vignette|La scène du crime (photographie de 1945). Le massacre dans le monastère des jésuites, rue Rakowiecka à Varsovie est un meurtre de masse dont plusieurs dizaines de Polonais ont été victimes dans le monastère des jésuites à Mokotów, commis par les Allemands lors du deuxième jour de l’insurrection de Varsovie. Le , dans le bâtiment appelé « Dom Pisarzy » (fr. « La maison des écrivains »), 61 , les officiers SS assassinent près de 40 personnes – dont 8 prêtres, 8 frères de la Compagnie de Jésus et plus de 20 personnes laïques (au moins 8 femmes et un garçon de 10 ans).

Monastère à l’heure H Au moment du déclenchement de l’insurrection de Varsovie, la position du monastère est particulièrement défavorable, car la rue Rakowiecka est l'un des foyers de la résistance les plus importants, à proximité immédiate des forces allemandes, logées dans la SS-Stauferkaserne, 4 rue Rakowiecka, à l’entrée de la (Flakkaserne), l'immeuble de l'Université des sciences de la vie de Varsovie (pol. Szkoła Główna Gospodarstwa Wiejskiego, SGGW), les batteries d'artillerie antiaérienne de Pole Mokotowskie, l'école Wawelberg et la forteresse de MokotówFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 7.

Le , les soldats de l’Armée de l’intérieur (District V « Mokotów ») attaquent les positions allemandes tout au long de la rue Rakowiecka. Ce jour-là, les batailles ont lieu en dehors du monastère. À cause de la fusillade dans les ruesDès les premières minutes de l’insurrection, les Allemands tirent sur chaque Polonais qu’ils aperçoivent. . Plus d’une dizaine de civils (parmi eux le garçon de 10 ans, Zbyszek Mikołajczyk) se réfugient dans le monastère. Le soir, il y a environ 50 personnes dans l'enceinte du monastère – 25 frères, 12 habitants laïques de la maison et plus d’une dizaine de civilsSzymon Datner, Kazimierz Leszczyński (red.): Zbrodnie okupanta w czasie powstania warszawskiego w 1944 roku (w dokumentach). Warszawa: wydawnictwo MON, 1962. p. 124.

Entrée des Allemands vignette|Le corps du Père Kosibowicz exhumé en 1945 Le calme ne dure pas très longtemps. Au matin du , le monastère est attaqué avec des armes antiaériennes allemandes situées à proximité, à Pole MokotowskieFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 10. Le tir ne fait pas de victime, mais bientôt une unité SS composée de 20 personnes, envoyée probablement de Stauferkaserne, entre dans le monastèreSzymon Datner, Kazimierz Leszczyński (red.): Zbrodnie okupanta w czasie powstania warszawskiego w 1944 roku (w dokumentach). Warszawa: wydawnictwo MON, 1962. p. 127Maja Motyl, Stanisław Rutkowski: Powstanie Warszawskie – rejestr miejsc i faktów zbrodni. Warszawa: GKBZpNP-IPN, 1994. p. 141Felicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 8. Les officiers SS accusent les Polonais de tirer sur les soldats allemands.

Après la fouille rapide qui ne donne aucune preuve, les Allemands font sortir l'abbé Edward Kosibowicz du bâtiment sous prétexte de lui demander des explications supplémentaires. Il est assassiné d'une balle dans la nuque dans Pole Mokotowskie. Au même moment, les soldats rassemblent le reste des prisonniers dans la chaufferie, au sous-sol du monastère. Des frères parlant allemand essayent d’établir un contact avec les SS et de détendre l’atmosphère, mais sans succèsFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 12-13.

Massacre Au bout d'un moment, les Allemands font sortir, l'un après l’autre, les prisonniers de la chaufferie. Ils les spolient de leurs biens personnels et les font entrer dans une petite chambre, occupée par le charretier du monastère. Une fois les prisonniers rassemblés dans la chambre, ils ouvrent le feu et lancent des grenades. Pendant plusieurs heures, les soldats achèvent les blessésSzymon Datner, Kazimierz Leszczyński (red.): Zbrodnie okupanta w czasie powstania warszawskiego w 1944 roku (w dokumentach). Warszawa: wydawnictwo MON, 1962. p. 125-126. Selon les récits des témoins, un petit garçon de 10 ans, d’origine allemande, assiste les officiers SS, en leur désignant les victimes donnant encore des signes de vie.

