Juliette Huot, née le à Tétreaultville (Montréal) et morte le à Brossard, est une comédienne québécoise. Active pendant plus de soixante-dix ans, elle est l’une des figures majeures du théâtre, de la radio et de la télévision au Québec. Sa carrière, amorcée dans les années 1930, traverse l’âge d’or du radioroman, l’essor du burlesque, l’émergence du théâtre moderne et les débuts de la télévision québécoise.
Étroitement associée à des créateurs et artistes marquants de la culture québécoise, elle collabore notamment avec Gratien Gélinas, participant pendant plusieurs années aux Fridolinades, revues satiriques fondatrices du théâtre populaire québécois. À la radio, elle devient une voix incontournable des radioromans, en particulier dans Le Curé de village de Robert Choquette, premier feuilleton radiophonique québécois, où elle s’impose auprès du grand public. Elle travaille également avec Marcel Gamache, figure importante de la radio et de la télévision, consolidant sa place dans les médias naissants.
Dans le domaine du burlesque, Juliette Huot marque les esprits par son duo comique avec Juliette Béliveau, notamment dans le numéro Les Deux Jumelles, dont le succès repose sur leur forte complicité scénique. Cette collaboration contribue à sa popularité durable auprès du public québécois.
Parallèlement à son travail sur scène et à la radio, Juliette Huot est aussi une pionnière de la télévision, participant aux premières productions dramatiques du médium. Elle joue dans La Famille Plouffe, où elle incarne la voisine. Elle apparaît également dans plusieurs séries et dramatiques télévisées, dont Jamais deux sans toi, Symphorien et Montréal P. Q.
Au cinéma, elle se distingue dès les débuts du septième art québécois avec Le Curé de village (1949), où elle reprend le rôle de Mademoiselle Jolicoeur, qu’elle avait longtemps incarné à la radio. Elle connaît un large succès populaire avec Les Plouffe (1981), réalisé par Gilles Carle, puis dans Le Crime d’Ovide Plouffe (1984) de Denys Arcand, rôle qui lui vaut une nomination au prix Génie de la meilleure actrice de soutien.
Elle demeure également une figure populaire de la culture québécoise grâce à ses activités d’animatrice et d’auteure culinaire, qui participent à la diffusion et à la valorisation de la cuisine québécoise. Engagée socialement, elle est reconnue pour son implication de longue date auprès de l’organisme Les Petits Frères des pauvres.
Biographie Enfance et formation Juliette Huot, née le à Tétreaultville (Montréal), est la fille d'Aldéric Huot et de Delima BélangerLes informations sur le nom à la naissance, le nom des parents et la profession du père sont tirées des registres de la paroisse de St-Eusèbe-de-Verceil (Collection Drouin).. La jeune Juliette fréquente une école dirigée par la Congrégation de Notre-Dame, où elle est une élève « turbulente »Germaine Plante, «Quelques minutes avec... Bertine », Le Samedi, 24 août 1940, ; Photo-journal: tout par l'image, 8 septembre 1949, .. Issue d’une famille de six enfants particulièrement frappée par la crise économique, elle doit toutefois commencer à travailler très jeuneTéléradiomonde, 2 février 1985, ., en l'occurrence à l’imprimerie Wilson.
Une formation théâtrale auprès des Maubourg, Dorsenn et Auger Très tôt attirée par les arts de la scène, notamment le théâtre, elle obtient un petit rôle de figurante dans la pièce La Fille du sonneur de cloches dans la troupe des Enfants de Marie de sa paroisse mais celle qui devait interpréter le rôle principale tombe malade. Juliette doit la remplacer à pied levé. Alors âgée de , elle a déjà le théâtre dans le sangGermaine Plante, «Quelques minutes avec... Bertine », Le Samedi, 24 août 1940, ; Rudel-Tessier, « Juliette Huot est contente: tout vient à point à celles qui savent attendre! », La Presse, 19 juin 1969, .. Juliette Huot s'intègre rapidement à une troupe amateure d'Hochelaga avant de rejoindre Les Compagnons du Masque, où elle fait la rencontre de camarades comme Léo RivetTéléradiomonde, 2 février 1985, .. vignette|Jeanne Maubourg.Juliette Huot fait ses véritables débuts sur les planches dans les années 1930. Elle se forme alors auprès de Jeanne Maubourg puis au Théâtre-École de Jeanne Maubourg et Laurette Auger (plus tard connue sous le nom de Jean Desprez)Rudel-Tessier, « Juliette Huot est contente: tout vient à point à celles qui savent attendre! », La Presse, 19 juin 1969, .. Pour les classiques, elle étudie auprès de Liliane Dorsenn. C'est une époque de grande effervescence du milieu théâtral montréalais. Depuis une décennie, les troupes se multiplient en effet et contribuent à l’émergence d’une scène locale dynamique. Elle commence à y côtoyer les jeunes Guy Mauffette et Gratien Gélinas, des personnes qui seront déterminantes dans sa carrièreLucie Robert, « Jeanne Maubourg (1875-1953). L'apprentissage de la modernité théâtrale », Jeu, 124, 2008, ..
Son nom apparaît de plus en plus fréquemment dans les distributions alors qu'elle enchaîne les rôles sur scène. En 1934, Juliette Huot joue entre autres dans la pièce Primerose aux côtés des Compagnons du MasqueLa Patrie, 19 mars 1934, .. En 1935, elle participe à la comédie Une petite qui voit grand avec d'autres élèves de Maubourg et Auger, dont Gratien Gélinas, Albert Cloutier et Guy Mauffette« Au Théâtre-École », La renaissance, 14 décembre 1935, ..
