Dom Michel Le Nobletz, en breton Mikael An Nobletz (1577-1652), fut au début du le premier et l'un des plus vigoureux missionnaires de la Réforme catholique dans le Royaume de FranceDominique Deslandres, Croire et faire croire : les missions françaises au (1600-1650), Paris, Fayard, 2003, .. Actif en Basse-Bretagne, il développa pour nourrir son propos des méthodes pédagogiques nouvelles, et inventa notamment l'usage de cartes peintes, appelées aujourd'hui taolennoù ou tableaux de mission, dont il reste de nombreux exemplaires. Son procès en béatification, ouvert par l'évêque de Léon en 1701, dix huit ans après le décès de son disciple Julien Maunoir, n'a toujours pas abouti, mais l'Église catholique l'a déclaré vénérable en 1897.
Biographie Naître noble dans un temps troublé (1577-1580) Michel Le Nobletz nait au manoir de Kerodern en Plouguerneau dans une famille léonarde aisée, de petite noblesse, les Kerodern. Il est le quatrième de onze enfants. Hervé Le Nobletz, le père, est un des quatre notaires du RoiHenri Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France : depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours, Vol. V, 1916-1936. attachés au bailli de Lesneven et affectés à l'évêché de Léon. Les armes du couple sont mi parti d'argent à deux fasces de sable au canton de gueules chargé d'une quintefeuille d'argent, qui est Nobletz, et fascé de six pièces de vair, qui est Lesguern. Françoise de Lesvern, la mère, est en effet d'un rang égal sinon supérieur à celui de son mari, et par l'ancienneté du nom et par la fortune, dont elle reste après son mariage, selon la coutume de Bretagne, l'unique propriétaire.
L'enfant grandira dans un contexte politique trouble, celui des guerres de Religion et d'un affaissement de l'autorité, qui conduit le Duc de Mercoeur, baillistre de Bretagne, jusqu'à envisager l'indépendance. La société léonarde elle-même, dominée par une riche classe bourgeoise enrichie dans l'industrie toilière des crées et le commerce maritime, est agitée par les factions et des interrogations sociales, notamment sur l'éducation.
Jeunesse à la fois reléguée et protégée (1581-1595) vignette|La chapelle Saint Claude. Dès l'âge de quatre ans, Michel Le Nobletz aime s'évader jusqu'à la chapelle du domaine, dédiée à Saint Claude, en longeant l'étang. Sa mère craignant de le voir tomber dans l'eau, il la rassure en invoquant une Dame mystérieuse qui le protègeAntoine Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., I, 1, Muguet, Paris, 1666..
Vers l'âge de six ans, Michel Le Nobletz est appelé à Saint-Frégant par son grand-père maternel, seigneur de LesvernA. Verjus, La Vie de Mr Le Nobletz, Pretre et Missionnaire en Bretagne., I, 2, Muguet, Paris, 1666. issu d'une branche cadette de la maison de Coëtmenech, une des grandes familles du Kemenet-Ily. C'est le desservant de la chapelle Sainte Anastasie, qui se situait sur le domaine, le père Thomas Cozic, qui fait la classe aux petits enfants Lesvern de plus de sept ans et lui apprend à lire.
À la mort de son grand-père Alain de Lesvern, l'enfant, qui a dix ans, retourne à Kerodern où il étudie sous le préceptorat du père Gilles Mazéas, puis est mis en pension dans un établissement situé au-dessus de l'aber Wrac'h, au lieu-dit Saint Antoine Perroz, tenu par Yves et Henri Gourvennec, deux recteurs en retraite, qui notent l'exceptionnelle maturité de leur élève.. vignette|redresse|240px|left|Le manoir du grand-père de Michel Le Nobletz, où celui-ci vécut de six à dix ans. vignette|180px|Le manoir de Trébodennic en Ploudaniel, construit en 1584, où l'archidiacre du Léon et doyen de Folgoët Alain de Poulpry héberge des élèves. À treize ans, celui-ci poursuit sa scolarité sous la férule d'Alain Le Guen à l'école de Ploudaniel. L'adolescence de Michel Le Nobletz est celle des émeutes, des exactions, des pillages de la Guerre de la Ligue, dont les plus marquants auront été ceux de La Fontenelle. C'est ce contexte de qu'il se réfugie dans la prière. Il confiera plus tard à une femme de Saint-Renan qui a renoncé au mariage, Jeanne Le Gal, qu'il a eu à quatorze ans une vision de Jésus éclatant de beauté. Comme Max Jacob trois siècles plus tard, il décrit cette expérience de l'ineffable dont .
