vignette|Les variations du tracé de la grande muraille au fil des dynasties|450px L'histoire de la Grande Muraille de Chine commence lorsque des fortifications construites par divers États de la période des Printemps et Automnes(771 - ) et de la période des Royaumes combattants (475 - ) sont reliées entre elles sur ordre de Qin Shi Huang, le premier empereur de Chine, pour protéger le territoire de la dynastie Qin (221 - ) nouvellement fondée contre les incursions des nomades des steppes du nord. Les murs qui la composent sont construits en terre battue, en utilisant le travail forcé. Finalement, en , elle s'étend du Gansu jusqu'à la côte du sud de la Mandchourie.
Les dynasties ultérieures ont adopté des politiques différentes en matière de défense des frontières du Nord. Celles des Han (- ), des Qi du Nord (550-574), des Sui (589-618), et particulièrement celle des Ming (1369- 1644) font partie des dynasties qui ont reconstruit, réaménagé et agrandi la grande muraille, même si elles ont rarement suivi le tracé de celle des Qin. Les Han sont ceux qui ont étendu les fortifications les plus à l'ouest, . De nouveaux murs, tandis que les Sui ont mobilisé plus d'un million d'hommes dans leurs efforts pour réparer/reconstruire/prolonger la grande muraille. Inversement, les Tang (618-907), les Song (960-1279), les Yuan (1271-1368) et les Qing (1644-1911) ont peu ou pas construit de murs frontaliers, préférant opter pour d'autres solutions pour neutraliser les menaces venant d'Asie Centrale, comme les campagnes militaires et la diplomatie.
Bien que ce soit un moyen de dissuasion efficace contre les raids, la Grande Muraille échoue à plusieurs reprises tout au long de son histoire dans son rôle de protection contre les invasions ennemies. Un des échecs les plus notoires a lieu en 1644, lorsque les Mandchous de la future dynastie Qing passent les portes fortifiées du col de Shanhai et renversent les Ming, soit une des dynasties ayant le plus investi dans la construction de murailles.
La Grande Muraille de Chine telle qu'elle est visible aujourd'hui remonte en grande partie à la dynastie Ming, car c'est durant cette période qu'elle a été reconstruite en grande partie sous la forme d'un mur en pierre et en brique ; et en étant bien souvent prolongée à travers des terrains difficiles. Si, en 2018, certaines sections restent en relativement bon état ou ont été rénovées, d'autres ont été endommagées ou détruites au fil du temps, soit pour des raisons idéologiques, soit pour récupérer des matériaux de construction, ou tout simplement à cause des ravages du temps. Longtemps objet de fascination pour les étrangers, la muraille est aujourd'hui un symbole national révéré et une destination touristique populaire.
Situation géographique 300px|Carte topographique de la zone frontalière nord de la Chine, avec les frontières politiques actuelles. La Mandchourie, qui n'est pas indiquée, se situe à l'est de la Mongolie intérieure.|vignette La construction de la Grande Muraille a été vue par certaines dynasties chinoises comme une réponse efficace aux différents problèmes liés aux conflits existant entre eux et les différents peuples nomades. Mais quelles sont les sources de ce conflit ? Une bonne partie de la réponse à cette question tient aux différences géographiques et climatiques existant entre les deux régions dont sont originaires les peuples qui s'affrontent. En effet, si les dynasties chinoises sont nées dans les plaines du nord de la Chine, aux sols de lœss fertiles et structurés par une agriculture sédentaire, les peuples nomades vivent dans les prairies semi-arides des steppes asiatiques, plus au nord. Les climats et la topographie de ces deux régions ont conduit à des modes distincts de développement sociétal.
Selon les théories du sinologue Karl August Wittfogel, les sols de lœss du Shaanxi ont permis aux Chinois de développer très tôt l'agriculture irriguée. Bien que cela leur ait permis de s'étendre dans les parties inférieures de la vallée du fleuve Jaune, ces ouvrages hydrauliques de plus en plus nombreux exigeaient une main-d'œuvre collective, ce qui ne pouvait être géré que par une certaine forme de bureaucratie. C'est alors qu'apparaissent les érudits-bureaucrates, qui s'occupent également de gérer tout ce qui rentre et sort des greniers où sont stockées les céréales. Les villes fortifiées ont grandi autour de ces greniers pour des raisons de défense et de facilité d'administration : elles servent à protéger les stocks des envahisseurs et aussi à s’assurer que les citoyens restent à l'intérieur. Ces villes se sont regroupées pour devenir des États féodaux, qui se sont finalement unis pour devenir un empire. De même, toujours selon les théories de Wittfogel, non seulement les murs avaient entouré les villes au fil du temps, mais ils délimitaient également les frontières des États féodaux et, finalement, celles de l'empire chinois, pour se protéger contre les raids venant des steppes du nord.
Les sociétés des steppes d'Asie centrale, dont le climat favorisait une économie pastorale, contrastaient fortement avec le mode de développement chinois. Comme les troupeaux d'animaux migrent régulièrement pour trouver de la nourriture, les communautés humaines dont la survie dépendait desdits troupeaux ne pouvaient pas se permettre d'être statiques et ont donc évolué pour adopter un mode de vie nomade. Selon l'influent spécialiste de la société mongole Owen Lattimore, ce mode de vie s'avéra incompatible avec le modèle économique chinois. Au fur et à mesure que la population des steppes augmentait, l'agriculture pastorale seule ne suffisait plus pour nourrir la population et les alliances tribales devaient être maintenues en distribuant des récompenses matérielles. Pour satisfaire ces besoins, les nomades devaient se tourner vers les sociétés sédentaires pour obtenir des céréales, des outils métalliques et des produits de luxe, qu'ils ne pouvaient pas produire eux-mêmes. Si les peuples sédentaires refusaient de commercer, les nomades avaient recours à des raids ou même à la conquête.
