Un collectionneur ou une collectionneuse d'œuvres d'art est une personne qui fait usage de sa fortune pour composer un ensemble cohérent d'œuvres d'art d'une époque ou d'un thème, rassemblé sous la forme d'une collection.
Un collectionneur peut être un spéculateur, mais les collections les plus célèbres sont celles qui reflètent le goût des amateurs et portent leur nom.
Pour assurer son choix le collectionneur peut avoir recours à un conseil. Les peintres de cour ont eu souvent cette fonction. Aujourd'hui les critiques ou les marchands d'art jouent ce rôle. Les œuvres d'art sont acquises lors des ventes aux enchères ou en passant commandes auprès des artistes.
Un grand nombre de collections publiques se sont constituées autour de noyaux rassemblés par des collectionneurs privés qui ont procédé ou dont les descendants ont procédé à des donations, des dations ou des legs en faveur des institutions muséales.
Histoire des collections Dans la civilisation romaine, les trésors antiques pris aux vaincus, en particulier en Grèce, sont exposés publiquement sous des portiques. Un marché se développe et c'est l'époque où les termes de musée et de pinacothèque sont inventésEncyclopedie Universalis, « Collectionnisme ».
Au Moyen Âge les collections étaient des trésors ecclésiastiques ou princiers.
Dès la Renaissance les princes ont créé la fonction de peintre de cour, avec parfois un salaire fixe. Ces artistes devaient l'exclusivité de leur production qui incluait les décors de résidences royales, et ne pouvaient entreprendre d'autres activités sans autorisation. Leurs œuvres constituent la base des collections royales de peintures, auxquelles s'ajoutent les acquisitions externes, très souvent sous la responsabilité de ces mêmes peintres.
Les autres collections sont constituées tout d'abord par les aristocrates éclairés. Ils passent des commandes d'œuvres pour leurs collections privées et la décoration de leur palais, mais aussi d'art religieux pour l'Église. Ils deviennent également acheteurs, souvent par des intermédiaires.
L'activité de collection se développe par la suite dans la bourgeoisie dès le , notamment dans le monde des artistes et celui des affaires.
La Renaissance aux C'est l'époque où naît le concept de collection d'apparat, de cabinet de peinture ou de curiosités : princes, hommes politiques et gros négociants accumulent des objets d'art, bientôt imités par la bourgeoisie citadine.
À partir du la connaissance des collections privées se fait au moment de legs et de publications d'inventaires.
En Italie Laurent le Magnifique (1449-1492) de la maison Médicis à Florence, fréquente et soutient la plupart des grands artistes de son époque. Bien que ses ennuis financiers ne lui aient pas permis de passer lui-même toutes les commandes, il a su convaincre nombre de bourgeois de commanditer directement certains artistes. Michel-Ange a vécu chez lui pendant plusieurs années.
À Ferrare c'est le duc Hercule d'Este (1431-1505) qui complète la bibliothèque et les collections de la maison d'Este et patronne les artistes. Son successeur Alphonse d'Este (1476-1534) inaugure en 1529 la plus belle galerie d'art de son époque pour exposer ses collections devant des murs plaqués de marbre blanc et sous un plafond à caissons dorés Exposition Titien, Prado 2003, le camerino d'alabastro, la chambre d'albâtre. thumb|280px|right|Enée et Achates sur les rives de Carthage, Dosso Dossi pour le camerino d'alabastro (National Gallery of Art, Washington).
En France Artus Gouffier de Boissy (1475-1519), en suivant Charles VIII et Louis XII pendant les guerres d'Italie, a commencé l'importante collection d'art familiale. C'est alors qu'il se voit confier l'éducation du jeune duc d'Angoulême, futur François . Son héritier Claude Gouffier (1501-1570) poursuit cette collection et un inventaire de 1683 recense plus de réparties entre Paris, Versailles et Oiron, sans compter les œuvres dispersées par les ventes, partages et pillages.
Le cardinal et ministre Georges d'Amboise (1460-1510) incite le roi François , déjà initié par Artus Gouffier, ainsi que le connétable de France, Anne de Montmorency, à accueillir et protéger des artistes comme au château de Fontainebleau. À leur suite, la reine Catherine de Médicis (1519-1589), héritière des goûts des Médicis, est considérée comme l'un des plus grands mécènes du françaisChantal Turbide, Catherine de Médicis, mécène d'art contemporain : l'hôtel de la reine et ses collections, dans Patronnes et mécènes en France à la Renaissance, études réunies par Kathleen Wilson-Chevalier, Publications de l'université de Saint-Étienne, 2007, .. Elle aimait s'entourer d'artistes qu'elle faisait venir à la cour et pensionnait à son propre serviceAlexandra Zvereva, "Catherine de Médicis, et les portraitistes français", dans Patronnes et mécènes en France à la Renaissance, études réunies par Kathleen Wilson-Chevalier, Publications de l'université de Saint-Étienne, 2007, ..
En Europe centrale L'empereur Rodolphe II qui a confirmé en 1595 les privilèges de la corporation des peintres, a acquis de nombreux tableaux qu'il installe au Château de PragueLe mécénat : une tradition tchèque, David Alon, Radio Prague, 11 avril 2007.
L'Époque moderne aux vignette|Frans II Francken, Preziosenwand (Mur aux trésors ou Cabinet d'un collectionneur , 1636, Musée d'histoire de l'art de Vienne). Ce type de peinture était l'une des innovations flamandes qui s'étaient développées au début du . Au se mettent en place les différents acteurs que nous connaissons actuellement : l'artiste qui produit des objets d'art et qui est statutairement considéré comme tel, le marchand d'art, le critique d'art et le commissaire-priseur. La notion moderne d'œuvre d'art prend alors son essor. Les personnes fortunées désireuses de constituer une vaste collection, s'adressent à des marchands en direct ou par des intermédiaires.
