Le Guigna (Leopardus guigna), également appelé Chat du Chili et Kodkod, est un félin du genre Leopardus. Plus petit félin d'Amérique, le Guigna se caractérise par sa petite tête aux oreilles rondes, sa queue courte et touffue et ses pieds larges. Son pelage gris fauve à brun tacheté de noir est proche de celui du Chat de Geoffroy.

Félin territorial et solitaire, le Guigna est fortement dépendant de la forêt : il n'a jamais été observé dans des habitats où la végétation s'élève à moins de quarante centimètres de haut. Les petits rongeurs et les lagomorphes forment l'essentiel du régime alimentaire. Il s'attaque ponctuellement aux oiseaux de basse-cour.

L'aire de répartition couvre le centre et le sud du Chili ainsi qu'une petite zone de l'Argentine. Le Guigna est principalement menacé par la perte et la fragmentation de son habitat. Le braconnage est la seconde menace pesant sur l'espèce. Considéré comme « Vulnérable » par l'Union internationale pour la conservation de la nature, le Guigna est protégé sur l'ensemble de son aire de répartition.

Le Guigna est un félin souffrant d'un déficit de recherche scientifique auprès des biologistes, et de sympathie auprès des populations locales. Il est très ponctuellement représenté en philatélie.

Description Allure générale thumb|left|alt=Guigna marchant le long d'une vitre de zoo|La robe du Guigna est de couleur fauve entièrement tachetée de noir. La queue est annelée. Le Guigna est le plus petit des félins sauvages d'Amérique. La longueur de la tête à la base de la queue est de 40 à , avec une longueur de la queue de 19 à . Ce félin pèse de 1,5 à , en moyenne , soit environ la moitié d'un chat domestique. Les mâles sont plus grands que les femelles.

La tête, plutôt petite, possède des oreilles grandes et rondes, implantées bas sur le crâne. La queue, épaisse et touffue, est courte : elle représente le tiers de la longueur totale de ce félin. Les pieds larges possèdent des griffes décrites par l'écrivain Peter Jackson comme .

Pelage Le pelage est constellé de nombreuses petites taches noires et arrondies sur fond gris fauve à brun. La robe est de couleur plus claire sur l'abdomen, toujours tachetée. La gorge est barrée d'une marque foncée. La queue est annelée de dix à douze bandes noires. Les taches forment des bandes discontinues sur les épaules et la tête. Les marques faciales se composent de lignes foncées qui débutent au coin externe de l’œil pour barrer les joues, d'un marquage blanc autour de l’œil et de deux rayures noires verticales montant sur le front depuis le sommet de l’œil. Le revers de l'oreille est noir, avec une tache blanche au centre. Le mélanisme est fréquent ; dans ce cas, le marquage tacheté reste visible sous un éclairage clair.

La couleur varie selon les régions : au Nord et au centre du Chili, la teinte est plus claire et au Sud du Chili plus colorée. Le mélanisme est plus fréquent au Nord de l'aire de répartition. Il est courant sur l'île de Chiloé et sur l'archipel de las Guaitecas, dans les parcs nationaux Queulat et Laguna San Rafael et, en Argentine, dans la province de Neuquén. Les pieds sont tachetés au Nord de l'aire de répartition mais pas au Sud ; en tout cas, les soles plantaires sont noires.

Confusion avec d'autres félins Le Guigna ressemble beaucoup au Chat de Geoffroy (Leopardus geoffroyi), dont les aires de répartitions se rejoignent en Argentine. Il s'en distingue par des oreilles plus grandes, une queue plus petite et épaisse. Les marques sur les épaules et la tête forment plus souvent des rayures nettes chez le Chat de Geoffroy que chez le Guigna, dont les stries sont moins distinctes.

Les populations autochtones identifient correctement des photographies de Guigna en moyenne une fois sur deux. Des confusions sont faites avec le chat domestique (Felis (silvestris) catus) ou un jeune puma (Puma concolor)Le puma nait tacheté et perd ses taches durant sa croissance., mais aucune avec des mustélidés.