Après le départ des Allemands, 14 personnes sortent du tas des corps. Neuf d'entre eux se cachent derrière des tas du charbon, dans la chaufferieUn homme, qui avait échappé aux Allemands avant le début du massacre, s'y trouve déjà.. Les cinq autres se réfugient derrière le bois de chauffage, dans la cuisine du monastère. Les Allemands reviennent bientôt pour verser de l'essence sur le tas des cadavres et y mettre le feu.

Le chapelain du monastère, l'abbé Franciszek Szymaniak est la dernière victime du massacre. Inconscient du meurtre, il est venu chercher des hosties consacrées. Il est exécuté dans la chapelleFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 14.

Il est impossible de déterminer la liste exacte des morts, parce qu’on ne connaît que 32 noms des victimes du massacre.

Fuite des survivants Après le massacre, les Allemands pillent et dévastent le monastère en mettant le feu à plusieurs endroits du bâtiment. Ils ne découvrent cependant pas les Polonais qui ont survécu au massacre. La nuit du 2 au , les cinq personnes cachées dans la cuisine décident de s'échapper du bâtiment. Les quatre prêtres se séparent et réussissent à se mettre à l’abri. Le sort de la cinquième personne, une femme non identifiée qui est revenue à Mokotów à la recherche de ses enfants, n'est pas connu. L’abbé Jan Rosiak, un des fugitifs, affirme qu’elle a survécu à l’insurrectionFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p.105.

Deux jours plus tard, les Polonais cachés dans la chaufferie réussissent à informer les voisins de la situation. Le , les ambulancières de l’hôpital évacuent les survivants du monastère sur le terrain contrôlé par les insurgésFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 15-16.

Commémoration vignette|La plaque commémorative sur le mur de l’ancien monastère (aujourd’hui Collegium Bobolanum) Au bout d'un certain temps, le père Bruno Pawelczyk, jésuite, arrive sur le lieu du crime. Il reste en dehors du monastère, mais cela n’empêche pas les Allemands de le capturer et de l'emmener à la caserne militaire Stauferkaserne. Après avoir compris le sort de ses confrères, il rejoint un commando sanitaire qui s’occupe d'enterrer les morts. Parvenu au monastère de la rue Rakowiecka, il convainc les membres du commando d’emmurer les corps dans la chambre au lieu de les transporter et de les inhumer. Plus tard, cette décision aura facilité la tâche de retrouver et exhumer les victimesFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 16-17.

Après la guerre, les restes des victimes sont placés dans quatre cercueils qui sont enterrés sous le sol de la chambre où le massacre a eu lieu. La chambre est transformée en chapelleFelicjan Paluszkiewicz: Masakra w Klasztorze. Warszawa: wydawnictwo Rhetos, 2003. . p. 17. Les pèlerins partant pour le sanctuaire de saint André Bobola la visitent régulièrement.

Deux plaques commémorent le massacre : l'une, située à côté de la clôture du sanctuaire, du côté de la rue Rakowiecka et l’autre, conçue par Karol Tchorek, est fixée au mur de l’école Bobolanum.

Le , l’évêque de Pelplin, Jan Bernard Szlaga met en route une procédure de béatification de 122 victimes du nazisme. Parmi eux, figure le Père Władysław WiącekProces beatyfikacyjny. meczennicy.pelplin.pl. , un des jésuites tués le dans le monastère de la rue Rakowiecka.

La même année est publié un livre « Masakra w klasztorze » (fr. Massacre au monastère), sous la rédaction du Père Felicjan Paluszkiewicz, décrivant les événements de l'été 1944 avec les témoignages des survivants du massacre. Un an plus tard, un film documentaire-fiction de Krzysztof Żurowski, est réalisé d'après le livre. Sa première a lieu le , à l’occasion du anniversaire du massacre.

Notes

Références

Sources

Catégorie:Histoire de la Pologne