Jules Borkon, de son vrai nom Julius Ilyich Borku, né le à Daugavpils dans l'Empire russe (actuelle Lettonie) et mort le à Sainte-Geneviève-des-Bois en France, est un imprésario et producteur de spectacles et de cinéma.
Organisant des spectacles à travers l'Europe, il s'établit d'abord en Allemagne en 1923 puis en France en 1931, et gère les carrières d'artistes de music-hall comme le clown Grock ou Django Reinhardt. Après avoir fait fortune par des tournées des Folies Bergère et autres spectacles de danseuses dévêtues, il s'oriente vers la production de films en 1950. Touchant à tous les genres, il a notamment produit Papa, maman, la Bonne et moi et sa suite, Les salauds vont en enfer, Crime et châtiment, Les Aventures d'Arsène Lupin, Les Yeux sans visage et Le Dialogue des carmélites. Il est aussi le premier à offrir des rôles principaux au cinéma à Louis de Funès, dans Comme un cheveu sur la soupe et Ni vu, ni connu.
Biographie redresse|vignette|gauche|Django Reinhardt et Duke Ellington, deux artistes produits par Jules Borkon.
Julius Ilyich Borku naît le dans la partie de l'Empire russe plus tard devenu la Lettonie. Il se marie à Militza Vladimirovna de Fawitzky, née le . Ils n'ont pas d'enfant. Il est issu d'une famille de cirque. Il s'établit comme producteur de spectacles et imprésario d'artistes, à une époque florissante pour le music-hall européen, où les soirées durent trois à quatre heures et réclament de nombreux artistes « visuels » de genres et styles différents. À partir de 1923, il vit à BerlinJules Ilyich Borkon sur findagrave.com. Il fait connaître en Allemagne le ténor afro-americain Roland Hayes et s'occupe de plusieurs de ses tournées dans ce pays, malgré des relations houleuses avec l'artiste..
Il arrive à Paris en 1931. En arrivant en France, il lui est conseillé de changer son nom Borku, pour éviter les moqueries, mais il opte naïvement pour comme nom de travail.. Il organise, entre autres, la tournée de Mikhaïl Tchekhov à Paris, et des spectacles de Sacha Guitry et de Maurice Chevalier. Il travaille auprès du célèbre clown suisse Grock. Dans les années 1930, il produit les représentations à Paris et la tournée en Amérique du Théâtre d'art de Moscou, dirigé par Leonid Leonidov. Il est l'imprésario de Django Reinhardt pendant l'Occupation : .. Quelque temps avant la Libération, il découvre le chanteur Georges Ulmer, qu'il placera en tête d'affiche de nombreux spectacles. En 1949, il est l'un des organisateurs de la commémoration à Paris du centième anniversaire de la mort de Frédéric Chopin puis, en 1950, de commémorations autour de Piotr Ilitch Tchaïkovski. En 1950, il organise les concerts de Duke Ellington au palais de Chaillot, à Paris. Censé régénérer la carrière d'Ellington alors en perte de vitesse, cette série de concerts est un désastre, le pianiste et son orchestre finissant hués par le public parisien, déçu d'entendre des nouveaux titres plutôt que des classiques.
Ensuite, Jules Borkon s'enrichit par l'organisation de tournées des Folies Bergère et des spectacles de danseuses plus ou moins nues.. La libéralisation des mœurs entraîne l'essor de ce secteur de la , qui fait sa fortune. Pour l'état civil, sa profession est alors celle de directeur de théâtre, car il possède et revend plusieurs théâtres tour à tour, certains faisant du théâtre de boulevard, d'autres du spectacle dit comme le music-hall. La cinquantaine venue, Jules Borkon crée une société de production de cinéma en 1950, son lui étant délivrée par le CNC en .. Ses bureaux se trouvant sur l'avenue des l'avenue des Champs-Élysées, il nomme son entreprise Champs-Élysées Production.
vignette|redresse|Jules Borkon donne sa chance à Louis de Funès en lui confiant ses premiers rôles principaux au cinéma.
Éclectique dans le genre de ses productions, Jules Borkon connaît de bons succès, en particulier avec Robert Lamoureux et sa comédie Papa, Maman, la Bonne et moi (1954), attirant cinq millions de spectateurs dans les salles françaises. Il tente de reprendre le principe du studio system américain de s'attacher des acteurs par contrat pour contrôler et développer leur carrière dans ses films. Sur le tournage de Papa, Maman, la Bonne et moi et sa suite, il découvre Louis de Funès, alors cantonné à des seconds rôles... Il décide de l'installer en tête d'affiche et le convainc de signer à cet effet un contrat pour trois films ; Louis de Funès imaginait plutôt devenir sur la durée un acteur de complément, à la manière de Carette ou RoquevertNous nous sommes tant aimés consacré à Louis de Funès, émission de Jérôme Revon et Stéphane Gateau, France 3, 2010.. L'intuition s'avère à moitié bonne puisque ces films enregistrent des résultats honorables, même si Borkon espérait davantage de son poulain prometteur ; il se désintéresse du comédien, qui remporte ensuite un triomphe au théâtre et ultérieurement au cinéma. Il tient également sous contrat les débutants Claude Rich et Noëlle Adam.. Il lance également parmi les premières adaptations d'œuvres de Frédéric Dard, Les salauds vont en enfer (1955) et Toi, le venin (1959), réalisées par Robert Hossein dans ses débuts derrière la caméra..
