Casimir Fidèle, ou Casimir Fidelle, né en Guinée vers 1748, et mort à Paris en 1796, est un esclave africain affranchi, vivant à Bordeaux dans la seconde moitié du , qui réussit dans la profession de cuisinier, jusqu'à tenir un hôtel-restaurant, et à spéculer dans l'immobilier. Si sa trajectoire n'est pas isolée parmi ses pairs, sa réussite professionnelle reste exceptionnelle.

Éléments de biographie Le véritable nom et l'origine de Casimir Fidèle ne nous sont pas parvenus. Né sur la côte de Guinée vers 1748, il est capturé en Afrique à l'âge de huit ans, déporté en depuis Ouidah vers Saint-Domingue. Le second du navire négrier, Nicolas Mary, fait valoir son droit de pacotille et le garde à son service. Après deux mois dans l'île, le Saint-Julien appareille pour Nantes où il arrive en . Mary y fait baptiser son jeune esclave dans l'église de la paroisse Saint-Nicolas, le . Dans le milieu des commerçants nantais d'alors, avoir un Noir à son service est une marque de prestige et il est probable que Mary envisage de l'utiliser comme interprète lors des prochaines expéditions triangulaires qu'il compte lancer.

Cependant , Nicolas Mary vend Casimir à une famille parisienne en 1763. Ses nouveaux propriétaires le destinent aux fonctions de cuisinier et lui font suivre des études de pâtissier à l'Hôpital général et à l'Hôpital de la Trinité de Paris. Il y devient officiellement .

Sa trace se retrouve à Bordeaux en 1777 : il cuisine alors pour de nouveaux propriétaires, Marie-Marguerite Soissons et Charles de Lamontaigne, un couple de planteurs revenu de Saint-Domingue en 1774. Tous deux sont plus âgés que Casimir de trois ans et possèdent alors huit autres esclaves noirsC'est un nombre très élevé à l'époque, marqueur de la réussite familiale dans les plantations. Gabriel, Bibianne, Jean-Baptiste, Zéphir, Marie et Mariadec sont employés à des tâches diverses ; le cuisinier Filoreyre et la nourrice Clotilde seront affranchis à la mort de leur propriétaire en 1781.. Ils habitent un immeuble de l'actuelle place Gambetta, alors place Dauphine. Sans être courant, le cas de Fidèle n'est pas exceptionnel : l’étude des archives locales permet de distinguer personnes d'origine africaine présentes dans Bordeaux à un moment ou à un autre de la période de la traite.. Si une majorité d'entre eux sont esclaves, nombreux sont des affranchis. Ils se regroupent dans le quartier périphérique de Saint-Seurin, fondent souvent une famille, exercent des métiers de domestique, perruquier ou cuisinier.L'un d'entre eux au moins, Dominique Toscan, s'embarque même sur un navire de traite (Julie Duprat, op. cité).. En ce où l’Europe découvre la gastronomie, employer un cuisinier noir est un marqueur de réussite sociale significatif, et la profession est très pratiquée par les affranchis.

Dans un recensement de l'été 1777, Casimir Fidèle figure comme affranchi. L'acte n'a pas été retrouvé mais il est probable qu'il s'agit d'une décision de Marie-Marguerite Soissons, veuve de Charles depuis mai, ou de son frère Jean-Baptiste Cellier-Soissons.

Le , il épouse dans la basilique Saint-Seurin la veuve d'un potier, Ursule Lachèze, originaire de la petite bourgeoisie intellectuelle de Brive-la-Gaillarde et qui élève seule sa fille Guillemette (née en 1768) et probablement son fils illégitime Philippe (1770) . Il en aura au moins un fils, Jean-Baptiste-Pierre, né le de la même année .

Fort de sa formation parisienne et de ses années de pratiques, il prête serment auprès de la corporation des maîtres pâtissiers-rôtisseurs-traiteurs et lui verse une quittance le afin de pouvoir exercer comme cuisinier à l'hôtel des Américains. Il fait porter son activité sur les registres de la Jurade et accumule ainsi, et par l'aide que lui apportent sans doute les Soissons ou sa belle-famille, un petit pécule qui lui permet de lancer son propre commerce de bouche. Cette formalité le met en règle pour ouvrir un établissement en son nom.