Comportement et écologie Activités thumb|alt=Un Guigna dans un paysage de fougères|Un Guigna près d'une zone dense de fougères. Son comportement dans la nature est mal connu. Généralement considéré comme nocturne, des études ont montré qu'il est actif de nuit comme de jour. Le Guigna se déplace sur de longues distances — jusqu'à cinq kilomètres — peu avant le crépuscule et peu après l'aube.

Dans la région d'Araucanie au Chili, des décomptes réalisés sur des pièges photographiques montrent que l'activité du Guigna, essentiellement nocturne, varie selon la couleur de son pelage : les individus entièrement noirs sont plus actifs la nuit que les tachetés. Le Guigna tacheté est par ailleurs plus actif les nuits nuageuses ou sans lune, ce qui favorise le camouflage. Le comportement de ce félin varie selon les avantages que procure l'une des colorations avec les conditions de visibilité.

Les zones de repos se font dans la végétation dense, comme les forêts de bambous ou des souches d'arbres morts ; dans la journée, le Guigna recherche la fraîcheur et se repose dans les ravins couverts d'une impénétrable végétation ou dans les ajoncs des ruisseaux. Sur l'île de Chiloé, il a été aperçu se reposant dans les branches d'arbres, dans un verger ou sous des ajoncs, bien qu'il puisse être dérangé par des oiseaux tel le Caracara chimango (Milvango chimango) ou le Vanneau téro (Vanellus chilensis).

Alimentation thumb|left|alt=Un Rat pygmée à longue queue sur des feuilles mortes|Le Guigna se nourrit essentiellement de rongeurs, comme ce Rat pygmée de rizière à longue queue. Le Guigna est bien adapté pour grimper — il est capable de monter sur des troncs de cinq centimètres à plus d'un mètre de diamètre — et il utilise peut-être les branches des arbres pour traquer ses proies dans les zones de végétation très dense.

Le Guigna est un chasseur de petits rongeurs, reptiles et oiseaux. Il chasse surtout au sol. En Argentine, il chasse plus fréquemment les souris, tandis qu'au Chili le régime alimentaire est plus varié. Le Guigna est avant tout un chasseur de rongeurs, qui composent au moins 80 % de son bol alimentaire comme le Rat pygmée de rizière à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), Abrothrix longipilis et Abrothrix olivaceus, le Dègue de Bridges (Octodon bridgesi),et le Rat noir (Rattus rattus). Les autres mammifères composant son régime alimentaire sont les marsupiaux comme l'Opossum-souris élégant (Thylamys elegans) et les lagomorphes, notamment le Lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus).

Parmi ses proies secondaires, figurent de nombreuses espèces d'oiseaux, volant peu ou nichant au sol, comme le Merle austral (Turdus falklandii), le Synallaxe rayadito (Aphrastura spinicauda), le Vanneau téro (Vanellus chilensis), le Tourco huet-huet (Pteroptochos tarnii), le Tourco rougegorge (Scelorchilus rubecula) et l'oie domestique. Le Lézard de Chiloé (Liolaemus pictus), et des invertébrés notamment Acanthinodera cumingii ou des scorpions, figurent également dans son régime alimentaire.

Le Guigna s'attaque aux poulaillers et mange occasionnellement des charognes. Des cas de prédations sur des nichoirs suspendus à hauteur d'homme ont été observés au sud du Chili central : ayant lieu majoritairement la nuit, sinon au crépuscule ou à l'aube, le taux de capture (14 %) et le type d'oiseaux capturés (petits oiseaux nichant dans des cavités) montrent probablement un comportement opportuniste plutôt qu'une véritable habitude de chasse.

Cycle de vie La mère installe souvent sa tanière dans une forêt de bambous pour donner naissance à deux à trois chatons. La période de gestation est de 72 à en captivité. La maturité sexuelle est atteinte à . La longévité du Guigna est de en captivité.