À la fin des années 1950, Jules Borkon surprend en produisant avec force volonté Le Dialogue des carmélites, drame intellectuel sur la foi catholique, alors qu'il n'est pas chrétien et vient du monde des femmes dénudées. Sauvant un projet mal en point depuis vingt ans, Borkon va jusqu'à hypothéquer ses biens pour en assurer le budget. Le père Raymond Léopold Bruckberger, coréalisateur du film, suppose que Borkon cherchait le prestige artistique et les honneurs en finançant cette œuvre difficile, adaptée d'un scénario inachevé de Georges Bernanos ; il cherchait peut-être aussi à se débarrasser de son image peu reluisante de producteur de spectacles de charme.. Le film rembourse largement les dettes du producteur et devient même très lucratif en engrangeant d'entrées. En 1959, constatant l'intérêt du public français pour les films d'horreur britanniques comme Frankenstein s'est échappé ou Le Cauchemar de Dracula, Borkon lance Les Yeux sans visage, réalisé par Georges Franju, l'un des premiers et plus célèbres films d'épouvante français.. En 1963, Borkon propose à Darry Cowl d'écrire, réaliser et interpréter un film et lui soumet comme sujet la jalousie : la vedette accepte sans grande envie, dans le seul but d'éponger les frais de son addiction au jeu, et écrit un scénario à la va-vite, tourné et monté en un mois, en dilettante, avec tous ses amis comiques ; semi-échec avec et catastrophe artistique, Jaloux comme un tigre est néanmoins rentable...
Le producteur marque par son physique imposant, son caractère et son accent. Robert Hossein, qui le qualifie de pour sa carrière, raconte : .. Margot Capelier, qui fait ses premiers pas dans sa société à partir de 1955, se souvient d'un homme ; la biographe de la directrice de casting le décrit comme .. Raymond Léopold Bruckberger, à son propos de son apparence, parle du , , , . Georges Franju, réalisateur des Yeux sans visage, explique que .. Bertrand Dicale, biographe de Louis de Funès, décrit : . Désireux d'économies comme tout producteur, il se plaint notamment souvent sur les tournages des réalisateurs réclamant de nouvelles prises, ce qu'il considère comme du gâchis de pellicule, et peste en retrait .
Jules Borkon meurt le à Sainte-Geneviève-des-Bois (à l'âge de 71 ans), où il est enterré. Le père Bruckberger détaille qu'. Son épouse le rejoint huit ans plus tard, le Militza Vladimirovna de Fawitzky Borkon sur findagrave.com.
Filmographie 1953 : Lettre ouverte de Alex Joffé 1953 : Pattes de velours (L'Incantevole nemica) de Claudio Gora 1953 : Virgile de Carlo Rim 1954 : Papa, maman, la Bonne et moi de Jean-Paul Le Chanois 1954 : J'y suis, j'y reste de Maurice Labro 1955 : Le Village magique de Jean-Paul Le Chanois 1955 : Papa, maman, ma femme et moi de Jean-Paul Le Chanois 1955 : Les salauds vont en enfer de Robert Hossein 1956 : Rencontre à Paris de Georges Lampin 1956 : Crime et châtiment de Georges Lampin 1957 : Les Aventures d'Arsène Lupin de Jacques Becker 1957 : Comme un cheveu sur la soupe de Maurice Régamey 1957 : L'amour est en jeu de Marc Allégret 1958 : Ni vu, ni connu d'Yves Robert 1958 : Taxi, Roulotte et Corrida d'André Hunebelle 1959 : Toi, le venin de Robert Hossein 1959 : Signé Arsène Lupin d'Yves Robert 1959 : Les Yeux sans visage de Georges Franju 1960 : Le Dialogue des carmélites de Philippe Agostini et Raymond Léopold Bruckberger 1961 : Pleins Feux sur l'assassin de Georges Franju 1961 : Saint-Tropez Blues de Marcel Moussy 1963 : Du mouron pour les petits oiseaux de Marcel Carné 1963 : Strip tease de Jacques Poitrenaud 1964 : Jaloux comme un tigre de Darry Cowl 1968 : Ce sacré grand-père de Jacques Poitrenaud
Notes et références
Liens externes
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