Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné d'Artois, duc de Bordeaux, plus connu sous son titre de courtoisie de comte de Chambord, né le au palais des Tuileries à Paris, et mort le au château de Frohsdorf à Lanzenkirchen en Autriche, est un prince de la maison d'Artois, aîné des capétiens et chef de la maison royale de France. Petit-fils du roi , chef et dernier représentant de la branche aînée et française de la maison de Bourbon, il est prétendant à la Couronne de France de 1844 à sa mort sous le nom d'.

Le nom d'Artois qui lui fut donné par le roi (suivant la transmission onomastique particulièreCharles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, père du duc de Bordeaux, portait lui-même le nom d'Artois, car son propre père, Charles-Philippe de France (futur roi ) était titré comte d'Artois. de la famille royale sous l'Ancien Régime) est celui qui figure sur son acte de naissance, mais il ne l'utilisa plus à partir de 1844 (date de la mort de son oncle le comte de Marnes, dernier dauphin de France), considérant dès lors porter de jure le nom « de France ».

En outre, il opta à partir de la même date pour le nom de « Bourbon » dans ses relations avec les États étrangers (en particulier ceux qui lui accordaient l'asile politique), et c'est aussi sous ce nom d'empruntNom d'emprunt pour les petits-enfants de (Louise d'Artois, duchesse de Parme, et Henri, comte de Chambord), le nom de Bourbon était en revanche, le nom officiel des Bourbons de Condé et de Conti, ainsi que de la branche illégitime des Bourbon de Busset. Le nom de Bourbon fut également pris, sans l'acceptation des rois de France, par les descendants agnatiques de Philippe de France, duc d'Anjou, petit-fils de . (qui était celui qui servait de patronyme aux bâtards royaux en France depuis le Grand Siècle) qu'il se fit représenter par ses avocats en France, dans certaines procédures civiles. Sous la Restauration, Henri d'Artois portait le titre de duc de Bordeaux, que lui donna en hommage à la première ville qui se rallia aux Bourbon en 1814.

Désigné comme roi de France et de Navarre en 1830, à l'âge de neuf ans, dans l'acte d'abdication de son grand-père, , et de renonciation de son oncle, le dauphin (futur prétendant « »), il n'exercera pas cette fonction du fait de la montée du duc d'Orléans sur le trône. Il part alors en exil avec toute sa famille en Angleterre. De 1830 à sa mort, il porte le titre de courtoisie de comte de Chambord (qui lui fut donné à l'âge de neuf ans, par la famille royale déchue partant pour l'exil), du nom du château qui lui avait été offert par une souscription nationale. Ses partisans le considérèrent comme le « roi ». Avant 1844, le prince portait les mêmes armes que son grand-père quand il était comte d'Artois à savoir de France à la bordure crénelée de gueulesHervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, p. 518..

Revenu en France après la chute du Second Empire en 1870, il rallie à lui la majorité royaliste de la nouvelle assemblée nationale, se réconcilie avec la branche d'Orléans (qui se pose néanmoins en héritière de la branche aînée des Bourbon), et assiste à l'échec d'un projet de restauration, à la suite du refus de la majorité des députés d'accepter le drapeau blanc, et de son propre refus d'adoption du drapeau tricolore.

Il est le dernier descendant légitime en ligne masculine de et de Marie Leszczyńska. Sa mort sans enfant en 1883 marque l'extinction de la branche Artois de la maison capétienne de Bourbon et le début d'une querelle (toujours d'actualité) entre les maisons de Bourbon-Anjou (Espagne) et d'Orléans pour savoir laquelle a le plus de légitimité à la Couronne de France.

Le duc de Bordeaux vignette|gauche|Baptême du duc de Bordeaux à Notre-Dame de Paris le mai 1821, par Dugourc. vignette|upright|La duchesse de Berry, mère du jeune Henri. vignette|redresse|gauche|La duchesse de Berry et ses deux enfants après la mort de son époux. vignette|gauche|La duchesse de Berry présente son fils Henri, duc de Bordeaux, à la cour de France et à la famille royale. vignette|La naissance du duc de Bordeaux, par Dubufe, en 1820. vignette|redresse|gauche|Portrait de S.A.R le duc de Bordeaux réalisé en 1825 par François-Séraphin Delpech. vignette|gauche|Le jeune Henri d'Artois, duc de Bordeaux, inspectant les soldats de la garde royale.

