L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango est un site culturel de la république du Congo, situé dans le département du Kouilou, près de Loango et de Diosso. Ancien lieu d’embarquement lié à la traite négrière transatlantique, il est inscrit depuis 2008 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco.
Le site est associé à l’histoire du royaume de Loango, à la côte de Loango et aux circuits de déportation des captifs d’Afrique centrale vers les Amériques.
Localisation vignette|Stèle commémorative sur la baie de Loango.
L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango est situé sur la côte atlantique de la république du Congo, à environ de Pointe-Noire, dans la sous-préfecture de Hinda, dans le département du Kouilou.
Ses limites sont la Pointe indienne au sud-est, l’océan Atlantique au sud et au sud-ouest, le village de Matombi au nord-ouest, et la localité de Diosso au nord-est. Le site se trouve à proximité de l’ancien quartier administratif de Bwali, capitale historique du royaume de Loango.
La baie de Loango est l’une des rares zones rocheuses de la côte congolaise. Sa crique, relativement protégée de la houle, permet le développement d’une biodiversité côtière, dont des tortues marines. La végétation est principalement herbacée, avec des arbres de petite taille sur des sols sablonneux soumis à l’influence du climat marin.
Histoire
Contexte de la traite transatlantique De 1500 à 1867, la traite transatlantique déporte près de Africains vers les Amériques. Environ personnes meurent lors de la traversée de l’Atlantique.
Les populations déportées depuis les côtes africaines ne constituent pas un groupe homogène. Elles proviennent de régions, de langues et de cultures différentes. Elles comprennent des personnes issues de groupes sociaux divers : souverains, dignitaires, guerriers, prêtres, agriculteurs, artisans, marchands ou éleveurs.
Aux Amériques, ces captifs sont employés dans les plantations de canne à sucre, de café, de maïs, de riz et de coton, dans les mines, les villes et les travaux domestiques. Leur mortalité est liée à l’exploitation, aux mauvais traitements, aux maladies, à la faim et aux conditions de travail imposées.
La côte de Loango dans les circuits négriers vignette|La route de l’esclave, baie de Loango.
Dans l’espace atlantique, le terme « Loango » désigne souvent des captifs originaires d’Afrique centrale, en particulier des côtes du Kongo et de ses États voisins ou vassaux, comme le royaume de Loango, le royaume de Cacongo et le Ngoyo. Dans certaines colonies américaines, des esclaves d’Afrique centrale sont ainsi appelés « Loangos ».
La côte de Loango correspond historiquement à une zone côtière d’environ , s’étendant du cap Lopez, au nord, jusqu’à la région de Luanda, au sud. Elle constitue, entre le et le , un espace majeur de traite et d’échanges atlantiquesStacey Jean Muriel Sommerdyk, Trade and the Merchant Community of the Loango Coast in the Eighteenth Century, University of Hull, thèse de doctorat, mai 2012, ..
Entre 1660 et 1867, au moins captifs sont intégrés au commerce transatlantique à partir des ports de la côte de Loango, en particulier la baie de Loango, Malemba et la baie de Cabinda. Entre 1811 et 1867, environ captifs supplémentaires quittent ces mêmes ports à bord de navires portugais, brésiliens et américains.
Selon la notice de l’Unesco, plus de deux millions d’esclaves venus de régions correspondant aujourd’hui au Tchad, à l’Angola, au sud du Gabon, à la république démocratique du Congo et à la république du Congo auraient transité par l’ancien port d’embarquement de Loango.
Organisation du commerce Avant le développement massif de la traite, les Européens fréquentent la côte de Loango pour se procurer des étoffes, de l’ivoire, du cuivre, du bois et d’autres produits. Les Portugais établissent les premiers contacts à la fin du et arrivent dans la baie de Loango en 1535. Les Hollandais les rejoignent à partir de 1593.
Le port commercial de la baie de Loango se trouve à environ de Bwali, capitale du royaume. Les commerçants étrangers y accèdent avant d’être escortés vers la capitale, où ils cherchent à rencontrer le Mâ Loango ou des dignitaires chargés du commerce.
Le royaume de Loango entretient aussi des relations commerciales avec l’intérieur des terres, vers Mayumba, le Pool Malebo, Luanda, le Ngoyo et le Cacongo. Ces itinéraires constituent les routes des caravanes.
À partir de la seconde moitié du , le commerce des marchandises laisse progressivement la place à la traite humaine. Les marchands de Loango font jouer la concurrence entre Français, Anglais, Hollandais et Portugais. Le royaume contrôle ses relations commerciales et limite l’installation permanente de factoreries étrangères sur son territoireStacey Jean Muriel Sommerdyk, Trade and the Merchant Community of the Loango Coast in the Eighteenth Century, University of Hull, thèse de doctorat, mai 2012, ..
Vestiges et mémoire du site vignette|Chemin d’embarquement des esclaves au port de Loango.
Le site conserve plusieurs éléments associés à la mémoire de la traite transatlantique. L’Unesco mentionne en particulier le rôle de l’ancien port comme sanctuaire de mémoire et comme lieu permettant de comprendre l’histoire de l’esclavage.
Parmi les éléments matériels et mémoriels du site figurent :
une stèle érigée en 1897 par Pierre Savorgnan de Brazza, matérialisant l’emplacement du départ des caravanes et du grand marché de transactions. La stèle, haute d’environ , s’est effondrée en faute d’entretien, avant d’être restaurée lors de l’inauguration du nouveau musée Mâ Loango de Diosso le ; les trois manguiers qui auraient servi de comptoirs avant le rituel autour de l’arbre de l’oubli ; l’arbre de l’oubli et l’arbre du retour, associés aux rituels symboliques précédant l’embarquement ; le débarcadère, situé dans une zone vaseuse de la baie ; une double rangée de manguiers, hauts d’environ , qui délimite le dernier chemin emprunté par les captifs avant leur embarquement.
La baie de Loango, peu profonde, ne permettait pas aux navires d’accoster directement. Ceux-ci mouillaient au large, tandis que les captifs étaient conduits jusqu’au point d’embarquement.
Les manguiers occupent une place importante dans la mémoire du site. Selon une tradition rapportée localement, des noyaux de mangues auraient été jetés par des captifs durant leur marche vers la côte, donnant naissance aux arbres alignés sur le chemin. Une autre tradition les interprète comme des arbres mémoriels plantés par les familles restées à Loango.
Patrimoine et mise en valeur vignette|Ancienne stèle commémorative.
Le , l’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango est inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco. Le site s’inscrit aussi dans les démarches mémorielles liées au projet de l’Unesco intitulé La Route de l'esclave.
Le site est cependant décrit comme peu aménagé et menacé par l’abandon, la végétation et l’érosion. Des projets de valorisation touristique et mémorielle sont évoqués par les autorités congolaises, en particulier la construction d’une cité africaine des arts et de musées de plein air.
Le conservateur du musée de Diosso, Joseph Kimfoko Madoungou, a joué un rôle dans la transmission de la mémoire du site auprès des visiteurs.
Notes et références
Voir aussi
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