vignette|alt=Photographie où l'on peut voir trois couteaux Le Thiers exposés sur une surface blanche.|upright=1.2|Des couteaux Le Thiers entièrement fabriqués à Thiers.

La coutellerie de Thiers est une spécialité de savoir-faire élaborée dans la région de Thiers à l'est du département du Puy-de-Dôme et en région Auvergne-Rhône-Alpes. Cette technique doit une partie de son existence à la présence de la Durolle et des forêts aux alentours de la ville.

Trouvant ses premières traces au , la coutellerie joue pour beaucoup dans la renommée nationale et internationale de Thiers dans les domaines artisanal et industriel. Au , les commerçants thiernois exportent leurs marchandises en dehors des frontières françaises et dès le , la coutellerie s'industrialise lors de la révolution industrielle avant qu'au début du , les couteliers n'utilisent plus la force motrice de la Durolle pour faire tourner leurs machines et leurs rouets, optant pour l'électricité, disponible en permanence. En , Thiers produit 80 % des couteaux produits en France chaque année, garde sa place du plus gros bassin coutelier de l'Union européenne et se voit régulièrement attribuer le titre de « capitale de la coutellerie », dans un contexte de crise industrielle et de soutien étatique.

La coutellerie est le domaine où le nombre d'emplois dans la région thiernoise est le plus élevé en . En , la chambre de commerce et d'industrie estime que dans la ville de Thiers, la coutellerie emploie plus de . La grande proportion d'ouvriers résidant sur la commune est en grande partie expliquée par ce facteur.

Origine géographique Au , les coutelleries s'installent véritablement dans des rouets le long de la rivière Durolle entre le quartier du Moûtier situé dans la ville-basse de Thiers et plus en amont dans la montagne thiernoise, dans les futures vallées des Usines et des Rouets.. L'organisation de la fabrication d'un couteau à Thiers, appelée « parcellisation du travail » éclate les lieux de productions en dehors des gorges de la Durolle.. Ainsi, des ateliers de fabrication sont rapidement formés au cœur de la cité médiévale et dans les villages de la région.

Bien que les ateliers et usines quittent les gorges de la Durolle à partir du début des trente Glorieuses, de nouvelles usines sont construites en dehors de la ville de Thiers, dans la future ville-basse. Ces constructions sont accompagnées à partir des années par l'aménagement de grandes zones industrielles près des deux sorties d'autoroute sur l'A89 : les zones de Felet et de Racine...

vignette|centre|upright=2.5|alt=Plan montrant le parcours de la Durolle contournant l'est puis le sud de Thiers et situant les principales usines sur les rives de la rivière.|Carte de la vallée des Usines et de la cité médiévale de Thiers, principaux lieux de production de couteaux dans la région.

Histoire Origines vignette|alt=Photographie prise en hauteur où l'on peut voir le débouché de la vallée des Usines.|La partie sud-ouest de la vallée des Usines en .

La force hydraulique de la Durolle, la rivière qui traverse la ville, est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs... Une légende voudrait ainsi que les croisés auvergnats aient rapporté d’Orient le secret de la fabrication de l'acier, le processus de cémentation. Dès le , un quart des ouvriers thiernois exerce le métier de coutelier.. Les objets produits à Thiers sont exportés dans plusieurs pays au : en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et « aux Indes »Legrand d'Aussy remarque dans son livre, Voyage en Auvergne, en 1788, que les industriels thiernois luttent efficacement contre les industriels anglais jusque dans les Indes..

Provenance des matériaux C'est surtout la présence de la Durolle et d'une main-d'œuvre importante qui impulse l'importance de la coutellerie à Thiers.. Mis à part le bois qui sert pour les manches, tous les matériaux sont importés sur Thiers dès le Moyen âge. Les grandes forêts comme celle des Bois Noirs située plus haut en altitude dans la montagne thiernoise fournissent les couteliers tandis que le charbon est importé depuis Saint-Éloy-les-Mines et Brassac-les-Mines, deux communes du Puy-de-Dôme. Le fer et les aciers sont importés du Nivernais, de Bourgogne et du Dauphiné et les meules proviennent des carrières de Langeac puis des Vosges à partir du ..

vignette|alt=Vieille photographie montrant des forgerons travaillant dans leur atelier.|Des forgerons thiernois dans leur atelier.

Organisation des couteliers thiernois Dans une optique de produire plus efficacement, les couteliers thiernois adoptent un fonctionnement dès le : la parcellisation du travail. La main-d'œuvre nécessaire pour fabriquer un couteau est disséminée à travers la ville ; il y a une extrême division du travail, les ouvriers sont spécialisés dans un métier, transmis de père en fils, pour lequel ils acquièrent une grande dextérité. Les barres d'acier que les entreprises reçoivent sont d'abord confiées aux « martinaires » qui les amincissent (afin qu'elles puissent être aiguisées) grâce à des martinets mus par la force hydraulique de la rivière. Les forgerons reçoivent ensuite ces barres avec lesquelles ils forgent les pièces de couteau. Ces pièces sont ensuite envoyées aux limeurs, aux perceurs, aux émouleurs puis aux polisseurs qui aiguisent et polissent les lames sur des meules entraînées par la Durolle... Le fabricant effectue lui-même la trempe, puis, après que le cacheur ait livré les manches.., toutes les pièces sont finalement remises aux monteurs qui habitent les faubourgs de Thiers.

Commercialisation des couteaux vignette|upright|alt=Image représentant le blason de la ville de Thiers. Il est représenté par un navire trois-mâts voguant sur une mer argentée.|Le Blason de Thiers, symbolisé par un navire trois-mâts symbolise la puissance commerciale des commerçants thiernois, notamment dans les domaines de la coutellerie, de la papeterie et de la tannerie.