En 1936, elle participe à un sketch présenté à la Palestre du National par les élèves du studio Maubourg-Roberval, Chut ! Voilà la bonne puis l'année suivante elle joue dans Les Femmes savantes avec la Renaissance théâtrale au Monument national aux côtés notamment de Judith Jasmin et de Claude JasminL'Illustration nouvelle, 8 septembre 1937, .. On la retrouve encore à une soirée organisée par le MRT français dans la pièce Le gouvernement est renversé de Guy Saint-Pierre. Son jeu est jugé juste. On dit d'elle qu'elle est : « très en progrès depuis le Théâtre-École, [et] est aujourd'hui une des comédiennes les plus intéressantes du groupe amateur« Créations canadiennes au M.R.T. », Le jour: indépendant politique, littéraire et artistique, 20 novembre 1937, . ». Elle commence alors à être remarquée par la critique« À la Palestre du National », Le Devoir, 15 février 1936, ..
En 1937, c’est avec Le Dernier Miracle du Frère André de Jean Desprez qu'elle effectue sa première tournée à travers le QuébecLa Presse, 19 juin 1969, .. À l'automne, une fois la tournée terminée, Gratien Gélinas l'encourage à contacter Robert Choquette, ce qu'elle fait par écrit. Il la rappelle dès le lendemain ; elle jouera rapidement dans ses radioromans, amorçant ainsi une carrière radiophonique particulièrement prolifique.
En 1938, à l'occasion de sa participation au Festival d'art dramatique, on peut lire dans L'Illustration nouvelle : « Du côté des femmes, Juliette Huot a été pour moi la plus intéressante »L'Illustration nouvelle, 10 mars 1938, .. Elle remporte d'ailleurs le prix de la meilleure comédienne de ce festival (Trophée du Prince Paul Lieven). Encouragée par sa mère, elle choisit de persister dans une carrière artistiqueLe Soleil, 17 mars 2001, ..vignette|Gratien Gélinas l'invite à jouer dans Les Fridolinades. Les Fridolinades Alors qu'elle joue déjà beaucoup à la radio, une autre occasion se présente à elle. Depuis le début du XXᵉ siècle, le genre de la revue théâtrale émerge à Montréal, proposant des sketches inspirés de l’actualitéValérie Chénier, Les marques de modernité dans les revues de fin d'année Les Fridolinades de Gratien Gélinas, mémoire en littératures de langue française, Université de Montréal, 2019, ..
Gélinas signe l'une des plus populaires : Les Fridolinades. La première est présentée le . Cette revue théâtrale, écrite et mise en scène par Gratien Gélinas, est d’abord jouée au Monument national avant d’être présentée en tournée pendant près de dix ansLucie Robert, « Tit-Coq (1948) de Gratien Gélinas : de l’événement théâtral à la consécration littéraire », Les Cahiers des Dix, (72), 2018, .. Gélinas recrute son amie Juliette Huot pour sa deuxième revue, en 1939. Elle participe ensuite à toutes les autres jusqu'en 1946 puis de nouveau en 1956Rudel-Tessier, « Juliette Huot est contente: tout vient à point à celles qui savent attendre! », La Presse, 19 juin 1969, ; André-G. Bourassa et Jean-Marc Larrue, Les nuits de la « Main », Montréal, VLB, 1993..
Tit-Coq et Bousille et les justes
Gratien Gélinas lui propose des rôles dans les deux pièces de théâtre qu'il signe par la suite. Dans Tit-Coq (1948), elle retrouve les mêmes camarades que dans Les Fridolinades, c'est-à-dire Amanda Alarie, Juliette Béliveau, Fred Barry et Muriel Guilbault. Se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale, la pièce met en scène un enfant illégitime, Arthur Saint-Jean, dit Tit-Coq, qui a grandi dans un orphelinat et qui est sur le point de partir pour le front. Considérée comme un tournant majeur du théâtre québécois, la pièce connaît un immense succès et est présentée à plus de 500 reprises au Québec et au CanadaDonald Smith, « Gratien Gélinas, rénovateur du théâtre québécois », Lettres québécoises, (36), 1984, .. vignette|À l'exception de la première, Juliette Huot joue dans toutes les revues Les Fridolinades.
En 1959, Juliette Huot remonte sur les planches, cette fois à la Comédie canadienne, dans Bousille et les justes. Elle y joue la mèreJean-Marc Larrue, « Bousille et les justes », Jeu, no 56, septembre 1990, . avec Gratien Gélinas (Bousille), Jean Duceppe (Phil Vezeau), Yves Létourneau (Henri Grenon), Béatrice Picard (Aurore Vezeau), Nicole Filion (Noella Grenon), Paul Hébert (l'avocat), Gilles Latulippe (le Frère Nolasque), Monique Miller (Colette Marcoux) et Pascal Desgranges (le garçon). La pièce connaît également un grand succès populaireJacques Bobet, « Bousille et les justes », Liberté, 1(6), 1959, ; Donald Smith, « Gratien Gélinas, rénovateur du théâtre québécois », Lettres québécoises, (36), 1984, ..
Une voix incontournable des radioromans vignette|Juliette Huot fait partie de la première distribution de Ti-Coq de Gratien Gélinas. Tôt dans sa carrière, Juliette Huot fait son entrée à la radio, un milieu qui est en plein développement. Elle obtient son premier rôle en 1935 dans Les cloches de Corneville, diffusé dans Le Théâtre de l’Opérette à Radio-Canada, alors qu’elle est encore étudiante auprès de Madame Maubourg.
Elle joue ensuite dans Le Curé de village de Robert Choquette, diffusé à CKAC de 1935 à 1938, puis à Radio-Canada de 1949 à 1955. Il s’agit du premier feuilleton radiophonique au Québec. Elle y interprète le rôle de Mademoiselle Castonguay, une commère.