Pour les Chinois, ces incursions potentielles de peuples nomades pouvaient venir, pour l'essentiel, de trois régions de l'Asie centrale : la Mongolie au nord, la Mandchourie au nord-est et le Xinjiang au nord-ouest. Parmi ces trois zones, c'est la Mongolie qui préoccupe le plus les Chinois, car c'est de là que sont venus la plupart des ennemis les plus féroces du pays, dont les Xiongnu, les Xianbei, les Khitans et les Mongols. Le désert de Gobi, qui représente les deux tiers de la superficie de la Mongolie, sépare les principaux pâturages du nord et du sud et repousse les pasteurs nomades aux confins de la steppe. Du côté sud, soit la Mongolie intérieure, cette pression a mis ces nomades en contact avec la Chine.
La plus grande partie de la plaine de Chine du Nord était protégée des habitants de la steppe mongole par les monts Yin, à l'exception de quelques cols et vallées, le plus important desdits cols étant le couloir naturel passant par Zhangjiakou et le col de Juyong. Cependant, si un ennemi réussissait à passer outre à cette ligne de défense naturelle, le terrain plat n'offrait aucune protection aux villes de la plaine, y compris les capitales impériales de Pékin, Kaifeng, Chang'an et Luoyang. À l'ouest des monts Yin, la chaîne se termine là où le fleuve Jaune prend la direction du nord, dans la zone appelée « Boucle de l'Ordos ». Techniquement, l'Ordos fait partie de la steppe, mais on peut y développer l'agriculture irriguée. Bien que le fleuve Jaune forme théoriquement une frontière naturelle avec le nord, il est difficile de tenir une zone s'enfonçant aussi loin dans la steppe. Et les terres situées au sud de ce fleuve, à savoir le Hetao, le désert d'Ordos et le plateau de lœss, n'offraient aucune barrière naturelle capable de protéger la vallée de la Wei, berceau de la civilisation chinoise où se trouve l'ancienne capitale, Xi'an/Chang'an. En tant que tel, le contrôle de l'Ordos est resté extrêmement important pour les dirigeants de la Chine : non seulement pour l'influence qu'il pourrait avoir sur les peuples de la steppe, mais aussi pour la sécurité de la Chine proprement dite. L'importance stratégique de la région combinée au fait qu'elle est difficile à contrôler ont conduit de nombreuses dynasties à y construire leurs premiers murs.
Bien que l'on trouve en Mandchourie les terres agricoles de la vallée du fleuve Liao, son emplacement au-delà des montagnes du nord l'a reléguée au rang de préoccupation périphérique des gouvernements chinois. Lorsque le contrôle de l'État chinois sur cette zone s'est affaibli, à divers moments de l'histoire, la Mandchourie est systématiquement tombée sous le contrôle des peuples vivant dans les forêts de cette région, dont les Jurchens et les Mandchous. L'itinéraire le plus important, sur le plan stratégique, entre la Mandchourie et la plaine de Chine du Nord, est une bande côtière étroite, coincée entre la golfe de Bohai d'un côté et les monts Yan de l'autre. Ce passage, qui s’appelle le col de Shanhai, soit littéralement le « col des montagnes et de la mer », a beaucoup gagné en importance au cours des dernières dynasties, lorsque la capitale a été établie à Pékin, soit à seulement dudit col. En plus du col Shanhai, une poignée de cols de montagne permettent également de passer de la Mandchourie à la Chine à travers les monts Yan, parmi lesquels ceux de Gubeikou et de Xifengkou ().
Le Xinjiang, qui est considéré comme faisant partie de la région du Turkestan, est un amalgame de déserts, d'oasis et de steppes sèches à peine adaptées à l'agriculture. Lorsque l'influence des peuples des steppes de la Mongolie a diminué, les divers royaumes oasis d'Asie centrale et les clans nomades comme les Göktürks et les Ouïghours ont pu former leurs propres États et confédérations, qui menaçaient parfois la Chine. La Chine proprement dite est reliée à cette région par le corridor du Hexi, une étroite chaîne d'oasis délimitée par le désert de Gobi au nord et le haut plateau tibétain au sud. Outre les questions de défense frontalière, le corridor du Hexi constituait également une partie importante de la route commerciale connue sous le nom de route de la soie. Il était donc également dans l'intérêt économique de la Chine de contrôler ce tronçon de terre, et c'est pour cela que l'extrémité occidentale de la Grande Muraille se trouve dans ce couloir. Sous les Han, elle s’arrêtait au col de Yumen, puis au col de Jiayu pendant la dynastie Ming et les siècles suivants.
Chine pré-impériale ( - )
droite|vignette|Les ruines de la Grande muraille de Qi, dans les monts Dafeng, district de Changqing, Jinan. Ce district faisait partie de l'État de Qi pendant la période des Royaumes Combattants.