Les guerres d’indépendance de l’Écosse furent une série de campagnes militaires qui opposèrent l’Écosse à l’Angleterre entre la fin du et le début du .
La première guerre (1296-1328) débuta avec l’invasion anglaise de l’Écosse et se termina avec la signature du traité d'Édimbourg-Northampton en 1328. La seconde guerre (1332-1357) éclata lors de l’invasion d’Édouard Balliol, soutenu par les Anglais, en 1332, et se termina en 1357 à la signature du traité de Berwick. Ces guerres furent partie d’une grande crise nationale pour l’Écosse et l’époque fut décisive pour l’histoire du pays. À la fin des deux guerres, l’Écosse maintint son statut de nation libre et indépendante, son objectif tout au long du conflit. Ces guerres furent notables pour d’autres raisons, comme l’émergence de l’arc long en tant qu’élément clé de l’armement médiéval.
Évènements préalables
vignette|droite|200px|Jean d'Écosse et son épouse. Le roi mourut en , laissant sa petite-fille Marguerite, âgée seulement de , comme héritière. En , les Gardiens de l’Écosse signèrent le traité de Birgham, autorisant le mariage de Marguerite et d’Édouard de Caernarvon, fils d’, ce dernier étant le grand-oncle de Marguerite, créant ainsi une union entre l’Écosse et l’Angleterre. Les Écossais insistèrent sur le fait que le traité préservait l’Écosse en tant que pays distinct de l’Angleterre ainsi que son droit, ses lois, ses libertés et ses coutumes.
Toutefois, Marguerite, lors de son voyage vers son nouveau royaume, mourut peu après avoir débarqué aux Orcades aux alentours du . Avec sa mort, la dynastie des Dunkeld s’éteint et treize prétendants au Trône se firent connaître. Les deux principaux furent Robert Bruce, seigneur d’Annandale, grand-père du futur roi , et Jean Balliol, seigneur de Galloway. Craignant l’éclatement d’une guerre civile entre les deux familles, les Gardiens de l’Écosse demandèrent à de venir servir d’arbitre entre les différents prétendants. Celui-ci y vit une occasion longtemps attendue pour conquérir l’Écosse comme il le fit avec le Pays de Galles et régner ainsi sur l’intégralité des îles Britanniques.
s’exécuta et entra en Écosse en , prétendant venir en tant que « Lord Paramount » (« seigneur prépondérant ») et agir en conseiller à la succession de la Couronne d’Écosse et fut reconnu comme tel, ce qui mit les Écossais dans une situation fragile. Tout le temps que durèrent les rencontres, Édouard et son armée restèrent à proximité en cas de troubles. Il donna trois semaines aux prétendants pour accepter ses conditions. Sans roi ni armée prête, les Écossais n'eurent que peu de choix, et les prétendants au Trône reconnurent le roi d’Angleterre en tant que Lord Paramount et acceptèrent le résultat de sa délibération. Leur décision a pu être influencée par le fait que la majorité d’entre eux possédaient de vastes domaines en Angleterre, qu’ils auraient par conséquent perdus s’ils avaient défié Édouard .
Le , agissant en tant que « Lord Paramount » d’Écosse, ordonna que, « temporairement », tous les châteaux d’Écosse soient placés sous son contrôle et que les fonctionnaires écossais soient démis et leurs fonctions redéfinies par lui-même. Deux jours plus tard, à Upsettlington, les Gardiens et les principaux nobles écossais se rassemblèrent pour jurer allégeance au roi comme leur supérieur et Lord Paramount. Tous les Écossais durent également rendre hommage à , soit en personne, soit dans un centre spécifié avant le .
Il y eut treize rencontres de à à Berwick, durant lesquelles les prétendants plaidèrent pour justifier leur revendication devant dans ce qui fut connu ultérieurement sous le nom de « Great Cause ». Les revendications de la plupart des prétendants furent rejetées du fait de leur descendance illégitime et le choix se fit entre Jean Balliol, Robert Bruce et Jean de Hastings. Ce dernier souhaitait que le royaume fût divisé en trois parts égales, une pour chacun, tandis que les deux prétendants objectèrent que le pays devait rester indivisible. Les Écossais voulaient d’évidence garder leur nation unie, et Jean de Hastings fut mis à l’écart. Le , demanda à Jean Balliol et Robert Bruce de choisir chacun quarante arbitres pendant qu’il en choisirait vingt-quatre, afin de trancher la question, qui fut finalement ajournée jusqu’en . À cette date, les 104 arbitres ne s’accordèrent pas sur le nom du successeur. Il y eut une nouvelle pause jusqu’au , date à laquelle convainquit les arbitres qu’en tant que « Lord Paramount » d’Écosse, il avait le droit d’attribuer la Couronne d’Écosse comme il le ferait pour un comté ou une baronnie.
Il choisit Jean Balliol le , et celui-ci fut couronné roi le à l’abbaye de Scone. Le , à Newcastle-upon-Tyne, le roi Jean rendit hommage à pour le royaume d’Écosse. Édouard affirma clairement par la suite qu’il considérait le pays comme son vassal. Jean Balliol était trop faible pour résister et les Écossais furent indignés par les demandes d’. En , il convoqua Jean Balliol et lui ordonna de fournir des troupes écossaises en vue d’une invasion de la France avant le .
À son retour d’Écosse, Jean Balliol rencontra son conseil et après plusieurs jours de débats houleux, une stratégie fut élaborée pour défier les ordres d’. Quelques semaines plus tard, le parlement fut rassemblé hâtivement et un conseil de guerre de douze membres (quatre comtes, quatre barons et quatre évêques) fut constitué dans le but de conseiller le roi.
