La conférence de Vienne du est une conférence gouvernementale germano-austro-hongroise destinée à régir les modalités de partage des conquêtes européennes de la quadrupliceLa quadruplice regroupe les alliances mises en place par le entre le et le , bornes chronologiques de l'intervention bulgare dans le conflit., dans un contexte de rivalités et de divergences de plus en plus accentuées entre le impérialDe 1871 à 1945, le nom officiel de l'État allemand est . Par commodité, il sera désigné simplement par le terme par la suite. et la double monarchie. Réunie alors que la double monarchie sombre dans une crise de laquelle elle se montre incapable de sortir jusqu'à son dénouement durant l'automne 1918, la rencontre de Vienne constitue une nouvelle occasion pour les envoyés allemands de réaffirmer le poids du dans la direction de l'alliance germano-austro-hongroise, d'une part, et en Europe, d'autre part.

Contexte Crise de

Le mois de est marqué par une évolution institutionnelle de grande ampleur dans le Reich impérial. En effet, la chute de Theobald von Bethmann-Hollweg le crée les conditions de la transformation des chanceliers qui lui succèdent en hommes de paille de l’ (OHL, Haut-commandement allemand) ; la question des buts de guerre devient un aiguillon pour les Dioscures Paul von Hindenburg et Erich LudendorffCes deux militaires apparaissent inséparables, comme les Dioscures de la mythologie romaine. : le chancelier Bethmann-Hollweg accepte les conclusions de la conférence du , en définissant ce programme des buts de guerre du comme une , qui constitue la principale des raisons de sa chute.

Cependant, le chancelier voit les oppositions à sa politique se renforcer au fil des semaines depuis les conférences d' et ; une alliance de circonstance regroupe les parlementaires, le Guillaume de Prusse et les Dioscures. Cette alliance déstabilise puis submerge le chancelier, finalement désavoué par l'empereur.

Au terme de cette crise politique, Georg Michaelis, alors commissaire au ravitaillement au sein du cabinet prussien, totalement inconnu de la population, mais pressenti par Theobald von Bethmann-Hollweg sur proposition de Georg von Hertling, se voit nommé chancelier, après consultation de l'empereur auprès d'Erich Ludendorff et Paul von Hindenburg qui apprécient son franc-parler ; ses premières déclarations aux parlementaires font rapidement de lui l'homme lige des deux généraux.

Désir de sortir du conflit

La prolongation du conflit achève d'épuiser l'Autriche-Hongrie. La gravité de la situation intérieure crée un sentiment de parmi les dirigeants austro-hongrois, prêts à de nombreuses concessions afin de pouvoir sortir la double monarchie du conflit. Le , Ottokar Czernin, le ministre commun des affaires étrangères, adresse au nouvel empereur Charles un état des lieux de l'épuisement économique et militaire de la monarchie danubienne dans son rapport intitulé .

Dans le même temps, Charles tente de mener une diplomatie parallèle, appuyée sur la famille de l'impératrice Zita, notamment ses frères et ses cousins ; cependant, ces initiatives échouent en raison de la politique hésitante et indécise de l'empereur qui , selon les termes d'une lettre d'Ottokar Czernin à István Tisza, ancien premier ministre hongrois.

Face à cette situation préoccupante, les Allemands multiplient les initiatives pour imposer la poursuite du conflit à leur principal allié : envoi de missions officieuses, menées notamment par Matthias Erzberger, financement de partis politiques autrichiens et hongrois favorables au maintien de l'alliance entre le Reich et la double monarchie. De plus, lors d'une audience avec l'ambassadeur austro-hongrois à Berlin, Gottfried de Hohenlohe-Schillingsfürst, l'empereur allemand évoque sans fard le les projets allemands d'invasion de la double monarchie, en cas d'ouverture de négociations de paix avec les Alliés.

Parallèlement à ces démarches dictées par une situation désespérée, des initiatives se font jour au sein du Reich en vue de l'ouverture de négociations de paix. Cependant, fruit des réflexions de certains responsables politiques et économiques, elles sont rapidement contrées par le maximalisme des ambitions des militaires de l'OHL, hostiles à la négociation d'une défendue par la majorité du Reichstag depuis le Le , l'empereur plaide, devant le Reichstag, en faveur d'une ..

Enfin, dans les jours précédant la conférence, la diplomatie pontificale s'active pour tenter de mettre un terme au conflit. Ainsi, le est officiellement publiée une note du pape Benoît XV. Préparée depuis des mois par le Vatican en accord avec le gouvernement du selon l'historienne Annie Lacroix-Riz, elle répond à la fois à la volonté austro-hongroise de mettre un terme au conflit et aux aspirations politiques et territoriales du Reich. Le texte exact de la note pontificale est connu à Vienne le , selon Jean-Paul Bled ; cependant, ses dispositions principales sont connues des membres de la quadruplice peu de temps avant la rencontre du .

Accords de Kreuznach

Depuis l'acceptation par Ottokar Czernin de la note finale reprenant les discussions de Kreuznach le , les responsables allemands n'ont de cesse de vider l'accord conclu le de son contenu : l'Europe centrale et orientale est ainsi partagée en zones d'influence allemande et austro-hongroise ; cependant, ce partage masque mal la réalité du rapport de force entre les deux alliés, les Allemands tentant de se substituer aux Austro-hongrois.

À Kreuznach, l'Albanie, le Monténégro, la majeure partie de la Serbie et la Valachie sont destinés à rejoindre la sphère d'influence austro-hongroise ; cependant, cette dévolution masque la forte influence économique que le se réserve dans les régions promises à devenir le domaine de la double monarchie.

