vignette|Quelques figures du socialisme français selon une affiche publicitaire de l’Histoire socialiste de Jean Jaurès, 1908.

Cet article présente les acteurs importants et les faits saillants de l'histoire du socialisme en France.

Avant 1831 vignette|gauche|redresse|Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon. La première génération de « socialistes », ultérieurement appelés « socialistes utopiques » ou saint-simoniens, est représentée principalement par Saint-Simon (mort en 1825), Charles Fourier et Étienne Cabet qui appartiennent à une bourgeoisie éclairée. Toutefois leur influence sur les milieux populaires s'avère faible.

Les théories développées dans cette première partie du mêlent rêves et réalités. Ces théoriciens qualifiés d'utopiques se démarquent nettement du socialisme historique, développé par la suite par Karl Marx avec son analyse de la société industrielle. Les Phalanstères de Charles Fourier, et l'Icarie d'Étienne Cabet feront long feu, mais l'influence des saint-simoniens sera décisive par la suite.

Le terme « socialisme » dans son sens moderne est issu du mot anglais « socialism » créé par le britannique Robert Owen et introduit en France en 1834 par l'ouvrier typographe Pierre Leroux. Ce terme désigne initialement un mouvement de pensée et d'action en réaction à la misère ouvrière mais aussi contre la dissolution des liens sociaux engendrés par le capitalisme naissant. La révolution française et napoléonienne en créant les conditions de la fin des monarchies absolues européennes, et en donnant le pouvoir à la nouvelle bourgeoisie, a accéléré la ruine des anciennes sociétés d'ordres et de corporatisme, et ouvert la voie vers une nouvelle société atomisée et fondée sur la recherche concurrentielle du profit, où l'ouvrier "libre" est seul face à l'entrepreneur "libre". Selon Pierre Leroux, .

Ce premier mouvement « socialiste » est donc idéaliste, communautaire, plutôt pacifiste et réformiste, il est méfiant voire hostile à l'égard des idéaux véhiculés par la Révolution française, et ce n'est que plus tard avec Auguste Blanqui que le socialisme se rapprocha d'elle, reprenant à son compte les objectifs de liberté, égalité et fraternité, et développant l'idéologie du progrès.

1831-1905 : le mouvement ouvrier et les origines du socialisme thumb|left|120px|Karl Marx Au-delà de l'utopie, la réalité est imprimée au fer chaud de la révolution industrielle : les nouvelles conditions de travail engendrées par celle-ci entraînent des révoltes vite réprimées : révolte des canuts lyonnais en 1831, journées de , Commune de Paris en 1871... La “question sociale” est mise au premier plan, mais la révolution de 1848 fait déjà apparaître des divergences entre les démocrates socialistes. Ainsi on peut distinguer des réformistes (Ledru-Rollin, Louis Blanc) plus proches d'un Lamartine et les partisans d'une rupture avec le capitalisme, ne refusant pas l'action violente (Blanqui, Barbès). Ceux-ci pensaient nécessaire l'action violente quand, sous la Restauration des Bourbons et la monarchie de Juillet, le peuple était privé de ses droits civiques. Le combat pour la république, contre la monarchie censitaire et contre le second Empire, se conjugue alors avec la lutte contre les nouvelles conditions de travail et de vie engendrées par la révolution industrielle. La gauche républicaine s'organise et cherche à effectuer une synthèse entre la tradition montagnarde de la révolution de 1789-1794 et les questions sociales que le mouvement ouvrier naissant fait surgir.

