vignette|droite|Noro (prêtresse) en habit de cérémonie (fibre de bananier), portant le collier de magatama Les (okinawanais : nūru) sont les prêtresses de la religion d'utaki des îles Ryūkyū. Elles ont existé depuis au moins les débuts historiques du royaume (période Gusuku, à la fin du ) et continuent aujourd'hui de célébrer certains rites. On les distingue très nettement des yuta (chamans), mais elles font néanmoins partie des kaminchu (« gens des dieux »).

Histoire Suivant le Chūzan Seikan et le Chūzan Seifu, les premières prêtresses étaient les deux filles de Tentei-shi, un descendant de la déesse créatrice des îles, Amamikyu . L'aînée devint la première prêtresse royale (la kikoe-ōgimi ), la cadette devint la première prêtresse de village, une noroGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 36..

Le dieu du feu donna un tison provenant du Ryūgū-jō à chaque noro pour qu'elle crée un foyer communal dans chaque village, foyer où chaque famille peut s'approvisionner pour maintenir son propre feu. Quand les noro étaient chargées de l'exécution des rituels et des cérémonies officiels pour leur village, la kikoe-ōgimi s'occupait du foyer royal et tenait les mêmes charges, pour le royaume dans son entier. Elle accompagnait également le roi au sanctuaire Seifa-utaki pour prier Amamikyu et les divers kami locaux.

Lors de la prise de pouvoir du roi Shō En en 1469, il nomma sa sœur chef des noro de son fief d'Izena et sa fille devint kikoe-ōgimiGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 103-104.. Pendant le règne de Shō Shin (r. 1477–1526), l'organisation des prêtresses était centralisée sous l'autorité de la kikoe-ōgimi et une noro était assignée à chaque village du royaume, un lopin de terre lui étant fourni pour subvenir à ses besoinsGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 110.. De même la kikoe-ōgimi obtint le droit d'emménager dans une construction neuve proche du Château de Shuri, pour s'occuper de l'entretien de Sonohyan-utakiGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 111..

Après l'invasion de Satsuma en 1609, la pensée confucéenne s'infiltra dans le gouvernement ryūkyūan sous tutelle et commença à affaiblir l'autorité des noro. Satsuma tenta même d'obtenir du gouvernement de Shuri qu'il soit interdit aux femmes de posséder des terres (comme l'exploitation agricole était en grande partie communautaire et que la terre n'appartenait à personne en propre aux Ryūkyū, le gouvernement ne put que refuser). De plus le chef du gouvernement Shō Shōken convainquit le roi de mettre fin à certains rituels et cérémonies religieuses pour des raisons de coût et pour montrer un visage à Satsuma. L'acte le plus symbolique fut la modification du pèlerinage annuel à Sefa-utaki et du rôle de la kikoe-ōgimi qui perdit deux rangs protocolaires dans l'affaire, reléguée derrière la reine. Pour autant, les noro de village conservèrent leurs pouvoirs et une influence non négligeable jusqu'à la fin du .

Après l'annexion définitive des Ryūkyū par le Japon en 1879, le gouvernement Meiji commença à faire absorber la religion des îles par le Shintoïsme d'État : les noro ne furent alors pas reconnues comme faisant partie du clergé shintō et ne bénéficièrent donc d'aucune protection ni garantie du gouvernement de pouvoir exercer leur ministère ; leurs revenus furent supprimés. Le gouvernement, qui ne parvenait pas à confisquer leur lopin de terrain personnel, le leur échangea en 1910 contre une pension à peine suffisante pour assurer le service des sanctuaires, ce qui les laissa en pratique sans ressources. Le gouverneur de la préfecture d'Okinawa, expliqua que ces rachats étaient destinés à l'éventuelle reconversion des terres en sanctuaires shintōTze May Loo, Heritage Politics: Shuri Castle and Okinawa's Incorporation into Modern Japan (New York: Lexington Books, 2014), 102.. La conséquence religieuse fut une perte sensible d'influence des noro au profit des yuta (sorte de chamans locaux).

Le chaos qui accompagna la Bataille d'Okinawa en 1945 fut la cause d'une réduction brutale de la population des îles, ce qui diminua encore davantage l'influence des noro. Seules demeurent en 2018 quelques prêtresses de village et dans les utaki.

Kikoe-ōgimi La kikoe-ōgimi servait comme prêtresse du royaume et de la famille royale. Elle dirigeait les cérémonies nationales, surveillait toutes les autres norō et entretenait le foyer royal ainsi que les utaki les plus sacrésGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 110-111.. Le rituel d'intronisation d'une nouvelle kikoe-ōgimi se déroulait à Seifa-utaki, cérémonie symbolisant le mariage sacré d'Amamikyu et de Shinerikyu. Il confèrait à la kikoe-ōgimi la force de supporter le kimitezuri (). Une fois nommée la kikoe-ōgimi gardait son poste jusqu'à sa mort. Le rôle de kikoe-ogimi a été supprimé en 1879 (de même que l'ancienne architecture politique du royaume), la dernière d'entre elles a conservé son poste jusqu'à son décès en 1944.

Devoirs et responsabilités Les noro étaient les gardiennes du foyer et du feu communal ; elles supervisaient la création de nouvelles implantations villageoisesGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 32.. Elles dirigeaient les rituels du village dans l'utaki communautaire. Une fille de chaque famille était généralement désignée comme assistante mais des hommes pouvaient aider lors de diverses cérémonies publiquesSusan Sered, Women of the Sacred Grove: Divine Priestesses of Okinawa (Oxford: Oxford University Press, 1999), 3-4, 18.. Les noro communiquaient avec les ancêtres, les kami et toutes les déités possibles.

Symboles Les noro sont reconnaissables à leurs robes blanches en fibre de bananier et à leurs ornements de coiffure généralement composés d'une plante grimpante nouée en couronne qui symbolisent leur puretéGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 33.. Elles portent un chapelet de magatama ainsi qu'un grand éventail utilisé dans diverses danses sacrées. Leur foyer est constitué de trois pierres assemblées qui proviennent toujours de la côteGeorge H. Kerr, Okinawa: History of an Island People (Tokyo: Charles E. Tuttle Company, 1958), 32-33..

Hiérarchie des prêtresses Title Description Kikoe-ōgimi Prêtresse royale, proche parente du roi (sœur, tante, fille), résidait à Shuri. Noro d'Izena Dirigeait le magiri d'Izenajima. Noro de Kudaka Dirigeait l'île de Kudaka-jima, particulièrement sacrée dans la religion de Ryūkyū. Mihara-oamu-shirare Prêtresses responsables des trois divisions administratives de Kunigami, Nakagami et Shimajiri. Noro Prêtresse de village ou de magiri. Assistants Généralement une fille représentant une famille du village ou une apprentie-noro, mais pouvait être un homme pour les cérémonies publiques.

Références

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