Étudiant touché par la vocation (1596-1606) vignette|160px|« "Comment la Sainte Vierge apparut au vénérable Michel Le Nobletz lui présentant les trois couronnes de Doctrine, de Chasteté, et de Mépris du monde. », vitrail dit des missionnaires posé en 1903 dans le transept sud de Notre Dame de Rumengol. À gauche, Pierre Quintin. À droite, Julien Maunoir. À l'âge de dix huit ans révolus, en 1596, Michel le Nobletz est envoyé par son père rejoindre ses quatre frères au collège de Guyenne de l'université de Bordeaux. Ses talents d'escrimeur le font nommer prieur des Bretons, fonction qui l'amène à fréquenter les tavernes et à intervenir dans les querelles, les étudiants Bretons étant l'objet de toutes sortes de moqueries racistes. En une de ces occasions, il manque d'assassiner un fâcheux de son épée.
En , il entre à la succursale du collège de la Madelaine qui a été ouvert à Agen. L'établissement est animé par les Jésuites, concurrents des professeurs humanistes de collège de Guyenne qui entendent rechristianiser l'enseignement et former une élite missionnaire. Michel Le Nobletz y étudie la Bible, les langues anciennes (latin, grec) et les mathématiques. Il y rencontre un ancien officier de la Ligue de vingt-huit ans venu, une fois la guerre finie, reprendre sa formation parmi les adolescents, Pierre Quintin. Avec celui-ci et quelques autres étudiants, il participe à une action sociale de secours aux pauvres, un peu à la manière des YMCA d'aujourd'hui. C’est à Agen que Michel Le Nobletz commence à rédiger son journal spirituel ou « calendrier des bénéfices divins ». Logé en ville chez un couple stérile depuis seize ans, il est accusé par des rumeurs de la grossesse que sa logeuse ne peut plus cacher. Le calcul du terme ne le disculpera qu'au bout de plusieurs mois, une fois l'accouchement passé.
C'est dans ces circonstances qu'il a une vision de la Vierge au cours de laquelle il entend celle-ci le réconforter quant à de futurs persécuteurs et la voit lui adresser trois couronnes en échange de trois vœux, ceux de toujours conserver sa , d'exercer en tant que docteur spirituel, de quitter le monde pour la prêtrise. Sa vocation trouvée, la lecture d'une Vie de Saint Ignace de Loyola le décide de vivre à l'imitation de ce grand réformateur.
Ses cinq années d'humanités terminées, il accomplit un pèlerinage à Toulouse puis s'inscrit en 1602 à la faculté de théologie de l'université de Bordeaux, seul moyen pour un élève passé par l'enseignement jésuite d'obtenir un doctorat. Il y suit le cursus en thomisme.
Il revient dans sa paroisse natale en 1606, à vingt-neuf ans. Remarqué par de Neufville lors d'une disputatio qui se tient au siège épiscopal de Léon, il se voit proposer de choisir un des principaux bénéfices de l'évêché. Il préfère, à l'imitation du jeune Jean de Pietro Bernadone, abandonner à un prêtre pauvre l'habit que son père lui a fait faire, et dresse la carte des dix écueils qui s'opposent à l'entrée dans le sacerdoce pour en faire un parcours de méditation. Il y ajoute quinze conditions à remplir pour éviter ces écueils.
Éternel étudiant désireux de parfaire ses connaissances, il se rend à Paris pour suivre un enseignement de l'hébreu. Il est déçu par les professeurs de la Sorbonne. Le jésuite Pierre Coton, prédicateur et futur confesseur d'Henri IV, devient sur place son directeur de conscience et le confirme dans sa vocation de Fañch Morvannou, Michel Le Nobletz/Mikêl an Nobletz, Minihi Levenez, Tréflévénez, 2002, p. 3.. Il est alors ordonné prêtre à Paris en 1607.
