En phraséologie, une unité phraséologique, appelée aussi phrasème ou phraséologisme, est une combinaison plus ou moins figée de mots qui s’oppose par cette caractéristique à l’association libre de mots.

Concernant cette notion, il n’y a pas de vision unitaire parmi les chercheurs, les appellations des divers types d’unités phraséologiques, la définition de ces types, leur délimitation les unes des autres et leur classification étant controverséesMunteanu Siserman, ..

Questions de terminologie

Pour les diverses combinaisons de mots partiellement ou totalement figées, on rencontre une multitude de termes. D’une part, on emploie plusieurs termes pour le même type de combinaison, d’autre part – un seul terme pour plusieurs typesGranger et Paquot 2008, ..

Dans des travaux en français, Kocourek 1982 a trouvé 27 termes. Par ordre alphabétique, ce sont : « composé syntagmatique », « dénomination complexe », « groupe de mots », « groupe lexical », « groupe lexicalisé », « lexème complexe », « lexème syntagmatique », « lexie », « lexie complexe », « locution composée », « mot complexe », « paralexème », « synapsie », « syntagme autonome », « syntagme codé », « syntagme de lexique », « syntagme dénominatif », « syntagme lexical », « syntagme lexicalisé », « unité de signification », « unité lexicale à deux et plus de deux éléments », « unité lexicale complexe », « unité lexicale supérieure », « unité lexicale syntagmatique complexe », « unité sémantique complexe », « unité syntagmatique à vocation lexicale », « unité syntagmatique de signification »Kocourek 1982, cité par Bucur 2004, .. En français également, divers auteurs citent ou emploient eux-mêmes d’autres termes encore : « adage », « aphorisme », « apophtegme », « axiome », « cliché », « collocation », « dicton », « expression figée », « expression fixe », « expression idiomatique », « formule », « idiotisme », « locution », « locution figée », « locution proverbiale », « maxime », « mot composé », « nom composé », « parémie », « pensée », « phrase figée », « phrase idiomatique », « phrase toute faite », « phraséologisme », « précepte », « proverbe », « sentence », « synthème », « unité phraséologique »Dubois 2002, González Rey 2000, Klein 2006, Lamiroy 2008, Leroi 2004 et Privat 1998..

En anglais, Kocourek 1982 a répertorié 15 termes : composite lexeme, compound lexical unit, formula, frozen collocation, idiom, lexeme, lexical cluster, locution, phrasal compound, phrase, phrase idiom, polylexonic lexeme, semantically exocentric expression, specialized hypermorpheme, super unit. Dans d’autres sources on trouve encore : aphorism, collocation, commonplace, complex conjunction, complex preposition, compound, habitual collocation, idiomatic collocation, idiomatic construction, idiomatic expression, idiomatic phrase, idiomatic sentence, linking adverbial, multi-word expression, multi-word unit, phrasal verb, phraseme, phraseologism, proverb, proverb fragment, quotation, ready-made utterance, simile, slogan, stereotypeCrystal 2008, Granger et Paquot 2008, Gries 2008..

Parmi tous ces termes il y en a qui dénomment certains types de combinaisons de mots, par exemple « aphorisme », d’autres qui comprennent quelques types, par exemple « parémie », et d’autres encore, qui les englobent tous. Parmi ceux-ci, les plus fréquemment utilisés sont : unité phraséologiqueUtilisé déjà par Bally 1909, cf. Leroi, . – phraseological unit ; phrasème – phraseme ; phraséologisme – phraseologism.

Délimitation de la notion d’unité phraséologique

Tous les chercheurs ne sont pas d’accord concernant les combinaisons de mots qui devraient être étudiées en tant qu’unités phraséologiques. Certains en excluent les citations, les proverbes, les dictons, les maximes et les sentencesPar exemple Hristea 1984, , cité par Munteanu 2007, ., les formules de contesPar exemple Colțun 2000, , cité par Munteanu 2007, ., alors que d’autres les y incluentPar exemple Klein 2006, Privat 1998, Zsemlyei 2010.. Certains linguistes incluent parmi les unités phraséologiques celles qu’ils appellent « phrasèmes pragmatiques », « pragmatèmes », « énoncés liés à une situation », « expressions liées », « formules situationnelles » ou « phrases situationnelles », qui ont fait initialement l’objet d’étude d’une autre branche de la linguistique, la pragmatiqueMarque-Pucheu 2007, .. Dans la catégorie des parémies, dont font partie traditionnellement les proverbes, les dictons, les aphorismes, les maximes et les sentences, certains chercheurs incluent les devises et les slogans commerciaux et politiques ou sociauxPar exemple Navarro Domínguez 2005..

Essais de classification

Il y a plusieurs linguistes qui ont essayé de classifier les unités phraséologiques.

A. P. Cowie propose la classification suivante des combinaisons de motsCowie 1981, 1988, cité par Granger et Paquot 2008, ; Cowie 2001, . : free combinations « combinaisons libres » : blow a trumpet « souffler dans une trompette » ; word-combinations « combinaisons (figées) de mots » : semantic combinations « combinaisons sémantiques » : – collocations : blow a fuse « faire sauter un fusible » ; – figurative idioms « expressions idiomatiques figurées » : blow your own trumpet « se faire mousser » (littéralement « souffler dans sa propre trompette ») ; – pure idioms « expressions idiomatiques pures » : blow the gaff « crier (quelque chose) sur les toits » (litt. « souffler dans la corne de brume »)Cowie utilise les combinaisons avec le mot blow pour démontrer l’existence d’un continuum allant de la combinaison libre de mots à l’expression idiomatique complètement figée. ; pragmatic combinations « combinaisons pragmatiques » : – proverbs « proverbes » : Many hands make light work litt. « Beaucoup de mains font le travail facile » ; – catchphrases : If you can't stand the heat, get out of the kitchen litt. « Si tu ne supportes pas la chaleur, sors de la cuisine » ; – slogans : X refreshes the parts that other beers cannot reach litt. « X rafraîchit les organes que les autres bières ne peuvent pas atteindre » ; – formulae « formules »Cowie 2001, . : – routine formulae « formules de routine » : Good morning! « Bonjour ! » litt. « Bon matin ! » ; – speech formulae « formules (d’actes) de parole » : you know what I mean « tu vois ce que je veux dire ».