Territorialité Le Guigna adopte l'organisation territoriale typique des félins : le territoire d'un mâle recouvre celui d'une ou de plusieurs femelles. Sur l'île de Chiloé, les trois mâles résidents de l'aire d'étude possédaient des territoires qui ne se recoupaient pas, de même pour les femelles entre elles. La taille du territoire des femelles n'a pas varié durant les six mois d'études et celui d'un mâle s'est fortement agrandi lors de la mort de l'un de ses congénères. Sur l'île de Chiloé, le territoire s'étend sur à .

Dans le parc national Laguna San Rafael au Chili, la superficie moyenne était de sans différence notable entre les sexes. Dans les parcs nationaux de Torres del Paine et Queulat, la superficie est de à .

La distance de dispersion maximale est de dans les habitats fragmentés tandis que dans les zones protégées elle est de . La densité de population est estimée entre à dans les habitats fragmentés de l'île de Chiloé et entre à dans les habitats préservés.

Endoparasites et maladies thumb|alt=Vue au microscope du virus de la leucose féline|En contact avec le chat domestique, le Guigna peut être atteint par le virus de la leucose féline.

En Argentine, le Guigna est peut-être inclus dans le cycle selvatique de Taenia ovis krabbei. Au Chili, des recherches en 1949 ont montré la présence de Spirometra mansonoides et un sujet analysé en 1984 portait plusieurs vers parasites : Uncinaria stenocephala, Toxocara cati et plusieurs espèces de ténias tel Taenia taeniaeformis. Le Guigna est négatif à l'échinococcose et la trichinellose.

Des études publiées en 2010 sur deux sujets décédés sur des autoroutes au Chili et sur des prélèvements fécaux ont permis d'apporter d'autres informations à propos des endoparasites du Guigna. Trois espèces de vers parasites ont été trouvés : Toxascaris leonina, Toxocara cati et Mastophorus muris. La source des infections par ces vers parasites provient probablement de l'alimentation du Guigna, essentiellement composée de rongeurs.

Le Guigna est exposé aux virus de l'immunodéficience féline (FIV) et de la leucose féline (FelV). L'analyse génétique des souches de ces virus révèlent une proximité avec celles affectant les chats domestiques. Cela suggère une transmission inter-espèces de ces deux maladies, probablement favorisée par la perturbation anthropique de l'habitat naturel.

Compétition interspécifique

Au Chili central, le Guigna, le Renard de Magellan (Lycalopex culpaeus), le Renard gris d'Argentine (Lycalopex griseus) et la Chouette effraie (Tyto alba) capturent le même type de proies : majoritairement de petits mammifères, puis des oiseaux et des invertébrés.

Bien que son habitat soit restreint aux forêts, les proies du Guigna étaient les plus variées des quatre prédateurs. La similarité du régime alimentaire était la plus forte avec le Renard gris d'Argentine, toutefois les niches trophiques étaient peu superposées pour l’ensemble des prédateurs.

Chorologie Habitat thumb|left|alt=Paysage de forêt dense au pied d'une rivière|Le Guigna est un habitant des forêts. Ici, la réserve nationale Los Ruiles. Le Guigna est un félin forestier. ll vit dans les forêts tempérées humides et les biotopes semi-ouverts, toujours en présence d'arbres ou de buissons. Il préfère les forêts denses mais est présent jusqu'à la lisière forestière entre et d'altitude. Le Guigna n'a jamais été observé dans des habitats ouverts où la végétation est inférieure à quarante centimètres de haut.

Dans le Sud-Ouest de l'Argentine, l'habitat typique du Guigna est la forêt de bambous, lianes et épiphytes. Au centre et au Sud du Chili, il s'agit des forêts de bambous de la province de Valdivia. Il tolère un changement de son habitat tant que la population de rongeurs reste présente : le Guigna a été observé dans les forêts secondaires d'eucalyptus et de pins, et sur l'île de Chiloé, il utilise les limites broussailleuses ou arborées entre les champs pour se déplacer.