Louis de Chapt de La Corne ( - ) était un militaire de la Marine royale française et un seigneur de Terrebonne. Il a participé dans les guerres des Renards et il est à l'origine de l'augmentation de Lacorne, qui préfigurera la future municipalité de Sainte-Sophie.

Identification

vignette|gauche|Son frère cadet, Louis de La Corne|upright

Cette personne est difficile à identifier, car son frère cadet portait aussi le nom Louis, quoique cela aurait pu être Jean-Louis, Pierre, Louis-Luc ou Louis-François, mais on l'appelle aussi tout simplement le « chevalier de La Corne ». Quand les deux frères se font face dans des actes de notaire, le Louis dont il est question dans l'article est dit « l'aîné ». Les distinguer est d'autant plus difficile que les deux détenaient le grade de capitaine dans une compagnie de détachement de la marine en Canada, et les deux seront décorés de la médaille de chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Ainsi, pour les distinguer, voici quelques critères :

Louis l'aîné est né en 1696 et le chevalier de La Corne son frère est né en 1703. L'aîné a eu son grade de capitaine quelques mois avant son achat de Terrebonne en 1744 tandis que le cadet l'a eu plus tard au cours de la même année. Le cadet a été décoré de la médaille de l'Ordre de Saint-Louis en 1749, tandis que l'aîné l'a été plus tard, en 1751.

Famille

La famille La Corne est issue de la noblesse d'épée. Son origine connue remonterait au début du , en la personne de Barthélemy Corne ou Courne, seigneur de La Corne et de la Mothe-Chantereine (mort le à Riom). « La Corne » est donc le nom d'un fief qui se trouvait dans la province d'Auvergne, dans la paroisse de Randan. En 1559, Jacques de La Corne épouse l'héritière du fief de Chaptes et devient ainsi le seigneur de Chaptes (dans la province d'Auvergne, dans la paroisse de Randan). Il s'agit aujourd'hui du hameau de Chaptes dans la commune de Beauregard-Vendon, département du Puy-de-Dôme. C'est ainsi que s'ajoute une seconde particule aux noms de la famille La Corne. Le logis seigneurial des La Corne existe toujours à Chaptes (on l'appelle le « château » de Chaptes) et se trouve au 10, route des Combrailles, mais depuis la fin du , il n'est plus en possession de cette famille.

La famille de La Corne s'implante en Amérique en la personne de Jean-Louis de La Corne de Chaptes. Jean-Louis était l'aîné de sa fratrie et à l'instar de ses ancêtres, suivit une carrière militaire. Il perdit l'œil droit probablement lors du siège de Gérone, en Catalogne, lors de la guerre des Réunions (1683-1684). Il avait alors 18 ans. L'année suivante, en 1685, il obtient une commission de sous-lieutenant dans les Compagnies franches de la Marine royale française, et part pour la province royale de Canada, en Nouvelle-France. Il va participer à l'expédition punitive de 1687 du gouverneur de Denonville contre la Confédération iroquoise. Il décidera par la suite de poursuivre sa carrière militaire en Nouvelle-France et remportera de hauts faits d'armes. Le , il épousa Marie Pécaudy de Contrecœur, fille d'Antoine Pécaudy de Contrecœur, premier seigneur de Contrecœur. À la suite du décès dudit beau-père Antoine de Contrecœur en 1688, et de la veuve et seigneuresse Barbe Denys en 1694, la seigneurie de Contrecœur est partagée entre 4 héritiers. Par sa femme Marie Pécaudy de Contrecœur, Jean-Louis de La Corne deviendra seigneur de Lacorne, une seigneurie démembrée de l'ancienne Contrecœur. La seigneurie de Lacorne faisait 43 arpents de fronts par 2 lieues de profondeur, et on y trouvait une maison de Colombage, une grande de pieux, une étable de pièce sur pièce, une écurie et 80 arpents carrés de terre labourable. La seigneurie comprenait aussi l'île aux Oignons.