Granger et Paquot 2008 font une classification en tenant compte d’autres classifications également, y compris celle de CowieGranger et Paquot 2008, . :

phrasemes « phrasèmes » : referential phrasemes « phrasèmes référenciels » ; – (lexical) collocations « collocations (lexicales) » ; – idioms « expressions idiomatiques » ; – irreversible bi- and trinomialsSyntagmes de deux ou trois mots de même nature combinés par « et » ou « ou » dans un ordre figé, par exemple spick and span « tout neuf, impeccable » (Crystal 2008, .) ; – similes « comparaisons » ; – compounds « composés » ; – phrasal verbsVerbes toujours employés avec une préposition ou un adverbe, par exemple get up « se lever » (Crystal 2008, .) ; – grammatical collocations « collocations grammaticales » ; textual phrasemes « phrasèmes textuels » : – complex prepositions « locutions prépositionnelles » ; – complex conjunctions « locutions conjonctionnelles » ; – linking adverbialsMots ou combinaisons de mots qui rendent explicites les relations logiques (ajout, transition, opposition, concession, conclusion, etc.) entre deux unités de Discours (linguistique)discours telles des phrases, des groupes de phrases ou des paragraphes (Biber 1999, , cité par Yin Zihan 2014, ). ; – textual sentence stemsDébuts de phrases à fonction d’organisation du discours. ; communicative phrasemes « phrasèmes communicatifs » : – speech act formulae « formules d’actes de parole » ; – attitudinal formulae « formules attitudinales » ; – proverbs and proverb fragments « proverbes et parties de proverbes » ; – commonplaces « lieux communs, stéréotypes » ; – slogans ; – idiomatic sentences « phrases idiomatiques » ; – quotations « citations ».

Quelques types d’unités phraséologiques

La typologie des unités phraséologiques et la délimitation de leurs types les uns des autres sont également controversées. La discussion autour des notions d’expression et de locution est typique à cet égard. Certains linguistes les considèrent comme synonymesPar exemple Coteanu 1982, , cf. Munteanu 2007, ., d’autres les distinguent par le caractère figuré de la première par rapport au caractère non figuré de la seconde, en admettant que les deux sont des unités phraséologiquesPar exemple Hristea 1984, , cf. Munteanu 2007, ., d’autres encore les distinguent tout en excluant la locution du domaine de la phraséologie, au motif qu’elle est équivalente d’un mot partie du discoursPar exemple Colțun 2000, cf. Munteanu 2007, ..

Les divers auteurs sont d’accord pour affirmer que les types d’unités phraséologiques diffèrent premièrement par leur degré de figementLamiroy 2008, .. Ce degré dépend de la fréquence d’emploi des combinaisons de mots à leur baseHusarciuc 2008, ..

Le figement est considéré de trois points de vueLamiroy 2008, . : Le figement sémantique consiste dans le caractère partiellement ou totalement non compositionnel de l’unité phraséologique, c’est-à-dire dans son trait d’avoir au moins une partie dans laquelle ses éléments composants ont perdu leur sens individuel et ont ensemble un sens nouveau. Le figement lexical se réfère à la possibilité réduite ou à l’impossibilité de remplacer les éléments composants par un synonyme ou par un mot situé sur le même axe paradigmatique. Le figement morphosyntaxique consiste dans la possibilité réduite ou à l’impossibilité des transformations par flexion, des changements d’ordre des mots, du développement par des éléments nouveaux, etc.

La gamme des types d’unités phrasélogiques va de ceux ayant un degré minimal de figement de l’un des points de vue ci-dessus, de deux d’entre eux ou de tous les trois, jusqu’à ceux qui ont un degré maximal de figement. Le degré de figement est différent également dans le cadre de certains types d’unités phraséologiques, c’est pourquoi il est difficile de délimiter les divers types.

La collocation

Les unités phraséologiques à degré de figement minimal sont appelées par certains linguistes collocationsPar exemple Busuioc 2004, Husarciuc 2008, Lamiroy 2008., qui sont fréquentes aussi bien dans le langage courant, que dans les langages de spécialité.

La collocation est une combinaison de mots compositionnelle, c’est-à-dire que ses éléments figurent avec leur sens individuel dans la combinaison aussi, le sens de la collocation étant ainsi transparent. Les collocations sont des solidarités lexicales qui apparaissent à la suite de préférences pour certaines combinaisonsBusuioc 2004, ., ce qui peut être constaté grâce à la fréquence de cooccurrence relativement grande de leurs éléments composants. En même temps, la collocation est soumise à certaines limitations combinatoires. Un exemple pour cela est en français s’attendre au pire, où on ne peut pas remplacer pire par un autre mot, dire, par exemple, *s’attendre au meilleurLamiroy 2008, ..

La collocation a un noyau, une base collocative, le plus souvent un nom ou un verbe, parfois un adjectif ou un adverbe. Le noyau « se choisit » certains satellites qui forment son domaine collocatif. Par exemple le mot noyau loi peut entrer dans les collocations promulguer une loi, annuler/abolir/abroger une loi, modifier une loi, faire la loi, observer la loi, se soumettre à la loiExemples de Busuioc 2004, , donnés en roumain..

L’expression phraséologique