible confusion entre le cimetière de la Madeleine, sur l'emplacement duquel la chapelle a été construite, et un cimetière qui était voisin de l'ancienne église de la Madeleine, d'où les ossements en question ont été extraits.
Après études des plans et documents, le président du Centre des monuments nationaux Philippe Bélaval autorise en le médecin légiste Philippe Charlier, spécialisé dans la recherche et l'authentification de dépouilles historiques, d'insérer des micro-caméras dans les joints en mortier de l'édifice, permettant ainsi de découvrir des cavités contenant des coffres et des ossements.. Les recherches permettent de conclure en 2020 que les murs souterrains de la chapelle cacheraient les ossements des guillotinés de la Révolution française inhumés à la Madeleine.
Architecture vignette|Lancelot Théodore Turpin de Crissé, Une messe à la Chapelle expiatoire, , musée Carnavalet.
Style Pierre-Francois-Léonard Fontaine et son assistant Louis-Hippolyte Le Bas adoptent un style néoclassique empruntant à l'Antiquité, au Moyen Âge et à la Renaissance, très en vogue depuis le règne de et plus particulièrement après l'Empire et à l'aube de la période romantique.
Chateaubriand, qui avait rapporté le projet de la chapelle à la chambre des pairs en 1815, la qualifie de .
Composition générale De l'extérieur, l’édifice se présente comme une enceinte fermée au sein de laquelle on pénètre par un pavillon autrefois ceint d'un jardin à l'anglaise et précédé d'une allée de cyprès qui se prolongeait jusqu'à la rue de l'Arcade.
vignette|Plan de la chapelle expiatoire par Prosper Morey.
Le pavillon d'entrée se compose d'un vestibule et d'un escalier droit donnant accès à une cour d'honneur surélevée de . Cette cour est bordée de cénotaphes dédiés aux Gardes suisses tués le ; au centre, une allée bordée de rosiers créés pour Marie-Antoinette à Trianon mène à la chapelle proprement dite. En contrebas de part et d'autre de la cour, deux galeries de cloître entourent la cour mais au niveau du parc.
Éléments architecturaux Pavillon d'entrée Première étape imposante du parcours vers la chapelle, le pavillon masque et protège le cœur sacré du monument depuis l'extérieur. Sa façade se compose d'une paroi nue, uniquement percée d'une porte monumentale, et est surmontée d'un sarcophage colossal dont le fronton se découpe sur le ciel. Un large cartouche reprend la dédicace de l'édifice par pour honorer le lieu d'inhumation de son frère et Marie-Antoinette.
Vestibule Cette très haute pièce d'entrée accueille deux portes d'accès aux galeries de cloîtres latérales. Au centre, un escalier mène deux mètres plus haut à la cour d'honneur. Les murs sont décorés de guirlandes, motifs floraux et monogrammes du couple royal. Volontairement aveugle et sombre, cette pièce permet de sublimer l'effet de contraste et de luminosité en arrivant au sommet des marches de la cour d'honneur.
Jardin intérieur alt=Le Campo Santo de la Chapelle expiatoire|vignette|Le de la chapelle expiatoire : jardin surélevé constitué de la terre tamisée de l'ancien cimetière. Le jardin intérieur, autrement nommé cour d'honneur ou encore Campo Santo, est constitué de la terre tamisée de l'ancien cimetière. De part et d'autre, des cénotaphes marquent les limites de l'ancien cimetière et perpétuent le souvenir des Gardes suisses tués lors de la prise des Tuileries le . Sur chaque stèle, un sablier ailé figure la fuite du temps, le pavot symbolise lui le repos éternel et enfin les branches de cyprès représentent le deuil.
Les rosiers entourant l'allée centrale sont de la variété créée pour Marie-Antoinette à Versailles.
Chapelle supérieure Au fond de la cour, un portique tétrastyle (à quatre colonnes) surmonté d'un fronton de style dorique donne accès à la chapelle., dont la composition générale rappelle le couvent de la Reine élevé par Richard Mique à Versailles.