Le château de Pregny, également connu sous le nom de château Rothschild, est un château situé dans la commune de Pregny-Chambésy, dans le canton de Genève, en Suisse.

Localisation gauche|vignette|Le château et une partie de son domaine vus du ciel. Le château se dresse plus précisément dans la localité de Pregny, au sein du sous-secteur de Pregny - village, au lieu-dit Pregny. On y accède par trois entrées : l’une face à la Place de Pregny, une autre en face de l’église Sainte-Pétronille et une dernière par le Chemin des Cornillons.

Le domaine s’étend sur une superficie totale de .

Histoire « Pavillon de Pregny »

Le , Auguste Saladin-de Lubières acquiert auprès de Marc-François Vuaillet une partie du domaine appelé Le Clos du Parc, situé à Pregny. Cette propriété comprend une maison de maître, quatre corps de bâtiments ainsi que diverses dépendances. Dans le même élan, Saladin fait également l'achat, auprès de Joseph Collart, d'une maison d'habitation avec jardin, jusqu'alors enclavée dans le terrain de Vuaillet. L’ensemble de son domaine s’étend alors sur une superficie d’environ .

Saladin fait démolir la maison de maître de Vuaillet afin d’y ériger, entre et , sa propre résidence, qu’il nomme « Pavillon de Pregny ». Conçue par l’architecte Luigi Bagutti dans un style néo-grec classique, elle s’impose comme l’une des maisons de campagne les plus remarquables de la région.En , le baron Adolph Carl von Rothschild, alors établi à Naples, acquiert le domaine pour en faire sa résidence d’été. Après la révolution de 1858 et la chute du royaume des Deux-Siciles, il s’y installe définitivement avec son épouse et cousine, Julie de Rothschild. Passionnée par l’art des grands jardins, Julie de Rothschild entreprend dès 1858 d’importants travaux de terrassement sur le domaine du « Pavillon de Pregny » et démolit les dépendances existantes. La même année, le « Pavillon de Pregny » est démoli pour laisser place à la construction d’une nouvelle demeure. En attendant l’achèvement des travaux, le couple Rothschild s’installe temporairement dans un petit chalet au bord du Léman acheté le .

Château de Pregny Le château, construit entre et selon les plans de George Henry Stokes et probablement de Joseph Paxton, occupe une emprise au sol de . Il se distingue par une composition monumentale tripartite de style néo-Louis XVI, marquée par des avant-corps sur les deux façades, agrémentées de balcons à balustrade et d’un décor sculpté riche en feuillages et en vases. La façade principale, offrant une vue directe sur le Léman, présente un avant-corps central en saillie de forme circulaire baroque et un vaste jeu d’escaliers de part et d’autre de l’esplanade. Le château ne possède pas de toit, mais est coiffé d’une terrasse à l’italienne. Cette demeure est principalement conçue pour abriter la collection de peintures et d'objets d'art rassemblée par Adolph, notamment des pièces en cristal de roche, ayant appartenu au grand-duc de Bade, et en pierres semi-précieuses. L'aménagement intérieur est confié à Eugène Viollet-le-Duc. Le château abrite, parmi ses décorations, des meubles du ainsi que des toiles de Francisco de Goya, Rembrandt, Jean-Honoré Fragonard, Hubert Robert, Greco et François Boucher..

En , une volière de style paxtonien est érigée à l'ouest du domaine. De l'autre côté de la Route de Pregny, Julie de Rothschild fait bâtir plusieurs serres. Elle y aménage également des espaces destinés à la culture du raisin, des pêches, des figues, ainsi qu’à l’ornementation d’orchidées, de plantes tropicales et de palmiers.