En Grande-Bretagne Charles (1600-1649), roi d'Angleterre, malgré ses difficultés économiques, fut sans doute le plus passionné et généreux collectionneur d'art de la monarchie britannique. En 1628, il avait acheté la fabuleuse collection de Charles Ier de Mantoue, et n'a eu de cesse de faire venir en Angleterre les plus grands peintres étrangers de l'époque.
Le peintre Peter Lely (1618-1680), d'origine néerlandaise, amassa une importante fortune personnelle vers 1650, et commença à collectionner les maîtres anciens y compris des œuvres de Van Dyck, lors de la vente de la collection de Charles .
Au , Shaftesbury (1671-1713) explique que "le vrai gentilhomme doit allier le culte du beau à l'amour de la vertu." La pratique du Grand Tour a permis aux Anglais la découverte de l'art italien et les châteaux se sont peu à peu remplis de collections de tableaux acquis à l'étranger ou dans les ventes publiques. Dans la Société des Dilettanti, ceux qui ont fait ce voyage deviennent les arbitres du goût.
On retrouve parmi ces collectionneurs Robert Walpole (1676-1745), lord du Trésor, qui a créé une collection d'art mise en vente par ses descendants. Le gouvernement refusa son achat malgré les conseils de John Wilkes et vingt ans plus tard, la collection fut intégralement rachetée par Catherine de Russie. Elle est désormais visible au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg « Andrew Moore, Sir Robert Walpole, Prime Minister and Collector », Houghton Revisited, Royal Academy of Arts, 2013, ..
Charles Townley (1737-1805) qui voyagea en Italie et en Grèce et acquit une célèbre collection d'antiquités, connue sous le nom de marbres Towneley. Il la déposa dans sa maison de Londres spécialement construite pour la recevoir. Elle fut acquise par le British Museum en 1805 auprès de ses descendants, et elle forme encore aujourd'hui le cœur des collections gréco-romaines du musée ; Richard Payne-Knight (1750-1824) collectionneur, critique d'art, archéologue et philologue, qui fit lui aussi le Grand Tour et ramena plusieurs trésors d'argenterie romaine découverts en France, comme le trésor de Mâcon et le trésor de Caubiac qu'il légua au British Museum. Quant à George Beaumont (1753-1827) c'est un peintre amateur, collectionneur et critique d'art qui a joué un rôle important dans la création de la National Gallery de Londres, en lui faisant le premier legs de peintures.
En France Everhard Jabach (1618-1695), banquier d'origine allemande naturalisé français, directeur de la Compagnie des Indes orientales, célèbre collectionneur de dessins, peintures, marbres, bronzes et estampes, cède une grande partie de sa collection de dessins à Louis XIV à deux reprises, en 1661-1662, puis en 1671. Ils constituèrent le fonds de l'actuel Cabinet des dessins du Louvre.
Chez les Princes et les nobles on trouve Philippe d'Orléans (1674-1723) qui constitua la collection d'Orléans destinée à orner les galeries de sa principale demeure, le Palais-Royal. Elle comprend près de 500 tableaux, et reste sans doute en Occident l'une des plus importantes collections de peintures aux mains d'une personne privée. Elle fut liquidée à partir de 1788 puis dispersée.
Louis XV (1710-1774) délègue beaucoup les missions artistiques à sa favorite la marquise de Pompadour qui amasse une imposante collection de meubles et d'objets d'art dans ses diverses propriétés. Elle est responsable du développement de la manufacture de porcelaine de Sèvres, et ses commandes assurent leur subsistance à de nombreux artistes et artisans. Dans son sillage, nobles et bourgeois en particulier des artistes, constituent d'importantes collections d'art.
vignette|upright=1.5|L'Enseigne de Gersaint, 1720par Antoine Watteau
On connait bien la collection du chevalier Antoine de Laroque (1672-1744) grâce à Gersaint, le célèbre marchand de tableaux du pont Notre-Dame qui rédige un catalogue de son cabinet en 1745. De grands maîtres sont présents parmi les 300 tableaux de cette collectionEmile Perrier, Les bibliophiles et collectionneurs provençaux, Barthelet, Marseille, 1897, . Celle d'Augustin Blondel de Gagny (1695-1776) a été dispersée à sa mort lors d'une vente aux enchères. Elle était constituée de tableaux de maîtres, d'objets d'art et de meubles de prix. Une partie des tableaux et sculptures sont aujourd'hui dans de grands musées européens comme le Musée du Louvre ou la Wallace Collection à Londres. La collection du marquis de Livois, Pierre-Louis Eveillard (1736-1790) est attribuée à la ville d'Angers en 1799, quelques années après sa mort. Il avait réuni dans son hôtel de la rue Saint-Michel, une grande collection d'objets d'art. Rétrocédé aux deux tiers aux héritiers de Pierre-Louis, le tiers restant intègre les collections du Musée des beaux-arts d'Angers qui ouvre ses portes en 1801.
Au sein du gouvernement, Pierre Crozat (1661-1740), trésorier de France est un fin connaisseur de l'École vénitienne et de l'École flamande et réunit une collection de tableaux exceptionnelle dans son château de Montmorency, et dans son hôtel particulier de la Rue Richelieu. À sa mort, il légua toute sa collection à ses neveux mais elle fut dispersée après leur disparition. Grâce à Diderot, une importante partie fut rachetée par Catherine II et se trouve à présent au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Étienne-François de Choiseul (1758 – 1770), chef du gouvernement de Louis XV entre 1758 et 1770, est lui aussi un grand amateur d'art et réunit une importante collection en particulier de mobilier que l'on retrouve dans plusieurs musées et grandes collections.