Dix ans après la dissolution de l’Association internationale des travailleurs, la II Internationale est constituée en 1889 à Paris et l'influence des idées de Karl Marx y est dominante (ou plus exactement l’influence des premiers « marxistes »). Cependant, les idées libertaires et anarcho-syndicalistes continuent à influencer une partie du mouvement ouvrier, qui manifeste sa méfiance à l'égard de la politique. Après la reconnaissance du droit syndical en 1884, la Confédération générale du travail (CGT) se constitue en 1895. En 1906, elle adopte la "Charte d'Amiens" qui consacre le principe de l'indépendance du syndicalisme par rapport aux partis politiques. De là découle l'absence de liens organiques entre partis et syndicats qui distingue fortement le socialisme français de la social-démocratie de l'Europe du Nord.

thumb|Jean Jaurès

Le socialisme politique en France s'unifie en 1905 sur injonction de l'Internationale, au congrès du Globe avec la fusion des différents courants socialistes (guesdistes, blanquistes, allemanistes, réformistes…) dans la nouvelle Section française de l'internationale ouvrière (SFIO). Peu à peu, le député du Tarn Jean Jaurès s'impose comme la figure majeure du socialisme français, par son combat pour l'unité, par sa volonté de synthèse entre la république et le socialisme, entre le patriotisme et l'internationalisme, entre les idées marxistes et la tradition de la Révolution française libérale. La SFIO, qui se veut parti ouvrier, a acquis une large base électorale et militante (en particulier avec le socialisme municipal) : les paysans, les ouvriers, les artisans côtoient les intellectuels et les fonctionnaires.

1905-1920 : de l'union à la scission Pour la période 1905-1969, voir aussi : SFIO

Les principes de l'internationalisme et du pacifisme portés jusqu'alors par le mouvement ouvrier et la II Internationale sont remis en question par l'adhésion de la SFIO et de la majorité de la CGT à l'Union sacrée (soutien à la République en guerre). Cependant, la durée de la guerre, les sacrifices et désillusions qu'elle entraîne, vont faire germer une opposition qui s'organise lors de la conférence de Zimmerwald en septembre 1915. En 1917, la révolution russe accentue une poussée à gauche dans le parti et séduit de plus en plus. La SFIO, profondément traumatisée et divisée, se trouve donc devant le choix de l'adhésion à la III Internationale, dirigée par Lénine et les bolchéviques.

Le congrès de Tours de survient après l'échec électoral de 1919 (chambre "bleu horizon") et l'échec syndical des grandes grèves de 1920. Par ailleurs, les bolchéviques défendent la possibilité d'une révolution mondiale et tentent par les 21 conditions d'adhésion à la IIIe Internationale de se constituer une avant-garde sous leur contrôle dans chaque pays.

Les conditions d'une scission sont réunies : le congrès voit l'opposition entre ceux qui refusent l’adhésion à la IIIe Internationale (parmi lesquels principalement des réformistes ; ce groupe est emmené entre autres par Léon Blum, et d’autre part par Jean Longuet), et des éléments plus révolutionnaires qui souhaitent l’adhésion à la III internationale : on trouve dans cette catégorie des militants venus notamment du rejet de la guerre, souvent jeunes (comme Boris Souvarine), mais aussi des ex-partisans de l’Union sacrée récemment convertis (comme Cachin). Les trois quarts des congressistes votent l’adhésion à l’Internationale Communiste (même si les 21 conditions ne sont pas adoptées par le congrès) puis quittent la SFIO pour créer la section française de l’Internationale communiste (plus tard renommée Parti communiste français). La "Vieille Maison" SFIO est maintenue autour de Léon Blum et de quelque adhérents...

1920-1939 : les socialistes vers le Front populaire

Le Cartel des gauches entre 1924 et 1926 signe une majorité de gauche à l'Assemblée autour de la SFIO et des Radicaux. Les socialistes pratiquent alors pour la première fois le soutien sans participation au gouvernement. Jusqu'au Front populaire, la SFIO de Léon Blum est un parti ni franchement réformiste ni réellement révolutionnaire. La pratique du pouvoir suscite encore la méfiance.

L’existence du droit de tendances, contrairement au PCF, entraîne l’adhésion à la SFIO de certains courants venus de l’opposition communiste : le groupe Le Combat Marxiste, ainsi que certains trotskistes, rejoignent ainsi le parti.

thumb|200px|Discours de Léon Blum au congrès socialiste, 1932.

