La statue de située à Caen, dans le département du Calvados, en Normandie (France), est une œuvre du sculpteur Louis Petitot qui s'inscrit dans le courant néo-classique. Elle est installée en 1828 afin de montrer la fidélité de la ville au nouveau régime dans le contexte de la Restauration. Elle remplace une précédente statue de , érigée au sur la place Royale et détruite pendant la Révolution française.
Localisation
La statue est située depuis 1961 sur la place Saint-Sauveur., une des principales places du centre-ville ancien de Caen, réaménagée au .
À l'origine, de 1828 à 1884, elle est située sur la place de la République, autre place importante du centre-ville. Cette ancienne place Royale date du .
De 1884 à 1961, elle se trouve devant le mur d'enceinte du lycée Malherbe, alors dans l'abbaye aux Hommes ; elle est située place Louis-Gillouard, dans l'axe de la place Fontette à l'avenue Albert-Sorel...
Histoire Première statue (disparue)
vignette|gauche|alt=Gravure représentant la place Royale.|Une évocation de l'ancienne place Royale au , peu fidèle à la réalité, mais représentant l'importance de la statue dans l'architecture ordonnancée.
Dans les années 1630, la municipalité de Caen lance une importante opération d'urbanisme consistant à aménager une grande place carrée entourée de maisons construites en pierre de taille sur un alignement déterminé, typique de l'architecture ordonnancée.. Encouragée par Antoine Barrillon de Morangis, intendant de la généralité de Caen, la municipalité décide les 4 et de construire une statue de au centre de cette nouvelle place, dite place Royale (actuelle place de la République).
Jean Postel commence une statue en pierre pour la ville de Rouen. Mais le donateur qui doit financer la statue meurt. Jean Regnault de Segrais, échevin de Caen, achète alors la statue.
La statue est inaugurée le , jour de l'anniversaire du roi. Cette inauguration est l'occasion de grandes festivités solennelles.
Nous ne possédons pas de représentation de cette statue mais seulement une description dans une brochure de 1685. Haute de huit pieds (environ ), elle reposait sur un piédestal de douze pieds de haut (environ ). Le roi est représenté debout, le bras tendu dans un geste de commandement. Autour du piédestal, quatre figures tiennent les armes et la devise du monarque, mêlées à divers trophées (à l'image du tropaion antique). Des inscriptions en français et en latin sont gravées en lettres d'or sur quatre tables de marbre noir.
Les quatre inscriptions sont les suivantes : sur la première face, un madrigal en français de Segrais :
sur la seconde face, à droite, un distique anonyme en latin :
sur la troisième face, à gauche, un épigramme en latin de de la Molle, lieutenant général à Caen :
sur la quatrième, une en latin de Charles de Ferrare du Tot., conseiller au Parlement de Normandie :
Sculptée dans une pierre friable, la statue en pierre est très vite endommagée. En 1738, Charles-Gabriel Porée la décrit ainsi comme .
La statue est abattue lors de la Révolution française. Les destructeurs, probablement le club des Jacobins, font une première tentative dans la nuit du au , mais la garde est alertée et finalement seules les inscriptions sur le piédestal sont détruites. Le lendemain, dans la nuit du au , la statue elle-même est définitivement renversée..
Statue actuelle La création de l'œuvre et son installation sur la place Royale En 1813, l'idée est lancée d'ériger une statue de François de Malherbe sur la place Malherbe. En 1816, Jean-Joseph Espercieux est pressenti pour cette commande pour laquelle l'État pourrait fournir le marbre. Toutefois, le projet est abandonné et à la place, la municipalité préfère faire ériger une nouvelle statue de pour montrer sa fidélité au nouveau régime dans le contexte de la Restauration. Le projet prend douze ans à être réalisé.
Le , la ville décide officiellement d'élever une nouvelle statue au centre de la place Royale. Le , une ordonnance royale autorise la construction de la statue. Jean-Baptiste Philippe Harou est chargé d'établir le devis de la dépense du piédestal. Il dessine un croquis de la future statue. Il estime que doit être représenté . La municipalité envisage dans un premier temps de construire la statue en marbre, en espérant se faire financer par l'État, mais décide finalement en 1821 de la réaliser en bronze, matériel plus adapté au climat normand et moins long à travailler. Le gouvernement accepte finalement de financer le marbre pour le piédestal.
Plusieurs projets sont présentés : Louis Petitot ; James Pradier ; Claude Ramey et François-Joseph Bosio ; Louis Pierre Deseine. Le fondeur Auguste-Jean-Marie Carbonneaux propose une reproduction de la statue équestre de réalisée par François Joseph Bosio pour la place des Victoires. Ce projet est jugé trop onéreux. La réalisation de la statue et de son piédestal est finalement confiée à Louis Petitot.
En , Petitot soumet un dessin et deux esquisses de la statue à l'Académie des beaux-arts. Mais le projet met encore plusieurs années avant de se concrétiser. Ce n'est qu'en 1827 que la statue en bronze est fondue dans les ateliers de Charles Crozatier.
Le , une première cérémonie est organisée pour le scellement du bloc de marbre formant le couronnement du piédestal en présence de la dauphine de France, Marie-Thérèse de France. La statue en elle-même est présentée au Salon de 1827... L'inauguration officielle de l'ensemble a lieu le , jour du quatorzième anniversaire du retour de en France. Aucun membre de la famille royale n'est présent. Pour l'occasion, une médaille est commandée à Louis-Michel Petit, et Alphonse Le Flaguais rédige une ode. Trois exemplaires en or sont offerts au roi, au dauphin et à la dauphine. Soixante sont frappées en argent et trois cents en bronze. L'œuvre est appréciée du pouvoir royal et elle a très probablement contribué à ce que Louis Petitot et Charles Crozatier reçoivent conjointement la Légion d'honneur en .
