Pierre-Louis Ginguené (prononcé ), né le à Rennes (Ille-et-Vilaine) et mort le à Paris, est un journaliste, poète et historien de la littérature français.

Fondateur et rédacteur phare de la Décade philosophique, il est surtout retenu aujourd’hui pour sa contribution aux études sur la littérature italienne...

Biographie Fils d'Anne-Marie Gagon. et de Pierre François GinguenéDans la Biographie bretonne, Prosper Levot rapporte que plusieurs écrivains ont répété à l'envi que Ginguené était issu d'une famille noble, mais pauvre, et que Villenave a cité dans la Biographie universelle (, ), un extrait de la Réformation de la noblesse de Bretagne de 1668 comme preuve à l'appui de cette assertion. Cette prétendue noblesse a, en réalité, été vivement contestée devant les tribunaux, et le père du collaborateur de la Biographie bretonne, Aymé-Marie-Rodolphe Baron du Taya, très lié avec la famille Ginguené, et dont les ancêtres ont comparu à la réformation de 1668, et donc à même mieux que tout autre, de reconnaître de quel côté étaient les droits à l'illustration généalogique, n'y croyait pas lui-même. Voir ., il a commencé ses études au collège Saint-Thomas de sa ville natale, où il a eu Évariste de Parny pour condisciple, .. Âgé de 15 ans, au moment de l'expulsion des jésuites de France, il a terminé ses études sous les prêtres séculiers qui leur ont succédé. À sa sortie du lycée, il a appris le grec et le latin, mais c'est son père, qui lui apprend l'anglais et l'italien qu'il connaissait très bien, en même temps qu'il initie à l'étude des beaux-arts. À 24 ans, il connaît les lettres latines et les chefs-d'œuvre de la littérature moderne française, italienne et anglaise, l'histoire et la philosophie. Il est, de plus, un fin musicien..

Entrée en littérature Monté à Paris, en 1772, il a d'abord été précepteur dans une maison particulière.. Ayant lu une pièce de vers, composée, à l'âge de vingt ans, en Bretagne, intitulée la Confession de Zulmé à quelques hommes de lettres, et particulièrement à l'académicien Rochefort, celui-ci a voulu en avoir une copie, qu'il a lue dans plusieurs maisons et laissé copier. Comme cette pièce circulait, toujours applaudie et sans nom d'auteur, le marquis de Pezay à Paris, le poète Charles Borde à Lyon, et d'autres encore se la sont attribuée ou, comme le duc de Nivernais, se la sont laissé attribuer dans divers recueils. Un M. de La Fare étant aller jusqu'à la publier défigurée, sous son nom, dans la Gazette des Deux-Ponts, en 1777, et Mérard de Saint-Just, ayant attaqué le véritable auteur, Ginguené l'a publiée sous son nom, dans l’Almanach des Muses de 1779Elle a ensuite été corrigée et perfectionnée à diverses reprises jusqu'en 1814.. Cette œuvre a été remarquée et lui a donné quelque renommée. Sautreau de Marsy lui attribue la publication, en 1778, de la Satire des Satires, qu'il n'a jamais revendiqué.

Il avait également entrepris de tirer de l’Adonis de Giambattista Marino un poème érotique français en cinq chants. Le troisième, le quatrième et ce qu’il avait fait du dernier lui ayant été dérobés, il a publié les deux premiers dans un recueil de poésies où se retrouvent plusieurs des pièces de vers qu’il a composées de 1772 à 1789, et dont la plupart avaient été publiées dans des journaux littéraires et dans les Almanachs des Muses.