Jean-Louis de La Corne de Chaptes et Marie Pécaudy de Contrecœur auront douze enfants :

Louis dit l'aîné, sieur de Terrebonne (1696-1762) Louise-Ursule (1697-1753), qui deviendra Ursuline Marie-Madeleine (1700-1762), qui entrera dans la Congrégation de Notre-Dame de Montréal Claire-Françoise (1701-1783), qui deviendra Ursuline Louis-Luc, ou François, dit le « Chevalier de La Corne » (1703-1761), celui avec lequel Louis l'aîné est souvent confondu

Il se distinguera lors de la bataille de Grand-Pré (en Acadie (Nouvelle-France), guerre de Succession d'Autriche), puis lors de la guerre de la Conquête (y compris lors du siège de Québec. Un fort situé au bord de la rivière Saskatchewan a même été nommé d'après son frère, le Fort de La Corne, un poste de traite. Beaucoup plus tard, au , on va aussi nommer une municipalité et un lac d'après lui, à une époque où on nommait les nouvelles villes d'après des personnages historiques

thumb|Un autre frère, Luc de La Corne|rightPierre-Antoine, sieur de la Colombière (1708-1780) François-Josué, sieur du Breuil (1710-1753) Luc, sieur de Saint-Luc (1711-1784)

Il se distinguera en tant que militaire et marchand de fourrure. Il faisait partie des personnalités les plus riches de la société canadienne d'après les Anglais. Il était reconnu pour sa grande diplomatie à l'égard des autochtones, tant pour les inciter à combattre à ses côtés que pour avoir de bonnes relations commerciales. On sait qu'il a incité les autochtones à la guerre contre les conquérants anglais, leur laissant croire qu'une flotte française était en route pour reconquérir le Canada. Il était également le plus grand propriétaire d'esclaves après le gouverneur Beauharnois. Il participa à la Guerre de la Conquête, puis fut soupçonné d'être du parti des rebelles américains lors de la Guerre d'indépendance des États-Unis, durant l'occupation de Montréal par les troupes de Richard Montgomery, avant de prendre le parti des Anglais lors de la Bataille de Saratoga. Il fut aussi l'aide de camp du gouverneur Frederick Haldimand, et un membre du Conseil législatif du Québec.

Joseph-Marie ou Jean-Marie (1714-1779), qui deviendra l'abbé de Méobecq et de l’Étoile Jean-Louis (1714-1778), qui deviendra le père Maurice parmi les Récollets Marie-Anne (1716-1796), qui deviendra Hospitalière. Charles (1718-1718).

Par ailleurs, la noblesse de la famille La Corne ne fait pas de doute, car Jean-Louis de La Corne atteste sa noblesse auprès du Conseil supérieur le en faisant examiner les titres de noblesse de son aïeul, le sieur de Chaptes, qui avaient été produits dans le cadre de la Grande enquête sur la noblesse :

Biographie

Naissance et enfance

Louis l'aîné est né le à Montréal, onze mois après le mariage de ses parents. Le , il fut baptisé. Son acte de baptême mentionne que :

Donc, le parrain et la marraine était des notables considérables de la colonie.

Il y a fort à parier que l'enfance de Louis de La Corne l'aîné ne fut pas luxueuse. Comme son père Jean-Louis était dans les Compagnies franches, c'est-à-dire l'infanterie de la Marine, il ne touchait pas une solde comme les soldats, mais plutôt des « appointements » du Trésor royal. Il était payé annuellement et non pas mensuellement. En tant que lieutenant, il touchait 720 livres par année.

Bien que tout cela se soit produit après l'enfance de Louis de La Corne l'aîné, plusieurs indices permettent de croire que les La Corne n'étaient pas riches. En 1716 et en 1718, son père Jean-Louis a été « incapable de payer la dot de ses quatre filles qui entraient chez les religieuses et il dut se contenter d’assurer verbalement leurs droits à venir ». Le , Jean-Louis écrivit au Ministre de la Marine, Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas, pour solliciter des faveurs pour trois de ses garçons, ainsi que son aide pour acquitter « les dettes que j’ai été obligé de contracter pour soutenir ma dignité ». Le , Gilles Hocquart écrivait à ce même ministre : « Beauharnois avait eu raison de distribuer de l’argent provenant des congés à Mesdames La Verrier et La Corne, femmes de lieutenants du roi pauvres […] [et qu’il fallait] continuer les mêmes secours à ces deux familles cette année, qui en ont un extrême besoin […] et dans un état si fâcheux en égard à leur place […]. » Gilles Hocquart se demandait même comment Jean-Louis de La Corne a pu élever autant d'enfants avec une fortune si médiocre. En 1732, Jean-Louis de La Corne mourra, et sa veuve, Marie de Contrecœur continuera d'avoir des difficultés financières. En 1732 et en 1733, elle avait de la difficulté à payer les fournitures de ses fils séminaristes, Joseph-Marie et Jean-Louis, et en 1734, elle devait encore 450 francs pour leurs frais de pensions.

