Joe Gibbs, né Joel Arthur Gibson le à Salt Spring, dans la paroisse de Saint-James (Jamaïque), et mort d'une crise cardiaque le , est un producteur jamaïcain de reggae et de dub.
Biographie
Formation et débuts Joe Gibbs étudie l'électronique à Cuba, puis travaille comme technicien pour Stone & Webster à Montego Bay. Il s'installe à Kingston, où il ouvre sur Beeston Street la boutique Amalgamated, atelier de réparation électronique doublé d'un point de vente de disques. En 1966, il y commence à enregistrer des artistes sur un magnétophone deux pistes, en collaboration avec Lee « Scratch » Perry, qui vient de quitter Coxsone Dodd. Il se spécialise d'abord dans la production de singles pour les locaux. Sa boutique, l'une des plus grandes de Kingston, lui sert aussi de baromètre commercial : les jours de marché, les disques s'y vendent après une écoute obligatoire au comptoir, et les demandes de la clientèle lui indiquent en temps réel ce qui s'impose dans les dancehalls.
Rock steady : le label Amalgamated Avec l'aide de Bunny Lee, Gibbs lance le label Amalgamated. Sa première production marquante est de Roy Shirley (1967), l'un des premiers titres du rock steady, qui s'impose en tête des charts jamaïcains.
Quand Perry quitte le label pour fonder Upsetter, Gibbs recrute Winston « Niney » Holness, dit Niney the Observer. Jusqu'en 1970, il produit les Pioneers, Errol Dunkley et Ken Parker. Les sessions font appel à Lynn Taitt et les Jets, avec l'organiste Ansel Collins et les cuivres de Tommy McCook, Bobby Ellis et Vin Gordon, ainsi qu'aux Hippy Boys, avec les frères Barrett à la section rythmique.
La rupture avec Lee Perry La séparation avec Perry tourne au règlement de comptes. Fin 1968, Perry enregistre , une chanson à charge contre son ancien employeur dont la mélodie parodie celle de , l'un des succès des Pioneers pour le compte de Gibbs. Le morceau lance Perry comme producteur indépendant. Gibbs et les Pioneers répliquent avec des titres comme et .
Percée internationale La première réussite internationale de Gibbs est de Nicky Thomas, neuvième au UK Singles Chart à l'été 1970. Il oriente alors sa production vers le reggae naissant sans abandonner ses artistes rock steady : les Ethiopians, Delroy Wilson, les Heptones. Les deux volumes de sont de forts vendeurs en Jamaïque. Il crée trois nouveaux labels : Jogib, Shock et Pressure Beat. Au début des années 1970, Gibbs note que les ventes par single, qui atteignaient auparavant 50 000 à 100 000 exemplaires en Jamaïque, sont retombées à 20 000 ou 30 000, tandis que les coûts de production continuent de croître.
Les Mighty Two et le studio de Retirement Crescent En 1972, Gibbs ouvre un nouveau studio à Retirement Crescent, dans le secteur de Cross Roads à Kingston. Il s'y associe à l'ingénieur Errol Thompson, ancien de Randy's Studio. Le duo prend le surnom de « Mighty Two ». Leur groupe maison, les Professionals, réunit Robbie Shakespeare à la basse, Sly Dunbar à la batterie et Earl « Chinna » Smith à la guitare. Les Mighty Two totalisent plus d'une centaine de numéros un jamaïcains, parmi lesquels de Dennis Brown, de Big Youth et de Black Uhuru.
En 1975, Gibbs dote le studio d'un équipement seize pistes et y installe une presse à disques. La même année débute la série , enregistrée avec Santa Davis à la batterie, George Fullwood à la basse et plusieurs membres du Soul Syndicate, l'ensemble créditté sous le nom des Professionals. Le line-up évolue ensuite vers Sly Dunbar et Robbie Shakespeare. Le troisième chapitre de la série (1978) s'impose comme sa pièce maîtresse, Thompson y déployant toutes ses techniques d'effets stéréo — flanger, delay, slapback echo. Gibbs élargit par ailleurs son catalogue au roots reggae, au rockers et au dub, produisant entre autres Dennis Brown, Jacob Miller, Sylford Walker, les Mighty Diamonds, Gregory Isaacs, Prince Alla et Junior Byles. La production est distribuée à l'international à partir de 1977 sur Lightning, filiale de Warner-Elektra-Atlantic, puis sur Laser, autre sous-label du même groupe.
de Culture (1977) touche le public punk rock britannique et assure au label une audience internationale. Les albums dub des Mighty Two, mixés par Thompson, s'écoulent largement au Royaume-Uni. Parmi les autres artistes produits à la fin des années 1970 : Marcia Aitken, Althea & Donna, John Holt, Barrington Levy, Dean Fraser, Beres Hammond, Prince Far I, I-Roy.
En marge de sa carrière musicale, Gibbs apparaît dans son propre rôle dans les films The Harder They Come (1972) et Rockers (1978).
Déclin et dernières années Dans les années 1980, la reprise de par J.C. Lodge apporte un succès international, mais déclenche un procès pour droits d'auteur impayés qui contraint à la fermeture du studio. Dans les années 1990, Gibbs tente un retour en s'associant de nouveau à Errol Thompson et à Sidney « Luddy » Crooks des Pioneers, puis noue un partenariat avec Chris Chin de VP Records.
Joe Gibbs meurt d'une crise cardiaque le , laissant douze enfants.
Discographie sélective
Albums Année Titre Label 1972 Dub Serial Joe Gibbs 1973 African Dub All-Mighty Joe Gibbs 1974 African Dub Chapter 2 Joe Gibbs 1976 State of Emergency Joe Gibbs 1978 African Dub All-Mighty Chapter 3 Joe Gibbs 1979 African Dub Chapter 4 (avec les Professionals) Joe Gibbs 1979 Majestic Dub Joe Gibbs 1980 Rockers Carnival Joe Gibbs 1984 African Dub Chapter 5 Joe Gibbs
Compilations (sélection) Année Titre Label 1988 The Reggae Train 1968–1971 Trojan Records 1991 Explosive Rock Steady 1967–1973 Heartbeat Records 1992 The Mighty Two Heartbeat Records 1998 Uptown Top Ranking – 1970–1978 Trojan Records 2000 Love of the Common People 1967–1979 Trojan Records 2002 No Bones for the Dogs 1974–1979 Pressure Sounds 2003 Joe Gibbs Productions Soul Jazz Records 2008 Scorchers From The Mighty Two VP Records 2009 Scorchers From The Early Years 1967–1973 VP Records
Notes et références
Bibliographie
Liens externes
Catégorie:Naissance en octobre 1942 Catégorie:Décès en février 2008 Catégorie:Producteur jamaïcain de reggae Catégorie:Pages avec des traductions non relues Catégorie:Décès à 65 ans