Débuts journalistiques Ayant commencé, dès 1775, à publier des critiques littéraires dans les journaux, il a travaillé, durant plusieurs années au Mercure de France avec Marmontel, La Harpe, Chamfort, Garat et Lacretelle ainé. Dans les derniers jours de 1776, il a été mis en rapport avec le compositeur napolitain Niccolò Piccinni qui, récemment arrivé à Paris, ne parlait pas un mot de français. Choisi comme maitre de chant par la reine Marie-Antoinette, Piccinni a été admis à la cour, devant laquelle il a fait représenter, au château de Fontainebleau, dans le courant de 1777, Pomponin, ou le Tuteur mystifié, opéra-bouffon en deux actes, tiré de l’intermède italien Lo Sposo buriatoParis, Ballard, 1777, in-8°.. Piccinni était l’auteur de la musique, et Ginguené avait composé ou traduit le livret. Lors de la querelle des Gluckistes et des Piccinnistes, opposant les tenants de l'opéra français aux partisans de la musique italienne, Ginguené a pris tout naturellement le parti des piccinnistes. Sachant parfaitement la musique, il a rapidement éclipsé Marmontel, La Harpe, le marquis de Chastellux, et eu raison de l’abbé Arnaud et Suard, tout en montrant, dans une série d’articles de journaux, combien il possédait à fond l’histoire et la théorie de la musique. Ces articles lus de tous, ont paru sous le nom de Méphile, et le plus important d’entre eux sous le titre de Mélophile à l’homme de lettres chargé de la rédaction des articles de l’Opéra dans le Mercure de FranceParis, 1783, in-8° de 27 pages.. Le plus instructif des écrits suscités par cette affaire figure dans la notice publiée, en 1801, par Ginguené, sur la vie et les ouvrages de Piccinni, qui venait de mourir en 1800, et dont il était resté l’ami intime.

Le rôle actif et animé de Ginguené dans cette polémique l’a mis en évidence. Les articles qu’il a publié sur d’autres matières dans le Mercure et le Journal de Paris, les pièces de vers qu’il a publié dans l’Almanach des Muses et d’autres recueils, ont ajouté à sa réputation, et, malgré les critiques qu’il a eu à subir de la part de La HarpeGinguené le traitera, en retour, de « théologien de fabrique nouvelle qui, de l’école de Voltaire a émigré sur ses vieux jours dans celle de Nonotte et de frère Berthier. » Voir . et de Rivarol, il a pris sa place parmi les hommes de lettres de son temps. Ayant obtenu, en 1780, une place de simple commis dans les bureaux du contrôleur général des finances Jacques Necker, il a composé une pièce de vers intitulée Épitre à mon ami lors de mon entrée au contrôle général, qui a donné lieu à quelques plaisanteries de Rivarol et de ChampcenetzLe titre équivoque pouvant, en effet, faire croire qu’il avait été nommé contrôleur général, Ginguené l’a réédité en changeant « au contrôle général » en « dans les bureaux du contrôle général ».. Il a également concouru sans succès, en 1787 et 1788, pour un prix de poésie et un autre d’éloquence, proposés par l’Académie française.

Révolutionnaire modéré vignette|redresse=0.8|Numéro 20 de la Décade philosophique, littéraire et politique. En 1789, partisan modéré des idées de la Révolution., il a célébré l'ouverture des états généraux par une ode, et en même temps qu'avec Nicolas-Étienne Framery, il publiait dans l’Encyclopédie méthodique les premiers tomes du Dictionnaire de Musique, qu’il continuait de publier des articles de littérature dans les journaux, et qu'il collaborait, avec Joachim Cerutti, Grouvelle et Rabaut Saint-Étienne à la Feuille villageoise., destinée à répandre des notions d'économie domestique et rurale et l'instruction civique dans les campagnes, au Moniteur universel, puis à la Décade philosophique..

On lui attribue une brochure intitulée De l'autorité de Rabelais dans la révolution présente, 1791, in-8°, qui a eu beaucoup de succès.. Il s'agit d'extraits choisis avec goût, enchaînés avec art, et habilement traduits ou commentés, quand ils avaient besoin de l'être. Un autre ouvrage, publié sous son nom en la même année, consiste en quatre Lettres sur les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, rendant hommage au génie et aux infortunes du citoyen de Genève, qui manque un peu d’impartialitéLa Harpe y a répondu par des articles dans le Mercure de France, en 1792.. En effet, fervent admirateur de Rousseau, il a rédigé une pétition, en , demandant le transfert les cendres de Jean-Jacques Rousseau au PanthéonRaymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, 2003, ... Emprisonné pendant quatre mois sous la Terreur., à Saint-Lazare, du au ., il échange une correspondance avec une amie de Sophie de Condorcet, qu’il a épousée et qu’il appelle « sa Nancy », abréviation anglaise de Suzanne, nom alors très à la mode., et se prépare à la mort en traduisant le dialogue de Platon sur l’immortalité de l’âme., avant d’être sauvé in extremis par la chute de Robespierre, le .. Son premier soin, à sa sortie, a été d’honorer la mémoire de Chamfort qui, moins chanceux que lui, n’avait pas survécu, en recueillant et publiant ses Œuvres, auxquelles il a joint une Notice de sa vie, de ses travaux, de son caractère moral. Il a également continué la collection des Tableaux historiques de la Révolution française, commencée en 1791, dont Chamfort avait fourni les treize premières livraisons, jusqu’à la vingt-cinquième.