En , Adolph lègue le château de Pregny ainsi que son domaine à son épouse Julie de Rothschild, ne conservant pour lui-même que le terrain situé en bordure du lac, où la villa « Port Rouge » y a été érigée en . Devenue propriétaire de l'ensemble du domaine, Julie de Rothschild lance de nombreux travaux. En , elle charge l'architecte Francis Gindroz d'ajouter des combles mansardés avec des œils-de-bœuf, dans un style Napoléon III, sur le toit du château, afin de créer des chambres destinées au personnel. En , elle fait édifier des écuries de style néo-Renaissance française, ornées des armes des Rothschild, conçues par l'architecte John Camoletti selon un plan à deux ailes retournées. L'année suivante, le même architecte est mandaté pour construire un manège, une structure circulaire élégante, dotée d'une armature métallique et d'une coupole plate reposant sur un socle en pierre de Meillerie.

Depuis sa création, le domaine ne comprend alors que la partie supérieure du coteau de Pregny. En dessous se trouvent des parcelles de vignes appartenant à une vingtaine de propriétaires. Julie de Rothschild acquiert l'ensemble de ce vignoble en dans le but d’y aménager un jardin pittoresque. Pendant trois années, des centaines d’ouvriers, travaillant jour et nuit en équipes, sculptent le terrain pour rompre la monotonie de l’ancien coteau descendant jusqu'à la ligne de chemin de fer. Pour unifier ce nouvel espace avec l’ancien parc du domaine, on abaisse en pente douce la pelouse devant le château. Afin de terminer les travaux de terrassement avant la fin de l’hiver et pouvoir procéder aux plantations dès le printemps suivant, le terrain est fréquemment creusé à la dynamite pour faire sauter les couches de molasse. Entre et , plus de sont importés des pépinières et forêts du canton. Julie en profite pour réaménager le parc, y faisant construire des chalets, des grottes, des pavillons, ainsi que des sculptures réemployées. Un étang, un ruisseau, une cascade artificielle et même un véritable jardin zoologique viennent compléter l’aménagement.. Un jardin pittoresque alpin y est imaginé par Jules Allemand.

En , à la mort de Julie, le château est rétrocédé à son neveu issu de la branche française de la famille Maurice de Rothschild. Initialement, le domaine ne l'intéresse pas, et le château sert principalement à entreposer les collections d’œuvres d'art et autres objets précieux de la famille. Cependant, en , à la suite du décret du , Maurice de Rothschild se voit déchu de sa nationalité française par le régime de Vichy. La famille est alors contrainte de s'exiler au château de Pregny, abandonnant le château de Boulogne-Billancourt, qui a été saccagé pendant l'occupation allemande.

gauche|vignette|Le château photographié le par Walter Mittelholzer.En , à la suite du décès de Maurice de Rothschild, celui-ci lègue son domaine à l'État de Genève tout en conservant un droit d'usufruit pour la famille Rothschild. Le château est ensuite occupé par son fils, Edmond de Rothschild, et son épouse, Nadine. De à , le château est habité par Benjamin de Rothschild et son épouse Ariane, puis, après son décès, uniquement par cette dernière.

L’avenir du château et de son domaine demeure incertain. Nadine de Rothschild souhaite transformer l’édifice en musée destiné à accueillir la collection d’art de la famille, tandis que sa belle-fille Ariane envisage de le conserver comme résidence privée pour elle et ses filles. Ce différend fait actuellement l’objet de procédures judiciaires. Bien que propriétaire du domaine, l’État de Genève reste à l’écart de ce conflit familial, dans la mesure où les frais d’entretien et de rénovation sont entièrement pris en charge par la famille Rothschild.

Liste des propriétaires successifs

Propriétaires

? - : Marc-François Vuaillet et Joseph Collart (1810-1894) ; - : Auguste Saladin-de Lubières (1785-1857) ; - : Adolph Carl von Rothschild (1823-1900) & Julie de Rothschild (1830-1907) ; - : Julie de Rothschild (1830-1907) ; - : Maurice de Rothschild (1881-1957). Depuis le : République et canton de Genève.