Carrière militaire

Louis de La Corne suivit le métier des armes dès l'âge de quinze ans. Il a d'abord servi en Canada durant huit ans en tant qu'enseigne, entre 1711 et 1720. À partir de 1720, il poursuivit sa carrière en France, dans le régiment royal de la marine. Le , il fut promu enseigne en second, puis enseigne en pied le , et enfin lieutenant le . Il écrit à cette époque depuis Valenciennes (province de Hainaut, aujourd'hui dans la région du Nord-Pas-de-Calais) pour demander une lieutenance, en espérant commander une compagnie. Le , son père Jean-Louis de La Corne meurt. Louis a alors 36 ans.

La Corne revint par la suite en Canada. À l'époque, le roi de France avait ordonné d'exterminer le peuple amérindien des Renards (ils nuisaient au commerce), le seul ordre de ce genre de l'histoire de la Nouvelle-France, et c'était pratiquement chose faite à la suite des deux guerres des Renards (1712-1716, 1728-1733). Les Renards survivants s'étaient ensuite réfugiés chez les Sauks. En 1736, on retrouve La Corne à l'âge de 40 ans en Canada, et on apprend qu'il a servi en second dans « la dernière campagne de M. des Noyelles » de 1734, qui après une errance dans les bois, s'est terminée par des escarmouches contre le village des Sauks et des Renards de la rivière des Moines, le . Des Noyelles obtint ensuite la maigre assurance de la part des Sauks qu'ils laisseraient tomber les Renards et qu'ils iraient s’installer à la baie des Puants. L'expédition fut considérée comme un échec du côté de la Nouvelle-FranceSTANDEN, S. Dale. « NOYELLES DE FLEURIMONT, NICOLAS-JOSEPH DE », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003..

Dans un document officiel, on dit de La Corne qu'« Il a de l'esprit ». Le , une liste apostillée des officiers majors et subalternes servant dans la colonie dit que c'est un « bon officier, qui entend le service et est au fait des Sauvages. » La Corne commandait alors le Fort Caministigoyan au lac Alemipigon, dans les Pays d'en Haut.

Le , La Corne épouse Élisabeth de Ramezay à Montréal. Elle est la parmi les 16 enfants de Claude de Ramezay (gouverneur de Montréal) et de Marie-Charlotte Denys de La Ronde. Elle était co-seigneuresse des seigneuries de Ramezay (parmi quatre), de Monnoir (parmi quatre) et de Sorel (parmi trois). Leur acte de mariage mentionnait également « la dispense des parents au troisième degré et de la publication des trois bancs accordée le vingt et sixième jour du mois dernier par messire Louis Normant, vicaire général du dioscèse ».

Le , le couple emménagea dans une maison sur la rue Saint-Paul (et Saint-Charles, près du château Vaudreuil). La maison faisait 45 pieds de long sur 94 pieds et demi de profondeur et comprenait « écurie, hangars, glacières, et autres aisances, dont quatre-vingt-quatre pieds et demy de jardin ». En moyenne, on y trouvait 3 esclaves panis. Le célèbre généalogiste Cyprien Tanguay, dans son À travers les registres, mentionne en particulier Marie et Joseph. Le , madame Bégon écrira que La Corne (l'aîné) était de toutes les fêtes et de tous les bals.

Le , le gouverneur de Beauharnois le proposa pour une compagnie, et donc aussi pour le grade de capitaine, qu'il reçut peu après. Il a 48 ansLE JEUNE, Louis. « LA CORNE (Louis, sieur de Chaptes de) », Dictionnaire général du Canada, volume II, 1931, pp. 18-19..

À propos de sa carrière, l'historienne Marjolaine Saint-Pierre raconte :