Le , il a pris une part très active à l'organisation de la panthéonisation de Jean-Jacques Rousseau. En 1795, il a rejoint le projet de la Décade philosophique, commencé en , et auquel il a collaboré jusqu’en 1807. La chute de Robespierre lui ayant ouvert la carrière des fonctions civiles, il a intégré, comme directeur général, la commission exécutive d’Instruction publique au ministère de l’Intérieur de à . On lui doit la réorganisation des écoles. En littérature, il a publié des observations sur le livre de Necker, intitulé De la Révolution française, et coopéré aux travaux de l’Institut de France. Dès la création de cette institution, sous le Directoire, il avait été admis dans la classe des Sciences morales et politiques (section d’Analyse des sensations et des idées) et dans la classe d’Histoire et de Littérature ancienne (Académie des inscriptions et belles-lettres). Quelquefois il y a rempli la fonction de secrétaire, et il y a lu divers morceaux, qui ont ensuite été publiés soit dans ses propres ouvrages, soit en des recueils académiques.

Essais de diplomatie De 1796 à 1797, Ginguené n’a été distrait de ses études que par des fonctions liées aux sciences, aux lettres et aux arts. Vers la fin de 1797, il a été envoyé à Turin où il reçoit Bonaparte le (27 brumaire an 6) comme ministre plénipotentiaire de la France., après une tentative infructueuse, en , de succéder à Lazare Carnot comme membre du Directoire.. Neufchâteau ayant été élu, il a été nommé, au mois de décembre suivant, ministre plénipotentiaire près les Villes hanséatiques. Cette mission ne lui convenant pas, il a réussi, peu après, à la permuter avec celle de ministre près le roi de SardaigneProsper Levot avance que cette préférence a été dictée par le désir de visiter l’Italie, objet de son admiration, au contact d’une littérature à laquelle il a consacré toute sa vie. Voir .. Arrivé à Turin, le , après avoir fait, par simple curiosité, un séjour assez prolongé à Lyon et à Genève, il a présenté ses lettres de créance le 31 du même mois, et prononcé, à cette occasion, un discours que le Directoire a fait publier dans le Moniteur du . Peu doué pour la diplomatieLe but, plus ou moins avoué, de sa mission était de fomenter la chute du roi Charles-Emmanuel de Sardaigne afin de permettre l’occupation par la France des États de Savoie continentaux.Un épisode de son ambassade est celui de sa femme, qui a voulu paraître à la cour de Turin dans le négligé des dames républicaines. Le maître des cérémonies s’étant opposé à cette infraction à l’étiquette, cette affaire a fait l’objet d’une négociation. Lorsque sa femme a pu paraitre en pet-en-l'air à la cour, Ginguené a aussitôt envoyé un courrier au Directoire pour lui annoncer ce triomphe sur les préjugés, mais Talleyrand l’a ridiculisé en publiant sa dépêche dans le Moniteur. Voir ., bien qu’il ait réussi à faire cesser la répression des républicains., il n’a passé que sept mois en Piémont, et à l’exception d’un voyage de quelques jours à Milan, il n’a jamais pu mettre à exécution le projet qu’il avait longtemps eu de visiter toutes les parties de l’Italie. Durant cet intermède turinois, il a été remplacé à la tête de la Décade par Vieilh de Boisjolin.

Une courte carrière politique