Bénéficiaires de l'usufruit de Le , Maurice de Rothschild lègue par testament le domaine et le château à la République et Canton de Genève, tout en conservant un usufruit pour la famille Rothschild. - : Edmond de Rothschild (1926-1997) ; - : Edmond de Rothschild (1926-1997) & Nadine de Rothschild (1932- ) ; - : Nadine de Rothschild et Benjamin de Rothschild (1963-2021) ; - : Nadine de Rothschild, Benjamin de Rothschild (1963-2021) et Ariane de Rothschild (1965- ) ; - : Nadine de Rothschild & Ariane de Rothschild ; Depuis le : Ariane de Rothschild, Noémie de Rothschild (1995- ), Alice de Rothschild (1999- ), Ève de Rothschild (2001- ) et Olivia de Rothschild (2002- ).

Domaine Aménagé dans sa totalité entre et , le domaine est l'un des plus remarquables du canton. Dans son ouvrage Pregny, commune genevoise et coteau des altesses, Guillaume Fatio en fait une description du domaine tel qu'il se présente vers : Écuries L'un des bâtiments les plus imposants du domaine est constitué des écuries, situées le long de la Route de Pregny et séparées de celle-ci par un mur. Conçues en par John Camoletti, elles sont de style néo-Renaissance française et arborent les armes de la famille Rothschild. Le bâtiment présente un plan à deux ailes retournées, utilisant des matériaux polychromes tels que la pierre de Meillerie, les briques, la roche blanche et l'ardoise. L'ensemble est couronné par un clocheton.

Initialement utilisé comme écurie pour les chevaux, le bâtiment abrite ensuite les voitures de collection de Benjamin de Rothschild, jusqu'à ce qu'il fasse construire un garage souterrain de sur un terrain voisin.

Volière La volière paxtonienne, datant de , se trouve à l’ouest du domaine, longeant la Route de Pregny. Elle est considérée comme un chef-d’œuvre de l’architecture en verre et en métal.

Manège Le manège, construit en également par John Camoletti, adopte une forme circulaire avec une structure métallique et une coupole plate reposant sur un socle en pierre de Meillerie. Il est actuellement utilisé comme salle de conférences et de réceptions.

Loges

Les loges des gardiens sont au nombre de deux. Celle située à l'entrée sud, de style néo-Louis XVI, date de . Elle est placée entre les écuries et le portail d'entrée en ferronnerie. La loge nord, située à l'entrée ouest, présente un style différent et date des années .

Serres vignette|Les serres vues du ciel. Séparées du domaine par la Route de Pregny, les serres du château s'étendent sur . La plus ancienne, datant des années , prend la forme d’un long couloir, adouci par les arcs des supports. Elle est équipée d’un sol chauffé et dallé de panneaux de fonte ajourés, ornés de rosaces d’inspiration orientale.

L'ensemble du complexe est formé à partir des années 1880. L’exécution peut être en partie attribuée à l’architecte anglais, spécialisé dans la construction de serres, Robert Halliday. Outre sa vocation agricole, ce complexe est aussi conçu comme un lieu d’agrément, où la famille et ses invités de marque aiment venir se promener. Les serres se composent de panneaux en verre insérés dans une structure en métal ou en bois et dont l’aménagement varie en fonction des spécificités des plantes qui y sont cultivées.

De nos jours, ces serres appartiennent à la République et canton de Genève et sont utilisées par les Conservatoire et Jardin botaniques de la ville de Genève. Autres Le domaine comprend également plusieurs maisons de logement et d'entretien, une piscine avec pavillon, des petites serres, un potager, un étang et un stand de tir enterré de de long.

Au nord du domaine se trouvent les tombes familiales.

Protections Le château et ses dépendances sont classés comme « bien culturel d'importance nationale » par l'Office fédéral de la protection de la population..

Les serres sont également classées comme « bien culturel d'importance nationale » ainsi que « bien culturel d'importance régionale » par l'Office fédéral de la protection de la population..

Depuis le , le château et tous les bâtiments du parc sont inscrits à l’inventaire des objets protégés par le Département des Travaux Publics du canton de Genève.