Henri, duc de Bordeaux, est le petit-neveu du roi de France . À sa naissance, il est troisième dans l'ordre de succession après son grand-père, le comte d'Artois — futur (veuf de la princesse Marie-Thérèse de Savoie) et son oncle Louis-Antoine, duc d'Angoulême.

Surnommé par le poète Alphonse de Lamartine l'« enfant du miracleAlphonse de Lamartine, « Ode pour la naissance du duc de Bordeaux », Œuvres poétiques complètes, Paris, La Pléiade, 1963, . », il est le fils posthume de Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, fils cadet du comte d'Artois, et de son épouse Marie-Caroline des Deux-Siciles. Le duc de Berry a été assassiné, dans la nuit du 13 au , par le bonapartiste Louis-Pierre Louvel qui voulait « détruire la souche » des Bourbons. Déjà mère d'une fille, la duchesse de Berry, enceinte au moment du drame, accoucha sept mois et demi plus tard d'un fils, futur héritier du trône tant espéré.

Ondoyé dès sa naissance, entre trois et quatre heures du matin du , par son premier aumônier Marc-Marie de Bombelles évêque d'Amiens, sous le nom de Acte d'ondoiement, Archives du Comte de Chambord (cabinet Honoré d'Urfé, Paris)., Henri est baptisé le à Notre-Dame de Paris ; il a pour parrains son oncle le duc d'Angoulême ainsi que son arrière-grand-père le roi Ferdinand des Deux-Siciles. Ses marraines sont sa tante la duchesse d'Angoulême ainsi que l’épouse de son grand-père, Marie-Isabelle d'Espagne, reine des Deux-Siciles..

Le , une souscription nationale permet de donner au prince le château de Chambord. Il est d'abord placé, comme sa sœur aînée Louise, sous la responsabilité de la duchesse de Gontaut. En 1827, Auguste-Marie Agard de Maupas devient son sous-gouverneur . En 1828, son grand-père, devenu roi en 1824 sous le nom de , confie son éducation au baron de DamasMémoires du baron de Damas, publiés par son petit-fils le comte de Damas, Paris, Plon, 1922, , .. Cet éducateur accorde beaucoup d'importance à l'apprentissage religieuxDuc de Castries, Le Testament de la monarchie () Le grand refus du comte de Chambord : La légitimité et les tentatives de restauration de 1830 à 1886, [Paris], Hachette, 1970, . ; il veille aussi à choisir des précepteurs qui initient le prince aux matières de bases, aux langues vivantes — allemand, italien — aux exercices physiques et au tir au pistolet.

Le prince a une sœur aînée, Louise d'Artois (1819-1864). Du côté de son père, deux demi-sœurs légitimées : Charlotte, comtesse d'Issoudun (future princesse de|de Montplaisir|2008|Faucigny-Lucinge ) et Louise, comtesse de Vierzon (future épouse du baron de Charette, général des zouaves pontificaux), ainsi que plusieurs demi-frères et sœurs illégitimes, dont certains nés posthumes. Le remariage de sa mère avec Hector Lucchesi-Palli produit encore cinq demi-frères et sœurs légitimes.

Révolution de 1830

vignette|redresse|gauche|Henri d'Artois, Roi de France et d’Alger, par un artiste inconnu, vers 1833.

Le , promulgue des ordonnances qui provoquent la révolution de 1830, connue aussi sous le nom de Trois Glorieuses. Le , un groupe d'hommes politiques parisiens lance la candidature au trône de Louis-Philippe, duc d'Orléans. Le , abdique en faveur de son petit-fils Henri d'Artois. L'ordre de succession donnait cependant le trône au fils aîné du roi, le dauphin Louis-Antoine de France, qui était appelé à régner sous le nom de . Mais celui-ci est contraint de contresigner l'abdication de son père. Ainsi, la Couronne passerait au jeune Henri, duc de Bordeaux, qui deviendrait . envoie cet acte d'abdication au duc d'Orléans lui confiant de facto la régence, l'ayant déjà nommé dès le lieutenant-général du royaume (confirmant de fait ce titre, que le duc d'Orléans avait reçu des députés). Dans cet envoi, il le charge expressément de faire proclamer l'avènement d'. Louis-Philippe d'Orléans ne se tient pas pour régent à partir du ; il se contente de faire enregistrer l'abdication de et la renonciation de son fils, sans faire proclamer . Le , la chambre des députés puis la chambre des pairs appellent au trône le duc d'Orléans, qui prête serment le , sous le nom de . Néanmoins, dès le , certains légitimistes (qui seront appelés les henriquinquistes) commencent à désigner le jeune Henri, âgé de neuf ans, sous le nom d'. La famille royale part en exil en Angleterre le Achille de Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations jusqu'à l'avènement de Louis-Philippe, de janvier 1813 à octobre 1830, Paris, Perrotin, 1856, édition, ..