Des émissaires furent immédiatement envoyés informer le roi des intentions des Anglais. Ils négocièrent également un traité dans lequel les Écossais envahiraient l’Angleterre si celle-ci envahissait la France ; la France aidant l’Écosse en retour. Ce traité serait scellé par le mariage arrangé entre Édouard Balliol, le fils de Jean, et Jeanne de Valois, la nièce de . Un autre traité, avec le roi , fut également conclu, dans lequel, en échange de la somme de , la Norvège fournirait cent bateaux de guerre pendant quatre mois de l’année, aussi longtemps que durerait le conflit entre la France et l’Angleterre. Bien que la Norvège ne fût jamais impliquée, l’alliance franco-écossaise, qui sera connue ultérieurement sous le nom d’Auld Alliance (« vieille alliance »), durera jusqu’en .
ne fut pas au courant des négociations entre la France et l’Écosse avant . Au début du mois d’, il commença à faire renforcer sa frontière nord contre une possible invasion d’une armée écossaise revigorée. C’est à cette période que Robert Bruce, d’Annandale et père du roi , fut nommé dirigeant du château de Carlisle. ordonna à Jean Balliol d’abandonner son contrôle sur les châteaux et les burghs de Berwick, Jedburgh et Roxburgh. En , une milice de plus de deux cents hommes fut formée à Newcastle-upon-Tyne et rejointe par une flotte en .
La formation de forces anglaises au sud de la frontière anglo-écossaise ne passa pas inaperçue et ne fut pas laissée sans réponse. Jean Balliol demanda à tous les Écossais valides de prendre les armes et de converger à Caddonlee, une ville proche de la frontière pour le . Plusieurs nobles écossais choisirent d’ignorer cette demande, notamment Robert Bruce, comte de Carrick, dont le père vit ses possessions en Annandale confisquées et réattribuées à John Comyn, comte de Buchan.
Première guerre d’indépendance : 1296-1328
vignette|droite|200px|William Wallace. La Première Guerre d’indépendance de l’Écosse peut être divisée en quatre phases : tout d'abord l’invasion anglaise victorieuse de 1296, suivie des campagnes menées par William Wallace, Andrew de Moray et d’autres gardiens écossais à partir de 1297 jusqu'à la soumission de l’Écosse négociée par John Comyn le Jeune en février 1304, puis les nouvelles campagnes de Robert le Bruce entre son couronnement en 1306 et la victoire de l’armée écossaise à Bannockburn en 1314, et finalement les initiatives diplomatiques et les campagnes militaires écossaises en Écosse, en Irlande et dans le nord de l’Angleterre de 1314 jusqu’à la signature du traité d’Édimbourg-Northampton en 1328.
Début de la guerre : 1296
La guerre commença par le sac de Berwick par en , suivi de la défaite écossaise à la bataille de Dunbar et l’abdication de Jean Balliol en . L’invasion anglaise soumit la plus large partie du pays en et, après le transport de la pierre du destin de l’abbaye de Scone à celle de Westminster, convoqua le parlement à Berwick, où les nobles écossais lui rendirent hommage en tant que roi d’Angleterre.
Pourtant l’Écosse était tout sauf conquise.
William Wallace : 1297-1306
Les révoltes qui éclatèrent au début de l’année 1297, menée par William Wallace, Andrew de Moray et d’autres nobles écossais, forcèrent Édouard à envoyer plus de troupes et à négocier avec les Écossais. Bien que les anglais aient réussi à forcer les nobles écossais à la capitulation à Irvine, les campagnes incessantes de William Wallace et Andrew de Moray menèrent à la première victoire écossaise, à Stirling Bridge. S’ensuivirent plusieurs raids écossais dans le nord de l’Angleterre et la nomination de William Wallace en Gardien de l’Écosse en mars 1298. Cependant, en juillet Édouard mena une nouvelle invasion dans le but d’écraser William Wallace et ses suivants, et les vainquit à Falkirk. Même si Édouard ne réussit pas à soumettre l’intégralité de l’Écosse avant son retour en Angleterre, la réputation militaire de William Wallace en fut fortement affaiblie. Il dut se résigner à vivre caché et il renonça à son statut de Gardien.
vignette|droite|200px|Robert Bruce et Elizabeth de Burgh. Robert Bruce et John Comyn succédèrent à William Wallace, tous deux en tant que Gardiens, ainsi que par William de Lamberton, évêque de Saint Andrews, nommé en 1299 afin de maintenir l’ordre entre eux. Pendant cette année, les pressions diplomatiques de la France et de Rome persuadèrent Édouard de relâcher le roi Jean en le mettant sous la tutelle du Pape ; William Wallace fut envoyé en France afin de rechercher l’aide du roi Philippe et voyagea peut-être jusqu’à Rome. thumb|left|300px|Écosse médiévale. De nouvelles campagnes d’Édouard en 1300 et 1301 menèrent à une trêve entre les Écossais et les Anglais en 1302. Après une dernière campagne en 1303-1304, le château de Stirling, la dernière grande place forte écossaise, tomba aux mains des Anglais, et en février 1304, les négociations conduisirent la plupart des nobles restants à rendre hommage à Édouard et les Écossais à tout sauf à la reddition. Là, Robert Bruce et William Lamberton nouèrent une alliance dans le but de placer Bruce sur le trône d’Écosse et continuer la lutte.
Sous le roi Robert Bruce : 1306-1314