La géopolitique de l'Europe au consiste en la description et l'analyse des relations des États européens entre eux et avec le reste du monde, en considérant les facteurs politiques, géographiques, économiques, démographiques et culturels qui les influencent. Le terme de géostratégie est aussi employé dans un sens voisin de celui de géopolitiqueSelon la définition classique d'Yves Lacoste, la géopolitique est ..
Durant les années qui suivent la fin de la guerre froide, les États européens sont davantage focalisés sur des considérations géoéconomiques que géopolitiques. La paix qui s'installe sur tout le continent semble appelée à durer. l'Union européenne s'élargit à de nombreux pays mais ne se préoccupe qu'à la marge de devenir une puissance au sens diplomatique et militaire. Elle continue de fait à faire reposer sa défense pour l'essentiel sur les États-Unis et l'OTAN. Jusqu'en 2014, aucune guerre entre États ne survient sur le territoire européen. La crise en Géorgie de 2008 est vite close et elle revêt davantage les caractéristiques d'une guerre civile internationalisée que celles d'une guerre interétatique. La donne change brutalement en 2014 lorsque la Russie annexe la Crimée, partie intégrante de l'Ukraine, et soutient les séparatistes russophones dans le Donbass. Depuis lors, la géopolitique occupe une place de plus en plus importante dans l'agenda des dirigeants européens. Ursula von der Leyen, à peine nommée présidente de la Commission européenne en 2019, affirme son ambition de « bâtir une Commission vraiment géopolitique ». L'invasion de l'Ukraine par la Russie en rend définitivement inéluctable le retour de la géopolitique au premier plan en Europe.
L'Europe est la partie occidentale de la plaque eurasiatique. Aucune limite géographique naturelle ne la sépare de l'Asie. La notion d'Europe remonte à l'Antiquité. Elle recouvre un espace qui évolue au fil des siècles en fonction des grands évènements politiques mais aussi religieux et culturels qui la parcourent. Au milieu du siècle, Pierre de Russie choisit de fixer sa limite orientale aux monts Oural. Depuis lors, elle demeure la convention la plus généralement admise. De Gaulle la popularise en se référant fréquemment à « l'Europe de l'Atlantique à l'Oural ». Quelle que soit la définition géographique de l'Europe retenue, la Russie se situe en Europe pour sa partie historique et la plus peuplée mais aussi en Asie pour la plus grande partie de son territoire depuis l'expansion de l'Empire russe au siècle. Cette particularité et son histoire impériale sont à l'origine d'une relation complexe entre la Russie et les autres puissances européennes que l'ère soviétique a entretenue voire accentuée. Héritière de l'Empire ottoman, dont le territoire a longtemps englobé le Caucase et les bords de la mer Noire, la Turquie occupe une position stratégique aux confins de l'Europe et de l'Asie, symbolisée par Istanbul — autrefois Byzance puis Constantinople — située de part et d’autre du détroit du Bosphore.
L'Europe politique est fragmentée en une cinquantaine de pays, dont le nombre et les frontières sont pour beaucoup le résultat des grands conflits du , la Première et la Seconde Guerre mondiale, puis la guerre froide qui s'achève par l'effondrement et l'éclatement de l'Union soviétique. L'Europe est aussi le continent qui pousse le plus loin le multilatéralisme et le seul qui développe, via l'Union européenne, une intégration avancée entre des pays qui représentent la majeure partie de sa population et de sa richesse. Une Europe multipolaire, héritière d'un passé glorieux L'usage fait de l'Europe un continent mais elle est, d'un point de vue géographique, la partie occidentale de la plaque eurasiatique. Aucune limite géographique naturelle ne la sépare de l'Asie. Les limites terrestres de l'Europe ont donc toujours été imprécises à l'est car il n'existe pas de relief ou de mer venant clairement scinder l'Eurasie. Les frontières géographiques de l'Europe sont donc plus politiques que physiques.
L'Europe recouvre un espace géographique variable au fil des siècles en fonction des grands évènements historiques qui s'y déroulent. Plus qu'un continent, l'Europe est une idée, un concept présent dans l'histoire depuis l'Antiquité et qui évolue au gré des phénomènes politiques, idéologiques, religieux ou encore culturels qui la parcourent. L'Europe a dominé le monde du . Les États-Unis sont ensuite devenus la première puissance mondiale, toutefois l'Europe produit, en 2020, le quart de la richesse mondiale. Les puissances historiques du « Vieux Continent » projettent toujours leur soft power et, parfois, leur hard power au-delà du territoire européen en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie principalement. L'Europe est aussi le théâtre avec l'Union européenne de la construction, unique au monde, d'une fédération d'États-nations, devenue un acteur de la géopolitique européenne.
L'Europe, un concept évolutif Pour les Anciens, le monde est une terre unique qu'ils divisent le plus souvent en trois parties, l'Europe, l'Asie et l'Afrique, qui s'étendent tout autour de la mer Méditerranée, dont les contours sont fluctuants et ne constituent pas des limites politiques. C'est ainsi que l'Empire romain s'étend sur ces trois parties. Durant le Moyen Âge, les limites de l'Europe se confondent avec celles de la Chrétienté. L'Empire carolingien de Charlemagne s'étend à tous les pays qui reconnaissent dans le pape de Rome le vicaire du Christ et le chef de l'Église. Cette brève unité politique laisse la place à une période féodale de morcellement durant laquelle le mot « Europe » est alors rarement utilisé. La Chrétienté latine, qui s'étend de l'Atlantique aux frontières de l'Empire byzantin, demeure cependant un puissant facteur d'homogénéité. Après le schisme de 1054, la représentation de l'Europe est centrée sur l'espace catholique et latin, excluant le monde orthodoxe, d'autant que l'Empire byzantin est peu à peu submergé par l'Empire ottoman, jusqu'à disparaître avec la chute de Constantinople en 1453. Il faut attendre la division de la Chrétienté avec la Réforme protestante du pour que, très progressivement, la notion d’Europe commence à sortir de son cadre strictement géographique pour acquérir une dimension plus vaste : l’Europe devient ce qui unit les Européens, maintenant que la chrétienté est divisée. À la suite des traités de Westphalie de 1648, qui mettent un terme à plus d’un siècle de guerres de religions, les élites européennes comprennent que malgré les déchirements religieux les chrétiens possèdent des valeurs et des aspirations communes, qui font progressivement émerger la notion d’Europe.