Les négociateurs allemands réservent pour le Reich la Pologne, promise à un strict contrôle politique, économique et militaire, en dépit de son indépendance formelle, éventuellement placée sous le sceptre de l'archiduc Charles-Étienne de Teschen, cousin de l'empereur-roi ; ils ajoutent aussi le contrôle de certaines voies de chemins de fer stratégiques, en Roumanie et dans les Balkans austro-hongrois.

Participants Négociateurs allemands La délégation allemande est conduite par le nouveau chancelier du Reich, Georg Michaelis, novice en matière de politique étrangère.

Il est accompagné par le secrétaire d'État aux affaires étrangères, l'expérimenté Arthur ZimmermannArthur Zimmermann, diplomate de carrière, est le véritable chef de la délégation allemande. Il est cependant obligé de démissionner de ses fonctions le .. Ce dernier est secondé par le sous-secrétaire d'État Wilhelm von Stumm, responsable du département économique de son ministère.

Négociateurs austro-hongrois Face au chancelier impérial et à son secrétaire d'État, le ministre austro-hongrois des affaires étrangères, Ottokar Czernin, assisté de ses plus proches collaborateurs, accueille le nouveau chef du gouvernement allemand.

Czernin est notamment assisté de son chef de cabinet, Alexander HoyosAlexander Hoyos a été envoyé à Berlin le pour sonder le gouvernement du Reich sur la conduite à tenir face à la Serbie à la suite de l'attentat de Sarajevo., ainsi que de Ladislas Müller von Szentgyörgyi et Ludwig von Flotow, deux des quatre chefs de section de son ministèreLe ministère austro-hongrois des affaires étrangères est organisé en sections..

Discussions bilatérales Les discussions de Vienne abordent trois points essentiels dans les relations entre le Reich et la double monarchie, dans un contexte marqué par une certaine franchise entre participants et par la décrépitude avancée de l'empire des Habsbourg à ce stade du conflit.

Pessimisme des politiques Cette conférence germano-austro-hongroise, la première à laquelle participe l'inexpérimenté Georg Michaelis, constitue un moment propice à une analyse sans fard de la situation des puissances centrales, étranglées par le blocus allié, par les restrictions de nourriture, les contingentements des matières premières et par la lente dégradation de la situation militaire.

En effet, le chancelier reprend les analyses de son prédécesseur, Theobald von Bethmann Hollweg, sur le lent épuisement du Reich et de ses alliés, mais refuse d'admettre que la prolongation du conflit ne peut qu'accentuer la défaite du et du bloc d'alliances organisé autour de l'Allemagne.

Thèmes abordés La conférence du constitue l'occasion pour le secrétaire d'État allemand et son homologue austro-hongrois d'aborder les trois principaux points de désaccords entre le et la double monarchie à ce stade du conflit, à savoir, la question de la paix séparée avec la France, la question polonaise et le partage des Balkans en une sphère d'influence allemande et une sphère d'influence austro-hongroise.

La France constitue la cheville ouvrière de la coalition alliée. Son rôle incite les Austro-allemands à tenter de la faire sortir du conflit le plus rapidement possible. Ainsi, la rencontre de Vienne constitue l'occasion d'aborder pour la première fois la mise en œuvre d'un compromis avec la France, sous la forme de transferts de territoires en Alsace et en Lorraine allemandes. Les responsables allemands, informés des initiatives austro-hongroises en direction de la France, se montrent farouchement opposés à tout échange de territoires qui entraînerait la perte de l'Alsace-Lorraine au profit de la France.

La dévolution de la Pologne, lorgnée à la fois par le et la double monarchie, constitue le second objet de la conférence du ; en effet, depuis les offensives de 1915 et la conquête de la Pologne russe par les puissances centrales, la question de son partage s'avère une pomme de discorde entre les deux alliés, les Dioscures s'opposent à la Au cours du conflit, les responsables politiques allemands imaginent la dévolution de la couronne de Pologne à un archiduc Habsbourg, roi d'une Pologne totalement contrôlée par le ., tandis que les responsables austro-hongrois souhaitent le maintien d'une influence commerciale, économique et politique de la double monarchie dans le royaume restauré.

Enfin, le partage des Balkans en zones d'influence allemande et austro-hongroise constitue le troisième et dernier point de discorde entre les responsables des deux empires. Ainsi, la politique allemande dans les Balkans ne laisse pas le gouvernement austro-hongrois indifférent : en Roumanie, les occupants allemands réquisitionnent les pipelines par lesquels est transporté le pétrole roumain ; pour rendre pérenne ces réquisitions et les légaliser, le gouvernement du encourage la création de sociétés dans lesquels les Allemands contrôlent la majorité du capital. De même, les autorités d'occupation tentent d'imposer un nouveau corpus juridique, aligné sur celui du Jusqu'alors, le droit roumain était fortement influencé par le droit français.. Cette politique systématique de prise de contrôle de l'économie d'un pays alors dévolu à la zone d'influence austro-hongroise crée les conditions de frictions entre les deux empires, les Austro-hongrois acceptant difficilement de renoncer à leur zone d'influence au profit du . En Serbie, la présence d'une division allemande permet aux entreprises allemandes non seulement de s'immiscer dans la gestion des matières premières du pays, partagé entre les Austro-hongrois et les Bulgares, mais aussi de contrôler directement les chemins de fer du royaume occupé.

Propositions austro-hongroises

Face à une situation intérieure de plus en plus incertaine, les responsables austro-hongrois multiplient les initiatives pour tenter d'obtenir l'ouverture de négociations de paix avec les Alliés.

Ainsi, Ottokar Czernin propose, au nom de son empereur, non seulement la cession de la Galicie au nouvel État polonais, mais aussi l'abandon des positions austro-hongroises en Pologne au profit du . En échange de quoi, le négocierait avec les Français d'hypothétiques concessions en Alsace-Lorraine.