Côté image, est représentée la statue avec l'inscription et en bas .
Côté revers, se trouvent les effigies superposées de et , avec l'inscription de leurs noms et le nom du graveur Petit.
La statue est entourée à partir de 1829 d'une grille tantôt peinte, tantôt dorée.
Lors des Trois Glorieuses en , l'œuvre, chargée de symboles monarchiques, est menacée. Mais finalement seules sont supprimées les fleurs de lys qui ornaient la statue.
La statue devant le lycée Malherbe (ancienne abbaye aux Hommes)
Le , le maire républicain de Caen, Albert Mériel, décide de faire déplacer la statue devant l'ancienne abbaye aux Hommes (alors occupée par le lycée Malherbe). Ce transfert a pour but de permettre l'aménagement en square de la place, rebaptisée à la même occasion place de la République., mais également d'effacer le souvenir de toutes imputées à la monarchie.. Le projet provoque un scandale qui dépasse les limites de la capitale bas-normande ; la presse parisienne s'en fait les échos et même participe à la polémique. Les travaux sur la place ont lieu du au . La statue est un temps déposée dans la cour du palais Fontette, avant d'être placée sur son piédestal, place du Parc (actuelle place Louis-Guillouard), le suivant.
Lors de l'Occupation, les forces allemandes exigent en la mobilisation des métaux non ferreux. La loi du relative à l'enlèvement des statues et monuments métalliques en vue de la refonte prévoit que .. Son déboulonnage en vue de sa fonte est donc envisagé sous le régime de Vichy. Cependant, l'œuvre est conservée, non pour son caractère artistique, jugé faible par la commission d'examen, mais pour son intérêt historique.
La statue sur la place Saint-Sauveur En 1953, la grille entourant le monument, détériorée par un autocar, est supprimée.. En , la ville de Caen achète à l'État l'ancienne abbaye aux Hommes afin de la transformer en hôtel de ville.. Le projet de restauration prévoit de réaménager la cour de l'ancien lycée en jardin à la française ouvert sur la ville (actuelle esplanade Jean-Marie Louvel). Dans le cadre de ce projet, le mur qui clôture la cour est démoli et la statue de est transférée sur la place Saint-Sauveur, le .. La statue et son piédestal sont installés à l'emplacement d'une statue de François de Malherbe, dressée en 1953 sur le piédestal où se trouvait jusqu'en 1942 la statue de Léonce Élie de Beaumont, réalisée par Louis Rochet en 1875 et déboulonnée sous le régime de Vichy pour être fondue.
La statue et son socle sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du . Au début des années 2010, la place Saint-Sauveur est réaménagée en vue de sa piétonisation. La statue de est retirée le pour être restaurée... Cette restauration permet de redonner de la lisibilité aux détails iconographiques. La direction régionale des Affaires culturelles envisage un temps de remplacer le piédestal en marbre, pourtant protégé par l'arrêté d'inscription, par un nouveau socle en plexiglas réalisé par un artiste plasticien... La statue est finalement replacée le sur son socle d'origine, mais à quelques mètres à l'ouest de son emplacement d'origine.. Les trois marches sur lesquels reposaient le piédestal et la statue, qui existaient depuis 1828, sont supprimées.
Protection Le , un arrêté inscrit au titre des monuments historiques l'ensemble du monument (la statue et son socle), ainsi que la statue de Bertrand du Guesclin, sur la place Saint-Martin.
Description Le monument est une statue en bronze haute de onze pieds ( ou ).
La statue repose sur un piédestal sculpté dans du marbre du Boulonnais. La perte des trois marches en marbre dans les années 2010 a légèrement altéré les proportions de l'œuvre. La signature du sculpteur est gravée sur la plinthe du bronze.
Le roi est présenté en empereur romain , le front ceint d'une couronne triomphale. Il porte une tunique courte et par dessus une cuirasse ornée au niveau du ventre d'un bas-relief dont le motif s'apparente à deux victoires ailées encadrant un trophée dressé avec des armes ennemies. Sur la partie supérieure, au niveau du torse, on peut deviner un motif de soleil, en grande partie masqué par un , fixé par une fibule ronde sur l'épaule droite. Il est chaussé de , bottes traditionnelles des sénateurs romains, à haute tige et quadruple laçage. Elles sont décorées de la peau du Lion de Némée et d'un décor de rinceaux, représentatif de l'art classique de l'époque augustéenne. Afin d'équilibrer la composition, Petitot a placé à ses pieds un , casque de combat, surmonté d'un cimier en plumes. Jusqu'en 1830, le casque et les festons ornant le bas de la cuirasse étaient décorés de fleurs de lys.
Le roi pose le pied droit sur une épée brisée. Sa main gauche est appuyée sur un glaive, montrant ainsi . Sa main droite tient des rameaux de laurier tressés en couronne et, à la droite du monarque, se trouve un cippe sur lequel sont déposées les couronnes de lauriers que le roi distribue. La façade principale du cippe est ornée d'un caducée, alors que sur les autres faces sont figurés des trophées de guerre, de marine et d'arts.
Le roi porte une moustache et sa chevelure, longue et naturelle, repose sur ses épaules, représentant ainsi le roi dans sa jeunesse.
La statue représente
Influences Petitot s'est inspiré de l'. Le choix du code vestimentaire et de la symbolique de célébration du retour à la paix place également cette œuvre dans la filiation de la représentation de à l'antique exécutée du vivant du monarque par Antoine Coysevox pour l'hôtel de ville de Paris. Dix ans plus tard, Louis Petitot réalise pour la cour d'honneur du château de Versailles le cavalier de la statue équestre de , cette fois-ci présenté en tenue du ..
Interprétations et accueil critique