Au s, les dynasties régnantes à Moscou bâtissent un vaste empire où le christianisme orthodoxe se répand. La Russie se pose comme l'État successeur de l'Empire byzantin. Les échanges économiques et culturels croissent entre la Russie et les autres royaumes d'Europe. Au milieu du , l'omniprésence de l'Église est battue en brèche par les États européens souverains qui imposent une conception laïcisée des relations internationales. Louis XIV se réfère à l'Europe, et non à la Chrétienté, lorsqu'il accepte le testament du roi d'Espagne Charles II en 1700. Les relations entre les royaumes de Grande-Bretagne, de France, de Prusse et les empires d'Autriche et de Russie peuvent être qualifiées de premier âge de la géopolitique européenne.
Après l’Europe des humanistes du symbolisé par Érasme, et la République des lettres du , le siècle des Lumières gagne toute l'Europe au , avec ses écrivains, ses philosophes et tous ceux qui militent pour l’émancipation des hommes et des sociétés. L'Encyclopédie situe l'Europe du . Elle adopte ainsi une définition géographique et non religieuse tout en soulignant que l'Europe est . Au milieu du , Pierre choisit d'intégrer la Russie dans l'Europe dont il fixe sa limite orientale aux monts Oural. Depuis lors, elle demeure la convention la plus généralement admise. De Gaulle la popularise en se référant fréquemment à . Sur cette base, dans les frontières actuelles de la Russie, la superficie de la Russie européenne est de , soit un peu moins du quart de sa superficie totaleLa Russie européenne comprend les cinq districts fédéraux de Russie à l'ouest de l'Oural., et sa population de près de 110 millions d'habitants, soit les trois-quarts de celle de la Russie.
Le voit triompher le concept d'État-nation. Le processus d'unification de l'Italie et de l'Allemagne arrive à son terme, respectivement en 1870 et 1871. Dans le prolongement des Lumières, l'idée d'Europe est restreinte à la culture des élites et à la certitude de l'universalisme des grands principes moraux et politiques adoptés par la plupart des États européens. L'universalisme des civilisations française et anglaise favorise la démarche coloniale mais ne gomme pas les spécificités propres aux différentes nations. À la fin du et durant la première moitié du , la priorité des dirigeants est d'organiser le concert européen, gérer le progrès scientifique et industriel ainsi que le développement des sociétés, dans un contexte où de nouvelles idéologies apparaissent, les crises et les guerres se succèdent. Le nationalisme l'emporte, ne laissant que peu d'espace au développement d'une pensée européenne supranationale. L'expression « États-Unis d'Europe » de Victor Hugo symbolise le double caractère d'unité et de diversité de l'Europe.
Les deux guerres mondiales de la première moitié du favorisent le renouveau de l'idée européenne, fondée sur un socle largement partagé de racines culturelles et de valeurs issues du christianisme, ainsi que sur la compréhension des interdépendances qui lient les nations européennes. Toutefois, cette conscience identitaire européenne cohabite voire vient en conflit avec d'autres consciences, nationale, régionale ou religieuse, souvent davantage ancrées. L'idée européenne après-guerre est moins portée par l'identité que par des projets très concrets dans le domaine économique initialement, étendu plus nettement depuis l'instauration de l'Union européenne au domaine politique et sécuritaire. L'objectif recherché est avant tout de rendre impossible le retour de la guerre entre les puissances européennes et de créer un espace de prospérité.
Des frontières déterminées par la géographie et l'histoire
Quoique la géographie ne soit pas le seul déterminant en matière de géopolitique, elle joue cependant un rôle important dans la fixation des frontières entre les États européens et dans les rapports entre eux et le reste du monde. Les montagnes ou les fleuves sont des frontières naturelles entre de nombreux pays d'Europe. Certaines, comme la ligne Oder-Neisse qui sépare l'Allemagne de la Pologne depuis la fin de la Seconde guerre mondiale sont devenues symboliques de la paix retrouvée en Europe. Les pays d'Europe de l'Est sont par nature essentiellement continentaux ; la Russie, qui est le plus grand pays du monde, tire de cette situation un avantage stratégique induit par les possibilités de repli dans la profondeur dont elle a su tirer parti lors de la campagne de Russie contre Napoléon puis durant la Seconde guerre mondiale. L'accès aux débouchés maritimes constitue en revanche une préoccupation constante pour les pays qui en sont privés. Staline a cherché à plusieurs reprises à s'assurer le contrôle du Bosphore et de ports à l'extrême-Ouest de l'Union soviétique pour sécuriser l'accès à la Méditerranée depuis la Mer noire. Les autres pays d'Europe possèdent pour la plupart d'entre eux de vastes accès maritimes qui les ont encouragés depuis des siècles à se projeter au-delà des mers et ont largement contribué à leur essor économique.
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