Épisode érémitique (1607) Rentré en Léon, il refusa la carrière classique qui s'ouvrait à lui, un poste avec de confortables bénéfices, pour une vie de pauvreté vouée à l'Évangile. Au désespoir de ses parents, il se retira à Plouguerneau dans une sorte de cellule qu'il se fit ériger au milieu des rochers de la plage de Treménac'h. Il y passa un an dans le dénuement et l'ascèse. Guy Alexis Lobineau précise : « Il fit construire auprès de la mer, dans un lieu appelé Tréménach, une petite cellule couverte de paille, s'y renferma et mena pendant un an une vie plus solitaire des anciens ermites des déserts. Il ne quitta point le cilice et n'eut sur lui, pendant ce temps-là, que le collet attaché à sa soutane. Il prenait tous les jours la discipline jusqu'au sang, et n'avait point d'autre lit que la terre nue, et d'autre chevet qu'une pierre. Il ne mangeoit qu'une fois le jour, et sa nourriture unique étoit un peu de bouillie de farine d'orge, sans sel, sans beurre et sans lait (...). Il ne buvoit que de l'eau et avoit borné à une très petite mesure la quantité qu'il devoit en boire chaque jour. Pour le vin, il ne s'en servit toute cette année qu'au saint sacrifice de la messe »Guy Alexis Lobineau, "Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province , avec une addition à l'Histoire de Bretagne", 1725, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x/f460.image.r=Plouguerneau.langFR.
Guy Alexis Lobineau écrit plus loin : « Pénétré de l'exemple du Sauveur (...), le saint homme commença l'exercice de ses travaux apostoliques par la paroisse de Plouguerneau où il étoit né ; et comme l'ignorance des peuples étoit extrême, il s'attacha non seulement à prêcher en public contre les vices et les abus ; mais encore à enseigner les premiers éléments de la Foy et de la Religion dans les églises, dans les chemins publics et dans les maisons particulières. Il convertit à Dieu un bon nombre de personnes ; mais la plupart des autres, surpris de la nouveauté de ses discours et de sa conduite (...) le regardèrent comme un homme qui avoit perdu l'esprit et ses parens les plus proches furent ses plus rudes persécuteurs. (...) La paroisse de Plouguerneau, quoique d'une grande étendue, ne bornoit pas son zèle les Dimanches, il alloit dans les paroisses voisines prêcher, catéchiser et confesser ».
Missions itinérantes (1608-1616) En 1608 il effectua sa première mission, dans l'île d'Ouessant, reprenant une activité que saint Vincent Ferrier avait initié au début du en Bretagne, et que les Frères mineurs capucins avaient réactivé.
Après un passage chez les Dominicains de Morlaix qui le chassèrent à cause d'un scandale retentissant (il avait vandalisé le portrait d'une jeune fille placé sur sa tombe parce qu'il ne voulait pas que l'on s'y recueillit comme devant la statue d'un saint), il se mit à prêcher avec le P. Quintin, dominicain de Morlaix. Ensemble ils parcoururent le Trégor et le Léon de 1608 à 1611.
vignette|Taolenn utilisé par Michel Le Nobletz : la carte du miroir du monde Michel le Nobletz missionna alors dans les îles avec succès, à Ouessant, Molène, Batz (où il brandit à son départ un crâne humain extrait de l'ossuaire), avant de s'installer au Conquet. C'est là que sa sœur Marguerite le rejoignit. Elle s'installe avec une veuve, Françoise Troadec. Celle-ci faisait partie de l'École de cartographie du Conquet et mit la science au service du prédicateurFranz Reitinger, « The Persuasiveness of Cartography. Michel Le Nobletz (1577-1652) and the School of Le Conquet (France) », in Cartographica (Toronto), 40, 2005, 3, p. 79-10, si bien qu'à Landerneau en 1614 celui-ci commença d'utiliser les cartes peintes de Marguerite comme d'Alain Liestobec (régistrateur au Conquet) pour évangéliser les populations, ayant compris qu'il se ferait mieux comprendre par le dessin, alors peu répandu et donc plus frappant.