thumb|L'ancien hôtel de l'Empereur de Casimir Fidèle, situé de nos jours 13 cours Georges-Clemenceau à Bordeaux. C’est une note de Cagliostro, en séjour à Bordeaux en 1784Dans une procuration du 12 mars 1784 donnée à un négociant de la Rousselle, Cagliostro mentionne que l'hôtel de l'Empereur est . Rapporté par Julie Duprat et Albert Rèche, op. cités., qui nous apprend que Casimir Fidèle tient l’hôtel de l’EmpereurNom donné par le précédent propriétaire, un certain Lacroix, après avoir hébergé l'empereur d'Autriche Joseph II, frère de la reine Marie-Antoinette et qui voyage sous le nom de comte de Falkenstein ., situé au 13 de l’actuel cours Georges-Clemenceau., artère où se concentrent de nombreux traiteurs. Par cette activité officielle, Casimir Fidèle est recensé dans l'Almanach de commerce pour la ville de Bordeaux de 1785 et 1787, et en 1791 au moins. En 1785, il signe un bail de trois ans pour le second étage de l'immeuble contigu, où il étend son activité. Le loyer annuel, , donne une idée du chiffre d'affaires de l'hôtel.

Casimir peut alors investir lui-même dans l'immobilier : en il fait l'acquisition pour d'un terrain de qui jouxte celui des Chartreux, au coin de la rue Saint-Bruno et de celle du Pont-LongAujourd’hui rue d'Arès., qu'il revend quatorze mois plus tard avec un bénéfice de . En 1786 il acquiert un bâtiment évalué à , que lui vend Jean-Pierre Labottière, un bourgeois bordelais qui est à la fois son ami et son associé dans diverses affaires financières. Son patrimoine lui permet de doter Guillemette Villiers, fille du premier lit de sa femme, pour son mariage ( en 1784) ou d'offrir une rente annuelle de 200 livres à une domestique de Labottière en 1786. Sa fortune invisibilise son origine : dans les actes notariés postérieurs à 1785, il est qualifié de « sieur », et la couleur de sa peau n'est plus mentionnée, contrairement à l'usage alors en vigueur. Lié au milieu franc-maçon bordelais, il n'entretient par ailleurs guère de rapport avec les autres personnes de couleur qui vivent alors à Bordeaux.

En 1787 enfin, Casimir Fidèle achète pour , une maison de quatre étages de la rue Albert-de-Mun à une autre Noire affranchie, Marie-Louise CharlesContrat de vente passé entre Casimir Fidèle et Marie-Louise, 13 janvier 1787 devant le notaire Collignan, AD de Gironde, 3 E 24288, cité par Julie Duprat, op. cité... Mises à mal par ces investissements, ses finances s'épuisent cependant et, en 1790, il doit encore à Marie-Louise Charles. Il obtient de sa belle-mère une avance sur l'héritage de sa femme, estimée à .

En , l'hôtel de l'Empereur est touché par un incendie, et en 1793, le propriétaire le vend à un autre homme de couleur dénommé Toussaint. Casimir Fidèle ferme alors boutique, et s'intéresse à la politique : le , il est l'un des quatre commissaires de la communauté noire de Bordeaux qui montent à Paris pour féliciter les députés montagnards d'avoir aboli l'esclavage. Son discours, prononcé devant la Convention nationale, est conservé aux Archives nationalesPétitions individuelles adressées à la Convention Nationale, 18 ventôse an II, AN C 295..

Casimir reste alors à Paris, où il meurt à l'âge de 48 ans, le , à l'hôtel de Calais situé à l'actuel 66, rue de Richelieu.

Descendance Son fils Jean-Baptiste devient musicien, épouse une femme blanche et s'installe en Lorraine avec leurs quatre enfants. Grâce à des recherches généalogiques et aux travaux historiques de Julie Duprat, des descendants de Casimir Fidèle ont été retrouvés en région parisienne..

Hommage Le , au terme d'un projet pédagogique en collaboration avec les élèves, le département de la Gironde et la ville de Bordeaux donnent son nom au collège du quartier du Grand Parc..

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Traite négrière à Bordeaux Dominique Toscan Louis Bélard Saint-Silvestre Marie-Louise Charles Jean-François Février

Liens externes

Catégorie:Histoire de Bordeaux Catégorie:Commerce des esclaves Catégorie:Gironde au XVIIIe siècle Catégorie:Esclave français Catégorie:Cuisinier français Catégorie:Restaurateur français (gastronomie) Catégorie:Décès en janvier 1796 Catégorie:Décès dans l'ancien 2e arrondissement de Paris