Monarchie de Juillet (1830–1848)

De la Grande-Bretagne à l'Autriche vignette|redresse|Le comte de Chambord dans les années 1840. vignette|redresse|Le comte de Chambord et sa sœur Louise durant leur exil à Prague, par d'Harvillier, entre 1833 et 1836.

La famille royale déchue s'installe au château de Holyrood, en Écosse. En , la duchesse de Berry, mère du duc de Bordeaux, débarque en France dans l'espoir de provoquer un soulèvement dans l'Ouest de la France, qui donnerait le trône à son fils. Sa tentative échoue. Arrêtée en , emprisonnée à la citadelle de Blaye, elle y accouche d'une fille qu'elle présente comme le fruit d'un mariage secret avec le comte de Lucchesi-Palli. Discréditée, elle s'exile et l'ancien roi confie l'éducation de ses petits-enfants à son autre belle-fille, la duchesse d'Angoulême, fille des défunts et Marie-Antoinette d'Autriche.

En , la famille de quitte le Royaume-Uni pour s'installer au palais royal de Prague, en Bohême. L'éducation du duc de Bordeaux est confiée à Denis Frayssinous. Le , pour sa majorité, fixée à treize ans par les lois du royaume, le prince Henri reçoit un groupe de légitimistes henriquinquistesVoici la liste des personnes présentes auprès du duc de Bordeaux pour cet événement : Allut (de Lyon), du Boisberthelot (département des Côtes-du-Nord), de la Bouillerie (Sarthe), de Bréon (Mayenne), de Bruc, comte Charles Calvière [voir Bernis], Chambon (Haute-Loire), de Chaulieu (Calvados), de Chavigny, Marolle[s] (Bourges), Choulot, de Courson (Bretagne), Danos (de Bordeaux), Desseres, Deternes, Forbin des Issarte, du Fougerais, de Geslin, Guibourg (Nantes), Horric, du Huart [baron d'Huart de Saint Mauris], Alfred de Janville (Seine-inférieure), baron de Jerphanion (Lyon), Laisir (Bretagne), Le Roi de Ville, de La Chapelle (Puy-de-Dôme), Le Roy (Seine), Longueil, comte de Massol (Bourgogne), vicomte de Massol, de May, de Miramon, vicomte Monod Béranger (Gard), de Narcé (Angers), comte Nugent, de La Haye d'Amoy, John Papin (de Bordeaux), de Phillibeaucourt, baron Pichon (Bordeaux), de Pignerolle (Mayenne), Poisignon, comte de Pontfarcy (Mayenne), Préau (de Laval), Mimirand de Rancourt (Bourges), de Rezé (Nantes), duc de Rivière, Rontière, Royer (de Laval) , de la Garde de Saignes, de Salus (de Bordeaux), Seignant de Serres, comte de la Suze, chevalier de la Suze, de Trégomain (de Nantes), de Triqueville (Rouen), de Vaublanc, Vernières (Auvergne), de Valsh (Rouen), de Valsh, de Virieu (Bourgogne), de Viviers, de Calonne, Gaudin de Saint Briec (Calvados), Corbel (du Calvados), comte de Genevray (Calvados), Jouenne (Calvados)., qui le saluent au cri de . À leur retour en France, ces derniers sont poursuivis par le gouvernement de Louis-Philippe, mais acquittés par la cour d'assises. Le premier acte que le duc de Bordeaux accomplit à l'occasion de sa majorité est celui d'une .

En , l'ancienne famille royale doit quitter Prague pour Goritz, où meurt le . Son fils, le dauphin, qui porte le titre de courtoisie de comte de Marnes, devient en droit « », aux yeux des légitimistes.