À partir du , les couteliers thiernois commercialisent leurs couteaux sur deux marchés différents. Le premier est la vente directe en ville à Thiers. En effet, de nombreux magasins de coutellerie ouvrent leurs portes dans les ruelles de la cité médiévale dès cette date afin que visiteurs et locaux puissent acheter leurs couteaux sur place. Seulement, les Thiernois comprennent rapidement que le marché national est porteur et qu'un potentiel est assez important. Les couteaux de Thiers, réputés pour être de qualité, sont vendus à une population aisée habitant les grandes villes françaises comme Lyon, Paris ou Bordeaux. À partir du , les couteliers thiernois exportent leurs productions en dehors des frontières nationales. Ainsi, nombreux sont les commerçants de Thiers reconnus en Espagne, en Italie et jusque dans les Indes. Le commerce, et plus particulièrement celui du couteau, est un atout majeur pour la ville de Thiers qui compte déjà plus de au .. Il participe non seulement à l'essor économique de cette ville, mais également au maintien d'une activité artisanale très présente dans la région. En effet, les autres bassins producteurs de couteaux vendent alors majoritairement leurs productions sur place, et subissent de plein fouet les effets des crises économiques qui touchent la France alors que Thiers résiste du fait de l'exportation.

Début de l'industrie thiernoise

vignette|upright|alt=Photographie d'une ancienne usine de coutellerie. Celle-ci est construite au milieu du lit de la Durolle.|Les usines d'Entraygues et du Creux de l'enfer au début des années .

À partir de , seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l'introduction des machines, ce qui préfigure l'avènement de la grande industrie.. En effet, les papeteries et les tanneries, qui n'ont pas voulu recourir à une mécanisation, voient leur compétitivité diminuer face à une concurrence importante des Anglais et des Allemands. Les papeteries ne sont plus qu'une vingtaine en et disparaissent totalement de la ville à la veille de la Première Guerre mondiale. À la fin du , la concurrence étrangère amène les industries thiernoises à se moderniser. Cette modernisation passe par l'électrification. Un nouveau type d'usines se crée, où sont intégrées toutes les opérations de la coutellerie.

Alors que la France entame sa révolution industrielle souvent au détriment de l'artisanat, Thiers semble garder son savoir-faire artisanal dans le domaine de la coutellerie. Ainsi, les gorges de la Durolle se divisent en deux vallées. En amont, la vallée des Rouets reste dans une optique de production artisanale avec l'image des vieux rouets qui utilisent encore la force motrice de la rivière pour fonctionner et en aval, jusque dans la ville-basse de Thiers, les grandes usines s'installent dès sur les rives étroites de la Durolle..

Conditions de travail Les conditions de travail des couteliers sont connues pour être très pénibles et dangereuses dès le Moyen Âge.. Chez les artisans, la position couchée unique au monde utilisée par les émouleurs pour émoudre leurs lames de couteaux et être plus productifs rend la tâche périlleuse lorsque la meule entraînée rapidement par la force motrice de la rivière explose. L'émouleur est alors projeté au plafond et les chances de survie sont assez faibles.. S'ajoutent les températures relativement basses au fond des gorges de la Durolle et l'humidité très présente. Du côté des ouvriers, les ateliers sont également dangereux et périlleux. La température ambiante peut y dépasser la barre des tandis que le taux d'humidité reste très élevé. Les machines qui travaillent le fer comme les martinets, les marteaux-pilons ou les découpoirs sont extrêmement puissantes et les erreurs d'inattention des ouvriers ne pardonnent pas. Le bruit est également très présent et résonne jusque dans le centre-ville de Thiers.. L'atmosphère générale de ces ateliers est très gênante pour la respiration des ouvriers ; la poudre du charbon utilisé pour faire chauffer les fours est toxique pour l'homme.

Crises économiques du et fluctuations des productions vignette|alt=Vieille photographie où l'on peut voir de vieilles usines de coutellerie situées le long de la Durolle.|La partie nord de la vallée des usines au début du .

Problèmes liés à l'utilisation de l'eau Les problèmes concernant les eaux de la Durolle sont de plus en plus nombreux au début du . En premier lieu, le débit de la rivière en été reste très bas et très irrégulier, provoquant un chômage relatif. En effet, les usines utilisant la force motrice de la rivière ne peuvent travailler sans un débit d'eau suffisant.. En hiver, le phénomène s'inverse : la Durolle d'hiver devient un torrent en crue avec une force considérable. La ville de Thiers est l'une des villes les plus vulnérables du département du Puy-de-Dôme face aux crues et la vallée des Usines est le quartier de la ville le plus touché lors de ces événements..

Pour ne plus dépendre des caprices de la Durolle, les usines utilisent la force motrice électrique dès . La Durolle permet d'obtenir une puissance d'environ par jour en moyenne en contre pour l'énergie d'origine électrique.

La puissance moyenne par jour de la force motrice électrique s'établit ainsi :

année puissance en cheval-vapeur L'indépendance des usines face à la Durolle leur permet de devenir des « usines complètes ». Ainsi, dans la vallée de la Durolle, plus de et sont présents en . Le bassin thiernois est alors le plus gros bassin français de production de couteaux et d'outils possédant une lame, loin devant ceux de Châtellerault, Nogent-en-Bassigny et Paris et à égalité avec Sheffield au Royaume-Uni. Mais à partir de cette date, la production connaît de nombreuses fluctuations :

année production en tonnes19123 108 t 19181 210 t 19202 618 t

Reconstruction d'après guerre