L'offensive de la droite et la menace fasciste, à partir de 1934, recréent les conditions d'un mouvement populaire autour de la gauche, qui avec le changement d'orientation décidé par l'Internationale communiste, laisse présager l'unité d'action retrouvée entre les “camarades” communistes et socialistes.

Cette union se concrétise le au cours d'une cérémonie où des délégués de toute la France prêtent le serment du Rassemblement populaire. Le Front populaire constitue surtout un grand mouvement défensif qui a regroupé socialistes, communistes, radicaux et syndicalistes de la CGT réunifiée depuis , auxquels il faut ajouter quelques associations de gauche à l'image de la Ligue des droits de l'homme.

Après les élections victorieuses de , une grève générale spontanée permet d'obtenir un large ensemble de réformes sociales (augmentation des salaires, conventions collectives, congés payés, semaine de 40 heures au lieu de 48, etc.). Le gouvernement dirigé par Léon Blum se constitue en . Les difficultés économiques et les rigidités de l'appareil de production amènent le gouvernement à pratiquer une « pause » dans les réformes sociales. La question de l'intervention dans la guerre d'Espagne divise au sein des socialistes, tandis que les premières réformes étant réalisées, le soutien des radicaux faiblit.

Les derniers mois du gouvernement Blum voient une dégradation de la situation. Mis en minorité devant le Sénat en , le gouvernement démissionne. Le Front populaire survit difficilement, la conférence de Munich et l'échec de la grève de signent son implosion définitive.

La SFIO sort exsangue et divisée de ces deux années, perdant même sa position d'organisation dominante au sein du mouvement ouvrier français au profit du Parti communiste français. De plus plusieurs milliers de militants de la gauche du parti (autour de Marceau Pivert), et en particulier des jeunes, sont exclus en 1938 et fondent un autre parti : le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP).

La défaite de 1940 voit le désarroi de la SFIO et seule une minorité du groupe parlementaire de la Chambre (80 parlementaires) autour de Léon Blum, refuse les pleins pouvoirs à Pétain le . Toutefois, ce groupe comporte presque tous les dirigeants socialistes de l'époque, et les sénateurs socialistes votent non en majorité.

1939-1958 : de la Résistance à la Les socialistes restés fidèles à la République se ressaisissent et s'organisent dès 1940 sous l'impulsion, notamment, de Daniel Mayer dans des réseaux de résistance. Le parti socialiste est reconstitué dans la clandestinité entre et . Léon Blum, avant d'être déporté, s'illustre par son comportement au cours du procès de Riom, obligeant Vichy à l'interrompre le . Sa prison est le point de ralliement des socialistes résistants, d'où il les exhorte inlassablement à l'action, jusqu'à ce qu'il soit déporté.

Les socialistes sont un des courants politiques les plus représentés dans la Résistance, formant le premier groupe de la Résistance non communiste, mais, contrairement au Parti communiste, ils ne lient pas la reconstitution du parti et la formation des groupes de combat, ce qui limite leur visibilité, bien qu'ils soient hégémoniques dès le début à Libération-Nord, majoritaires à Libération-Sud et dans les MUR dès leur constitution, influents à Ceux de la Résistance, à l'Organisation civile et militaire (OCM), localement, et à Combat, à partir de 1942.

Des membres de la SFIO siègent au Conseil national de la Résistance (CNR) mais aussi quelques-uns dans les arcanes de Vichy.

Les socialistes participent au gouvernement avec de Gaulle jusqu'en puis, selon la formule du tripartisme (SFIO, PCF, MRP), jusqu'en . Les réformes de structure réalisées à la Libération et pendant le tripartisme continuent de modeler le visage de la France moderne : vote des femmes, nationalisations, Sécurité sociale, comités d'entreprise.